Archives de mai, 2010

Causerie prononcée au Cégep de Limoilou le 31 mai 2008 dans le cadre du congrès annuel de l’Association des professeurs d’histoire de cégep du Québec.

Bonjour Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de votre présence et à remercier les organisateurs du congrès de l’Association des Professeurs d’Histoire de Cégep de cette province pour l’accueil qui m’est offert.

L’une de vos collègues, Madame Martine Dumais, m’a contacté il y a de cela quelques semaines afin que je vous entretienne d’un sujet qui, je pense, saura trouver sa pertinence dans un contexte où la ville de Québec célèbre 400 ans d’histoire.

En effet, dans la longue liste des événements d’importance historique qui ont marqué cette ville, c’est un honneur pour moi de venir vous entretenir des conférences de Québec de 1943 et 1944.

Vous n’êtes pas sans savoir que ces conférences se sont déroulées à une époque trouble de notre histoire. C’était une époque ravagée par la guerre, probablement l’une des guerres les plus sanglantes que le monde ait connues.

Histoire de mieux saisir la teneur de ces événements, on peut peut-être rappeler le contexte, qui comme vous le savez, est toujours important lorsque l’on aborde les problèmes historiques.

J’ai donc divisé mon exposé en quatre phases: 1) le contexte de la guerre de 1939-1945; 2) que sont les conférences?; 3) les enjeux débattus; 4) le rôle du Canada.

En approfondissant ces points, l’accent sera surtout mis sur le fond, c’est-à-dire les enjeux qui auront été débattus, mais je ne ferme pas la place, s’il me reste du temps, pour parler quelque peu de la « petite histoire » entourant ces conférences.

Le contexte de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Dans le contexte de la montée des mouvements totalitaires en Europe dans les années 1930, en particulier en Allemagne, en Italie et en Union soviétique, le monde pouvait à juste titre craindre qu’une autre conflagration semblable à celle de 1914-1918 puisse éclater.

En effet, le 1er septembre 1939, les armées hitlériennes envahissaient la Pologne, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale. Rapidement, les pays d’Europe s’écroulaient les uns après les autres sous la pression des armées allemandes. Outre la Pologne en 1939, les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique et même la France avaient déjà capitulé à la fin de l’année 1940.

De son côté, seule l’Angleterre résistait de peine et de misère aux tentatives allemandes de conquête. Devant la résistance offerte par les Britanniques, grâce notamment à l’aide matérielle que lui avaient envoyée les États-Unis et le Canada, Hitler s’était résigné à surseoir à son projet de conquête des îles britanniques. En juin 1941, Hitler avait décidé de retourner ses forces contre le géant soviétique, de même que les États-Unis avaient joint la coalition des Alliés suite à la brusque attaque aéronavale des Japonais à Pearl Harbor en décembre de la même année. D’autre part, devant la rapide progression des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon), les pays alliés n’avaient eu d’autre choix que d’emboîter le pas et mobiliser leurs armées et leurs économies pour la reconquête des territoires perdus.

Que sont les conférences de Québec?

Cela dit, dans tout ce contexte, on peut se poser la question suivante : que sont les conférences de Québec?

D’entrée de jeu, les conférences de Québec sont deux événements figurant dans la longue liste des diverses réunions de haut niveau stratégique organisées par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Pour vous donner une idée de l’importance des événements, en effectuant mes recherches, j’ai remarqué que dès 1946, soit moins de trois ans après la tenue des événements, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnaissait les conférences de Québec comme des événements historiques d’une importance nationale. Autrement dit, les contemporains de l’époque avaient jugé bon d’inscrire dans le grand livre de l’Histoire, voire la liste des sites patrimoniaux, ces événements où s’étaient prises des décisions majeures.

Effectivement, au moment où la Seconde Guerre mondiale déchirait le monde, le Président des États-Unis Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à Québec pour faire le point sur les opérations du moment et celles à venir. Comme hôte des événements, le premier ministre canadien Mackenzie King ne participe cependant pas aux discussions, signe que c’était les « grands » qui allaient s’en charger. Quant à Joseph Staline, le dirigeant de l’Union soviétique, son pays n’a pas participé aux conférences, mais il sera l’hôte d’une autre importante conférence à la fin du conflit, soit celle de Yalta au début de 1945.

Vous l’aurez compris, les conférences de Québec auront eu non seulement un impact sur le déroulement de la guerre, mais aussi sur la configuration du monde une fois la paix revenue. D’après les archives, c’est le président américain qui aurait eu l’idée de tenir les conférences à Québec, plus précisément à la Citadelle. La première d’entre elles a eu lieu du 10 au 24 août 1943, et la seconde du 11 au 16 septembre 1944.

En un mot, on pourrait dire qu’une décision majeure est sortie pendant chacune de ces conférences. À Québec, en 1943, on décide que finalement ce sera la Normandie qui deviendra le futur théâtre des opérations en Europe de l’Ouest occupée. Au sortir de la seconde conférence de 1944, les dirigeants anglo-américains vont coordonner leurs plans d’après-guerre, notamment en ce qui a trait au mode d’occupation future du territoire allemand.

Bien entendu, il serait trop simple de s’en tenir à ces conclusions sommaires et on examen approfondi mérite d’être fait.

« Quadrant » (août 1943)

C’est donc dire qu’au moment où se tient la première des deux conférences de Québec en août 1943, le monde est en guerre depuis presque 4 ans déjà.

Histoire de vous donner une idée de la situation sur les divers fronts, toujours en ce mois d’août 1943, on peut brosser le constat suivant :

– Sur le front de l’Est, en Union soviétique, les Allemands avaient été défaits dans Stalingrad, et leurs armées affrontaient celles des Russes, notamment au centre de l’Ukraine;

– En Afrique, les armées du maréchal Erwin Rommel étaient forcées d’abandonner le continent devant la poussée anglo-américaine;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient d’envahir la Sicile le mois précédent et l’Italie était sur le point de capituler;

– Sur le front Ouest, soit en France, le pays était toujours fermement occupé par les Allemands et un malheureux raid tenté par les Canadiens à Dieppe en août 1942 avaient fourni deux enseignements: 1) on était pas prêt pour un débarquement face à une armée bien organisée; 2) les Allemands étaient prêts à nous recevoir;

– Dans le Pacifique, les troupes américaines reprenaient petit à petit les territoires perdus au profit des Japonais depuis 1941;

– Dans les airs, les Alliés bombardaient jour et nuit l’Allemagne, espérant ainsi affaiblir la production de guerre du Reich;

– Sur les mers, l’année 1943 voyait une sauvage bataille se dérouler dans l’Atlantique, où les sous-marins allemands causaient des dommages terribles à la flotte marchande alliée.

C’est donc dire qu’au moment où se réunissent les dirigeants alliés à Québec en août 1943, le sort des armes commençait déjà à favoriser leur camp, mais on était encore bien loin de la coupe aux lèvres. D’autres batailles allaient devoir être engagées, l’Allemagne et le Japon étaient loin d’être battus. Dans cet ordre d’idées, il faut aussi comprendre que la première conférence de Québec est la troisième conférence majeure à se dérouler en 1943.
La première avait été la conférence de Casablanca en janvier, où on avait planifié l’invasion de l’Italie pour la même année, dressé quelques plans pour une invasion à travers la Manche pour 1944. À Casablanca avait aussi été publiée une importante déclaration, soit celle d’exiger des forces de l’Axe une capitulation sans condition.

La seconde conférence de 1943 s’était tenue à Washington, au mois de mai. Les Alliés avaient poursuivi la planification de l’invasion de l’Italie, de même que d’intensifier les bombardements aériens sur l’Allemagne et la guerre dans le Pacifique.

On comprend alors qu’au moins d’août, à Québec, les dirigeants alliés sont habitués de se voir! D’autres décisions devront par contre être confirmées à Québec.

Au cours de la première conférence de Québec, les Alliés vont décider d’augmenter les effectifs militaires employés contre le Japon. D’ailleurs, on s’était donné un délai d’un an pour défaire le Japon à la suite de la défaite éventuelle de l’Allemagne. On considérait que l’Allemagne serait défaite vers octobre 1944, donc le Japon en octobre 1945.

Par ailleurs, et sur un très court terme, les Alliés prévoyaient un débarquement au sud de la ville de Naples, une fois que l’Italie aurait capitulé, dans le but de prendre à revers les Allemands qui défendaient le sud de la péninsule.

Au sujet de la situation dans les Balkans, on s’était entendu pour ne tenter aucune opération militaire dans la région, sauf peut-être poursuivre quelques opérations de ravitaillement des guérillas locales et d’effectuer des bombardements, puis de maintenir des négociations avec la Turquie pour qu’elle sorte de sa neutralité.

Dans la logique des conférences précédentes, il est également décidé de poursuivre l’offensive aérienne contre l’Allemagne à partir des bases aériennes établies en Angleterre et en Italie envahie. Les buts des bombardements contre l’Allemagne étaient d’anéantir la force aérienne ennemie, de disloquer son potentiel industriel et de préparer la voie pour l’ouverture d’un autre front en Europe.

De plus, une déclaration avait été émise au sujet de la Palestine afin de calmer les tensions dans la région, où l’occupation britannique devenait de plus en plus difficile.

C’est aussi lors de cette conférence que l’on émit une condamnation commune des atrocités allemandes qui s’exerçaient en Pologne.

Enfin, et c’est une décision majeure pour les événements à moyen terme, on confirme une invasion de la Normandie pour mai 1944, de même qu’une planification d’un second débarquement dans le sud de la France. Pour l’invasion de la Normandie, Churchill avait accepté que le commandement opérationnel soit confié à un général américain, ici Eisenhower.

Certaines pommes de discorde sont aussi apparues à Québec, en 1943. Au sujet du Projet Manhattan, celui de développer une bombe atomique, Churchill voulait que l’Angleterre y participe à fond, mais Roosevelt voulait restreindre la participation britannique. Par contre, les deux s’étaient entendus pour ne pas partager leurs informations avec Staline.

« Octagon » (septembre 1944)

Les Alliés ont par conséquent poursuivi les opérations en 1944, dans la logique des décisions prises à Québec l’année précédente.

Au moment de la seconde conférence de septembre 1944, la situation des Alliés sur un plan militaire avait grandement progressé. On peut faire ici le résumé, et vous verrez l’évolution par rapport à 1943 :

– Sur le front Est, les troupes de Staline avaient libéré tout le territoire russe et s’étaient bien installées en Pologne, dans les pays baltes, en Hongrie et marchaient déjà sur l’Allemagne;

– Le continent africain n’était plus un front en soi, libéré depuis plus d’un an déjà;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient de libérer Rome, mais piétinaient dans leur progression vers le nord, face à des troupes allemandes aguerries et aux difficultés de terrain et de ravitaillement;

– Sur le front Ouest, le fameux débarquement en Normandie en juin avait réussi et en septembre 1944, les Alliés étaient installés en Belgique, tout en poursuivant leur progression vers le Rhin;

– Dans le Pacifique, les Américains poursuivaient leur lutte contre les Japonais dans la Mer des Philippines;

– Dans les airs, les Alliés frappaient de plus en plus durement l’Allemagne, comme sur la mer leur flotte remportait progressivement la lutte face aux sous-marins allemands, malgré que ceux-ci demeureront une menace jusqu’à la fin du conflit;

Bref, au moment où l’on se réunit pour une seconde fois à Québec, les Alliés savent qu’ils vont gagner la guerre. La question est de savoir quand.

Vous aurez aussi compris qu’au moment de se réunir à nouveau en septembre 1944, il ne s’agit pas de la première conférence interalliée de l’année. En fait, dès novembre et décembre 1943, Churchill, Roosevelt et Staline (les 3 « Grands ») se rencontrent pour la première fois les trois à Téhéran pour discuter à nouveau de stratégie.

En juillet 1944, à Bretton Woods aux États-Unis, se tient une autre célèbre conférence réunissant les représentants de 44 nations. On crée notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale de reconstruction et de développement. L’idée même de créer une organisation des « Nations Unies » était bien avancée sur le papier, au moment où va s’amorcer la seconde conférence de Québec en septembre.
On le sent, l’esprit de 1944 est différent. Il est axé sur l’après-guerre, donc sur des questions qui toucheront aussi la politique, l’économie, bref le partage du monde une fois les hostilités terminées.

En simplifiant, on peut dire que la première conférence avait été militaire, alors que la seconde sera politique. Ce sont les Britanniques qui d’ailleurs avaient insisté pour se réunir à nouveau.

L’un des grands dossiers de la conférence était l’évolution de la guerre dans le Pacifique. L’Angleterre souhaitait jouer un plus grand rôle sur ce théâtre d’opérations, notamment dans le but de maintenir sa position qu’elle avait perdue dans la région avant les hostilités. C’est en ce sens que les Britanniques avaient offert aux Américains des bâtiments de guerre supplémentaires.

Toujours en ce qui concerne le Pacifique, les Anglo-Américains s’étaient entendus pour poursuivre l’extension de leur prêt-bail à la Chine, de matériel de guerre, du moins tant et aussi longtemps que la guerre n’était pas terminée.

En ce qui concerne l’Allemagne, on a bien sûr discuté de son statut futur. Il a été question de diviser le pays sous une occupation militaire. De plus, l’idée était carrément de désindustrialiser le pays. On voulait séparer l’Allemagne en deux et aucune réparation monétaire ne lui serait exigée, comme cela avait été le cas lors de la fin de la guerre de 1914-1918.

Deux conférences au Canada…sans le Canada

L’une des polémiques qui a fait surface par rapport aux conférences de Québec, et qui est encore débattue de nos jours, peut-être dans une moindre mesure, est le pourquoi de l’absence du Canada dans le processus décisionnel.

Si vous voulez une réponse froide, voire objective (sinon arrogante!), je vous dirais que la direction de l’effort de guerre sur le front Ouest n’étaient que de l’unique ressort des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances à l’Ouest.

Comme premier ministre, et donc comme dirigeant de tout l’Empire britannique, Churchill disait que c’était sa responsabilité de représenter le Canada et de le tenir informé des événements (même si le pays était officiellement indépendant depuis 1931). Cependant, Churchill avait concédé que l’on pourrait accorder au Canada le droit de participer uniquement aux sessions plénières, soit les réunions préparatoires.

C’est le président américain Roosevelt qui a alors apposé son veto face à l’intention de Churchill. Pourquoi? Dites-vous ceci : si on laisse le Canada participer aux réunions, des pays comme le Brésil, la Chine et autres Dominions de l’Empire britannique qui sont en guerre voudront un siège et un droit de regard sur les décisions.

Ce qui fait aussi que l’affaire n’a pas été plus loin à l’époque, et qui n’a pas trop nui au déroulement des séances (malgré certaines critiques dans la presse), c’est que Mackenzie King lui-même a accepté de jouer le rôle de l’hôte, de se faire photographier avec les grands de ce monde.

Plus sérieusement, bien que le Canada n’ait joué qu’un rôle de figurant lors des conférences de Québec, cela ne signifie pas que sa contribution à l’effort de guerre ait été minime, au contraire. Le problème dans ce genre de situation est qu’il est simplement difficile de gérer une coalition d’États de puissances inégales. Mackenzie King se serait cru davantage utile en jouant un rôle de liaison entre Churchill et Roosevelt (qui se méfie l’un de l’autre), plutôt que de tenir un rôle plus que mineur dans la planification stratégique.

Les conférences ou ce qu’il en reste

Les traces tangibles des conférences de Québec de 1943 et 1944 se font rares dans le paysage mémoriel québécois. Après discussions avec certains d’entre vous, je remarque que certains abordent la question lorsqu’ils traitent de la Seconde Guerre mondiale dans leurs cours, ce qui est très bien.

Malgré l’importance capitale de ces événements à l’époque, le sujet me semble peu enseigné, comme c’est le cas généralement de l’histoire militaire aussi.

À défaut de me fier à mon instinct, certaines traces des conférences demeurent. Par exemple, des plaques rappelant les événements sont présentes à la Citadelle de Québec. Des archives audio-visuelles existent aussi. Les touristes et passants dans Québec remarquent au coin des rues Saint-Louis et de la Côte de la Citadelle les statuts des trois principaux personnages des conférences: Churchill, Roosevelt et King.

D’un point de vue historiographique, une recherche en surface nous indique à première vue que le sujet pourrait davantage être approfondi. Nous avons retracé une étude de plus de 500 pages de l’historien américain Maurice Matloff portant sur la planification stratégique des Alliés pour les années 1943 et 1944. Consacrée surtout au volet militaire de la question, cette étude accorde néanmoins quelque 60 pages aux conférences de Québec. Le problème, peut-être, est que l’étude fut publiée à la fin des années 1950 et un renouvellement serait le bienvenu, malgré la grande qualité de l’ouvrage.

Voilà en somme pour ce qui concerne les conférences de Québec de 1943 et 1944. Comme vous le constatez, le sujet a son importance, de grandes décisions se sont prises, des décisions qui ont eu des impacts décisifs sur la tournure des événements subséquents. Le tout s’étant déroulé non loin d’ici, à une époque qui nous semble déjà lointaine.

Je vous remercie de votre attention.

Le général Wolfe et ses troupes devant la falaise du Cap Diamant.

Cet article inaugure une nouvelle série intitulée Champs de bataille. De manière périodique, nous présenterons avec images et cartes à l’appui une vue d’ensemble interprétative des événements historiques qui se sont déroulés en des lieux particuliers. L’idée étant de découvrir ou redécouvrir des lieux où l’Histoire s’est écrite, puis de vous donner le goût de vous y rendre, tout simplement.

Si vous souhaitez nous faire découvrir des endroits que vous avez visités et voulez partager vos expériences, vos contributions sont les bienvenues. Vous n’avez qu’à me contacter pour le travail d’édition et de publication sur ce blogue. Votre nom apparaîtra sur votre papier avec une mention de remerciements. Tous les lieux et toutes les époques sont examinés.

Voici Champs de bataille.

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Contexte historique

Les batailles de Québec et de Sainte-Foy de 1759 et 1760 s’inscrivent dans le contexte plus large de la Guerre de Sept ans en Europe (1756-1763). Conflit majeur du XVIIIe siècle, la Guerre de Sept ans avait en fait commencé quelques années plutôt, en 1754, notamment dans les colonies nord-américaines. Rapidement, le conflit s’est exporté à divers endroits dans le monde. L’Europe demeurant le principal champ de bataille, des affrontements eurent lieu entre les grandes puissances de l’époque en Amérique du Nord de même qu’en Inde.

Par conséquent, les enjeux étaient nombreux. En Europe, à titre d’exemple, le territoire de la Silésie contrôlé par le roi prussien Frédéric II fait l’objet de convoitise. Dans les colonies, les possessions françaises de la Nouvelle-France, des Antilles et des Indes faisaient l’envie des Britanniques. En ce qui concerne la situation en Amérique du Nord, on peut affirmer que dès 1754, la possession de la vallée de l’Ohio était au cœur d’un sérieux litige entre la France et l’Angleterre.

Territoire occupé par les Français, qui y sont présents avec la construction d’une chaîne de fortifications, les Britanniques et les Iroquois usent de diverses manœuvres pour affirmer leurs revendications. Par exemple, les Britanniques évoquent le Traité d’Utrecht de 1713 disant que les Iroquois vivant dans cette région sont des sujets de la couronne d’Angleterre. Pour leur part, les Iroquois affirment que la vallée de l’Ohio est une terre ancestrale, ce qui renforce dans la logique britannique la volonté de revendication.

Au-delà de la crise territoriale, d’autres facteurs ont milité en faveur du déclenchement d’une guerre que l’on savait inévitable. Par exemple, le contrôle des routes commerciales, comme celle du commerce des peaux faisait l’objet de contentieux. D’autre part, on note le désir des Britanniques de contrer l’influence catholique française en Amérique du Nord. À l’extérieur de l’Ohio, les Français et les Britanniques s’affrontent sur la question des droits de pêche au large de Terre-Neuve.

C’est également en analysant la question démographique que l’on se rend compte du caractère inéluctable de la guerre à venir. Les treize colonies anglaises d’Amérique du Nord comprennent vers 1750 environ 1,5 million d’habitants confinés en un espace restreint. Pour sa part, la Nouvelle-France, qui s’étend de l’actuel Québec jusqu’aux confins du Mississippi, comprend une faible population de 60,000 âmes.

Il n’en fallait pas plus pour que tôt ou tard la tension entre les grandes puissances finisse par éclater. Pour faire court, rappelons que le casus belli de la Guerre de Sept ans repose dans l’attaque lancée par Frédéric II de Prusse contre la Saxe menaçante. Sept années plus tard, en 1763, les conséquences notables en ce qui concerne le sujet traité dans cet article sont que l’on assiste à la naissance de l’Empire britannique et à la chute, sinon à l’amputation, d’une large partie de l’Empire français. En effet, avec la signature du Traité de Paris en 1763, la France dut céder la Nouvelle-France à l’Angleterre.

Les forces en présence réparties à l’intérieur de deux coalitions

Prusse France
Grande-Bretagne Saint-Empire
Hanovre Russie
Portugal Suède
Hesse-Cassel Espagne
Brunswick Duchés de Saxe et Pologne
Wurtemberg
Les deux Sicile

 

Les premières phases de la guerre en Amérique du Nord

Dès 1754, les belligérants allaient être d’un côté la France et ses alliés amérindiens face à l’Angleterre, ses treize colonies et leurs alliés amérindiens. Les Français pouvaient compter sur une série de postes et de forts afin d’assurer la liaison et la défense de leur immense colonie. L’expansion du territoire français à l’ouest de la chaîne des Appalaches compromettait sérieusement le développement territorial des colonies américaines enclavées.

Les premiers accrochages dans la région eurent lieu autour de l’actuelle ville de Pittsburgh. En 1754, un certain George Washington, futur premier Président des États-Unis, était alors colonel dans un régiment virginien. C’est autour de Pittsburgh qu’il tenta en vain d’ériger un premier fort pour compromettre le ravitaillement des Français. Délogé par ceux-ci, Washington dut se replier avec son unité et les Français en profitèrent pour construire le Fort Duquesne.

Dispositif des fortifications françaises et britanniques en Amérique du Nord au début de la Guerre de Sept ans, vers 1754.

Ce premier accrochage fut suivi par un autre l’année suivante par l’assaut britannique contre le Fort Niagara. Encore là, ce fut un échec et cela occasionna un répit temporaire pour la France. Ces premières escarmouches permirent aux belligérants de se rendre compte de l’évolution tactique des combats. Par exemple, les Britanniques ont mené ces premiers assauts de manière classique par le déploiement de leurs forces en vue de batailles rangées à l’européenne. Cette tactique s’avéra d’une efficacité plus que douteuse face aux tactiques françaises et indiennes inspirées de la guérilla.

Les premières années d’affrontements en Amérique du Nord ont par conséquent été difficiles pour les Britanniques, qui par surcroît étaient aux prises avec la problématique du soulèvement, puis de la déportation de la population acadienne.

Le 18 mai 1756, l’Angleterre déclare officiellement la guerre à la France, au lendemain de l’attaque prussienne contre la Saxe. Dès le départ, la France se concentre sur sa stratégie européenne et l’Angleterre concentre ses énergies sur l’Amérique du Nord. Le premier défi du marquis de Montcalm, qui hérite du commandement en 1756, est simple en apparence, mais compliqué à réaliser sur le terrain. Il doit conserver intactes les communications entre le Canada (nom communément utilisé au lieu de Nouvelle-France) et l’Ohio, principal objet du litige nord-américain.

Or, le fort britannique d’Oswego (voir la carte) menace carrément cette communication. Cette fortification fera d’ailleurs l’objet d’un des premiers assauts français à la suite d’une expédition-surprise qui réussit. Cet échec des Britanniques à maintenir Oswego ne les empêche pas, en 1757, de se ressaisir avec des renforts qui ont comme objectif initial la prise de Louisbourg, porte d’entrée à l’intérieur du Canada. Les Britanniques piétinent à Louisbourg et les Français en profite pour attaquer victorieusement Fort Henry la même année.

1757 fut somme toute une bonne année pour la France en Amérique du Nord. L’année suivante, et avec plus de moyens, les Britanniques vont lancer simultanément des assauts contre Louisbourg et les forts Carillon et Duquesne. Ces derniers sont battus à Carillon, mais étant plus nombreux, ils peuvent à la fois mettre de la pression à Louisbourg de même qu’en Ohio. D’ailleurs, le Fort Frontenac finit par tomber sans trop de résistance de la part des Français, coupant ainsi les communications entre les divers postes. Autre bonne nouvelle pour les Britanniques, Louisbourg tombe en juillet 1758 devant une armée anglaise imposante de 14,500 hommes.

Dans tout ce contexte, la situation est qu’à la fin de 1758, le Canada est somme toute intact aux mains des Français, mais les Britanniques ont capturé tout le pourtour, de l’Ohio jusqu’à Louisbourg. Le Canada est désormais isolé.

Montcalm comprend rapidement qu’avec les forces à sa disposition, il doit se concentrer sur le Canada, principalement sur une ligne de front entre Québec et Montréal.

1759: Wolfe devant Québec

C’est le 21 juin 1759 que la flotte britannique est repérée devant Québec. Elle embarque une force composée de trois brigades d’infanterie sous les ordres des généraux Moncton, Townsend et Murray, qui tous répondent de Wolfe pour cette opération. Le général Moncton reçoit l’ordre de déployer ses hommes à la Pointe-Lévis en face de Québec afin de commencer le siège de la ville par des bombardements. Sur la rive nord, Wolfe déploie une large partie des forces restantes à l’est de la rivière Montmorency. Nous sommes le 12 juillet, le siège de Québec débute.

Étrangement peut-être, les Français s’attendaient surtout à une avance des forces britanniques en provenance du Lac Ontario ou du Lac Champlain. La descente de Wolfe sur le Saint-Laurent les a un peu surpris. Malgré tout, Montcalm avait pris certaines précautions. Il avait en effet ordonné la construction d’un système défensif le long du Saint-Laurent, entre les rivières Saint-Charles et Montmorency.

Vue actuelle de la chute Montmorency à Québec dont les falaises furent prises d’assaut par les Britanniques le 31 juillet 1759.

C’est sur ce système défensif français que les Britanniques vont se heurter une première fois, le 31 juillet 1759, lors d’un assaut raté à la chute Montmorency contre les fortifications françaises de Beauport. À titre d’exemple des pertes encaissées lors de cet assaut discutable, les régiments britanniques des Grenadiers et le 60th Foot ont perdu environ 500 hommes.

Conscient de l’échec, Wolfe ordonne pendant les semaines suivantes à ses navires de manœuvrer pour repérer de bonnes zones de débarquement et de couper le ravitaillement des Français et de la ville. Cependant, la situation était difficile pour les Britanniques. Minés par la maladie (Wolfe lui-même étant malade), les Britanniques savaient qu’un assaut contre Québec avant l’hiver était impératif. Composée essentiellement de troupes professionnelles, Wolfe commandait une petite force hautement disciplinée et mieux entraînée que celle de Montcalm.

Le 4 septembre, les Britanniques se résignent finalement à quitter la rive nord à l’est de la rivière Montmorency et tenteront une autre manœuvre dans un secteur moins bien défendu. Ironiquement, malgré l’échec, la manœuvre britannique autour de Beauport avait fini par persuader Montcalm de la diversion de cette action, à savoir qu’il fallait renforcer les défenses de Beauport. Montcalm envoya néanmoins le général Bougainville et quelque 3,000 hommes en amont de Québec afin d’y établir des postes d’observation le long du fleuve.

Le dilemme de Wolfe était donc de trouver l’endroit idéal où débarquer son armée, de préférence sur un terrain plat qui permettrait de couper la liaison entre Québec et Montréal. On oublie donc Beauport, il fallait passer à autre chose. Il fallait également ne pas débarquer trop loin en amont (à l’ouest) de Québec, sinon les Français auraient eu facilement un ou deux jours pour transférer le gros de leurs troupes situées à Beauport.

12-13 septembre: le débarquement

Les troupes britanniques naviguaient depuis déjà quelques jours le long du fleuve dans l’espoir de débarquer en un endroit favorable. C’est le 12 septembre qu’une tentative de débarquement s’effectue à l’Anse-aux-Foulons, à travers un petit sentier abrupt situé au sud-ouest de la ville, à peu près à trois kilomètres en amont de la pointe du Cap Diamant.

À titre indicatif, notons que la hauteur entre la berge et le plateau (les Plaines d’Abraham) était de 53 mètres. En haut, les Français avaient déployé une batterie de canons qui défendait le passage. Les Britanniques avaient rapidement compris que la surprise et le secret étaient essentiels à la réussite de l’opération.

Les forces britanniques escaladant les hauteurs des Plaines d’Abraham.

C’est à un petit groupe de soldats anglais qu’échut la mission de débarquer sur la berge, de grimper la pente abrupte, s’emparer du sentier et, si nécessaire, éliminer la garnison ennemie en poste. À cet égard, un petit campement français doté d’un effectif maximal de 50 miliciens sous les ordres du capitaine de Vergor était censé garder le passage de l’Anse-aux-Foulons. Plusieurs Français n’ont rien soupçonné, ni perçu de menace immédiate entre le Cap Diamant et Cap-Rouge. On pensait bien que les quelques navires aperçus étaient des embarcations françaises de ravitaillement. Malgré tout, une sentinelle française a crié « Qui Vive? » et s’est fait répondre en excellent français par un officier britannique des Highlanders.

Contrairement à une certaine croyance populaire, cet incident rappelle que les troupes du général Wolfe n’ont pas débarqué précisément sur la berge de l’Anse-aux-Foulons. En fait, elles ont dévié de leur parcours, abordant le sol devant une falaise beaucoup plus étroite encore. Baïonnettes aux canons, un groupe de volontaires britanniques fut envoyé pour dégager la route, tandis que trois compagnies de soldats passaient directement par la falaise. Ce faisant, ces compagnies ont réussi à capturer le camp du capitaine Vergor par le flanc arrière. L’un des hommes du camp avait réussi à fuir et parvint à se rendre à Beauport prévenir Montcalm des événements. Or, personne ne le crut. À l’aube, près de 5,000 soldats britanniques se trouvaient sur les Plaines d’Abraham.

En conséquence, trois options se présentèrent à Montcalm. La première, ne rien faire et attendre. La seconde, concerter une attaque avec Bougainville, qui se trouvait à l’ouest autour de Cap-Rouge. Intéressante en apparence, cette manœuvre demeurait difficile à exécuter compte tenu du manque de communications soutenues entre les différentes positions françaises.

La troisième option… attaquer immédiatement…

13 septembre: la bataille

La situation des troupes britanniques au matin du 13 septembre 1759 sur les Plaines est précaire. Wolfe réalise qu’il est encerclé d’un côté par Montcalm à Québec, et de l’autre par Bougainville à Cap-Rouge. Analysant rapidement la situation, le général britannique constate qu’il est à 1,5 kilomètre de son objectif Québec, une distance qu’il doit franchir à travers un champ de blé.

Montcalm n’est informé que le matin de la présence britannique, surtout lorsqu’il voit les bataillons ennemis en train de se former sur deux longues et minces lignes. Le temps que Montcalm prenne ses bataillons constitués de Français, de Canadiens et d’Indiens de Beauport vers les Plaines, à travers Québec, cela lui prendra quelques heures.

Dispositif des unités britanniques (à gauche) et françaises (à droite) lors de la bataille de Québec du 13 septembre 1759.

Par ailleurs, Montcalm doit s’obstiner avec le gouverneur le marquis de Vaudreuil pour obtenir un minimum d’artillerie en vue de la bataille. Montcalm dispose d’un effectif théorique de 15,000 troupes professionnelles et de milice pour défendre la place. Dans les faits, environ 5,000 soldats professionnels sont disponibles pour livrer bataille sur les Plaines. De son côté, Wolfe dispose de 8,000 soldats réguliers prêts au combat, mais 4,500 d’entre eux se trouvent sur le champ de bataille le 13 septembre.

Le déploiement des forces britanniques sur les Plaines d’Abraham peut être vu comme une tentative de Wolfe pour forcer Montcalm à livrer bataille le plus tôt possible, sachant que le temps joue en faveur du général français. Wolfe va disposer des troupes en suivant un schéma de « fer à cheval ». La droite de son front est ancrée sur le fleuve, puis sa gauche est déployée sur un kilomètre à l’intérieur des terres, couvrant ainsi les Plaines, avec le pont de la rivière Saint-Charles non loin.

Pour couvrir une telle distance, Wolfe a dû placer ses hommes sur deux lignes, au lieu des trois lignes réglementaires du schéma européen de déploiement tactique. En face, Montcalm ramasse tous les bataillons à portée de main et les fait converger sur les Plaines vers 9 heures, le 13 septembre, et ce, sans attendre des renforts en position à Beauport. Cela prenait une armée bien disciplinée et entraînée à l’européenne pour exécuter les manœuvres tactiques compliquées requises pour un tel déploiement rapide.

Un problème majeur qu’avait Montcalm était qu’il avait perdu beaucoup de ses forces régulières depuis le début de la campagne en 1754. Pour compenser, il avait dû intégrer des miliciens moins familiers aux manœuvres précédemment mentionnées. Cela a affecté en fin de compte les performances de l’armée française.

Les premiers accrochages ont eu lieu entre la gauche de Wolfe (composé d’infanteries légères et de régiments de réserve commandés par Townsend) et les milices canadienne et indienne qui les harcelaient. De leur côté, les trois canons français et l’unique canon anglais sur le champ de bataille ont tiré sur l’infanterie des deux camps pendant environ une heure avant l’assaut français. Vers 10 heures, les bataillons réguliers français ont avancé et, à ce moment, les bataillons anglais, qui étaient couchés au sol pour éviter le tir d’artillerie français et le feu des milices canadienne et indienne sur leurs flancs, se sont alors relevés.

Reconstitution de la bataille de Québec. À gauche quelques miliciens canadiens, au centre des soldats réguliers de l’armée française.

Les Français ont été les premiers à tirer. La salve initiale a été tirée à grande distance et fut somme toute inefficace. Les Français se sont ensuite couchés pour recharger et se sont relevés pour avancer à moins de 40 mètres des Britanniques. Cette première salve avait certes causé des pertes chez les troupes de Wolfe, mais celles-ci sont restées debout, presque impassibles, et ont encaissé le choc avec discipline.

Les Britanniques ont attendu que les Français soient à moins de 35 mètres avant d’ouvrir le feu sur eux. Deux volées ont été tirées et cela fut suffisant pour désorganiser le front ennemi. Wolfe avait ordonné à ses hommes de charger leur mousquet avec deux balles au lieu d’une seule. Comme les Français avançaient à découvert, la première volée britannique a causé de grandes pertes dans leurs rangs.

Les hommes de Wolfe ont ensuite avancé de quelques pas vers les rangs brisés des Français et ont ouvert le feu d’une seconde volée. Une fois leurs mousquets déchargés, les Britanniques ont ensuite marché baïonnettes aux canons vers les Français pour les pourchasser et les refouler dans Québec. Cependant, la poursuite britannique était désorganisée dû au fait que plusieurs officiers étaient hors de combat, rendant ainsi la cohésion et le commandement plus difficile.

De leur côté, dans une tentative désespérée, les Canadiens et les Indiens ont ouvert le feu sur les Britanniques pour les harceler, mais furent à leur tour repoussés. C’est dans une grande confusion que l’armée française s’est repliée dans Québec.

L’unique canon britannique à Québec en 1759.

Observant la bataille derrière le 28th Foot, Wolfe a d’abord été blessé au poignet, puis il a été atteint dans les intestins et la poitrine. Il a été évacué quelques mètres en arrière par ses soldats. Au début de la retraite, Montcalm sur son cheval a aussi été blessé et transporté dans une maison de Québec où il est mort le lendemain matin. Il a été blessé deux fois, atteint d’un projectile dans le bas de l’abdomen, puis d’un autre à la cuisse. L’adjoint de Montcalm a également été tué et le brigadier Moncton blessé à son tour. C’est le général Townsend qui prit la relève pour les Britanniques et il a dû contenir une avancée de Bougainville qui arrivait de Cap-Rouge.

Selon des estimations variables, les pertes totales subies par les belligérantes le 13 septembre 1759 sont évaluées à 1,300 en tout, ce qui inclut les tués, blessés et disparus. La bataille a eu lieu dans un périmètre délimité grossièrement par les actuelles rues Turnbull, le Chemin Sainte-Foy, la rue des Érables et le centre des actuelles Plaines d’Abraham. Lors des salves de mousquets, le front passait approximativement entre les actuelles rues Cartier et de Salaberry.

Après la bataille

Le lendemain de la bataille des Plaines d’Abraham avait laissé maintes récriminations dans le camp français. Par exemple, le gouverneur Vaudreuil a porté le blâme de la défaite entièrement sur Montcalm et il ordonna au restant des troupes d’évacuer Québec et Beauport pour rejoindre Bougainville plus à l’ouest.

Les Britanniques entrèrent dans Québec qui capitule le 18 septembre. Le restant des forces françaises était posté à l’ouest de la ville, le long de la rivière Jacques-Cartier, dans l’attente d’une éventuelle riposte. Dans la ville, les forces britanniques sont laissées à elles-mêmes, puisque la flotte avait dû quitter Québec peu de temps après sa capture, afin de déjouer les glaces qui s’accumulaient dans le Saint-Laurent.

Une partie remise: Sainte-Foy (28 avril 1760)

C’est François de Gaston, Chevalier de Lévis, qui prit le commandement des forces françaises au lendemain de la bataille de Québec. La situation en avril 1760 était précaire pour les deux camps. Lévis parvint à rassembler une force d’un peu plus de 5,000 hommes à Montréal afin de les diriger vers Québec. La moitié de ses troupes étaient composées de miliciens canadiens et indiens. De son côté, Murray, le commandant britannique, devait s’organiser avec une faible de force d’à peine 4,000 hommes affaiblis par la faim et le scorbut.

L’architecte de la victoire française d’avril 1760, François de Gaston, Chevalier de Lévis.

Murray jugeait que ses troupes n’étaient pas assez nombreuses pour défendre adéquatement Québec à l’intérieur des murs. Par conséquent, il déploya quelque 3,800 hommes, presque toute sa force, vers l’ouest avec quelque 20 canons, sur la même position que Montcalm avait occupée l’été précédent.

Plutôt que d’attendre l’avance française, Murray a pris le risque de faire marcher ses troupes vers l’ennemi. Son avance rapide a eu du succès au départ, mais son artillerie finit par être aveuglée par ses propres troupes placées devant et qui lui cachaient la vue. Par surcroît, l’infanterie britannique avait fini par s’enliser dans la boue et la neige fondante qui tombait en ce 28 avril.

Plus nombreux donc, les Français avaient fini par prendre les troupes de Murray par les deux flancs, les menaçant ainsi d’encerclement. Voyant le risque, Murray ordonne une retraite générale derrière les murs de la ville, abandonnant du coup tous ses canons que Lévis pouvait retourner contre lui.

Souvent minimisée par l’Histoire, la bataille de Sainte-Foy fut une grande victoire pour l’armée française. Livrée dans des conditions climatiques difficiles, sur un terrain marécageux, la bataille fut marquée, entre autres, par des combats au corps à corps que l’on n’avait pas connu à Québec. La bataille de Sainte-Foy se déroula sur un site situé à quelques centaines de mètres à peine du périmètre de la bataille de Québec. On peut situer grosso modo le site par l’actuel périmètre marqué à l’ouest par l’Université Laval, au nord par la rivière Saint-Charles, au sud et à l’est par une ligne touchant le champ de bataille de 1759.

Les pertes en tués, blessés et disparus le 28 avril 1760 sont évaluées à 850 pour les Français et 1,100 pour les Britanniques. Ces derniers ont perdu, mais ils sont parvenus à se replier en bon ordre derrière les murs de Québec. Le manque de munitions de l’artillerie française et le renforcement des défenses murales, combiné à l’arrivée de la flotte anglaise à la mi-mai 1760, ont enlevé tout espoir de reprise de la ville par Lévis.

La bataille de Sainte-Foy fut parmi les plus sanglantes livrée en sol canadien. Malgré tout, ce n’était qu’une question de temps avant l’inévitable: la chute de la colonie. Il restait à peine 2,000 hommes à Lévis à l’été de 1760, face à quelque 17,000 Britanniques et alliés américains.

Le commandant français capitula le 8 septembre et ordonna que l’on brûle les drapeaux de ses régiments pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, signe d’ultime disgrâce dans la tradition militaire. Trois ans plus tard, en 1763, les belligérants signaient la paix et le Traité de Paris força la France à céder la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.

Vue partielle des Plaines d’Abraham, telles qu’elles se présentent de nos jours.