L’opération Barbarossa, Russie (1941)

Une lutte à finir

Le nom de code Barbarossa fut attribué à l’assaut surprise de l’Allemagne contre l’Union soviétique le 22 juin 1941. En termes de moyens engagés, il s’agit de la plus ambitieuse campagne militaire de la Seconde Guerre mondiale, une campagne préparée et planifiée dans le but d’achever un objectif stratégique à l’intérieur d’un seul théâtre d’opérations selon un calendrier fixe. C’était également la pièce maîtresse d’une vision géopolitique qui prédisait clairement l’avènement d’un génocide.

La guerre menée par Hitler contre l’URSS de Staline comportait deux facettes, l’une militaire et l’autre idéologique, étant donné que Barbarossa représentait à la fois un moyen de régler un problème stratégique de taille de l’Allemagne et, en même temps, de conquérir un « espace vital » (Lebensraum). Hitler était parvenu à faire de Barbarossa une guerre d’extermination contre ce qui était alors appelé le bolchevisme et la « juiverie », notamment parce que des officiers supérieurs de l’armée (Wehrmacht) avaient volontairement autorisé leurs troupes à mener une « guerre idéologique » aux côtés des différentes formations SS. L’aspect idéologique de la guerre menée à l’Est était au centre de tous types d’opérations militaires menées alors, que ce soit au niveau des combats, de la protection des lignes de communication et de l’occupation du terrain.

Pour emprunter le concept de George Mosse, on peut parler d’une « brutalisation » de la guerre à l’Est, incluant une brutalisation des soldats allemands qui avait commencé dès la campagne de Pologne en 1939. La « barbarisation » de la guerre en elle-même allait donc se poursuivre sur le territoire soviétique. La violence étant quelque chose de réciproque, Hitler avait prétexté les atrocités soviétiques et les actions des partisans pour justifier en retour des massacres d’un même ordre comme une « nécessité » de guerre.

Une opération ambitieuse

La campagne de juin 1941 en Russie avait été planifiée plusieurs mois auparavant. Le 18 décembre 1940, Hitler publia la Directive No. 21 qui traitait de l’écrasement de l’URSS via une campagne militaire rapide, avant même que ne soit conclue la guerre avec l’Angleterre. Le cœur de la phase initiale de Barbarossa consistait en la destruction de l’essentiel de l’Armée Rouge en une série d’encerclements rapides à l’ouest des rivières Dniepr et Dvina (voir la carte), ainsi que d’empêcher le repli de forces soviétiques capables de reprendre le combat dans l’immensité du territoire à l’est. Ensuite, par une rapide poursuite, les forces soviétiques seraient anéanties et la ligne d’arrêt de l’offensive serait fixée entre le débouché de la Volga vers la Mer Noire au sud et la ville d’Arkhangelsk au nord. Tout cela devait s’accomplir en l’espace de trois mois. De plus, sur un plan logistique, à peu près rien n’avait été envisagé pour combattre dans l’hiver russe.

Carte des opérations envisagées pour Barbarossa (juin 1941).

Du point de vue opérationnel, l’infanterie allemande serait appuyée par l’aviation dont les tâches consistaient essentiellement à dégager le ciel de la force ennemie, puis appuyer directement la progression de l’armée de terre sur les champs de bataille. Bien qu’une large partie de l’industrie de l’armement de l’URSS se trouva à l’est de l’Oural, il avait été envisagé de ne pas attaquer cette zone. L’idée était de libérer des ressources aériennes allemandes et d’attendre que la guerre mobile livrée à l’ouest de Moscou soit terminée. Pour sa part, le rôle de la marine allemande serait d’empêcher sa rivale soviétique de manœuvrer dans la Mer Baltique.

C’est à la fin de juillet 1940 que Hitler avait décidé d’achever l’URSS au printemps de l’année suivante. Cette décision était la résultante d’une combinaison de divers facteurs idéologiques, stratégiques, de politique étrangère et aussi d’une politique raciale. La destruction de l’URSS était en soi un objectif que caressait Hitler depuis les années 1920. La fin de l’URSS lui servirait pour forcer l’Angleterre à faire la paix, tout en mettant la main sur le fameux espace vital à l’est. Ce dernier élément représentait un amalgame de notions liées à l’économie, à la colonisation, à la force brute, qui incluait l’élimination du « judéo-bolchevisme ».

L'armée soviétique livra un combat désespéré face à l'envahisseur allemand en 1941.

Pour vaincre l’Armée Rouge, l’Allemagne dut masser au-dessus de trois millions de soldats répartis en 152 divisions, incluant 17 divisions de Panzers et 13 divisions motorisées, représentant en tout quelque 3,350 chars, 600,000 véhicules et 625,000 chevaux. Cette impressionnante force terrestre était appuyée par plus de 7,000 canons et 2,000 avions de chasse et de bombardement. À l’armée allemande s’ajoutèrent des éléments de l’armée finlandaise. La Finlande fournit à Barbarossa 17 divisions et deux brigades d’infanterie, sans oublier la Roumanie avec 14 divisions et sept brigades d’infanterie.

Toujours au plan opérationnel, il avait été convenu de diviser les éléments d’assaut en trois groupes d’armées distincts. Le groupe d’armées Nord était sous le commandement du Feldmarschall (FM) von Leeb dont l’objectif était Leningrad. Le groupe d’armée Centre était sous les ordres du FM von Bock et devait pousser vers Smolensk. Enfin, un groupe d’armées Sud commandé par le FM von Rundstedt avait Kiev comme objectif. Les Allemands avaient également constitué une force expéditionnaire qui devait partir de la Norvège occupée et prendre Mourmansk.

À chacune de ces grandes zones d’opérations terrestres devaient se joindre des flottes aériennes. La masse de l’offensive allemande était concentrée sur la portion nord de ce gigantesque front de 3,500 kilomètres. Par « portion nord », j’entends la partie de la ligne qui s’étend de la Mer Baltique jusqu’aux marais du Pripet, où deux des quatre Panzergruppen avaient été assignés au groupe d’armées Centre. Le contrôle d’ensemble de l’opération Barbarossa relevait du haut commandement des armées sous les ordres du FM von Brauchitsch et de son adjoint, le colonel-général Halder.

Enivrés par la victoire sur la France et certains de pouvoir battre l’Union soviétique, Hitler et une majorité de ses conseillers avaient grandement sous-estimé les capacités de l’ennemi, tout en surestimant leurs capacités propres. La perception régnante d’une URSS faible, ce colosse aux pieds d’argile, d’une Armée Rouge sans direction et d’un peuple russe « inférieur » ne correspondait en rien aux soi-disant qualités toutes contraires de la nation et de l’armée allemandes. Étant donné que Staline n’avait démontré aucun signe d’agressivité, on ne semblait pas prendre au sérieux, à Berlin, le fait que l’Armée Rouge pourrait être en mesure d’offrir une résistance acharnée. Il était à peu près certain que le régime communiste de Moscou allait céder sous les coups des armées allemandes.

Représentation artistique d'un combat sur le front de l'Est. Hiver 1941-1942.

Avec son plan d’ensemble visant à mener une courte campagne en période estivale, l’opération Barberousse ne peut pas en soi être considérée comme un chef-d’œuvre de l’art militaire. Cette campagne reflète toute la problématique, sinon la contradiction, de ne pas avoir fait la part des choses entre les intentions et la réalité sur le terrain, le tout mis en relief avec les ressources qui ont été consacrées à l’opération.

L’assaut

Les plans dressés par l’état-major allemand dans les premiers mois de 1941 semblaient crédibles à première vue. Or, était-ce réaliste de croire que l’on aurait pu franchir en trois mois l’immensité du territoire russe et atteindre Moscou, lorsque l’on apprend qu’à peine 20% des forces allemandes étaient motorisées? Cette guerre mobile à grande échelle tant souhaitée n’avait rien à voir avec la réalité.

L’opération débuta malgré tout le 22 juin 1941, avec un mois de retard en raison de la campagne livrée dans les Balkans. Les premières batailles à la frontière furent couronnées de succès. D’importantes villes comme Bialystok et Minsk étaient tombées en l’espace de deux semaines, donnant l’impression au commandement allemand que Barbarossa était une réussite. En dépit d’énormes pertes, notamment en Ukraine en août et en septembre, l’Armée Rouge avait mis un genou à terre, mais elle combattait toujours à la fin de 1941, parvenant même à lancer des contre-attaques.

Déjà, en août, bien longtemps avant que l’offensive allemande ne soit bloquée aux portes de Leningrad, Moscou et Rostov, il semblait évident que la guerre éclair à l’est serait un échec. Les conséquences stratégiques pour l’Allemagne étaient graves, au moment où il semblait difficile d’admettre que l’offensive était arrêtée nette à la fin de 1941. L’URSS continuerait de combattre en 1942, l’Angleterre demeurait invaincue, et les États-Unis feraient leur entrée en guerre en décembre.

Plutôt que d’avoir apporté la victoire éclair tant désirée, Barbarossa se transforma en l’une des campagnes militaires les plus sanglantes de l’Histoire.

La marche à l'Est.
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