Catégorie : Guerres mondiales et conflits contemporains

1914-1918: La guerre du Canada. La mobilisation

Introduction

France, 9 avril 1917, 5h30. La première vague d’assaut des quatre divisions d’infanterie canadiennes avance vers les positions allemandes sur la crête de Vimy. La température était froide, accompagnée d’un fort vent du nord-ouest qui entraînait à sa suite un mélange de pluie et de neige dans le dos des soldats canadiens et en plein visage des défenseurs allemands. Les Canadiens avançaient sous le couvert d’un barrage d’artillerie constitué d’environ 1,000 canons, le tout appuyé par le feu continu et concentré de 150 mitrailleuses. Ceci représentait une concentration de feu rarement également par la suite dans les annales de la guerre moderne.

Un bataillon canadien sur une route de France. 1918.

Au 14 avril, la bataille de Vimy était terminée et la crête était aux mains des Canadiens. En soit, Vimy était l’une des positions défensives allemandes les mieux organisées sur le front Ouest et des tentatives de l’armée française visant à capturer la crête en 1915 s’étaient soldées par des pertes d’environ 150,000 hommes. La bataille de 1917 avait été menée par 52 bataillons d’infanterie, 48 bataillons canadiens et 4 britanniques (la 13e Brigade britannique relevant de la 2e Division canadienne). Les Canadiens avaient progressé d’environ 5 kilomètres, capturé 4,000 prisonniers, 54 canons, 104 mortiers de tranchées et 124 mitrailleuses, le tout pour des pertes de 10,600 hommes, dont 3,698 tués. Parmi les faits d’armes, quatre Croix de Victoria furent attribuées au cours de cet engagement.

La capture de la crête de Vimy peut être considérée comme l’une des victoires les plus spectaculaires des forces alliées depuis 1914. Pour la première (et seule) fois, les quatre divisions canadiennes ont été à la bataille côte à côte et le Corps canadien s’était bâti une réputation d’agressivité au combat hors pair. De plus, un sentiment de fierté nationale était né au Canada à la suite de cette bataille « canadienne ». Sur le terrain, trois des quatre commandants de divisions étaient canadiens et moins de deux mois plus tard, l’un d’eux, Arthur Currie, l’un des plus brillants tacticiens que le Canada ait produits, allait devenir le commandant du Corps.

La route jusqu’à Vimy fut longue pour le Canada et ses soldats. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en août 1914, le Canada se trouve automatiquement en état de guerre. Sa position constitutionnelle de Dominion dans l’Empire britannique ne lui accorde aucun droit de regard sur des gestes de politique étrangère, comme le fait de déclarer la guerre ou de faire la paix. Cependant, le Canada avait le droit de décider de la nature de sa contribution à l’effort de guerre de l’Empire.

Sir Robert Borden. Premier ministre du Canada de 1911 à 1920.

La loyauté face à l’Empire, les liens qui unissaient avec la mère-patrie britannique et un sentiment de patriotisme très élevé étaient des éléments communs d’une large partie de la population canadienne de l’époque. Il n’y avait pas vraiment de doutes que la réponse du Canada à l’appel de la mère-patrie serait dès plus généreuse. Le Premier ministre Sir Robert Borden exprimait bien le sentiment de la nation lors de l’ouverture d’une session extraordinaire du Parlement le 18 août 1914 en affirmant que le Canada serait au coude à coude avec l’Angleterre et les autres Dominions dans la guerre qui s’amorçait. Accomplir son devoir était avant tout une question d’honneur.

Au début du conflit, l’armée régulière canadienne, que l’on appelait la Milice active permanente, se composait d’à peine 3,000 hommes. Elle consistait en deux régiments de cavalerie (le Royal Canadian Dragoons et le Lord Strathcona’s Horse), un bataillon d’infanterie (le Royal Canadian Regiment, RCR) et de quelques unités d’artillerie, de génie et d’approvisionnement. Cette petite force avait été renforcée quelques jours plus tard suivant la déclaration de guerre avec la formation d’une nouvelle unité d’infanterie, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI). Levé par le capitaine et philanthrope Hamilton Gault, et nommé d’après le nom de la fille du Gouverneur Général de l’époque, ce bataillon avait rapidement comblé ses rangs de volontaires, notamment par des vétérans de la guerre des Boers.

Le PPCLI avait été la première unité à être envoyée au front lorsque ses hommes mirent les pieds dans les tranchées avec la 80e Brigade de la 27e Division britannique, le 6 janvier 1915, soit deux mois avant que les forces canadiennes de la 1ère Division n’arrivent en ligne. Ironiquement, la seule unité régulière d’avant-guerre, le RCR, avait été envoyé aux Bermudes pour relever un bataillon britannique et ne parvint pas en France avant novembre 1915.

Derrière la petite force régulière se trouvait une Milice active non-permanente. Forte sur papier d’environ 60,000 à 70,000 hommes, elle comprenait 36 régiments de cavalerie et 106 régiments d’infanterie. Bien que des mesures avaient été mises en place pour avant la guerre afin d’améliorer les équipements et l’entraînement, les forces canadiennes de 1914 n’étaient pas prêtes au combat, mais elles fournissaient à tout le moins une base sur laquelle on pouvait construire une force plus solide.

Débuts chaotiques

Dès l’annonce de l’entrée en guerre, le gouvernement canadien offrit d’envoyer un contingent, une offre d’emblée acceptée par l’Angleterre. Le département britannique de la Guerre (le War Office) croyait qu’une division d’infanterie canadienne organisée sur le modèle britannique serait d’à-propos. L’effectif autorisé de cette division était fixé à 25,000 hommes. Ce chiffre est élevé, car une division d’infanterie à l’époque comprenait environ 18,000 hommes, mais le surplus demandé était pour combler aux pertes et assurer la relative autonomie de ladite division une fois au front, du moins pendant quelques mois.

Sir Sam Hughes. Ministre de la Milice de 1911 à 1916.

Le ministre canadien de la Milice était le colonel Sam Hughes, un homme énergique, quoiqu’arrogant et imbu de sa personne, mais grandement pourvu de zèle pour la cause de l’Empire. Hughes avait décidé d’ignorer les plans de mobilisation mis en place avant le conflit. Il décida d’y aller de son propre plan qui se voulait un « appel aux armes » personnel adressé directement à tous les commandants des unités de la milice non-permanente.

Chaque unité de milice devait selon Hughes envoyer des volontaires au nouveau camp militaire à Valcartier, au nord de Québec. Valcartier était l’endroit désigné où devait s’assembler le contingent qui allait partir en Europe. Au plan administratif et sanitaire, la situation au camp de Valcartier à l’automne de 1914 était chaotique à maints égards, au moment où plus de 30,000 volontaires venaient s’y installer. De plus, le colonel Hughes avait décidé d’ignorer les structures régimentaires existantes. À la place, il avait ordonné la formation de nouveaux bataillons qui seraient désignés par un numéro au lieu d’un nom propre, comme c’était la coutume avant la guerre.

Le camp militaire de Valcartier en septembre-octobre 1914.

Une autre décision controversée du ministre Hughes, qui entraîna un fort sentiment d’amertume au sein de la troupe, fut l’imposition de la carabine Ross comme arme d’ordonnance du contingent canadien. Fabriquée à Québec, la carabine Ross avait une bonne réputation comme arme de tir sportif dans un environnement contrôlé. Par contre, elle n’était pas du tout adaptée à l’environnement des tranchées. La carabine ne supportait pas la pluie et encore moins la boue. De plus, elle avait la fâcheuse tendance à s’enrayer après avoir tiré une cinquantaine de cartouches, notamment par la surchauffe de la culasse qui faisait « enfler » cette dernière et rendait son actionnement avec la main presque impossible. Le plus simple était de frapper à coup de pied afin de débloquer la culasse.

La carabine Ross fabriquée à Québec. Elle était l'arme principale (et officielle) des soldats canadiens d'août 1914 à août 1916.

Sans surprise, les soldats détestaient cette arme et une fois rendus au front, dès que l’occasion se présentait, ils s’en débarrassaient au profit de la carabine britannique Lee-Enfield, une arme parfaitement adaptée aux conditions du front. Lorsque la 1ère Division quitta le front après cinq jours de combat suivant l’attaque allemande aux gaz à Ypres, environ 1,400 soldats canadiens qui avaient survécu s’étaient approprié des carabines Lee-Enfield prises sur le champ de bataille. Ce ne fut pas avant la mi-juin 1915 que fut entamé le processus d’équiper la 1ère Division avec la carabine Lee-Enfield.

La carabinne britannique Lee-Enfield, arme principale des soldats canadiens de 1916 à 1918.

Vers l’Angleterre

Malgré toutes les erreurs initiales, un premier contingent canadien d’un peu plus de 30,000 hommes avait quitté du port de Québec pour l’Angleterre le 3 octobre 1914. C’était un chiffre beaucoup plus élevé que les 25,000 hommes initialement promis par le Premier ministre Borden. Le convoi de 31 navires remonta le fleuve Saint-Laurent et fut rejoint au large de Terre-Neuve par un 32e navire (qui embarquait le Newfoundland Regiment) et des navires d’escorte britanniques.

Cette première traversée de l’Atlantique se passa sans histoire. Le convoi était finalement arrivé à Plymouth le 14 octobre, alors que la destination aurait dû être Southampton, mais la menace sous-marine allemande avait fait changer les plans. L’accueil de la population fut bien chaleureux.

Les forces canadiennes nouvellement débarquées en Angleterre furent transportées dans une immense plaine à Salisbury où, durant les quatre prochains mois, elles allaient compléter leur entraînement dans le but d’être déployées au front au début de l’année suivante. Les conditions de vie à Salisbury furent pénibles pour les Canadiens, à commencer par la température exécrable où l’Angleterre connut l’un des hivers (celui de 1914-1915) les plus humides de récente mémoire. Pendant les premières semaines, les hommes étaient logés dans des tentes entourées d’une mer de boue. Éventuellement, des baraquements en bois quelque peu surélevés furent aménagés, ce qui permettait aux hommes d’être au moins au sec.

Des soldats canadiens dans la plaine de Salisbury (sud de l'Angleterre) pendant l'hiver de 1914-1915.

À la fin de janvier 1915, le contingent, maintenant connu sous l’appellation de la « Division canadienne », fut jugé prêt à être envoyé au front. Les comandants des trois brigades composant la division étaient des Canadiens: la 1ère brigade sous les ordres du brigadier-général Malcom Mercer, la 2e sous Arthur Currie et la 3e sous Richard Turner (un général de Québec qui avait remporté une Croix de Victoria en Afrique du Sud). Ces trois généraux de brigade n’étaient pas des militaires réguliers. Le commandement de la division canadienne fut confié à un officier britannique de carrière, le lieutenant-général Alderson.

La division canadienne fut passée en revue le 4 février 1915 par le Roi George V accompagné de Lord Kitchener, le ministre de la Guerre. Cinq jours plus tard, le gros de la division fut transporté d’Avonmouth vers Saint-Nazaire en France. Le 16, l’effectif complet de la division se trouvait en France.

En une période de six mois, le premier contingent canadien avait été recruté, assemblé et provisoirement organisé. La formation avait reçu un entraînement de base, elle avait traversé l’Atlantique, avait été réorganisée selon un modèle divisionnaire, élevée à un standard opérationnel et transférée en France. C’est un exploit, étant donné qu’à peine six mois auparavant, la presque totalité de ces hommes était des civils. La division canadienne était également la première division « irrégulière » à joindre les rangs des forces professionnelles britanniques se trouvant en France. Elle avait quelque peu précédé à l’arrivée d’autres divisions irrégulières britanniques.

Nous étions en mars 1915. Les Canadiens étaient maintenant dans les tranchées.

Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.

Les conférences de Québec de 1943 et 1944

Causerie prononcée au Cégep de Limoilou le 31 mai 2008 dans le cadre du congrès annuel de l’Association des professeurs d’histoire de cégep du Québec.

Bonjour Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de votre présence et à remercier les organisateurs du congrès de l’Association des Professeurs d’Histoire de Cégep de cette province pour l’accueil qui m’est offert.

L’une de vos collègues, Madame Martine Dumais, m’a contacté il y a de cela quelques semaines afin que je vous entretienne d’un sujet qui, je pense, saura trouver sa pertinence dans un contexte où la ville de Québec célèbre 400 ans d’histoire.

En effet, dans la longue liste des événements d’importance historique qui ont marqué cette ville, c’est un honneur pour moi de venir vous entretenir des conférences de Québec de 1943 et 1944.

Vous n’êtes pas sans savoir que ces conférences se sont déroulées à une époque trouble de notre histoire. C’était une époque ravagée par la guerre, probablement l’une des guerres les plus sanglantes que le monde ait connues.

Histoire de mieux saisir la teneur de ces événements, on peut peut-être rappeler le contexte, qui comme vous le savez, est toujours important lorsque l’on aborde les problèmes historiques.

J’ai donc divisé mon exposé en quatre phases: 1) le contexte de la guerre de 1939-1945; 2) que sont les conférences?; 3) les enjeux débattus; 4) le rôle du Canada.

En approfondissant ces points, l’accent sera surtout mis sur le fond, c’est-à-dire les enjeux qui auront été débattus, mais je ne ferme pas la place, s’il me reste du temps, pour parler quelque peu de la « petite histoire » entourant ces conférences.

Le contexte de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Dans le contexte de la montée des mouvements totalitaires en Europe dans les années 1930, en particulier en Allemagne, en Italie et en Union soviétique, le monde pouvait à juste titre craindre qu’une autre conflagration semblable à celle de 1914-1918 puisse éclater.

En effet, le 1er septembre 1939, les armées hitlériennes envahissaient la Pologne, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale. Rapidement, les pays d’Europe s’écroulaient les uns après les autres sous la pression des armées allemandes. Outre la Pologne en 1939, les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique et même la France avaient déjà capitulé à la fin de l’année 1940.

De son côté, seule l’Angleterre résistait de peine et de misère aux tentatives allemandes de conquête. Devant la résistance offerte par les Britanniques, grâce notamment à l’aide matérielle que lui avaient envoyée les États-Unis et le Canada, Hitler s’était résigné à surseoir à son projet de conquête des îles britanniques. En juin 1941, Hitler avait décidé de retourner ses forces contre le géant soviétique, de même que les États-Unis avaient joint la coalition des Alliés suite à la brusque attaque aéronavale des Japonais à Pearl Harbor en décembre de la même année. D’autre part, devant la rapide progression des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon), les pays alliés n’avaient eu d’autre choix que d’emboîter le pas et mobiliser leurs armées et leurs économies pour la reconquête des territoires perdus.

Que sont les conférences de Québec?

Cela dit, dans tout ce contexte, on peut se poser la question suivante : que sont les conférences de Québec?

D’entrée de jeu, les conférences de Québec sont deux événements figurant dans la longue liste des diverses réunions de haut niveau stratégique organisées par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Pour vous donner une idée de l’importance des événements, en effectuant mes recherches, j’ai remarqué que dès 1946, soit moins de trois ans après la tenue des événements, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnaissait les conférences de Québec comme des événements historiques d’une importance nationale. Autrement dit, les contemporains de l’époque avaient jugé bon d’inscrire dans le grand livre de l’Histoire, voire la liste des sites patrimoniaux, ces événements où s’étaient prises des décisions majeures.

Effectivement, au moment où la Seconde Guerre mondiale déchirait le monde, le Président des États-Unis Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à Québec pour faire le point sur les opérations du moment et celles à venir. Comme hôte des événements, le premier ministre canadien Mackenzie King ne participe cependant pas aux discussions, signe que c’était les « grands » qui allaient s’en charger. Quant à Joseph Staline, le dirigeant de l’Union soviétique, son pays n’a pas participé aux conférences, mais il sera l’hôte d’une autre importante conférence à la fin du conflit, soit celle de Yalta au début de 1945.

Vous l’aurez compris, les conférences de Québec auront eu non seulement un impact sur le déroulement de la guerre, mais aussi sur la configuration du monde une fois la paix revenue. D’après les archives, c’est le président américain qui aurait eu l’idée de tenir les conférences à Québec, plus précisément à la Citadelle. La première d’entre elles a eu lieu du 10 au 24 août 1943, et la seconde du 11 au 16 septembre 1944.

En un mot, on pourrait dire qu’une décision majeure est sortie pendant chacune de ces conférences. À Québec, en 1943, on décide que finalement ce sera la Normandie qui deviendra le futur théâtre des opérations en Europe de l’Ouest occupée. Au sortir de la seconde conférence de 1944, les dirigeants anglo-américains vont coordonner leurs plans d’après-guerre, notamment en ce qui a trait au mode d’occupation future du territoire allemand.

Bien entendu, il serait trop simple de s’en tenir à ces conclusions sommaires et on examen approfondi mérite d’être fait.

« Quadrant » (août 1943)

C’est donc dire qu’au moment où se tient la première des deux conférences de Québec en août 1943, le monde est en guerre depuis presque 4 ans déjà.

Histoire de vous donner une idée de la situation sur les divers fronts, toujours en ce mois d’août 1943, on peut brosser le constat suivant :

– Sur le front de l’Est, en Union soviétique, les Allemands avaient été défaits dans Stalingrad, et leurs armées affrontaient celles des Russes, notamment au centre de l’Ukraine;

– En Afrique, les armées du maréchal Erwin Rommel étaient forcées d’abandonner le continent devant la poussée anglo-américaine;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient d’envahir la Sicile le mois précédent et l’Italie était sur le point de capituler;

– Sur le front Ouest, soit en France, le pays était toujours fermement occupé par les Allemands et un malheureux raid tenté par les Canadiens à Dieppe en août 1942 avaient fourni deux enseignements: 1) on était pas prêt pour un débarquement face à une armée bien organisée; 2) les Allemands étaient prêts à nous recevoir;

– Dans le Pacifique, les troupes américaines reprenaient petit à petit les territoires perdus au profit des Japonais depuis 1941;

– Dans les airs, les Alliés bombardaient jour et nuit l’Allemagne, espérant ainsi affaiblir la production de guerre du Reich;

– Sur les mers, l’année 1943 voyait une sauvage bataille se dérouler dans l’Atlantique, où les sous-marins allemands causaient des dommages terribles à la flotte marchande alliée.

C’est donc dire qu’au moment où se réunissent les dirigeants alliés à Québec en août 1943, le sort des armes commençait déjà à favoriser leur camp, mais on était encore bien loin de la coupe aux lèvres. D’autres batailles allaient devoir être engagées, l’Allemagne et le Japon étaient loin d’être battus. Dans cet ordre d’idées, il faut aussi comprendre que la première conférence de Québec est la troisième conférence majeure à se dérouler en 1943.
La première avait été la conférence de Casablanca en janvier, où on avait planifié l’invasion de l’Italie pour la même année, dressé quelques plans pour une invasion à travers la Manche pour 1944. À Casablanca avait aussi été publiée une importante déclaration, soit celle d’exiger des forces de l’Axe une capitulation sans condition.

La seconde conférence de 1943 s’était tenue à Washington, au mois de mai. Les Alliés avaient poursuivi la planification de l’invasion de l’Italie, de même que d’intensifier les bombardements aériens sur l’Allemagne et la guerre dans le Pacifique.

On comprend alors qu’au moins d’août, à Québec, les dirigeants alliés sont habitués de se voir! D’autres décisions devront par contre être confirmées à Québec.

Au cours de la première conférence de Québec, les Alliés vont décider d’augmenter les effectifs militaires employés contre le Japon. D’ailleurs, on s’était donné un délai d’un an pour défaire le Japon à la suite de la défaite éventuelle de l’Allemagne. On considérait que l’Allemagne serait défaite vers octobre 1944, donc le Japon en octobre 1945.

Par ailleurs, et sur un très court terme, les Alliés prévoyaient un débarquement au sud de la ville de Naples, une fois que l’Italie aurait capitulé, dans le but de prendre à revers les Allemands qui défendaient le sud de la péninsule.

Au sujet de la situation dans les Balkans, on s’était entendu pour ne tenter aucune opération militaire dans la région, sauf peut-être poursuivre quelques opérations de ravitaillement des guérillas locales et d’effectuer des bombardements, puis de maintenir des négociations avec la Turquie pour qu’elle sorte de sa neutralité.

Dans la logique des conférences précédentes, il est également décidé de poursuivre l’offensive aérienne contre l’Allemagne à partir des bases aériennes établies en Angleterre et en Italie envahie. Les buts des bombardements contre l’Allemagne étaient d’anéantir la force aérienne ennemie, de disloquer son potentiel industriel et de préparer la voie pour l’ouverture d’un autre front en Europe.

De plus, une déclaration avait été émise au sujet de la Palestine afin de calmer les tensions dans la région, où l’occupation britannique devenait de plus en plus difficile.

C’est aussi lors de cette conférence que l’on émit une condamnation commune des atrocités allemandes qui s’exerçaient en Pologne.

Enfin, et c’est une décision majeure pour les événements à moyen terme, on confirme une invasion de la Normandie pour mai 1944, de même qu’une planification d’un second débarquement dans le sud de la France. Pour l’invasion de la Normandie, Churchill avait accepté que le commandement opérationnel soit confié à un général américain, ici Eisenhower.

Certaines pommes de discorde sont aussi apparues à Québec, en 1943. Au sujet du Projet Manhattan, celui de développer une bombe atomique, Churchill voulait que l’Angleterre y participe à fond, mais Roosevelt voulait restreindre la participation britannique. Par contre, les deux s’étaient entendus pour ne pas partager leurs informations avec Staline.

« Octagon » (septembre 1944)

Les Alliés ont par conséquent poursuivi les opérations en 1944, dans la logique des décisions prises à Québec l’année précédente.

Au moment de la seconde conférence de septembre 1944, la situation des Alliés sur un plan militaire avait grandement progressé. On peut faire ici le résumé, et vous verrez l’évolution par rapport à 1943 :

– Sur le front Est, les troupes de Staline avaient libéré tout le territoire russe et s’étaient bien installées en Pologne, dans les pays baltes, en Hongrie et marchaient déjà sur l’Allemagne;

– Le continent africain n’était plus un front en soi, libéré depuis plus d’un an déjà;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient de libérer Rome, mais piétinaient dans leur progression vers le nord, face à des troupes allemandes aguerries et aux difficultés de terrain et de ravitaillement;

– Sur le front Ouest, le fameux débarquement en Normandie en juin avait réussi et en septembre 1944, les Alliés étaient installés en Belgique, tout en poursuivant leur progression vers le Rhin;

– Dans le Pacifique, les Américains poursuivaient leur lutte contre les Japonais dans la Mer des Philippines;

– Dans les airs, les Alliés frappaient de plus en plus durement l’Allemagne, comme sur la mer leur flotte remportait progressivement la lutte face aux sous-marins allemands, malgré que ceux-ci demeureront une menace jusqu’à la fin du conflit;

Bref, au moment où l’on se réunit pour une seconde fois à Québec, les Alliés savent qu’ils vont gagner la guerre. La question est de savoir quand.

Vous aurez aussi compris qu’au moment de se réunir à nouveau en septembre 1944, il ne s’agit pas de la première conférence interalliée de l’année. En fait, dès novembre et décembre 1943, Churchill, Roosevelt et Staline (les 3 « Grands ») se rencontrent pour la première fois les trois à Téhéran pour discuter à nouveau de stratégie.

En juillet 1944, à Bretton Woods aux États-Unis, se tient une autre célèbre conférence réunissant les représentants de 44 nations. On crée notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale de reconstruction et de développement. L’idée même de créer une organisation des « Nations Unies » était bien avancée sur le papier, au moment où va s’amorcer la seconde conférence de Québec en septembre.
On le sent, l’esprit de 1944 est différent. Il est axé sur l’après-guerre, donc sur des questions qui toucheront aussi la politique, l’économie, bref le partage du monde une fois les hostilités terminées.

En simplifiant, on peut dire que la première conférence avait été militaire, alors que la seconde sera politique. Ce sont les Britanniques qui d’ailleurs avaient insisté pour se réunir à nouveau.

L’un des grands dossiers de la conférence était l’évolution de la guerre dans le Pacifique. L’Angleterre souhaitait jouer un plus grand rôle sur ce théâtre d’opérations, notamment dans le but de maintenir sa position qu’elle avait perdue dans la région avant les hostilités. C’est en ce sens que les Britanniques avaient offert aux Américains des bâtiments de guerre supplémentaires.

Toujours en ce qui concerne le Pacifique, les Anglo-Américains s’étaient entendus pour poursuivre l’extension de leur prêt-bail à la Chine, de matériel de guerre, du moins tant et aussi longtemps que la guerre n’était pas terminée.

En ce qui concerne l’Allemagne, on a bien sûr discuté de son statut futur. Il a été question de diviser le pays sous une occupation militaire. De plus, l’idée était carrément de désindustrialiser le pays. On voulait séparer l’Allemagne en deux et aucune réparation monétaire ne lui serait exigée, comme cela avait été le cas lors de la fin de la guerre de 1914-1918.

Deux conférences au Canada…sans le Canada

L’une des polémiques qui a fait surface par rapport aux conférences de Québec, et qui est encore débattue de nos jours, peut-être dans une moindre mesure, est le pourquoi de l’absence du Canada dans le processus décisionnel.

Si vous voulez une réponse froide, voire objective (sinon arrogante!), je vous dirais que la direction de l’effort de guerre sur le front Ouest n’étaient que de l’unique ressort des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances à l’Ouest.

Comme premier ministre, et donc comme dirigeant de tout l’Empire britannique, Churchill disait que c’était sa responsabilité de représenter le Canada et de le tenir informé des événements (même si le pays était officiellement indépendant depuis 1931). Cependant, Churchill avait concédé que l’on pourrait accorder au Canada le droit de participer uniquement aux sessions plénières, soit les réunions préparatoires.

C’est le président américain Roosevelt qui a alors apposé son veto face à l’intention de Churchill. Pourquoi? Dites-vous ceci : si on laisse le Canada participer aux réunions, des pays comme le Brésil, la Chine et autres Dominions de l’Empire britannique qui sont en guerre voudront un siège et un droit de regard sur les décisions.

Ce qui fait aussi que l’affaire n’a pas été plus loin à l’époque, et qui n’a pas trop nui au déroulement des séances (malgré certaines critiques dans la presse), c’est que Mackenzie King lui-même a accepté de jouer le rôle de l’hôte, de se faire photographier avec les grands de ce monde.

Plus sérieusement, bien que le Canada n’ait joué qu’un rôle de figurant lors des conférences de Québec, cela ne signifie pas que sa contribution à l’effort de guerre ait été minime, au contraire. Le problème dans ce genre de situation est qu’il est simplement difficile de gérer une coalition d’États de puissances inégales. Mackenzie King se serait cru davantage utile en jouant un rôle de liaison entre Churchill et Roosevelt (qui se méfie l’un de l’autre), plutôt que de tenir un rôle plus que mineur dans la planification stratégique.

Les conférences ou ce qu’il en reste

Les traces tangibles des conférences de Québec de 1943 et 1944 se font rares dans le paysage mémoriel québécois. Après discussions avec certains d’entre vous, je remarque que certains abordent la question lorsqu’ils traitent de la Seconde Guerre mondiale dans leurs cours, ce qui est très bien.

Malgré l’importance capitale de ces événements à l’époque, le sujet me semble peu enseigné, comme c’est le cas généralement de l’histoire militaire aussi.

À défaut de me fier à mon instinct, certaines traces des conférences demeurent. Par exemple, des plaques rappelant les événements sont présentes à la Citadelle de Québec. Des archives audio-visuelles existent aussi. Les touristes et passants dans Québec remarquent au coin des rues Saint-Louis et de la Côte de la Citadelle les statuts des trois principaux personnages des conférences: Churchill, Roosevelt et King.

D’un point de vue historiographique, une recherche en surface nous indique à première vue que le sujet pourrait davantage être approfondi. Nous avons retracé une étude de plus de 500 pages de l’historien américain Maurice Matloff portant sur la planification stratégique des Alliés pour les années 1943 et 1944. Consacrée surtout au volet militaire de la question, cette étude accorde néanmoins quelque 60 pages aux conférences de Québec. Le problème, peut-être, est que l’étude fut publiée à la fin des années 1950 et un renouvellement serait le bienvenu, malgré la grande qualité de l’ouvrage.

Voilà en somme pour ce qui concerne les conférences de Québec de 1943 et 1944. Comme vous le constatez, le sujet a son importance, de grandes décisions se sont prises, des décisions qui ont eu des impacts décisifs sur la tournure des événements subséquents. Le tout s’étant déroulé non loin d’ici, à une époque qui nous semble déjà lointaine.

Je vous remercie de votre attention.

Le Royal 22e Régiment pendant la Seconde Guerre mondiale (2e partie)

Le major Paul Triquet avec sa Croix de Victoria (début 1944).

L’hiver de 1943 sur le front italien n’allait pas signifier un ralentissement de la cadence des opérations pour les forces canadiennes et le Royal 22e Régiment (R22R). Au contraire, en décembre, les Canadiens poursuivent l’offensive et s’emparent du port d’Ortona, sur l’Adriatique, à la suite d’une féroce bataille maison par maison.

Cependant, les 1re et la 2e brigades de la 1ère Division canadienne subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives simultanées de prendre la jonction des routes d’Ortona entourant le port. Le commandant de la 1re Division décide donc d’engager sa 3e brigade qui se trouvait en réserve. Rappelons que la 3e brigade avait tenté sans succès de prendre ce fameux objectif constitué par le carrefour routier d’Ortona. Le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment l’avaient d’ailleurs appris à leurs dépens. Le R22R était donc le dernier espoir de la 1re Division de capturer l’objectif à court terme.

Un lieu maudit: la Casa Berardi

Dans les opérations en vue de préparer la capture de Rome, il fallait sécuriser une série d’objectifs, dont la jonction des routes autour d’Ortona. Pour ce faire, la capture d’un point fortifié nommé la Casa Berardi au cœur du carrefour routier était essentielle. La prise de cet objectif permettrait la poursuite des opérations de la 8e Armée britannique vers Rome. Par conséquent, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction de routes. La prise de la Casa Berardi, attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Le 14 décembre 1943, la compagnie C, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l’Ontario Tank Régiment, attaque le point fortifié de la Casa Berardi. Les difficultés commencent dès le début. Autour de l’objectif se trouve un petit ravin fortement défendu et, en s’approchant, la compagnie C est soumise à un feu violent de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers de la compagnie et cinquante pour cent des hommes furent tués ou blessés en l’espace de quelques minutes.

Autre point inquiétant, la résistance et les manœuvres de l’ennemi finissent par isoler la compagnie C du reste du régiment.  Sentant la soupe chaude, le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots : «Nous sommes encerclés, l’ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs, l’endroit le plus sûr, c’est l’objectif».

À ce moment, la compagnie se trouve à 1,6 kilomètre de la Casa Berardi et il ne reste qu’une trentaine d’hommes dont deux sergents pour les commander. Quand Triquet constate que ses flancs n’étaient plus protégés, il n’y avait donc qu’un endroit sûr, l’objectif. Suivi de ses hommes, Triquet s’élance et enfonce la résistance ennemie. Au cours de cet engagement, quatre chars allemands sont détruits et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis sont réduits au silence.

Carte du front italien à la hauteur de Rome.

Une fois l’objectif atteint, il fallait le défendre. En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organise immédiatement sa poignée d’hommes en un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmet le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas». Une contre-attaque ennemie appuyée de chars d’assaut est déclenchée presque immédiatement. Le capitaine Triquet tirait un feu intense. Il était partout, encourageant ses hommes, dirigeant la défense et se servant de n’importe quelle arme qui lui tombait sous la main. Il mit ainsi lui-même plusieurs Allemands hors de combat.

La Casa Berardi.

Cette attaque et celles qui suivirent furent repoussées avec des pertes élevées. Le capitaine Triquet et sa petite troupe ont tenu bon contre des forces supérieures en nombre, jusqu’à ce que le reste du régiment se fut emparé de la Casa Berardi et les eut relevés le lendemain. Lorsque l’objectif est atteint, il ne reste plus que 15 hommes et quelques chars. Grâce à eux, la Casa Berardi est prise et la route était ouverte pour l’attaque contre l’embranchement vital d’Ortona, la voie qui menait à Rome. Pour son héroïsme, le capitaine Triquet fut décoré de la Croix Victoria. Au cours de cet engagement, la compagnie C a perdu 23 soldats tués et 107 blessés.

1944 débute

Au lendemain de la bataille de la Casa Berardi, le R22R est placé en réserve pour les deux premières semaines de janvier 1944, histoire de refaire ses forces. Au cours de cette période, un congé sera accordé aux membres ainsi que des cours de tactiques aux nouveaux caporaux ainsi qu’aux renforts.

Le 5 janvier 1944, un événement important se déroule au sein de la vie régimentaire. En effet, le lieutenant-colonel Jean Victor Allard prend officiellement le commandement du régiment. Quant au lieutenant-colonel Paul-Émile Bernatchez, le commandant sortant, il est promu et prend le commandement de la 3e brigade le 13 avril de la même année.

La période de la mi-janvier à avril 1944 pour le R22R se déroule en fonction de deux semaines sur la ligne de front suivie de quelques de jours de congé.  Sur la ligne de front, le régiment aura à mener quelques raids et patrouilles. C’est au cours de cette période qu’un militaire, le caporal Armand Hébert, subit en février les plus graves blessures qu’un membre du régiment ait eu au cours de cette guerre, et peut-être dans toute l’histoire de l’unité depuis 1914.

Lors de l’Opération de ravitaillement Bluebird, le caporal Hébert se rendait aux avant-postes en première ligne avec la mule qui transportait le matériel. Soudainement, l’animal posa la patte sur une mine. L’immense explosion blessa gravement le caporal qui se trouvait à côté. Le caporal Hébert y laissa ses deux bras et ses deux jambes, ce qui en fit le plus grand mutilé du régiment.

À l’assaut de la Ligne Hitler

Nombreuses furent les batailles sanglantes pour le R22R en Italie et on peut en évoquer quelques-unes. Le 19 mai 1944 à 06h30, le R22R et le Carleton and York Regiment attaquent la Ligne Hitler, face aux objectifs assignés de la Route Aquino et Pontecorvo.

Malheureusement, une grande partie de l’artillerie, d’abord assignée à l’assaut, est détournée à l’appui de la poussée d’une division voisine.  Considérant que l’appui de l’artillerie n’était pas suffisant pour les deux bataillons, le brigadier-général Bernatchez arrête l’avance du Carleton and York et décide de continuer l’assaut avec uniquement le R22R, son ancienne unité.

Le lieutenant-colonel Jean Victor Allard.

Les hommes du régiment se trouvent à 2 km au sud d’Aquino et ils n’ont pas encore atteint l’objectif.  Au début, le déplacement des troupes est dissimulé par de hautes broussailles, mais lorsqu’elles débouchent dans les champs à découvert, elles essuient le tir incessant des mitrailleuses. Au cours de la matinée, une compagnie se fraye un chemin jusqu’à 40 mètres des barbelés ennemis, où elle tombe sous un feu nourri de mortiers.  À deux heures, le lieutenant-colonel Allard, qui commandait le régiment en remplacement de Bernatchez, reçoit l’ordre de rompre le contact avec l’ennemi.

Le régiment perd 57 soldats tués et blessés au cours de cet assaut empreint de frustrations.  Il aura l’occasion de se reprendre.  Le haut commandement avait compris que seule une attaque de division viendrait à percer la ligne. On décide donc de tenter un nouvel assaut.

L’heure H est fixée à 06h00 le 23 mai. Ayant servi comme force de reconnaissance de combat le 19 mai, le R22R fut versé à la réserve divisionnaire. Vers 17h00 et après d’âpres combats, la ligne Hitler est enfin percée.  Dans son rôle d’unité de réserve pour cette bataille, le R22R reçoit alors la tâche d’élargir la brèche et d’exploiter le succès remporté, ce qui vengeait en quelque sorte son demi-échec du 19 mai.

Au cours de cette opération de nettoyage, le régiment fait plusieurs prisonniers, capture un matériel considérable et en entre dans un poste de commandement. Pour la petite histoire, le régiment avait ramassé tout près de vingt Croix de fer non encore décernées aux militaires allemands.

Et il faut en parler du courage de ces hommes face aux dangers! Qui, avec un sens d’abnégation sans équivoque, fait son devoir au mépris de sa vie, tel que le soldat Alban Leblanc lors de l’attaque de la ligne Adolf Hitler. Le peloton du soldat Leblanc avançait vers son objectif à travers les défenses ennemies lorsque, soudainement, il se trouve directement dans la ligne de tir d’un poste de mitrailleuses.

À ce moment critique de l’assaut, chaque minute perdue signifiait davantage de victimes et risquait de compromettre le succès de l’opération. C’est ce dont le soldat Leblanc venait de se rendre compte lorsqu’il se précipite en avant de sa propre initiative. Sans aucun égard pour sa propre sécurité, il charge la position ennemie et capture sans aide un poste de mitrailleuses, tout en tuant un à un ceux qui l’occupaient. Par ce geste, le soldat Leblanc permit à son peloton de poursuivre son avance.

Été 1944-Printemps 1945

Autre événement isolé de la petite histoire, mais grandement médiatisé à l’époque, le régiment aura l’occasion d’obtenir une rencontre privée avec le pape Pie XII le 3 juillet 1944 lors du passage de l’unité dans Rome.

De juillet 1944 à mars 1945, le régiment poursuit sa route vers le nord de l’Italie. Il combat sur la ligne GOTHIQUE à Borgo, Santa Maria, le Passage Lamone, la Ligne Rimini, San Martino, San Lorenzo, San Fortunato et Cesena.

Carte du front italien au nord de Rome, à la hauteur de la Ligne Gothique.

À noter que l’effort principal des Alliés à ce stade de la guerre n’est plus l’Italie, mais bien la France en prévision du débarquement en Normandie. Les ressources seront affectées en conséquence, si bien qu’en février et mars 1945, le Ier Corps canadien et les soldats du R22R se déplacent vers le nord-ouest de l’Europe à la fin des hostilités. Plus de 92,000 Canadiens servirent en Italie. Il y eut 26,000 pertes, dont plus de 5,300 morts.

Juin 1944 : Le débarquement en Normandie

Déterminées à mettre fin à quatre années d’occupation allemande souvent brutale, les forces alliées envahissent l’Europe occidentale le 6 juin 1944, le long d’un front de 80 kilomètres sur les plages de Normandie, en France.

Sur près de 150,000 soldats alliés débarqués ou parachutés dans la zone d’invasion le 6 juin, 14,000 étaient canadiens. Ils prirent d’assaut une plage portant le nom de code de Juno, tandis que des parachutistes canadiens sautaient juste à l’est des plages de débarquement.

Soldats du Régiment de la Chaudière.

Les Alliés se heurtèrent à des défenses allemandes hérissées d’artillerie, de mitrailleuses, de mines et d’objets piégés, mais l’invasion fut couronnée de succès. Le jour J, les Canadiens perdent 1,074 hommes, dont 359 morts. Les Canadiens jouèrent un rôle conséquent dans la bataille en Normandie, avec le débarquement en juillet de la 2e Division d’infanterie et celui de la 4e division blindée en août.

Au cours de la campagne de Normandie, qui a duré dix semaines, les Canadiens perdirent 18,000 hommes, dont 5,000 morts.

1944-1945 : Le Nord-Ouest de l’Europe

La Première armée canadienne combattit dans d’autres conditions extrêmement difficiles.  En septembre 1944, cette armée se dirigea vers le nord le long de la côte de la Manche, libérant les ports fortifiés de Boulogne et de Calais.

Carte des opérations dans le nord-ouest de l'Europe à la fin de 1944 et au début de 1945.

Au même moment, les Britanniques, qui avaient désespérément besoin d’installations portuaires pour être approvisionnés, s’emparaient de la ville belge d’Anvers. Toutefois, les Allemands occupaient les deux rives de l’estuaire de l’Escaut, qui relie Anvers à la mer sur 70 kilomètres. La plus grande partie de ce territoire se trouvait aux Pays-Bas. Au cours d’une campagne d’un mois qui débuta le 6 octobre, les Canadiens combattirent dans des conditions effroyables en terrain découvert et inondé afin de s’emparer des abords d’Anvers. Ils perdirent plus de 6,300 hommes tués ou blessés au cours de cette campagne.

1945 : La victoire contre l’Allemagne

Ce long préambule de la campagne du nord-ouest de l’Europe introduit le contexte, voire le climat dans lequel le R22R va retrouver les restes de l’armée canadienne au printemps de 1945 à la frontière allemande.

Soldats du Royal 22e Régiment en Hollande (1945).

La principale offensive terrestre alliée à partir de l’ouest contre le territoire allemand fut par conséquent lancée en février 1945. Au mois de mars, le R22R débarque dans le port de Marseille. Toute conversation étant interdite, les soldats firent un voyage secret et silencieux puisqu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas parler leur langue avec les Français rencontrés en cours de route.

Se frayant un passage à force de combats à travers la Rhénanie, perçant la redoutable ligne Siegfried et pénétrant dans les forêts de Reichswald et de Hochwald, les Canadiens contribuèrent à donner le coup de grâce à la résistance allemande dans ce secteur.

Ce ne fut pas facile. Les Canadiens devaient traverser des forêts denses ou avancer sur des terrains fortement détrempés tout en se heurtant à la féroce résistance de l’ennemi. Puis, le 6 avril, ils se retrouvent sur les bords de l’Yssel, au sud d’Apeldoorn en Hollande. Le R22R participe alors aux dernières opérations de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. En avril, les troupes canadiennes libèrent la plus grande partie des Pays-Bas. Lorsque les forces allemandes sur les fronts britannique et canadien se rendent le 5 mai, les Canadiens avaient atteint Oldenburg, dans le nord de l’Allemagne.

Bilan de la guerre 1939-1945

Les forces allemandes capitulent officiellement le 8 mai 1945. La guerre du Royal 22e Régiment était terminée. Par contre, à la fin du conflit en Europe, un autre bataillon du même régiment est levé pour aller combattre dans le Pacifique sous l’appellation, 1st Battalion 3rd Canadian Infantry Regiment. Il se rend en Nouvelle-Écosse pour une période d’entraînement. Après la capitulation du Japon en août 1945, ce bataillon s’établit au camp de Valcartier en octobre et devient le 2e Bataillon Royal 22e Régiment qui existe toujours.

Quant au corps principal du régiment en Europe, celui-ci rentre au Canada en octobre 1945 et est démobilisé à Montréal en mars de l’année suivante.

Le corps principal du Régiment et le 2e bataillon seront dissous pour redevenir le Royal 22e Régiment. L’unité reprend possession de la Citadelle de Québec en août 1946, alors qu’un détachement est envoyé à Saint-Jean-sur-Richelieu pour y occuper les casernes jusqu’en juillet 1950. Ce regroupement de diverses unités du R22R au lendemain immédiat des hostilités fut appelé la « Force intérimaire ». Celle-ci est dissoute le 1er octobre 1946 et le Royal 22e Régiment devient une des unités qui constitue la Force régulière.

La Seconde Guerre mondiale a elle aussi laissé des plaies béantes dans la société canadienne. Plus d’un million de Canadiens ont servi à temps plein dans les forces armées pendant la Deuxième Guerre mondiale. Sur une population totale de 11,5 millions d’habitants, 1,100,000 personnes se sont enrôlées volontairement ou non. De ce nombre, 45,000 ont été tuées et plus 55,000 blessées.

Au cours de la guerre, le Canada voit son industrie se transformer et son économie est en plein essor. De nouvelles technologies et de nouveaux procédés de fabrication permettent de produire d’énormes quantités de matériel militaire. En 1942, on avait atteint le plein emploi, alors que des centaines de milliers de Canadiens trouvaient du travail dans les industries de guerre.

Suite à son énorme contribution militaire, le Canada est également reconnu comme un acteur international important, qui poursuit de plus en plus sa propre voie en politique étrangère. C’est en ce sens que les expériences vécues au pays et outre-mer pendant la Seconde Guerre mondiale ont renforcé le sentiment d’identité des Canadiens.

Bref, pour la guerre de 1939-1945, le Royal 22e Régiment se voit attribuer officiellement 25 honneurs de batailles à la suite des durs combats menés. Le tribut aura été lourd, avec un bilan de 382 soldats tués et 1,265 blessés.

Le Royal 22e Régiment pendant la Seconde Guerre mondiale (1ère partie)

Septembre 1939. L’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie débute. Cette agression militaire conduisit directement à la Seconde Guerre mondiale. Abandonnant finalement leur politique d’« apaisement », la Grande-Bretagne et la France promirent d’aider les Polonais et d’arrêter Hitler.

Mackenzie King, Premier ministre du Canada.

1939 : Le Canada en guerre

La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Cependant, on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada, à savoir que le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France. Le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939. Le Premier ministre Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer. C’était la première fois que le Canada déclarait en son propre nom la guerre à une autre nation, sans obtenir au préalable l’aval de l’Angleterre.

1939-1942 : Les premiers engagements

Comme en 1914, le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre en 1939. L’armée régulière forte de 4,500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 appareils de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers.

Lorsque la guerre éclate en 1939, au Royal 22e Régiment, c’est la période des congés annuels. À l’instar de l’armée régulière, le  régiment, qui comptait un effectif d’au plus 250 militaires de tous grades, se voyait dans l’obligation de recruter afin d’atteindre l’effectif autorisé de 900 hommes.

L’entraînement des recrues s’est fait dans un premier temps à la Citadelle de Québec. Le Régiment est devenu une unité de la 3e Brigade au sein de la 1ère Division d’infanterie canadienne. Les soldats sont partis  pour l’Angleterre en décembre 1939 avec un effectif de 800 hommes, sans toutefois être parfaitement prêts.

Malgré le manque de préparation du Canada, les forces armées canadiennes ont connu une croissance rapide. Dans le seul mois de septembre 1939, plus de 58,000 Canadiens s’enrôlent. En décembre, les premières troupes canadiennes étaient en route pour la Grande-Bretagne. N’oublions pas qu’au début de la guerre, la situation semblait presque désespérée. En juin 1940, l’Allemagne avait défait la France et occupait la plus grande partie de l’Europe occidentale. L’Italie entra aussi en guerre aux côtés de l’Allemagne, formant l’alliance de l’« Axe » avec le Japon.

Dans ce contexte, la mobilisation des forces canadiennes eut pour résultat que trois ans plus tard, en 1942, les 250,000 hommes de la Première Armée canadienne formaient le cœur de notre engagement en Europe. Pour sa part, le Royal 22e Régiment jouera un rôle défensif lors de son passage en Angleterre entre décembre 1939 et juillet 1943, tout en s’entraînant pour une éventuelle invasion du continent européen.

Entre 1939 et 1943, et surtout après la débâcle des Alliés de juin 1940 sur le continent, le régiment assurera principalement la protection des côtes anglaises. À d’autres occasions, il effectuera des manœuvres de désinformations, tout comme des opérations de relations publiques.

Par exemple, le Régiment a été choisi pour monter la garde au Palais de Buckingham et de Saint-James du 12 au 21 avril 1940. À cette occasion, 6 officiers et 80 hommes du rang y seront affectés. C’était la première fois qu’une unité n’appartenant pas à l’armée anglaise était appelée à remplir cette fonction. Étant donné que la Grande-Bretagne fut soudainement menacée d’invasion, durant toute une année, du moins jusqu’à ce que l’Allemagne attaque l’Union soviétique en juin 1941, le Canada fut le principal allié subsistant de la Grande-Bretagne dans la lutte contre les forces fascistes.

Des soldats du Royal 22e Régiment montent la garde au palais de Buckingham, Londres (avril 1940).

1942 : le raid de Dieppe

À l’été de 1942, l’Union soviétique, qui croulait sous les coups d’une féroce attaque allemande, cria à l’aide. L’Armée canadienne accepta avec empressement un plan britannique consistant à attaquer les Allemands à Dieppe et à détourner leur attention.

À l’aube du 19 août 1942, près de 5,000 soldats canadiens appuyés par des commandos britanniques se lancèrent à l’assaut du port et des villages voisins. Le raid fut un désastre, car les défenses allemandes étaient en état d’alerte et plus fortes que prévu. De plus, les Canadiens ne disposaient pas du soutien naval et aérien nécessaire.

Des soldats canadiens ayant survécu au raid de Dieppe du 19 août 1942 de retour en Angleterre.

Certains historiens affirment que les leçons apprises à Dieppe ont contribué au succès des débarquements alliés ultérieurs; d’autres prétendent que le raid ne fut qu’une bourde mal préparée. Cette opération laissa d’ailleurs un goût amer aux Canadiens, car les troupes engagées furent décimées, alors que la tournure des opérations aurait dû faire annuler l’opération rapidement. Plus de 900 soldats canadiens ont été tués en 9 heures de combat. À lui seul, le régiment francophone des Fusiliers Mont-Royal encaisse un taux de perte de plus de 80%.

1940-1944 : La conscription

Lorsque la guerre éclate, les principaux partis politiques fédéraux s’entendent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vote une Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui introduisait la conscription, mais seulement pour le service au Canada.

En avril 1942, le gouvernement fédéral organise un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, à l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer. Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votent « oui », les ¾ des Québécois francophones votent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée.

1943-1945 : La libération de l’Europe

La première opération terrestre d’envergure du Canada pendant la guerre est survenue au moment où des troupes canadiennes contribuèrent à s’emparer de la Sicile au cours d’une campagne de cinq semaines ayant débuté le 10 juillet 1943.

Voici que se présentait aux soldats du Royal 22e Régiment (R22R) le moment tant attendu de participer à cette guerre. Sous le commandement du lieutenant-colonel Paul Bernatchez, le Régiment participe au débarquement et à l’invasion de la Sicile le 10 juillet 1943.

À l’assaut de la Sicile

Au cours de l’après-midi du 9 juillet 1943, divers convois venant des deux extrémités de la Méditerranée atteignent leurs zones de rassemblement à l’est et au sud de Malte et, une fois reformés, se dirigent vers leurs secteurs respectifs de débarquement.

Le débarquement en Sicile était considéré par le Haut commandement allié comme une entreprise hasardeuse, audacieuse et à haut risque, car les caprices imprévisibles de la mer étaient toujours à redouter. Les plages de cette île étaient protégées en maints endroits par de hauts fonds peu faciles d’accès. Par surcroît, se trouvaient à l’intérieur des terres diverses chaînes de montagnes qui offraient à l’ennemi d’excellents retranchements naturels.

Des soldats du Royal 22e Régiment débarquent en Sicile le 10 juillet 1943. À gauche, le lieutenant-colonel Paul Bernatchez, le commandant du régiment à ce moment.

Malgré une tempête survenue le 9 juillet 1943, le climat s’était vite apaisé et la mer s’étalait comme une nappe d’huile.  La Première division d’infanterie canadienne, qui occupait la gauche de la 8e Armée britannique, devait toucher terre au sud-est de la Sicile, le long des rives de la presqu’île de Pachino. Grâce à la collaboration constante des forces aériennes, navales et terrestres, le débarquement en Sicile s’opère conformément aux instructions reçues.

Au moment du débarquement le 10 juillet, le R22R faisait partie d’un des éléments de réserve de la Première division canadienne. Ce n’est que vers 08h00 que les premiers éléments de la tête du régiment débarquent sur les plages de Pachino. La conquête du littoral aux environs de Pachino s’est faite avec une rapidité imprévue et, le soir, le régiment se trouve déjà à 6.5 kilomètres à l’intérieur des terres.

Cependant, les circonstances forcent le 22e à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial. Il connaît sa première bataille de la Seconde Guerre mondiale lors d’un accrochage sérieux à Grotta-Calda, un secteur nommé le « Fer à cheval ». Le régiment s’en tire avec 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943.

Le parcours du Royal 22e Régiment lors de la campagne de Sicile (juillet-septembre 1943).

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessite 38 jours d’âpres combats et se termine le 17 août par l’entrée des Alliées dans Messine. Le R22R a été largement impliqué au cours de cette conquête. Le long de son parcours depuis Pachino, le régiment a dû livrer bataille à Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

Au plan opérationnel, le R22R faisait partie de la 3e brigade de la 1ère division. Cette brigade était constituée du R22R, du West Nova Scotia Regiment et du Carleton and York Regiment, lesquels vont combattre côte à côte pendant plus de 2 ans avec une bonne entente et une loyauté à toute épreuve.

Caporal du Royal 22e Régiment en tenue de combat estivale. Campagne d'Italie.

Tout comme les soldats du 22e bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les hommes du R22R firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Seconde Guerre mondiale en Sicile. En septembre, les Alliés envahissent la péninsule italienne et, malgré la rapide capitulation de l’Italie, les occupants allemands se battent pour chaque mètre de terrain montagneux.

Le jour même de la capitulation de la Sicile, le régiment embarquait dans les péniches pour participer à l’invasion de l’Italie. Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio, sur la pointe de la botte italienne. Les jours et les mois se sont enchaînés, avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l’année 1943, avec la prise de la jonction des routes dans la région d’Ortona à la hauteur de Rome.

Si l’avance depuis l’été de 1943 avait été relativement rapide, le R22R arrive en décembre à un point où la résistance allemande se fait de plus en plus vigoureuse. Si les combats précédents avaient été âpres, cela ne serait presque rien en comparaison à ce qui allait les attendre.

Ils se trouvaient en un lieu maudit, un lieu qui allait demeurer dans les mémoires.

Le nom: Casa Berardi…

Soldats du Royal 22e Régiment dans une péniche de débarquement, sur le point d'accoster sur les plages de Reggio dans la péninsule italienne (septembre 1943).

Malgré tout, l’Allemagne envahit la Pologne pour acquérir de nouveaux territoires. L’agression militaire nazie conduisit directement à la Deuxième Guerre mondiale. Abandonnant finalement leur politique d’« apaisement », la Grande-Bretagne et la France promirent d’aider les Polonais et d’arrêter Hitler.

 

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1939 : Le Canada en guerre

La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Mais on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada, à savoir que le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France.

 

Le Canada déclara la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. Le Premier ministre Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer. C’était la première fois que le Canada déclarait en son propre nom la guerre à une autre nation, sans obtenir au préalable l’aval de l’Angleterre.

 

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1939-1942 : Les premiers engagements

 

Comme en 1914, le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre en 1939. L’armée régulière de 4500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 avions de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers.

 

Lors la guerre éclate en 1939, au Royal 22e Régiment, c’est la période des congés annuels. À l’instar de l’armée régulière, le  Régiment, qui comportait un effectif d’au plus 250 militaires de tous grades, se voyait dans l’obligation de recruter afin d’atteindre l’effectif autorisé de 900 hommes.

 

L’entraînement des recrues s’est fait à la Citadelle de Québec. Le Régiment est devenu une unité de la 3e Brigade au sein de la 1ère Division canadienne. Nos soldats sont partis  pour l’Angleterre en décembre 1939 avec un effectif de 800 hommes.

 

Malgré le manque de préparation du Canada, les forces armées canadiennes connurent une croissance rapide. Dans le seul mois de septembre 1939, plus de 58 000 Canadiens s’enrôlèrent. En décembre, les premières troupes canadiennes étaient en route pour la Grande-Bretagne.

 

N’oublions pas qu’au début de la guerre, la situation semblait presque désespérée. En juin 1940, l’Allemagne avait défait la France et occupait la plus grande partie de l’Europe occidentale. L’Italie entra aussi en guerre aux côtés de l’Allemagne, formant l’alliance de l’ « Axe » avec le Japon.

 

Dans ce contexte, la mobilisation des forces canadiennes eut pour résultat que trois ans plus tard, en 1942, les 250,000 hommes de la Première Armée canadienne formaient le cœur de notre engagement en Europe.

 

Pour sa part, le Royal 22e Régiment jouera un rôle défensif lors de son passage en Angleterre entre décembre 1939 et juillet 1943, tout en s’entraînant pour une éventuelle invasion du continent européen.

 

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Entre 1939 et 1943, et surtout après la débâcle des Alliés en juin 1940, le Régiment assurera principalement la protection des côtes anglaises. À d’autres occasions, il effectuera des manœuvres de désinformations, tout comme des opérations de relations publiques.

 

Par exemple, le Régiment a été choisi pour monter la garde au Palais de Buckingham et de St-James du 12 au 21 avril 1940. À cette occasion, 6 officiers et 80 hommes du rang seront affectés et c’est la première fois qu’une unité n’appartenant pas à l’armée anglaise était appelée à remplir cette fonction.

 

Étant donné que la Grande-Bretagne fut soudainement menacée d’invasion, durant toute une année, du moins jusqu’à ce que l’Allemagne attaque l’Union soviétique en juin 1941, le Canada fut le principal allié subsistant de la Grande-Bretagne dans la lutte contre la tyrannie.

 

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1942 : Le Raid de Dieppe

 

À l’été de 1942, l’Union soviétique, qui croulait sous les coups d’une féroce attaque allemande, cria à l’aide. L’Armée canadienne accepta avec empressement un plan britannique consistant à attaquer les Allemands à Dieppe et à détourner leur attention.

 

À l’aube du 19 août 1942, près de 5000 soldats canadiens appuyés par des commandos britanniques se lancèrent à l’assaut du port et des villages voisins. Le raid fut un désastre , car les défenses allemandes étaient en état d’alerte et plus fortes que prévu, et les Canadiens ne disposaient pas du soutien naval et aérien nécessaire.

 

Certains historiens affirment que les leçons apprises à Dieppe ont contribué au succès des débarquements alliés ultérieurs; d’autres prétendent que le raid ne fut qu’une bourde mal préparée.

 

Cette opération laissa d’ailleurs un goût amer aux Canadiens, car les troupes engagées furent décimées alors que la tournure des opérations aurait dû faire annuler l’opération rapidement.

 

Pertes : + de 80% au Fusiliers Mont-Royal. / 900 soldats tués en 9 heures.

 

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1940-1944 : La conscription

 

Lorsque la guerre éclata, les principaux partis politiques fédéraux s’entendirent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vota une Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui introduisait la conscription, mais seulement pour le service au Canada.

 

En avril 1942, le gouvernement fédéral organisa un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, à l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer.

 

Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votèrent « oui », ¾ des Québécois votèrent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée.

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1943-1945 : La libération de l’Europe

 

La première opération terrestre d’envergure du Canada lors de la guerre est arrivée au moment où des troupes canadiennes contribuèrent à s’emparer de la Sicile au cours d’une campagne de cinq semaines ayant débuté le 10 juillet 1943.

 

Voici que se présentait aux gars du «22e» le moment tant attendu de participer à cette guerre. Sous le commandement du lieutenant-colonel Bernatchez, le Régiment participe au débarquement et à l’invasion de la Sicile le 10 juillet 1943.

 

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DÉBARQUEMENT EN SICILE

Au cours de l’après-midi du 9 juillet 1943, divers convois, venant des deux extrémités de la Méditerranée, atteignirent leurs zones de rassemblement à l’est et au sud de Malte et, une fois reformés, se dirigèrent vers leurs secteurs respectifs de débarquement.

Le débarquement en Sicile était considéré par le Haut commandement allié comme une entreprise hasardeuse, audacieuse et à haut risque, car les caprices imprévisibles de la mer étaient toujours à redouter.

Les plages de cette Île, protégées en maints endroits par de hauts fonds peu faciles d’accès, pas plus d’ailleurs que de l’intérieur des terres où diverses chaînes de montagnes offraient à l’ennemi d’excellents retranchements naturels.

La tempête, survenue le 9 juillet 1943, s’était vite apaisée et la mer s’étalait comme une nappe d’huile.  La Première division canadienne, qui occupait la gauche de la 8e Armée britannique, doit toucher terre au sud-est de la Sicile, le long des rives de la presqu’île de Pachino.

Le débarquement en Sicile, grâce à la collaboration constante des forces aériennes, navales et terrestres, s’opère conformément aux instructions reçues.

Au moment du débarquement le 10 juillet, le Royal 22e Régiment faisait partie d’un des éléments de réserve de la Première division canadienne et, ce n’est que vers 08h00, que les premiers éléments de la tête du Régiment débarquèrent sur les plages de Pachino.

La conquête du littoral aux environs de Pachino s’est faite avec une rapidité imprévue et, le soir, le Régiment se trouve déjà à 6.5 kilomètres à l’intérieur des terres.

Cependant, les circonstances forcèrent le 22e à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial et il connut sa première bataille de la Deuxième Guerre mondiale, soit lors de la bataille de Grotta-Calda, dite du « Fer à cheval » qui fit 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943.

 

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessita 38 jours d’âpres combats et se termina le 17 août par l’entrée des Alliées dans Messine.

 

Le Royal 22e Régiment a été largement impliqué au cours de cette conquête. Pensons aux batailles suivantes : Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

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La 3e Brigade de la 1ère Division était formée du Royal 22e Régiment, du West Nova Scotia Regiment et du Carleton and York Regiment, lesquels vont combattre côte à côte pendant plus de 2 ans avec une entente parfaite et une loyauté à toute épreuve.

Tout comme les gars du 22e Bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les gars du Régiment firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Deuxième Guerre mondiale au cours de la campagne de Sicile.

 

En septembre, les Alliés envahirent la péninsule italienne et, malgré la rapide capitulation de l’Italie, les occupants allemands se battirent pour chaque mètre de terrain montagneux.

 

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Le jour même de la capitulation de la Sicile, le Régiment embarquait dans les péniches pour participer à l’invasion de l’Italie.

 

Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le Régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio.

 

Les jours et les mois suivirent avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l’année 1943, avec la prise de la jonction des routes dans la région d’Ortona.

 

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En décembre 1943, des troupes canadiennes s’emparèrent du port d’Ortona, sur l’Adriatique, à la suite d’une féroce bataille maison par maison.

 

La 1re et la 2e Brigades de la 1ère Division subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives de prendre la jonction des routes d’Ortona. Le commandant de la 1re Division décide donc d’engager sa 3e Brigade qui se trouvait en réserve.

 

La 3e Brigade tente sans succès de prendre l’objectif avec le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment. Le 22e sera donc le dernier espoir de la 1re Division pour capturer l’objectif.

CASA BERARDI

Dans leurs opérations en vue de préparer la capture de Rome, il fallait sécuriser toute une série d’objectifs, dont la jonction des routes autour d’Ortona. Mais pour ce faire, il fallait capturer la Casa Berardi.

La prise de cet objectif était essentielle pour la poursuite des opérations de la 8e Armée britannique vers Rome. Donc, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction des routes et la Casa Berardi, attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Le 14 décembre 1943, la compagnie C, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l’Ontario Tank Régiment, attaque sauvagement le point fortifié de Casa Berardi.

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, Paul Triquet est le sergent-major régimentaire au Royal 22e Régiment et c’est avec cette unité qu’il se rend outre-mer en décembre 1939.

Les difficultés commencèrent dès le début, le 14 décembre 1943. Le petit ravin était fortement défendu et, en s’approchant, le détachement fut soumis à un feu violent de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers de la compagnie et cinquante pour cent des hommes furent tués ou blessés.

La résistance ennemie les isole du reste du Régiment.  Le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots : «nous sommes encerclés, l’ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs, l’endroit le plus sûr, c’est l’objectif».

À ce moment, la compagnie se trouve à 1,6 kilomètre de Casa Berardi et il ne reste qu’une trentaine d’hommes dont deux sergents pour les commander.

Quand Triquet constate que ses flancs n’étaient plus protégés, il n’y avait qu’une place sûre, c’est «l’objectif», il s’élança et, suivi de ses hommes, enfonça la résistance ennemie. Au cours de cet engagement, quatre chars allemands furent détruits et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis réduits au silence.

Une fois l’objectif atteint, il fallait le défendre. En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organisa immédiatement sa poignée d’hommes en un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmit le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas».

Une contre-attaque allemande appuyée de chars d’assaut fut déclenchée presque immédiatement. Le capitaine Triquet qui tirait un feu intense, était partout encourageant ses hommes dirigeant la défense et se servant de n’importe quelle arme qui lui tombait sous la main, il mit lui-même plusieurs Allemands hors de combat.

Cette attaque et celles qui suivirent furent repoussées avec des pertes élevées. Le capitaine Triquet et sa petite troupe tinrent bon contre des forces supérieures jusqu’à ce que le reste du Régiment se fut emparé de Casa Berardi et les eut relevés le lendemain.

Lorsque l’objectif est atteint, il ne reste plus que 15 hommes et quelques chars. Grâce à lui, Casa Berardi fut prise et la route était ouverte pour l’attaque contre l’embranchement vital d’Ortona, soit la voie qui menait à Rome. Pour son héroïsme, il reçoit la Croix Victoria.

Au cours de cet engagement, il y eut 23 tués et 107 blessés.

Soldats professionnels dans l’entre-deux-guerres (1919-1939)

Quelques soldats à l'entrée de la Citadelle de Québec vers 1920.

Malgré les horribles coûts en vies humaines, la Première Guerre mondiale avait permis au Canada de voir progresser son statut politique sur la scène internationale. Cela était en soi une bonne nouvelle, mais entre temps, étant donné que la paix était revenue et que les soldats rentraient au pays, il fallait réorganiser l’armée. Bref, il fallait couper dans les budgets alloués à la défense.

1919-1939 : La fin des hostilités et la réorganisation de l’armée canadienne

En mai 1919, après quatre années de service outre-mer, le 22e Bataillon (canadien-français) revient au Québec où la population des villes l’accueille chaleureusement. La guerre terminée, il fallait réduire les effectifs de l’armée et, par conséquent, Ottawa entreprit dès les années 1920 un vaste processus de réorganisation des forces canadiennes.

Pour ce faire, le ministère de la Milice et de la Défense créa une commission spéciale visant à proposer des solutions et un plan d’action pour améliorer le système de défense du Canada. Il est à noter qu’avant la création de cette commission, la réactivation du 22e bataillon ne figurait sur aucun plan de réorganisation. Durant l’année 1919, cette Commission spéciale effectue une tournée pancanadienne et prête oreille à tous les intervenants qui veulent bien la rencontrer.

Louis-Alexandre Taschereau, Premier ministre du Québec de 1920 à 1936.

À cet égard, le Conseil de Ville de Québec et le Gouvernement provincial décidèrent de témoigner et de participer activement aux travaux de la Commission. En effet, le Conseil de Ville de Québec soumit un mémoire et témoigna à la Commission afin de demander l’intégration du 22e bataillon au sein de la Milice permanente et que cette unité soit postée à Québec. Le Premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau appuyait aussi le projet. Considérant aussi que ces demandes étaient appuyées par des militaires anglophones, la Commission recommanda la réactivation du 22e bataillon.

Cependant, cette réactivation comportait un prix pour la communauté militaire anglophone. En effet, pour faire de la place au 22e bataillon dans la Milice permanente, le gouvernement canadien a dû couper l’effectif d’une compagnie au sein du Royal Canadian Regiment (RCR) et d’un escadron au sein du Royal Canadian Dragoons (RCD). Les restrictions budgétaires en vigueur ont conduit le Canada à réduire ses forces à environ 3,000 militaires à plein temps, le même nombre qu’en 1914.

En avril 1920, on proclame l’existence du «22nd Regiment» de la Force permanente de la Milice active du Canada. Cette décision autorise le recrutement d’un état-major et de deux compagnies. L’une d’elles sera licenciée trois ans plus tard lors d’une autre réduction des effectifs.

Encore fallait-il trouver une garnison pour loger cette unité nouvellement réintégrée. Puisque la Ville de Québec est disposée à recevoir ce bataillon canadien-français, le gouvernement s’empresse d’y emménager le 22e Régiment en mai 1920. Le premier commandant du Régiment sera le lieutenant-colonel Henri Chassé, un ancien officier ayant combattu au sein du 22e bataillon lors de la Grande Guerre.

Le lieutenant-colonel Henri Chassé. Vétéran du 22e bataillon, il devint en 1920 le premier commandant du nouveau 22e Régiment de la Milice active permanente.

D’avril 1920 à septembre 1939, le Régiment recrutera 863 soldats, pour une moyenne de 45 recrues par année. La solde et les chances de promotion étant très faibles, il fallait vraiment avoir la vocation pour être soldat dans le 22e! En octobre 1921, le Régiment dirige sa première école de formation militaire, il s’agit de l’École royale d’infanterie et de mitrailleuses. De 1921 à 1939, l’entraînement estival s’effectuera presque toujours au fort de Lauzon, un élément de l’ensemble du système défensif de la ville de Québec.

La période de l’entre-deux-guerres fut assez « tranquille » pour le nouveau régiment, à l’exception de quelques épisodes où il fallut intervenir pour ramener l’ordre public (grèves, manifestations, etc.). Les années 1920 et 1930 permettent au Régiment d’établir ses assises historiques et patrimoniales. Par exemple, en juin 1921, on reconnaissait officiellement les nombreux faits d’armes et les états de service des membres du 22e bataillon de la guerre de 1914-1918.

Par le fait même, le Roi d’Angleterre George V accordait le titre « Royal » au 22e Régiment, attribuant au Régiment l’appellation «Royal 22nd Regiment». Le nom sera francisé en juin 1928, pour devenir le Royal 22e Régiment. Et en mars 1921, le Maréchal Foch, qui avait commandé l’ensemble des forces alliées en France en 1918, devint le premier Colonel en Chef du Régiment. Cette nomination très prestigieuse avait eu pour effet de renforcer l’identité et le caractère unique de l’unité.

Autre événement d’importance, en septembre 1927, le 22e s’affilie avec le Royal Welch Fusiliers. Issu du pays de Galles, ce Régiment existe depuis 1689. L’année suivante, à l’été 1928, c’est le début des cérémonies de la Relève de la Garde à la Citadelle de Québec.

Dans un autre ordre d’idées, la catastrophe économique causée par la Grande Crise des années 1930 conduit les Canadiens à s’inquiéter davantage de leurs emplois et de leurs familles que de l’état des forces armées. Sans ennemis évidents, pourquoi réserver aux militaires des ressources trop rares? Cette crise économique mondiale a eu un impact direct sur l’entraînement, l’effectif et l’équipement des Forces canadiennes de l’époque.

Publicité des années 1920 pour stimuler le recrutement.

Il fut même un temps où le Royal 22e Régiment ne comportait qu’une seule compagnie d’infanterie, à tel point que la force permanente du pays comptait uniquement 3 000 militaires. Par exemple, en novembre 1938, l’effectif du Régiment se compose à peine de 189 membres, incluant ses musiciens et ses spécialistes. De plus, le Canada évitait de s’engager militairement outre-mer, dans le contexte de la signature en 1931 du Statut de Westminster, qui faisait du Canada un pays totalement indépendant de la Grande-Bretagne.

Petit à petit, au milieu des années 1930, le gouvernement commença lentement à moderniser et rééquiper les forces armées. La défense des côtes canadiennes était sa priorité, mais il permit que les forces canadiennes puissent aider la Grande-Bretagne dans l’éventualité d’une guerre majeure.

Dans les années 1930, plusieurs crises internationales vont progressivement mener à une nouvelle conflagration mondiale, encore plus meurtrières que celle de 1914-1918. Adolf Hitler et le Parti nazi accèdent au pouvoir en Allemagne en 1933 et ne tardent pas à établir une dictature sans merci. L’Italie et le Japon, deux autres dictatures expansionnistes, représentaient également de grandes menaces à la paix et à la sécurité internationales.

La Grande-Bretagne et la France ont tenté sans succès de négocier avec ces régimes dictatoriaux, dans l’espoir d’éviter une autre guerre mondiale. Dans ces circonstances, une fois encore, des Canadiens français allaient peut-être retourner sur les champs de bataille d’Europe.

Entraînement à la baionnette au Parc de l'Artillerie vers 1921-1922.

La guerre des Canadiens français (2e partie, 1916-1918)

Les dernières semaines de l’année 1916 et la transition vers 1917 furent difficiles pour les soldats canadiens-français du 22e bataillon. Les plus anciens parmi eux sont en Europe depuis plus d’un an. Les recrues qu’a reçu le bataillon au lendemain des batailles de Courcelette et de la Tranchée Régina n’ont pas totalement satisfait les officiers à l’état-major.

Nombreux en effet ont été les problèmes de discipline et les difficultés d’acclimatation entre les nouveaux et anciens soldats. L’absence prolongée du lieutenant-colonel Tremblay en Angleterre pour raisons de santé avait affecté la cohésion de l’unité. Non pas que les officiers en France étaient mauvais, on pense entre autres à Arthur Dubuc, Georges Vanier, mais un coup de barre était nécessaire pour ramener l’esprit de corps pour les défis à venir. L’hiver de 1916-1917 avait également été l’un des plus rigoureux en Europe de mémoire d’hommes et l’inaction dans les tranchées au cours de ces longs mois hivernaux avait pour sa part contribué à affaiblir l’efficacité opérationnelle du 22e.

La crête de Vimy en 1917, vue à partir des positions canadiennes.

Cependant, le bataillon n’était pas le seul dans le Corps canadien à souffrir de ces maux, mais nous le répétons: un sérieux coup de barre était nécessaire. Début 1917, Tremblay revient en France et reprend les rennes du bataillon. Il doit préparer ses hommes pour un défi de taille. Devant lui une colline, un nom: Vimy.

Vimy

C’est en octobre 1916 que fut prise la décision de transférer tout le Corps canadien composé de quatre divisions d’infanterie du front de la Somme vers le nord dans le secteur d’Arras, en avant de la crête de Vimy. Dans le cadre de l’offensive britannique aux environs d’Arras en avril l’année suivante, le Corps d’armée canadien devait s’emparer de la crête très fortifiée de Vimy.

Cette crête était importante pour les Allemands qui l’avaient capturée dès le début de la guerre. En 1915, les Français tentèrent en vain de prendre la prendre avec des pertes de 100,000 hommes. Preuve de l’importance stratégique, la crête constituait un observatoire par excellence. Avec les jumelles, on pouvait observer la région dans un champ de vision d’environ 35 km de rayon. Dans ce contexte, il fallait que les Canadiens préparent et répètent soigneusement leur attaque. Par exemple, on avait reproduit des maquettes géantes du front d’assaut, les troupes recevaient des formations et des tâches spéciales, etc.

Soldats du 22e bataillon. Reconstitution de la bataille de Vimy lors du tournage de la télésérie "La Grande Guerre", CBC / Radio-Canada.

À 5 h 30 le matin du 9 avril 1917, les quatre divisions canadiennes, avançant ensemble pour la première fois, prirent d’assaut la crête de sept kilomètres de longueur et s’en emparèrent, à l’exception de deux positions allemandes qui tombèrent trois jours plus tard. Lors de cette attaque, le 22e bataillon, au grand dam de son commandant, agissait en support direct et suivait les troupes d’assaut à 15 mètres derrière. La tâche des Canadiens français consistait à « nettoyer » les tranchées ennemies à la pointe de la baïonnette, pour s’assurer qu’aucun fantassin adverse n’en ressortent et tirent dans le dos de la première vague d’assaut.  Le bataillon captura ainsi cinq mitrailleuses et fit plus de 500 prisonniers qui furent escortés derrière les lignes. Durant sa participation à différents engagements dans ce secteur, le 22e bataillon eu beaucoup moins de pertes qu’à Courcelette ou à la Tranchée Régina. On recense à Vimy un décompte de 26 soldats tués et 84 blessés entre le 9 et le 12 avril 1917.

Au même titre que la bataille de Flers-Courcelette, Vimy contribua également à raffermir la renommée du 22e bataillon aux yeux de la population canadienne.  La bataille de la crête de Vimy établissait aussi la renommée de l’Armée canadienne auprès de la communauté internationale.  En fait, il s’agissait de la première attaque d’envergure de l’Armée canadienne.

Vimy est une bataille qui révèle avant tout l’efficacité militaire du Corps d’armée canadien. Les soldats à Vimy, et ce jusqu’à la fin de la guerre, disposaient d’un armement de plus en plus sophistiqués, et chacun avait une tâche bien spécifique à accomplir.

1917 : Le service militaire obligatoire

Pour comprendre le contexte dans lequel s’écoule l’année 1917 pour le Canada, nous ouvrons une brève parenthèse sur la question du service militaire obligatoire. Rappelons que les succès des Canadiens sur les champs de bataille d’Europe avaient néanmoins coûté très cher en vies humaines, si bien que la lassitude et un certain écœurement de la guerre finit par atteindre les Canadiens, en particulier la population civile.

Manifestation contre la conscrption à Montréal, été 1917.

Dès la fin de 1915, et malgré les vagues initiales de patriotisme partout au Canada, le recrutement avait décliné dangereusement. Le Premier ministre Robert Borden, en janvier 1916, avait publiquement engagé son gouvernement à envoyer 500,000 hommes outre-mer. Le hic était que ce nombre était presque impossible à recruter en ayant recours seulement à des volontaires au sein d’une population d’à peine 8 millions d’âmes.

Le recrutement était plus lent parmi les Canadiens français, chez qui n’existaient pas ces liens du sang et de tradition les rattachant à la Grande-Bretagne. Suite aux pertes élevées et à la diminution des enrôlements, le gouvernement adopta en août 1917 la Loi du Service Militaire, qui imposait la conscription. Le Canada français s’opposa farouchement à cette mesure, tout comme des groupes d’agriculteurs et d’ouvriers. Cette question causa de profondes divisions entre les Canadiens.

1917-1918 : Dernières épreuves et armistice

À l’instar des peuples européens, les Canadiens avaient aussi trouvé pénible l’année 1917. Il n’y avait pas de victoire en vue, les pertes étaient effarantes et le Canada était au bord de la division sur la question de la conscription. En juin 1917, le lieutenant-général Arthur Currie devint le premier Canadien à commander le Corps. En octobre et novembre de la même année, combattant sur de terrifiants champs de bataille dans la boue jusqu’à la taille, le Corps canadien prit Passchendaele, en Belgique, subissant la perte de 16 000 hommes, morts ou blessés. Le 22e bataillon avait participé à quelques actions après Vimy. Il était à la cote 70 en août près d’Arras et Lens, puis à Passchendaele. Dans les deux cas, l’unité fut relativement « épargnée » et parvint à maintenir des effectifs raisonnables.

Les difficultés d’évacuer les blessés. Passchendaele (Belgique), automne 1917.

Bref, les perspectives d’une victoire des Alliés semblaient sombres en ce début de 1918. La chute de la Russie avait mis un terme à la guerre à l’Est. L’armée allemande demeurait une force redoutable et nombreuse, les Américains avaient déclaré la guerre en avril 1917, mais étaient peu présents sur le front. En clair, le début de 1918 signifiait une chose pour les Alliés: rester sur la défensive.

Le lieutenant-général Sir Arthur Currie, commandant du Corps expéditionnaire Canadien (1917-1919).

Le seul moyen par lequel Currie put obtenir des renforts après les saignées de 1917 fut de dissoudre une 5e division qui était en formation en Angleterre. Les soldats rendus disponibles par cette dissolution servirent à renforcer les unités existantes au front. Il apparaît clair aussi que si la guerre durait encore longtemps, par exemple jusqu’en 1919, il faudrait recourir massivement aux conscrits.

La période de la fin de 1917 et des premiers mois de 1918 en fut une de réorganisation en profondeur du Corps canadien et le 22e subit le même traitement que les autres bataillons. Par exemple, l’entraînement était intense et spécialisé, on avait créé de nouvelles unités (ex : corps de mitrailleurs mobiles) et refondu plusieurs tactiques mieux adaptées aux conditions présentes.

Dans ce contexte, au printemps et à l’été de 1918, les Allemands lancèrent une série d’offensives majeures dans ce qui paraît être une dernière tentative pour gagner la guerre. Au cours de cette période agitée, le général Currie dut se battre avec le maréchal Douglas Haig, le commandant des forces britanniques, pour préserver l’unité du Corps canadien, et éviter ainsi que ses divisions ne servent à boucher ici et là les trous sur la ligne de front.

Même lorsqu’il n’était pas à l’assaut, le 22e connut des moments difficiles, lorsqu’il s’agissait simplement de tenir son secteur du front. Ce fut le cas notamment des événements survenus dans la nuit du 8 au 9 juin 1918, dans la région d’Amiens en France. On parle ici d’un incident qui a mis en scène un caporal jusque-là obscur, commandant une simple section de mitrailleurs. Son nom, Joseph Kaeble.

L’exploit du caporal Kaeble

Le caporal Kaeble était l’exemple parfait du soldat. Il était un homme calme, posé, qui n’avait vraiment peur de rien, ou du moins ne laissait rien paraître. Ce soir-là, le 8 juin 1918, à 21h45, un calme anormal règne sur le secteur de front tenu par le 22e bataillon. Le soleil s’apprête à se coucher, il faisait chaud. Keable et sa section de mitrailleurs tient son bout de tranchée, comme il se doit.

Le caporal Joseph Kaeble, VC, MM.

Soudainement, l’ennemi se manifeste dans le secteur. Après un violent barrage d’artillerie qui dure de longues minutes, Kaeble se redresse péniblement dans ce qui reste de sa tranchée. Il constate qu’autour de lui que tous les soldats de sa section sont morts ou blessés. N’ayant pas le temps de s’apitoyer, ni de faire le bilan des dégâts, et encore moins d’aller quémander du renfort au bataillon avec lequel il a perdu contact, il doit prendre une décision. Il a devait lui l’armée allemande qui avance au pas de charge. Combien sont-ils devant? Au moins cinquante, peut-être cent.

Au poste défendu par la section de mitrailleuses du caporal Kaeble, la résistance fut vraiment héroïque. Le caporal Kaeble sauta alors par-dessus le parapet et tenant son fusil-mitrailleur Lewis à la hanche. Il tira au moins 20 chargeurs de 47 cartouches en direction des rangs ennemis. Bien que plusieurs fois blessé par des fragments d’obus et de bombes, il ne cesse de tirer et c’est ainsi que par sa détermination il arrête net l’offensive ennemie.

Finalement, tout en continuant de tirer, il tombe à la renverse dans la tranchée, mortellement blessé. Étendu sur le dos, il tire ses dernières cartouches par-dessus le parapet vers les Allemands en train de regagner leurs lignes. Enfin, avant de s’évanouir, il cria aux blessés qui l’entouraient : « Tenez bon les gars, ne les laissez pas passer! Il nous faut les arrêter! »
Transporté à l’hôpital, le caporal Joseph Kaeble meurt de ses blessures le lendemain soir. Il est décoré de la Croix de Victoria, la plus haute distinction militaire britannique. Il est le premier soldat canadien de langue française à recevoir cet honneur.

Amiens et l’exploit du lieutenant Brillant

Cet événement somme toute isolé met en relief l’horreur des combats qu’allaient endurer les soldats du 22e bataillon en 1918. En compagnie de divisions britanniques, australiennes et françaises, les Canadiens lancent au mois d’août une offensive majeure devant la ville d’Amiens.

À ce stade, le Corps canadien était le fer de lance de la contre-offensive générale planifiée par les Alliés après l’échec des offensives allemandes des mois précédents. La période d’août à novembre 1918 a vu les Alliés faire des gains de terrain impressionnants en battant les armées allemandes au cours d’une série de batailles.

Le lieutenant Jean Brillant, VC, MC.

L’un de ces batailles fut celle d’Amiens. Le 8 août 1918, le 22e bataillon participe à la prise de cette ville par le Corps canadien.  En fait, il s’agissait de regagner le terrain perdu au printemps par l’Armée britannique. Dans le cadre de cet objectif global, la mission initiale du bataillon était le nettoyage des villages entourant Amiens. Le 22e avait à sa disposition pour cette offensive sept chars d’assaut.  Ceci devait être le début de la grande offensive qui allait mettre fin à la guerre.

Cet affrontement avait donné au lieutenant Jean Brillant l’occasion de s’illustrer. Le 8 août, au tout début de l’avance, voyant qu’une mitrailleuse tenait en échec le flanc gauche de sa compagnie, il se précipite seul vers elle, s’en empare et tue deux mitrailleurs. Bien que blessé au bras gauche, il refuse de se faire évacuer et revient au combat le lendemain. Commandant cette fois deux pelotons au cours d’un combat à la baïonnette et à la grenade, il capture pas moins de 15 mitrailleuses et fait 150 prisonniers.

Blessé à cette occasion à la tête, il refuse une fois de plus de quitter. Peu après, il mène une charge contre un canon de quatre pouces qui tire de plein fouet sur son unité. Atteint cette fois au ventre par des éclats d’obus, il poursuit tant bien que mal son avance vers la pièce convoitée. Épuisé, il s’écroule finalement pour ne plus se relever.

S’accrochant à la vie dans un hôpital de campagne durant quelques heures, il meurt le 10 août 1918 à l’âge de 28 ans. Par sa bravoure exceptionnelle dans l’accomplissement de son devoir, le lieutenant Brillant est décoré, lui aussi à titre posthume, de la Croix de Victoria. Au cours de cette bataille d’Amiens, le 22e Bataillon a perdu 7 officiers et 262 hommes.

Ligne Hindenburg et Canal du Nord

Le succès de l’offensive d’Amiens a convaincu le maréchal Sir Douglas Haig, Commandant-en-chef des troupes britanniques, qu’il est temps de lancer une attaque globale contre l’ennemi qui « sent approcher la fin ». Il fallait briser la ligne Hindenburg et ouvrir la route vers l’Allemagne.

Au lendemain de la bataille d’Amiens, le 22e bataillon avait appris une bonne et une mauvaise nouvelle, selon le point de vue. Son commandant, le lieutenant-colonel Tremblay avait été promu au rang de brigadier-général. Il devinait ainsi le seul Canadien français et le plus jeune général de toutes les armées britanniques en Europe. La mauvaise nouvelle, l’unité perdait un commandant hors pair.

Tremblay commandait désormais la 5e brigade d’infanterie qui comprenait les 22e, 24e, 25e et 26e bataillons. C’est dans ce contexte que le 27 août 1918, la brigade de Tremblay, qui incluait le 22e, reçut l’ordre de prendre d’assaut la terrible ligne Hindenburg. L’attaque a débuté à 10h, en plein jour, devant des positions ennemies presque intactes. Le 22e a mené la charge, malgré qu’à c stade il constituait un bataillon fatigué physiquement et mentalement. Ce n’était plus que le même bataillon qui avait mené l’assaut à Courcelette deux ans plus tôt.

Le 22e perce les lignes ennemies à Chérisy au prix de lourdes pertes.  Pendant l’opération, il perd tous ses officiers dont le commandant, le major Arthur Dubuc.  Pendant cette même opération, le major Georges Vanier perd une jambe. Lorsque le dernier officier, le médecin du bataillon Albéric Marin, le sergent-major de compagnie Joseph Pearson prend alors le commandement et poursuit le combat.  Au moment de la relève le 29 août, il ne restait que 39 des 700 hommes avec lesquels le 22e bataillon était passé à l’attaque.

Le 22e bataillon à la bataille de Chérisy, d’après une représentation de l’artiste d’origine belge Alfred Bastien (1918).

Entre les mois d’août et de novembre 1918, le Corps canadien ne connut pratiquement aucun répit. C’est ce qu’on appelle la période des « Cent-Jours ». À titre d’exemple, un soldat canadien sur cinq tomba au cours de l’unique campagne des Cent Jours. Lors des premiers jours de la campagne, le Corps canadien connut un taux de pertes d’environ 45 %.

Au cours des Cent Jours, le Corps canadien a subi, en chiffres absolus, plus de pertes que lors de toute la campagne du Nord-Ouest de l’Europe en 1944-1945, qui avait alors duré onze mois, soit de la Normandie jusqu’en Allemagne. L’une des causes principales des pertes surélevées est due au fait que la guerre de mouvement avait repris à partir du mois d’août et les tranchées étaient moins nombreuses pour protéger les soldats.

Bilan d’une guerre

Pour une nation de huit millions d’individus, l’effort de guerre du Canada était considéré comme remarquable. Il faut en effet comparer les chiffres suivants : sur une population de 8 millions d’habitants, plus de  600,000 se sont enrôlés. De ce nombre environ 65,000 sont tués et 180,000 sont blessées. Même si la guerre a divisé la nation canadienne au sujet de la conscription et de la nature de l’effort de guerre à fournir, elle avait néanmoins permis au Canada de se hisser progressivement d’un statut de colonie en 1914 vers un renforcement de son autonomie sur la scène internationale.

En 1919, le Canada signe le traité de Versailles qui met officiellement fin à la guerre et se joint en tant que pays autonome à la Société des Nations nouvellement créée. Dans l’ensemble, les Canadiens étaient tout de même unanimes sur la juste cause pour laquelle s’est faite la guerre. Malgré le recul du temps, on ne peut pas nier que les civils et les militaires canadiens de l’époque étaient fiers de ce qu’ils avaient accompli, avec toutes les séquelles physiques et psychologiques que cela engendre.

Au cours de la Première Guerre mondiale, le 22e bataillon eut à mener deux combats. D’une part, contre l’ennemi allemand et, d’autre part, pour obtenir la reconnaissance de sa vaillance et le respect de tous. Le 22e a été un bataillon souvent surveillé, réprimandé et critiqué par ce qu’on appellerait aujourd’hui des « gérants d’estrade ». C’était la seule unité de langue française dans toute l’armée britannique. Il fallait marcher droit comme on dit.

Par conséquent, les officiers, sous-officiers et soldats du 22e Bataillon (canadien-français) ont constamment été déterminés à défendre l’honneur de l’unité et de la collectivité qu’ils représentaient. Des 260 bataillons d’infanterie qui furent formés pour le Corps expéditionnaire Canadien, 13 bataillons seront identifiés exclusivement pour les Canadiens français, dont le 22e.

Les faits d’armes au crédit du 22e Bataillon au cours de la Première Guerre mondiale furent nombreux et glorieux. Le 22e s’est vu accorder pas moins de 18 honneurs de batailles.

Et le bilan avait été lourd. On avait laissé sur les champs de bataille de France et de Belgique un peu plus de 1,000 morts et 2,900 hommes avaient été blessés au moins une fois.

L’unité a été dissoute à son retour au Canada, en mai 1919.

L’aventure était terminée pour le 22e bataillon.

Insignes de col et de casquettes du 22e bataillon (canadien-français).

La guerre des Canadiens français (1ère partie, 1914-1916)

Officiers du 22e bataillon à Amherst (Nouvelle-Écosse), printemps 1915.

La guerre de 1914-1918 verra une participation massive des Canadiens français par rapport aux conflits passés. À cette époque, en partie pour honorer des alliances conclues avec la Russie et la France, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en août 1914.

Cette déclaration de guerre entraîne automatiquement le Canada dans le conflit, puisqu’étant une colonie de l’Empire britannique, le Canada n’est pas maître de sa politique étrangère. Par contre, le gouvernement canadien avait la liberté de décider de la nature de sa participation militaire.

1914-1915 : L’enthousiasme de la mobilisation

La plupart des Canadiens ont accueilli le déclenchement de la guerre avec enthousiasme. C’était particulièrement le cas de ceux qui étaient nés dans les îles britanniques, qui se sont portés volontaires en grand nombre. Ils ignoraient, ainsi que le reste du monde, les horreurs que les guerres allaient causer au XXe siècle.

Affiche de propagande encourageant les Canadiens français à s'enrôler. Petite anecdote, l'auteur de ces lignes a vu dans un magasin d'Ottawa une copie authentique de cette affiche vendue pour la bagatelle somme de 900$.

Sur les affaires militaires, les Canadiens étaient aussi divisés sur la nature de la contribution à une guerre éventuelle menée en terre étrangère, un peu comme lors de la guerre sud-africaine dix ans auparavant. Sans doute dans l’effervescence du moment, en 1914, l’engagement des Canadiens à l’effort de guerre ne faisait aucun doute, mais c’est la capacité du pays à fournir une aide immédiate qui faisait défaut.

L’armée régulière canadienne avait un effectif d’à peine 3,000 hommes et quelque 70,000 réservistes sur papier. Le premier effort de constitution d’une armée avait en partie été possible grâce au travail du ministère canadien de la Milice qui était sous les ordres du très controversé Sam Hughes. Il avait mis en place à la hâte un camp d’entraînement à Valcartier en septembre 1914, juste au nord de Québec. Il ordonna aux 30,000 premières recrues de s’y rendre pour l’entraînement.

Sam Hughes a souvent été condamné par les historiens pour plusieurs erreurs de jugement. On lui reproche notamment d’avoir imposé aux soldats la carabine Ross fabriquée à Québec, sans parler du chaos administratif dans la mobilisation canadienne qui lui est imputé, de même que l’habituel patronage dans l’attribution des contrats militaires aux industriels et à la nomination des officiers. Cependant, on peut ajouter que Hughes a fait quelques bons coups. Par exemple, il examinait de près la qualité de l’entraînement que recevaient les recrues, il insistait sur le développement de leurs habiletés au tir, il a doté l’artillerie de canons modernes et accru les effectifs de la Milice.

Bref, et malgré tout, les recrues se réunirent et reçurent un entraînement à Valcartier (Québec). Au début d’octobre 1914, le premier contingent du Corps expéditionnaire canadien, constitué de 32 000 hommes, s’embarque pour la Grande-Bretagne. Ce premier contingent quitte pour l’Angleterre à peine sept semaines après l’entrée du pays dans le conflit, soit en octobre. Le premier contingent était composé à 70 % d’hommes nés dans les îles britanniques et récemment immigrés. Néanmoins, le corps des officiers était presque entièrement canadien et on dénote la présence d’environ 1,200 étaient Canadiens français dispersés dans l’ensemble des unités anglophones.

Le camp militaire de Valcartier (Québec) en septembre 1914.

Ces francophones avaient été répartis au sein d’unités de langue anglaise composées en grande partie de ressortissants britanniques. De plus, le ministre Sam Hugues avait écarté du contingent les rares officiers supérieurs francophones, qui étaient membres de l’armée permanente. Le résultat fut que ce contingent devint la première Force canadienne à être mise sur pied, sans même que l’on se préoccupe d’y assurer une représentativité canadienne-française adéquate.

Au début du XXe siècle, rappelons-nous, l’anglais était la langue de commandement et il n’y avait que très peu d’officiers canadiens-français de la force permanente issus du Collège militaire royal de Kingston. Hughes ne voyait donc pas la nécessité de créer une unité francophone pour attirer des recrues du Québec.

Le Dr. Arthur Mignault, qui avait fait fortune dans les "petites pillules rouges", le grand argentier du 22e bataillon à ses débuts.

Par conséquent, une délégation de politiciens fédéraux et provinciaux, des membres du clergé ainsi que certains hommes d’affaires vont faire un lobbying afin d’amener la création d’un bataillon francophone. Sous le leadership du docteur Arthur Mignault, qui était prêt à mettre 50 000 $ de sa fortune personnelle sur la table, le groupe argumente que l’unité nationale en temps de guerre est tributaire de l’intégration des Canadiens français au sein de l’armée permanente et à la formation d’un bataillon exclusivement francophone. Le 23 septembre 1914, dans une lettre adressée au Premier ministre Sir Robert Borden, Sir Wilfrid Laurier lui dit que la formation d’une unité canadienne-française connaîtrait un franc succès au sein de la population francophone. La proposition est retenue et le gouvernement donne officiellement son accord le 20 octobre.

Initialement connu sous la dénomination Régiment Royal Canadien-Français, le 22e Bataillon (canadien-français) sera désigné unité francophone tout simplement parce qu’il fut le vingt-deuxième bataillon d’infanterie autorisé pour le Corps expéditionnaire canadien (CEC). Sa véritable dénomination était le 22nd Infantry Bataillon (French Canadian). Le 21 octobre 1914, le 22e Bataillon (canadien-français) fait son entrée officielle au sein de l’institution militaire. D’octobre 1914 à mars 1915, l’entraînement de l’unité s’effectue à Saint-Jean-sur-Richelieu en banlieue de Montréal.

Les problèmes logistiques du site de Saint-Jean, le manque d’espace pour l’entraînement et l’attrait de la grande ville de Montréal (qui causera de nombreuses désertions et d’autres cas d’indiscipline) amènent le Colonel Frédéric Gaudet, le premier commandant du 22e Bataillon, à demander à plusieurs reprises le transfert de son unité vers un site plus approprié pour parfaire son entraînement. Suite à son insistance, sa demande est enfin acceptée et l’unité est déployée à Amherst en Nouvelle-Écosse, le 12 mars 1915, après avoir reçu ses drapeaux quelque temps auparavant le 3 mars.  À cette occasion, lors de la bénédiction des drapeaux régimentaires, l’aumônier de l’unité, l’abbé Doyon, prononça ces paroles :

« …Il s’agit surtout d’une question d’existence nationale : pour les Canadiens français, il s’agit d’une question de vie ou de mort comme entité nationale, comme nation sur le continent de l’Amérique du Nord ».

À son arrivée à Amherst le 13 mars 1915, l’unité a reçu un accueil des plus glacials de la part de la population. Il fallait comprendre qu’une unité exclusivement francophone et méconnue de la population anglophone ne devait pas s’attendre à ce que les citoyens de la ville les acclament haut et fort. L’attitude de la population locale avait en partie été alimentée par diverses rumeurs qui circulaient sur le comportement des militaires canadiens-français et leur supposé tempérament festif.

Outre l’entraînement continu qu’il y poursuit, le 22e Bataillon ne tarde pas à s’impliquer activement au sein de la communauté. Conséquemment, à son départ pour l’Angleterre le 20 mai 1915, cette même population lui offre le plus vibrant salut, car nombreuses avaient été les collectes organisées par les soldats du 22e en vue d’aider des familles d’Ahmerst touchées par les difficultés économiques.

La traversée de l’océan se passa sans anicroche pour les 1,200 officiers et soldats du 22e embarqués à bord du Saxonia. Pendant l’été de 1915, le 22e est dans le sud-est de l’Angleterre à s’entraîner sous une chaleur torride. À la fin de l’été, un ordre arrive à l’intention du bataillon et cet ordre est clair : il faut ramasser armes et bagages, on part en France.

De Boulogne-sur-Mer, le 22e Bataillon fait une éreintante marche d’environ cinq jours pour arriver aux tranchées le 20 septembre 1915 en Belgique, non loin de la frontière français. Intégré au sein de la 5e Brigade de la 2e Division canadienne, le 22e Bataillon va connaître 38 mois de guerre et il va combattre avec les 24e, 25e et 26e Bataillons et, en toutes circonstances, il saura se distinguer.

La première année de guerre au front est un long et pénible apprentissage pour les soldats canadiens-français. De septembre 1915 à mars 1916, le 22e Bataillon tient un secteur de front dans les Flandres, dans le saillant d’Ypres en Belgique. Durant cette période, c’est principalement la guerre de tranchées et plusieurs raids qui seront menés.

Le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay, l'âme du 22e.

En février 1916, le major Thomas-Louis Tremblay prend le commandement du bataillon et est promu au grade de lieutenant-colonel. Il sera commandant de cette unité jusqu’en août 1918, jour où il commandera la 5e Brigade d’infanterie canadienne à titre de brigadier-général. D’ailleurs, il sera le seul général francophone ayant commandé au front au cours de la Première Guerre mondiale. Alors qu’il n’avait que 30 ans, Tremblay aura a été le leader et l’inspirateur du 22e bataillon. Il écrit dans son journal :

«…Je comprends pleinement toute la responsabilité que comporte cette nomination…Mon bataillon représente toute une race, la tâche est lourde…Mes actes seront guidés par cette belle devise –JE ME SOUVIENS-. »

Alors que le 22e bataillon était constitué et commençait la guerre en Europe, on peut dire qu’une bonne partie de l’effort de guerre du Canada, du moins jusqu’en 1916, fut caractérisée par le chaos et l’improvisation à bien des égards. Et la question qui nous vient souvent à l’esprit est : pourquoi les hommes s’enrôlaient? On peut avancer certaines hypothèses.

Il est vrai que certaines notions liées au patriotisme, à la virilité, au désir de servir, à l’aventure, etc., ont incité bon nombre de Canadiens à s’enrôler. Cependant, le contexte économique difficile au pays en 1914 et les bons salaires offerts par l’armée ont dû en convaincre plus d’un de s’enrôler. Pour aider financièrement les soldats qui avaient des familles, le Fonds Patriotique Canadien, une organisation philanthropique, envoyait une aide à aux proches des soldats avec des fonds recueillis lors de souscriptions annuelles à l’échelle nationale.

Le salaire offert de 1$ par jour pour un soldat n’était pas le plus attrayant, mais les coûts de transports, de nourriture et de logement étaient couverts. À titre d’exemple, un employé de bureau ou un journalier gagnait à peine plus qu’un soldat en 1914, donc pour des hommes célibataires, l’armée offrait certes une possibilité intéressante d’échapper à la routine quotidienne… et pour certains à leurs obligations familiales.

Le coûteux apprentissage

Il est cependant difficile de dire dans quelle mesure les Canadiens étaient bien préparés lorsqu’ils allèrent pour la première fois au front en 1915. Nombreux, par exemple, étaient les problèmes avec la carabine Ross, les cartouchières qui tombaient, les canons en nombre insuffisant, tout comme les munitions. Les Canadiens français n’étaient pas plus préparés à la guerre des tranchées qu’aux nouvelles tactiques qui allaient émerger de l’expérience vécue sur le terrain.

Soldats du 22e bataillon réparant une tranchée en France, été 1916.

Le début de l’année 1916 marque une impasse sur les fronts militaires. Les Canadiens prennent subitement conscience de toute la barbarie des combats. Les belligérants étaient depuis longtemps établis dans un complexe système de tranchées humides et inconfortables, protégées par des barbelés. Les hommes y vivaient pour se dissimuler et échapper au feu des mitrailleuses et de l’artillerie qui balayaient les champs de bataille. Une guerre d’usure coûteuse s’en suit pendant plus d’un an, et d’autres divisions canadiennes se joignent à la lutte. Une 3e et 4e divisions viendront compléter les formations du Corps canadien au cours de 1916.

L'auteur de ces lignes habillé en uniforme de lieutenant du 22e bataillon (canadien-français). 1916. Tournage de la télésérie "La Grande Guerre", CBC / Radio-Canada.

À l’instar des combattants européens, les officiers et soldats canadiens expérimentèrent un long apprentissage de la guerre moderne. On a longtemps blâmé les généraux britanniques qui commandaient les Canadiens, mais nombre d’officiers canadiens n’avaient aucune expérience militaire, encore moins pour performer des tâches d’état-major. Donc, la période de 1915 à 1917 fut extrêmement coûteuse pour le Corps canadien, dans ce long et pénible apprentissage de la guerre des tranchées. Le 22e bataillon n’y a pas échappé.

Mont-Sorrel

La première véritable bataille du 22e bataillon fut défensive. Il s’agissait de repousser un assaut allemand pendant les deux premières semaines de juin 1916 en Belgique. Le 15 juin 1916, le bataillon occupe une position au Mont-Sorrel, près d’Ypres. Cette première grande bataille défensive a coûté au bataillon plus de 141 tués et blessés en quelques heures. C’était un premier vrai baptême du feu.

Flers-Courcelette

Le 1er juillet 1916, les forces franco-britanniques lancent une offensive majeure sur le front de la Somme. Le 15 septembre, c’est au tour du Corps canadien de prendre la relève d’une partie du front pour remplacer les Britanniques épuisés. Le 22e bataillon reçoit l’ordre d’attaquer un secteur délimité par les villages de Flers et Courcelette, puis de prendre et tenir cette dernière position. Ce sera l’une des plus grandes attaques du bataillon. En fait, ce sera sa première attaque d’envergure, qui début une année après son arrivée au front.

Le lieutenant-colonel Tremblay sollicite auprès du quartier général de la brigade l’honneur pour son bataillon de mener l’assaut, sachant très bien que ce sera un massacre. En demandant de mener l’attaque sur Flers-Courcelette, Tremblay était déterminé à prouver la vaillance et la haute distinction de ses hommes. Après avoir transmis ses ordres, il avertit chacune de ses compagnies que :

«…ce village (Courcelette), nous allons le prendre, et quand  nous l’aurons pris, nous le garderons jusqu’au dernier homme. C’est notre première grande attaque; il faut qu’elle soit un succès pour l’honneur de tous les Canadiens français que nous représentons en France».

Le champ de bataille de Courcelette. En arrière-plan, sous les débris fumants, le village, et à l'avant-plan le terrain qu'ont eu à traverser les soldats du 22e bataillon.

Le 22e perd environ le tiers de ses hommes sous les tirs d’artillerie et de tireurs d’élite au cours d’une marche de quelques kilomètres pour se rendre à ses positions de départ. L’assaut débute à 18h10, le 15 septembre 1916, sous un intense et efficace barrage d’artillerie. Rapidement, le bataillon avance dans les ruines du village. L’arrivée du bataillon coïncide avec la sortie en surface des Allemands, qui s’étaient cachés dans leurs abris souterrains « dug-out » au moment du tir d’artillerie. Il s’en suivit un terrible combat au corps-à-corps à la baïonnette, au poing, à la pelle, qui dura au bas mot une quinzaine de minutes. Après trois jours d’âpres combats, jour et nuit, le bataillon atteint son objectif, mais les pertes sont inquiétantes.

Soldat du 22e. Tournage de la télésérie "La Grande Guerre", CBC / Radio-Canada.

Des quelque 30 officiers et 900 hommes lancés à l’assaut, seulement 6 officiers et 118 hommes reviennent indemnes. La majorité des journaux du monde entier ont rendu hommage à la bravoure canadienne-française. À la fin de l’été et à l’automne 1916, les Canadiens combattent dans des conditions exténuantes pour ne progresser que de quelques kilomètres sur le front de la Somme.

La réputation des Canadiens était désormais établie. En octobre 1916, juste avant de quitter le front de la Somme pour le secteur de Vimy, le Corps d’armée canadien comptait quatre divisions d’infanterie soutenues par d’importantes forces d’artillerie, de cavalerie, de génie et auxiliaires, etc.

Par conséquent, le 22e bataillon pansait ses plaies et ramassait armes et bagages. Il fallait se rendre à Vimy. Rares déjà étaient les « vétérans » de 1914. Ils avaient été remplacés par les renforts qui, eux aussi, ont dû apprendre la guerre des tranchées, à partir des précieux conseils de ceux qui avaient fait Courcelette.

L'insigne du 22e bataillon (canadien-français).