L’arrivée au front des troupes canadiennes de la 1ère Division s’effectua dans la nuit du 2 au 3 mars 1915, dans le secteur d’Armentières-Fleurbaix non loin de la frontière belge. Les Canadiens partagèrent le secteur avec les forces britanniques (4e et 6e divisions du IVe Corps) qui leur montrèrent les rudiments de la vie dans les tranchées, avant de les laisser à eux-mêmes, face aux Allemands.
Le ministre de la Milice Sir Sam Hughes exhibant fièrement l'une de ses trouvailles: la pelle "MacAdam". Le soldat était censé pouvoir creuser un trou et, le cas échéant, insérer sa carabine à travers une ouverture spéciale, ce qui ferait en sorte de le "protéger" derrière la plaque métallique de la pelle.
Le premier mois passé au front fut relativement tranquille et la division canadienne fut transféré au nord en Belgique, dans le secteur du saillant d’Ypres. La division canadienne releva la 11e Division de l’armée française, qui se trouvait à l’extrême gauche de la ligne de front occupée par l’armée britannique en Belgique. La division canadienne avait dans un premier temps été assignée au Ve Corps de la Seconde armée britannique. À la droite des Canadiens se trouvait la 28e Division britannique, à la gauche la 45e Division algérienne de l’armée française.
C’était en face de ces forces en présence que les troupes allemandes lancèrent un assaut contre les positions françaises et une partie du front de la division canadienne le 22 avril 1915 à Ypres. L’assaut allemand était appuyé d’une nouvelle arme: le chlore. En effet, les Allemands avaient répandu dans l’air du chlore contenu dans quelque 5,730 cylindres installés sur le rebord de leurs tranchées, prêts à être relâchés au moindre signe de vent favorable. C’était la première fois que cette arme était utilisée sur le front Ouest.
Les forces algériennes avaient rapidement reculé, prises de panique, laissant derrière elles un grand nombre de soldats tués ou suffoquant sous les effets du chlore. La situation était critique, car en reculant, les forces algériennes avaient laissé ouvert un large trou sur la ligne de front, si bien que la gauche de la division canadienne était à flanc ouvert et pouvait être prise à revers à tout moment. Dans le but de boucher le trou, les Canadiens ont dû rapidement se redéployer sur une nouvelle ligne de tranchées construites à la hâte le long de la route de Saint-Julien et Poelkapelle (voir la carte). Par conséquent, les Canadiens avaient dû étirer dangereusement leur front, au risque de l’amincir, le rendant ainsi plus vulnérable à d’éventuelles percées ennemies.
Carte du secteur d'Ypres au matin du 22 avril 1915. La tâche verte représente la surface généralement couverte par le chlore déployé par les Allemands. On remarque que cette nappe frappe directement le front de la 45e Division algérienne, épargnant relativement la 1ère Division canadienne se trouvant à droite.
Heureusement pour les Alliés, les Allemands ne parvinrent pas à exploiter cet avantage, notamment parce qu’eux-mêmes n’étaient pas préparés à exploiter une situation dont le succès initial les avait aussi surpris. Par surcroît, les actions des forces canadiennes avaient permis de gagner du temps et même de lancer quelques contre-attaques fort coûteuses en des points précis du front.
Secteur d'Ypres, quelques heures après le début de l'assaut allemand. On remarque le repli de la 45e Division algérienne et l'ampleur du "trou" laissé dans ce secteur du front. Telle était la situation qui se présenta au commandement canadien le 22 avril 1915. Il fallait carrément redéployer une partie de la 1ère Division pour couvrir la route de Saint-Julien-Poelkapelle, tout en maintenant le front initialement assigné.
Forte de 12,000 fantassins, la division canadienne mena un combat désespéré du 22 au 25 avril 1915, moment le plus fort de la Seconde bataille d’Ypres (la Première ayant eu lieu dans le même secteur en octobre 1914, avant l’arrivée des Canadiens). Pendant ces trois jours, la division canadienne fut impliquée dans des combats continus, ce qui laissa du temps aux Britanniques de se réorganiser et d’y envoyer à leur tour des renforts afin de soulager le front canadien. Le gros de l’orage était passé au matin du 25 avril, mais les Canadiens restèrent dans le secteur pour encore deux jours.
Célèbre tableau de l'artiste Richard Jack illustrant la Seconde bataille d'Ypres d'avril-mai 1915 en Belgique. Dans l'historiographie canadienne, on fait régulièrement référence à cet épisode comme la "Bataille de Saint-Julien". Ici, des soldats canadiens tentant d'arrêter un assaut allemand.
Les Canadiens étaient sortis de leur premier engagement majeur la tête haute et avec une excellente réputation. Le haut commandement britannique avait publiquement fait l’éloge de la division canadienne, qui avait littéralement empêché une défaite initiale de se transformer en déroute. Les faits d’armes n’ont pas manqué. Par exemple, quatre Croix de Victoria furent décernées à des soldats canadiens. Parmi eux, on note le lance-caporal Fisher (13e bataillon), le premier récipiendaire de la division. Il avait été tué le 24 avril, le lendemain après l’annonce officielle de sa décoration. Sa dépouille n’a jamais été retrouvée et, par conséquent, son nom fut gravé sur la Porte de Ménin, en Belgique, avec les 7,000 autres soldats canadiens tués dans ce petit pays et qui n’ont pas de sépultures connues.
Au cours des trois semaines pendant lesquelles la division canadienne fut dans le saillant d’Ypres, elle enregistra des pertes d’environ 6,000 hommes. De ce nombre, un peu plus de 2,000 avaient été tués.
La levée d’une nouvelle division: la 2e
Trois jours après que le premier contingent eut quitté le Canada à l’automne de 1914, le gouvernement Borden avait offert d’en lever un second d’environ 20,000 hommes. De sérieux problèmes de logements et de transports du côté de l’Angleterre ont retardé le déploiement de ce deuxième contingent qui ne traversa l’Atlantique qu’en mai 1915. Du côté canadien, le manque de canons a également contribué à retarder la formation, l’entraînement et le déploiement du second contingent.
La levée d’un second contingent représentait la création de 15 nouveaux bataillons, dont trois parmi ce nombre furent envoyés directement en renfort de la 1ère division au front au début de 1915. Les 12 bataillons restants furent organisés en tant que « 2e Division », elle aussi découpée en trois brigades correspondant autant que possible aux régions géographiques de recrutement. Par exemple, la 4e brigade (la « 4e brigade » originale faisait partie du premier contingent, mais elle avait été dissoute en Angleterre afin de fournir des renforts à la 1ère Division au front) venait de l’Ontario, la 5e brigade comprenait des bataillons du Québec et des Maritimes (dont le 22e bataillon canadien-français) et l’Ouest était représenté par des bataillons formant la 6e brigade.
Le second contingent arriva en Angleterre en mai 1915 et fut officiellement constitué en 2e division à la fin du mois. La 2e Division fut une première fois déployée dans la région de Shorncliffe sous le commandement du major-général Samuel Steele, un officier de 65 ans qui avait combattu lors des raids des Fenians vers 1870. En raison de son âge avancé, il n’a pas accompagné la division en France et il fut remplacé par le brigadier-général Turner, qui commandait alors la 3e brigade de la 1ère Division.
Entre temps, la 2e division complétait son entraînement dans la région de Shorncliffe dans des conditions de loin meilleures, tant au point de vue climatique qu’environnemental, que ce qu’avait connue la 1ère division quelques mois auparavant. Comme c’était la coutume, le Roi, en compagnie de son ministre de la Guerre Lord Kitchener, avait inspecté la 2e Division le 2 septembre et le transport de celle-ci en France s’effectua du 13 au 17 septembre. La division avait débarqué à Boulogne et Le Havre. Elle fut ensuite transportée par train et à pied dans la région de Hazebrouck en Belgique. Jusqu’au début de 1916, une partie de l’artillerie de la 2e Division était britannique, en raison du manque de canons pour les Canadiens, tel qu’évoqué précédemment.
Le 48e bataillon de Highlanders dans les tranchées en 1915. On remarque à la gauche de la photo une carabine Lee-Enfield avec baionnette. Malgré que la carabine Ross équipait les troupes, celles-ci n'hésitaient pas à s'approrier l'arme britannique quand l'occasion se présentait.
La formation d’un Corps d’armée
Avec l’arrivée de la 2e Division au front, il fut décidé de regrouper l’ensemble des forces afin de former le « Corps canadien » qui fut au départ commandé par le lieutenant-général britannique Alderson. Son poste à la tête de la 1ère Division fut comblé par le brigadier-général Currie, qui fut remplacé à la tête de la 2e brigade de la 1ère Division par le lieutenant-colonel Lipsett, l’ancien commandant du 8e bataillon (1ère Division).
Le lieutenant-général Eldwin Alderson, commandant de la 1ère Division canadienne, puis du Corps canadien en 1915.
La formation du nouveau Corps canadien amenait un problème épineux, soi le manque d’officiers d’état-major compétents. Non sans surprise, une bonne partie des postes à l’état-major du Corps furent dans un premier temps comblés par des officiers britanniques.
Bien que le Corps canadien ne fut considéré comme réalité qu’à partir de septembre 1915, le débat autour de sa création datait de plusieurs mois déjà et la formation existait sur le papier dès le mois de juin. Au moment où la 2e Division arrive en France, les effectifs du Corps canadien se situaient autour de 38,000 hommes.
En plus de l’infanterie endivisionnée, le Corps comprenait la Brigade de cavalerie (Lord Strathcona’s Horse, Royal Canadian Dragoons et un régiment britannique spécial nommé, le 2nd King Edward’s Horse) et quatre unités de Canadian Mounted Rifles converties en bataillons d’infanterie. À cela le Corps se vit ajouter quelques bataillons supplémentaires d’infanterie, dont le PPCLI (alors avec la 27e Division britannique) et le RCR (anciennement aux Bermudes) qui arriva en France en novembre 1915. Ces derniers renforts allaient amener la création d’une 3e Division sous les ordres du major-général Mercer.
La 3e Division et la fin de l’année 1915
La décision de lever une troisième division avait été prise à l’été de 1915. Les 7e, 8e et 9e brigades allaient former cette nouvelle division. Ce n’est qu’au début de 1916 que la 3e Division était à effectifs complets, dans la mesure où elle était opérationnelle, malgré que son artillerie fut au départ fournie par les Britanniques, et ce, jusqu’à l’été de 1916.
Toutes proportions gardées, on peut affirmer que l’année 1915 (et en particulier la Seconde bataille d’Ypres) fut la plus terrible pour les soldats canadiens en termes de pertes et d’apprentissage de la guerre moderne. Les soldats canadiens avaient commis les mêmes erreurs que les autres belligérants (des attaques en rangs serrés, de mauvaises tranchées, une mauvaise utilisation de l’équipement disponible, etc.) et firent face aux mêmes réalités pénibles de la guerre de positions.
Représentation artistique de la bataille de Saint-Julien de 1915. Les Canadiens se défendent comme ils le peuvent face au chlore, allant jusqu'à uriner dans des mouchoirs puis de les appliquer sur la bouche afin de filtrer le poison.
De plus, la publication des listes des pertes avait alarmé le public canadien. Les soldats comme les civils prenaient subitement conscience de toute la barbarie de la guerre. Une bonne partie des défaillances du corps canadien furent mises sur la responsabilité de Sam Hughes, qui par ailleurs ne se gênait pas pour critiquer publiquement les généraux britanniques. En effet, on a longtemps blâmé les généraux britanniques qui commandaient les Canadiens, mais bon nombre d’officiers canadiens n’avaient aucune expérience militaire, encore moins pour accomplir des fonctions d’état-major.
Chose certaine, la guerre n’était pas terminée au moment où s’achevait l’année 1915. Les deux camps étaient bien enterrés dans leurs tranchées et il fallait trouver de nouvelles solutions pour rompre l’impasse qui régnait sur le front occidental.
France, 9 avril 1917, 5h30. La première vague d’assaut des quatre divisions d’infanterie canadiennes avance vers les positions allemandes sur la crête de Vimy. La température était froide, accompagnée d’un fort vent du nord-ouest qui entraînait à sa suite un mélange de pluie et de neige dans le dos des soldats canadiens et en plein visage des défenseurs allemands. Les Canadiens avançaient sous le couvert d’un barrage d’artillerie constitué d’environ 1,000 canons, le tout appuyé par le feu continu et concentré de 150 mitrailleuses. Ceci représentait une concentration de feu rarement également par la suite dans les annales de la guerre moderne.
Un bataillon canadien sur une route de France. 1918.
Au 14 avril, la bataille de Vimy était terminée et la crête était aux mains des Canadiens. En soit, Vimy était l’une des positions défensives allemandes les mieux organisées sur le front Ouest et des tentatives de l’armée française visant à capturer la crête en 1915 s’étaient soldées par des pertes d’environ 150,000 hommes. La bataille de 1917 avait été menée par 52 bataillons d’infanterie, 48 bataillons canadiens et 4 britanniques (la 13e Brigade britannique relevant de la 2e Division canadienne). Les Canadiens avaient progressé d’environ 5 kilomètres, capturé 4,000 prisonniers, 54 canons, 104 mortiers de tranchées et 124 mitrailleuses, le tout pour des pertes de 10,600 hommes, dont 3,698 tués. Parmi les faits d’armes, quatre Croix de Victoria furent attribuées au cours de cet engagement.
La capture de la crête de Vimy peut être considérée comme l’une des victoires les plus spectaculaires des forces alliées depuis 1914. Pour la première (et seule) fois, les quatre divisions canadiennes ont été à la bataille côte à côte et le Corps canadien s’était bâti une réputation d’agressivité au combat hors pair. De plus, un sentiment de fierté nationale était né au Canada à la suite de cette bataille « canadienne ». Sur le terrain, trois des quatre commandants de divisions étaient canadiens et moins de deux mois plus tard, l’un d’eux, Arthur Currie, l’un des plus brillants tacticiens que le Canada ait produits, allait devenir le commandant du Corps.
La route jusqu’à Vimy fut longue pour le Canada et ses soldats. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en août 1914, le Canada se trouve automatiquement en état de guerre. Sa position constitutionnelle de Dominion dans l’Empire britannique ne lui accorde aucun droit de regard sur des gestes de politique étrangère, comme le fait de déclarer la guerre ou de faire la paix. Cependant, le Canada avait le droit de décider de la nature de sa contribution à l’effort de guerre de l’Empire.
Sir Robert Borden. Premier ministre du Canada de 1911 à 1920.
La loyauté face à l’Empire, les liens qui unissaient avec la mère-patrie britannique et un sentiment de patriotisme très élevé étaient des éléments communs d’une large partie de la population canadienne de l’époque. Il n’y avait pas vraiment de doutes que la réponse du Canada à l’appel de la mère-patrie serait dès plus généreuse. Le Premier ministre Sir Robert Borden exprimait bien le sentiment de la nation lors de l’ouverture d’une session extraordinaire du Parlement le 18 août 1914 en affirmant que le Canada serait au coude à coude avec l’Angleterre et les autres Dominions dans la guerre qui s’amorçait. Accomplir son devoir était avant tout une question d’honneur.
Au début du conflit, l’armée régulière canadienne, que l’on appelait la Milice active permanente, se composait d’à peine 3,000 hommes. Elle consistait en deux régiments de cavalerie (le Royal Canadian Dragoons et le Lord Strathcona’s Horse), un bataillon d’infanterie (le Royal Canadian Regiment, RCR) et de quelques unités d’artillerie, de génie et d’approvisionnement. Cette petite force avait été renforcée quelques jours plus tard suivant la déclaration de guerre avec la formation d’une nouvelle unité d’infanterie, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI). Levé par le capitaine et philanthrope Hamilton Gault, et nommé d’après le nom de la fille du Gouverneur Général de l’époque, ce bataillon avait rapidement comblé ses rangs de volontaires, notamment par des vétérans de la guerre des Boers.
Le PPCLI avait été la première unité à être envoyée au front lorsque ses hommes mirent les pieds dans les tranchées avec la 80e Brigade de la 27e Division britannique, le 6 janvier 1915, soit deux mois avant que les forces canadiennes de la 1ère Division n’arrivent en ligne. Ironiquement, la seule unité régulière d’avant-guerre, le RCR, avait été envoyé aux Bermudes pour relever un bataillon britannique et ne parvint pas en France avant novembre 1915.
Derrière la petite force régulière se trouvait une Milice active non-permanente. Forte sur papier d’environ 60,000 à 70,000 hommes, elle comprenait 36 régiments de cavalerie et 106 régiments d’infanterie. Bien que des mesures avaient été mises en place pour avant la guerre afin d’améliorer les équipements et l’entraînement, les forces canadiennes de 1914 n’étaient pas prêtes au combat, mais elles fournissaient à tout le moins une base sur laquelle on pouvait construire une force plus solide.
Débuts chaotiques
Dès l’annonce de l’entrée en guerre, le gouvernement canadien offrit d’envoyer un contingent, une offre d’emblée acceptée par l’Angleterre. Le département britannique de la Guerre (le War Office) croyait qu’une division d’infanterie canadienne organisée sur le modèle britannique serait d’à-propos. L’effectif autorisé de cette division était fixé à 25,000 hommes. Ce chiffre est élevé, car une division d’infanterie à l’époque comprenait environ 18,000 hommes, mais le surplus demandé était pour combler aux pertes et assurer la relative autonomie de ladite division une fois au front, du moins pendant quelques mois.
Sir Sam Hughes. Ministre de la Milice de 1911 à 1916.
Le ministre canadien de la Milice était le colonel Sam Hughes, un homme énergique, quoiqu’arrogant et imbu de sa personne, mais grandement pourvu de zèle pour la cause de l’Empire. Hughes avait décidé d’ignorer les plans de mobilisation mis en place avant le conflit. Il décida d’y aller de son propre plan qui se voulait un « appel aux armes » personnel adressé directement à tous les commandants des unités de la milice non-permanente.
Chaque unité de milice devait selon Hughes envoyer des volontaires au nouveau camp militaire à Valcartier, au nord de Québec. Valcartier était l’endroit désigné où devait s’assembler le contingent qui allait partir en Europe. Au plan administratif et sanitaire, la situation au camp de Valcartier à l’automne de 1914 était chaotique à maints égards, au moment où plus de 30,000 volontaires venaient s’y installer. De plus, le colonel Hughes avait décidé d’ignorer les structures régimentaires existantes. À la place, il avait ordonné la formation de nouveaux bataillons qui seraient désignés par un numéro au lieu d’un nom propre, comme c’était la coutume avant la guerre.
Le camp militaire de Valcartier en septembre-octobre 1914.
Une autre décision controversée du ministre Hughes, qui entraîna un fort sentiment d’amertume au sein de la troupe, fut l’imposition de la carabine Ross comme arme d’ordonnance du contingent canadien. Fabriquée à Québec, la carabine Ross avait une bonne réputation comme arme de tir sportif dans un environnement contrôlé. Par contre, elle n’était pas du tout adaptée à l’environnement des tranchées. La carabine ne supportait pas la pluie et encore moins la boue. De plus, elle avait la fâcheuse tendance à s’enrayer après avoir tiré une cinquantaine de cartouches, notamment par la surchauffe de la culasse qui faisait « enfler » cette dernière et rendait son actionnement avec la main presque impossible. Le plus simple était de frapper à coup de pied afin de débloquer la culasse.
La carabine Ross fabriquée à Québec. Elle était l'arme principale (et officielle) des soldats canadiens d'août 1914 à août 1916.
Sans surprise, les soldats détestaient cette arme et une fois rendus au front, dès que l’occasion se présentait, ils s’en débarrassaient au profit de la carabine britannique Lee-Enfield, une arme parfaitement adaptée aux conditions du front. Lorsque la 1ère Division quitta le front après cinq jours de combat suivant l’attaque allemande aux gaz à Ypres, environ 1,400 soldats canadiens qui avaient survécu s’étaient approprié des carabines Lee-Enfield prises sur le champ de bataille. Ce ne fut pas avant la mi-juin 1915 que fut entamé le processus d’équiper la 1ère Division avec la carabine Lee-Enfield.
La carabinne britannique Lee-Enfield, arme principale des soldats canadiens de 1916 à 1918.
Vers l’Angleterre
Malgré toutes les erreurs initiales, un premier contingent canadien d’un peu plus de 30,000 hommes avait quitté du port de Québec pour l’Angleterre le 3 octobre 1914. C’était un chiffre beaucoup plus élevé que les 25,000 hommes initialement promis par le Premier ministre Borden. Le convoi de 31 navires remonta le fleuve Saint-Laurent et fut rejoint au large de Terre-Neuve par un 32e navire (qui embarquait le Newfoundland Regiment) et des navires d’escorte britanniques.
Cette première traversée de l’Atlantique se passa sans histoire. Le convoi était finalement arrivé à Plymouth le 14 octobre, alors que la destination aurait dû être Southampton, mais la menace sous-marine allemande avait fait changer les plans. L’accueil de la population fut bien chaleureux.
Les forces canadiennes nouvellement débarquées en Angleterre furent transportées dans une immense plaine à Salisbury où, durant les quatre prochains mois, elles allaient compléter leur entraînement dans le but d’être déployées au front au début de l’année suivante. Les conditions de vie à Salisbury furent pénibles pour les Canadiens, à commencer par la température exécrable où l’Angleterre connut l’un des hivers (celui de 1914-1915) les plus humides de récente mémoire. Pendant les premières semaines, les hommes étaient logés dans des tentes entourées d’une mer de boue. Éventuellement, des baraquements en bois quelque peu surélevés furent aménagés, ce qui permettait aux hommes d’être au moins au sec.
Des soldats canadiens dans la plaine de Salisbury (sud de l'Angleterre) pendant l'hiver de 1914-1915.
À la fin de janvier 1915, le contingent, maintenant connu sous l’appellation de la « Division canadienne », fut jugé prêt à être envoyé au front. Les comandants des trois brigades composant la division étaient des Canadiens: la 1ère brigade sous les ordres du brigadier-général Malcom Mercer, la 2e sous Arthur Currie et la 3e sous Richard Turner (un général de Québec qui avait remporté une Croix de Victoria en Afrique du Sud). Ces trois généraux de brigade n’étaient pas des militaires réguliers. Le commandement de la division canadienne fut confié à un officier britannique de carrière, le lieutenant-général Alderson.
La division canadienne fut passée en revue le 4 février 1915 par le Roi George V accompagné de Lord Kitchener, le ministre de la Guerre. Cinq jours plus tard, le gros de la division fut transporté d’Avonmouth vers Saint-Nazaire en France. Le 16, l’effectif complet de la division se trouvait en France.
En une période de six mois, le premier contingent canadien avait été recruté, assemblé et provisoirement organisé. La formation avait reçu un entraînement de base, elle avait traversé l’Atlantique, avait été réorganisée selon un modèle divisionnaire, élevée à un standard opérationnel et transférée en France. C’est un exploit, étant donné qu’à peine six mois auparavant, la presque totalité de ces hommes était des civils. La division canadienne était également la première division « irrégulière » à joindre les rangs des forces professionnelles britanniques se trouvant en France. Elle avait quelque peu précédé à l’arrivée d’autres divisions irrégulières britanniques.
Nous étions en mars 1915. Les Canadiens étaient maintenant dans les tranchées.
Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.
Causerie prononcée au Cégep de Limoilou le 31 mai 2008 dans le cadre du congrès annuel de l’Association des professeurs d’histoire de cégep du Québec.
Bonjour Mesdames et Messieurs,
Tout d’abord, je tiens à vous remercier de votre présence et à remercier les organisateurs du congrès de l’Association des Professeurs d’Histoire de Cégep de cette province pour l’accueil qui m’est offert.
L’une de vos collègues, Madame Martine Dumais, m’a contacté il y a de cela quelques semaines afin que je vous entretienne d’un sujet qui, je pense, saura trouver sa pertinence dans un contexte où la ville de Québec célèbre 400 ans d’histoire.
En effet, dans la longue liste des événements d’importance historique qui ont marqué cette ville, c’est un honneur pour moi de venir vous entretenir des conférences de Québec de 1943 et 1944.
Vous n’êtes pas sans savoir que ces conférences se sont déroulées à une époque trouble de notre histoire. C’était une époque ravagée par la guerre, probablement l’une des guerres les plus sanglantes que le monde ait connues.
Histoire de mieux saisir la teneur de ces événements, on peut peut-être rappeler le contexte, qui comme vous le savez, est toujours important lorsque l’on aborde les problèmes historiques.
J’ai donc divisé mon exposé en quatre phases: 1) le contexte de la guerre de 1939-1945; 2) que sont les conférences?; 3) les enjeux débattus; 4) le rôle du Canada.
En approfondissant ces points, l’accent sera surtout mis sur le fond, c’est-à-dire les enjeux qui auront été débattus, mais je ne ferme pas la place, s’il me reste du temps, pour parler quelque peu de la « petite histoire » entourant ces conférences.
Le contexte de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)
Dans le contexte de la montée des mouvements totalitaires en Europe dans les années 1930, en particulier en Allemagne, en Italie et en Union soviétique, le monde pouvait à juste titre craindre qu’une autre conflagration semblable à celle de 1914-1918 puisse éclater.
En effet, le 1er septembre 1939, les armées hitlériennes envahissaient la Pologne, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale. Rapidement, les pays d’Europe s’écroulaient les uns après les autres sous la pression des armées allemandes. Outre la Pologne en 1939, les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique et même la France avaient déjà capitulé à la fin de l’année 1940.
De son côté, seule l’Angleterre résistait de peine et de misère aux tentatives allemandes de conquête. Devant la résistance offerte par les Britanniques, grâce notamment à l’aide matérielle que lui avaient envoyée les États-Unis et le Canada, Hitler s’était résigné à surseoir à son projet de conquête des îles britanniques. En juin 1941, Hitler avait décidé de retourner ses forces contre le géant soviétique, de même que les États-Unis avaient joint la coalition des Alliés suite à la brusque attaque aéronavale des Japonais à Pearl Harbor en décembre de la même année. D’autre part, devant la rapide progression des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon), les pays alliés n’avaient eu d’autre choix que d’emboîter le pas et mobiliser leurs armées et leurs économies pour la reconquête des territoires perdus.
Que sont les conférences de Québec?
Cela dit, dans tout ce contexte, on peut se poser la question suivante : que sont les conférences de Québec?
D’entrée de jeu, les conférences de Québec sont deux événements figurant dans la longue liste des diverses réunions de haut niveau stratégique organisées par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Pour vous donner une idée de l’importance des événements, en effectuant mes recherches, j’ai remarqué que dès 1946, soit moins de trois ans après la tenue des événements, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnaissait les conférences de Québec comme des événements historiques d’une importance nationale. Autrement dit, les contemporains de l’époque avaient jugé bon d’inscrire dans le grand livre de l’Histoire, voire la liste des sites patrimoniaux, ces événements où s’étaient prises des décisions majeures.
Effectivement, au moment où la Seconde Guerre mondiale déchirait le monde, le Président des États-Unis Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à Québec pour faire le point sur les opérations du moment et celles à venir. Comme hôte des événements, le premier ministre canadien Mackenzie King ne participe cependant pas aux discussions, signe que c’était les « grands » qui allaient s’en charger. Quant à Joseph Staline, le dirigeant de l’Union soviétique, son pays n’a pas participé aux conférences, mais il sera l’hôte d’une autre importante conférence à la fin du conflit, soit celle de Yalta au début de 1945.
Vous l’aurez compris, les conférences de Québec auront eu non seulement un impact sur le déroulement de la guerre, mais aussi sur la configuration du monde une fois la paix revenue. D’après les archives, c’est le président américain qui aurait eu l’idée de tenir les conférences à Québec, plus précisément à la Citadelle. La première d’entre elles a eu lieu du 10 au 24 août 1943, et la seconde du 11 au 16 septembre 1944.
En un mot, on pourrait dire qu’une décision majeure est sortie pendant chacune de ces conférences. À Québec, en 1943, on décide que finalement ce sera la Normandie qui deviendra le futur théâtre des opérations en Europe de l’Ouest occupée. Au sortir de la seconde conférence de 1944, les dirigeants anglo-américains vont coordonner leurs plans d’après-guerre, notamment en ce qui a trait au mode d’occupation future du territoire allemand.
Bien entendu, il serait trop simple de s’en tenir à ces conclusions sommaires et on examen approfondi mérite d’être fait.
« Quadrant » (août 1943)
C’est donc dire qu’au moment où se tient la première des deux conférences de Québec en août 1943, le monde est en guerre depuis presque 4 ans déjà.
Histoire de vous donner une idée de la situation sur les divers fronts, toujours en ce mois d’août 1943, on peut brosser le constat suivant :
– Sur le front de l’Est, en Union soviétique, les Allemands avaient été défaits dans Stalingrad, et leurs armées affrontaient celles des Russes, notamment au centre de l’Ukraine;
– En Afrique, les armées du maréchal Erwin Rommel étaient forcées d’abandonner le continent devant la poussée anglo-américaine;
– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient d’envahir la Sicile le mois précédent et l’Italie était sur le point de capituler;
– Sur le front Ouest, soit en France, le pays était toujours fermement occupé par les Allemands et un malheureux raid tenté par les Canadiens à Dieppe en août 1942 avaient fourni deux enseignements: 1) on était pas prêt pour un débarquement face à une armée bien organisée; 2) les Allemands étaient prêts à nous recevoir;
– Dans le Pacifique, les troupes américaines reprenaient petit à petit les territoires perdus au profit des Japonais depuis 1941;
– Dans les airs, les Alliés bombardaient jour et nuit l’Allemagne, espérant ainsi affaiblir la production de guerre du Reich;
– Sur les mers, l’année 1943 voyait une sauvage bataille se dérouler dans l’Atlantique, où les sous-marins allemands causaient des dommages terribles à la flotte marchande alliée.
C’est donc dire qu’au moment où se réunissent les dirigeants alliés à Québec en août 1943, le sort des armes commençait déjà à favoriser leur camp, mais on était encore bien loin de la coupe aux lèvres. D’autres batailles allaient devoir être engagées, l’Allemagne et le Japon étaient loin d’être battus. Dans cet ordre d’idées, il faut aussi comprendre que la première conférence de Québec est la troisième conférence majeure à se dérouler en 1943.
La première avait été la conférence de Casablanca en janvier, où on avait planifié l’invasion de l’Italie pour la même année, dressé quelques plans pour une invasion à travers la Manche pour 1944. À Casablanca avait aussi été publiée une importante déclaration, soit celle d’exiger des forces de l’Axe une capitulation sans condition.
La seconde conférence de 1943 s’était tenue à Washington, au mois de mai. Les Alliés avaient poursuivi la planification de l’invasion de l’Italie, de même que d’intensifier les bombardements aériens sur l’Allemagne et la guerre dans le Pacifique.
On comprend alors qu’au moins d’août, à Québec, les dirigeants alliés sont habitués de se voir! D’autres décisions devront par contre être confirmées à Québec.
Au cours de la première conférence de Québec, les Alliés vont décider d’augmenter les effectifs militaires employés contre le Japon. D’ailleurs, on s’était donné un délai d’un an pour défaire le Japon à la suite de la défaite éventuelle de l’Allemagne. On considérait que l’Allemagne serait défaite vers octobre 1944, donc le Japon en octobre 1945.
Par ailleurs, et sur un très court terme, les Alliés prévoyaient un débarquement au sud de la ville de Naples, une fois que l’Italie aurait capitulé, dans le but de prendre à revers les Allemands qui défendaient le sud de la péninsule.
Au sujet de la situation dans les Balkans, on s’était entendu pour ne tenter aucune opération militaire dans la région, sauf peut-être poursuivre quelques opérations de ravitaillement des guérillas locales et d’effectuer des bombardements, puis de maintenir des négociations avec la Turquie pour qu’elle sorte de sa neutralité.
Dans la logique des conférences précédentes, il est également décidé de poursuivre l’offensive aérienne contre l’Allemagne à partir des bases aériennes établies en Angleterre et en Italie envahie. Les buts des bombardements contre l’Allemagne étaient d’anéantir la force aérienne ennemie, de disloquer son potentiel industriel et de préparer la voie pour l’ouverture d’un autre front en Europe.
De plus, une déclaration avait été émise au sujet de la Palestine afin de calmer les tensions dans la région, où l’occupation britannique devenait de plus en plus difficile.
C’est aussi lors de cette conférence que l’on émit une condamnation commune des atrocités allemandes qui s’exerçaient en Pologne.
Enfin, et c’est une décision majeure pour les événements à moyen terme, on confirme une invasion de la Normandie pour mai 1944, de même qu’une planification d’un second débarquement dans le sud de la France. Pour l’invasion de la Normandie, Churchill avait accepté que le commandement opérationnel soit confié à un général américain, ici Eisenhower.
Certaines pommes de discorde sont aussi apparues à Québec, en 1943. Au sujet du Projet Manhattan, celui de développer une bombe atomique, Churchill voulait que l’Angleterre y participe à fond, mais Roosevelt voulait restreindre la participation britannique. Par contre, les deux s’étaient entendus pour ne pas partager leurs informations avec Staline.
« Octagon » (septembre 1944)
Les Alliés ont par conséquent poursuivi les opérations en 1944, dans la logique des décisions prises à Québec l’année précédente.
Au moment de la seconde conférence de septembre 1944, la situation des Alliés sur un plan militaire avait grandement progressé. On peut faire ici le résumé, et vous verrez l’évolution par rapport à 1943 :
– Sur le front Est, les troupes de Staline avaient libéré tout le territoire russe et s’étaient bien installées en Pologne, dans les pays baltes, en Hongrie et marchaient déjà sur l’Allemagne;
– Le continent africain n’était plus un front en soi, libéré depuis plus d’un an déjà;
– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient de libérer Rome, mais piétinaient dans leur progression vers le nord, face à des troupes allemandes aguerries et aux difficultés de terrain et de ravitaillement;
– Sur le front Ouest, le fameux débarquement en Normandie en juin avait réussi et en septembre 1944, les Alliés étaient installés en Belgique, tout en poursuivant leur progression vers le Rhin;
– Dans le Pacifique, les Américains poursuivaient leur lutte contre les Japonais dans la Mer des Philippines;
– Dans les airs, les Alliés frappaient de plus en plus durement l’Allemagne, comme sur la mer leur flotte remportait progressivement la lutte face aux sous-marins allemands, malgré que ceux-ci demeureront une menace jusqu’à la fin du conflit;
Bref, au moment où l’on se réunit pour une seconde fois à Québec, les Alliés savent qu’ils vont gagner la guerre. La question est de savoir quand.
Vous aurez aussi compris qu’au moment de se réunir à nouveau en septembre 1944, il ne s’agit pas de la première conférence interalliée de l’année. En fait, dès novembre et décembre 1943, Churchill, Roosevelt et Staline (les 3 « Grands ») se rencontrent pour la première fois les trois à Téhéran pour discuter à nouveau de stratégie.
En juillet 1944, à Bretton Woods aux États-Unis, se tient une autre célèbre conférence réunissant les représentants de 44 nations. On crée notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale de reconstruction et de développement. L’idée même de créer une organisation des « Nations Unies » était bien avancée sur le papier, au moment où va s’amorcer la seconde conférence de Québec en septembre.
On le sent, l’esprit de 1944 est différent. Il est axé sur l’après-guerre, donc sur des questions qui toucheront aussi la politique, l’économie, bref le partage du monde une fois les hostilités terminées.
En simplifiant, on peut dire que la première conférence avait été militaire, alors que la seconde sera politique. Ce sont les Britanniques qui d’ailleurs avaient insisté pour se réunir à nouveau.
L’un des grands dossiers de la conférence était l’évolution de la guerre dans le Pacifique. L’Angleterre souhaitait jouer un plus grand rôle sur ce théâtre d’opérations, notamment dans le but de maintenir sa position qu’elle avait perdue dans la région avant les hostilités. C’est en ce sens que les Britanniques avaient offert aux Américains des bâtiments de guerre supplémentaires.
Toujours en ce qui concerne le Pacifique, les Anglo-Américains s’étaient entendus pour poursuivre l’extension de leur prêt-bail à la Chine, de matériel de guerre, du moins tant et aussi longtemps que la guerre n’était pas terminée.
En ce qui concerne l’Allemagne, on a bien sûr discuté de son statut futur. Il a été question de diviser le pays sous une occupation militaire. De plus, l’idée était carrément de désindustrialiser le pays. On voulait séparer l’Allemagne en deux et aucune réparation monétaire ne lui serait exigée, comme cela avait été le cas lors de la fin de la guerre de 1914-1918.
Deux conférences au Canada…sans le Canada
L’une des polémiques qui a fait surface par rapport aux conférences de Québec, et qui est encore débattue de nos jours, peut-être dans une moindre mesure, est le pourquoi de l’absence du Canada dans le processus décisionnel.
Si vous voulez une réponse froide, voire objective (sinon arrogante!), je vous dirais que la direction de l’effort de guerre sur le front Ouest n’étaient que de l’unique ressort des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances à l’Ouest.
Comme premier ministre, et donc comme dirigeant de tout l’Empire britannique, Churchill disait que c’était sa responsabilité de représenter le Canada et de le tenir informé des événements (même si le pays était officiellement indépendant depuis 1931). Cependant, Churchill avait concédé que l’on pourrait accorder au Canada le droit de participer uniquement aux sessions plénières, soit les réunions préparatoires.
C’est le président américain Roosevelt qui a alors apposé son veto face à l’intention de Churchill. Pourquoi? Dites-vous ceci : si on laisse le Canada participer aux réunions, des pays comme le Brésil, la Chine et autres Dominions de l’Empire britannique qui sont en guerre voudront un siège et un droit de regard sur les décisions.
Ce qui fait aussi que l’affaire n’a pas été plus loin à l’époque, et qui n’a pas trop nui au déroulement des séances (malgré certaines critiques dans la presse), c’est que Mackenzie King lui-même a accepté de jouer le rôle de l’hôte, de se faire photographier avec les grands de ce monde.
Plus sérieusement, bien que le Canada n’ait joué qu’un rôle de figurant lors des conférences de Québec, cela ne signifie pas que sa contribution à l’effort de guerre ait été minime, au contraire. Le problème dans ce genre de situation est qu’il est simplement difficile de gérer une coalition d’États de puissances inégales. Mackenzie King se serait cru davantage utile en jouant un rôle de liaison entre Churchill et Roosevelt (qui se méfie l’un de l’autre), plutôt que de tenir un rôle plus que mineur dans la planification stratégique.
Les conférences ou ce qu’il en reste
Les traces tangibles des conférences de Québec de 1943 et 1944 se font rares dans le paysage mémoriel québécois. Après discussions avec certains d’entre vous, je remarque que certains abordent la question lorsqu’ils traitent de la Seconde Guerre mondiale dans leurs cours, ce qui est très bien.
Malgré l’importance capitale de ces événements à l’époque, le sujet me semble peu enseigné, comme c’est le cas généralement de l’histoire militaire aussi.
À défaut de me fier à mon instinct, certaines traces des conférences demeurent. Par exemple, des plaques rappelant les événements sont présentes à la Citadelle de Québec. Des archives audio-visuelles existent aussi. Les touristes et passants dans Québec remarquent au coin des rues Saint-Louis et de la Côte de la Citadelle les statuts des trois principaux personnages des conférences: Churchill, Roosevelt et King.
D’un point de vue historiographique, une recherche en surface nous indique à première vue que le sujet pourrait davantage être approfondi. Nous avons retracé une étude de plus de 500 pages de l’historien américain Maurice Matloff portant sur la planification stratégique des Alliés pour les années 1943 et 1944. Consacrée surtout au volet militaire de la question, cette étude accorde néanmoins quelque 60 pages aux conférences de Québec. Le problème, peut-être, est que l’étude fut publiée à la fin des années 1950 et un renouvellement serait le bienvenu, malgré la grande qualité de l’ouvrage.
Voilà en somme pour ce qui concerne les conférences de Québec de 1943 et 1944. Comme vous le constatez, le sujet a son importance, de grandes décisions se sont prises, des décisions qui ont eu des impacts décisifs sur la tournure des événements subséquents. Le tout s’étant déroulé non loin d’ici, à une époque qui nous semble déjà lointaine.
Le général Wolfe et ses troupes devant la falaise du Cap Diamant.
Cet article inaugure une nouvelle série intitulée Champs de bataille. De manière périodique, nous présenterons avec images et cartes à l’appui une vue d’ensemble interprétative des événements historiques qui se sont déroulés en des lieux particuliers. L’idée étant de découvrir ou redécouvrir des lieux où l’Histoire s’est écrite, puis de vous donner le goût de vous y rendre, tout simplement.
Si vous souhaitez nous faire découvrir des endroits que vous avez visités et voulez partager vos expériences, vos contributions sont les bienvenues. Vous n’avez qu’à me contacter pour le travail d’édition et de publication sur ce blogue. Votre nom apparaîtra sur votre papier avec une mention de remerciements. Tous les lieux et toutes les époques sont examinés.
Voici Champs de bataille.
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Contexte historique
Les batailles de Québec et de Sainte-Foy de 1759 et 1760 s’inscrivent dans le contexte plus large de la Guerre de Sept ans en Europe (1756-1763). Conflit majeur du XVIIIe siècle, la Guerre de Sept ans avait en fait commencé quelques années plutôt, en 1754, notamment dans les colonies nord-américaines. Rapidement, le conflit s’est exporté à divers endroits dans le monde. L’Europe demeurant le principal champ de bataille, des affrontements eurent lieu entre les grandes puissances de l’époque en Amérique du Nord de même qu’en Inde.
Par conséquent, les enjeux étaient nombreux. En Europe, à titre d’exemple, le territoire de la Silésie contrôlé par le roi prussien Frédéric II fait l’objet de convoitise. Dans les colonies, les possessions françaises de la Nouvelle-France, des Antilles et des Indes faisaient l’envie des Britanniques. En ce qui concerne la situation en Amérique du Nord, on peut affirmer que dès 1754, la possession de la vallée de l’Ohio était au cœur d’un sérieux litige entre la France et l’Angleterre.
Territoire occupé par les Français, qui y sont présents avec la construction d’une chaîne de fortifications, les Britanniques et les Iroquois usent de diverses manœuvres pour affirmer leurs revendications. Par exemple, les Britanniques évoquent le Traité d’Utrecht de 1713 disant que les Iroquois vivant dans cette région sont des sujets de la couronne d’Angleterre. Pour leur part, les Iroquois affirment que la vallée de l’Ohio est une terre ancestrale, ce qui renforce dans la logique britannique la volonté de revendication.
Au-delà de la crise territoriale, d’autres facteurs ont milité en faveur du déclenchement d’une guerre que l’on savait inévitable. Par exemple, le contrôle des routes commerciales, comme celle du commerce des peaux faisait l’objet de contentieux. D’autre part, on note le désir des Britanniques de contrer l’influence catholique française en Amérique du Nord. À l’extérieur de l’Ohio, les Français et les Britanniques s’affrontent sur la question des droits de pêche au large de Terre-Neuve.
C’est également en analysant la question démographique que l’on se rend compte du caractère inéluctable de la guerre à venir. Les treize colonies anglaises d’Amérique du Nord comprennent vers 1750 environ 1,5 million d’habitants confinés en un espace restreint. Pour sa part, la Nouvelle-France, qui s’étend de l’actuel Québec jusqu’aux confins du Mississippi, comprend une faible population de 60,000 âmes.
Il n’en fallait pas plus pour que tôt ou tard la tension entre les grandes puissances finisse par éclater. Pour faire court, rappelons que le casus belli de la Guerre de Sept ans repose dans l’attaque lancée par Frédéric II de Prusse contre la Saxe menaçante. Sept années plus tard, en 1763, les conséquences notables en ce qui concerne le sujet traité dans cet article sont que l’on assiste à la naissance de l’Empire britannique et à la chute, sinon à l’amputation, d’une large partie de l’Empire français. En effet, avec la signature du Traité de Paris en 1763, la France dut céder la Nouvelle-France à l’Angleterre.
Les forces en présence réparties à l’intérieur de deux coalitions
Prusse
France
Grande-Bretagne
Saint-Empire
Hanovre
Russie
Portugal
Suède
Hesse-Cassel
Espagne
Brunswick
Duchés de Saxe et Pologne
Wurtemberg
Les deux Sicile
Les premières phases de la guerre en Amérique du Nord
Dès 1754, les belligérants allaient être d’un côté la France et ses alliés amérindiens face à l’Angleterre, ses treize colonies et leurs alliés amérindiens. Les Français pouvaient compter sur une série de postes et de forts afin d’assurer la liaison et la défense de leur immense colonie. L’expansion du territoire français à l’ouest de la chaîne des Appalaches compromettait sérieusement le développement territorial des colonies américaines enclavées.
Les premiers accrochages dans la région eurent lieu autour de l’actuelle ville de Pittsburgh. En 1754, un certain George Washington, futur premier Président des États-Unis, était alors colonel dans un régiment virginien. C’est autour de Pittsburgh qu’il tenta en vain d’ériger un premier fort pour compromettre le ravitaillement des Français. Délogé par ceux-ci, Washington dut se replier avec son unité et les Français en profitèrent pour construire le Fort Duquesne.
Dispositif des fortifications françaises et britanniques en Amérique du Nord au début de la Guerre de Sept ans, vers 1754.
Ce premier accrochage fut suivi par un autre l’année suivante par l’assaut britannique contre le Fort Niagara. Encore là, ce fut un échec et cela occasionna un répit temporaire pour la France. Ces premières escarmouches permirent aux belligérants de se rendre compte de l’évolution tactique des combats. Par exemple, les Britanniques ont mené ces premiers assauts de manière classique par le déploiement de leurs forces en vue de batailles rangées à l’européenne. Cette tactique s’avéra d’une efficacité plus que douteuse face aux tactiques françaises et indiennes inspirées de la guérilla.
Les premières années d’affrontements en Amérique du Nord ont par conséquent été difficiles pour les Britanniques, qui par surcroît étaient aux prises avec la problématique du soulèvement, puis de la déportation de la population acadienne.
Le 18 mai 1756, l’Angleterre déclare officiellement la guerre à la France, au lendemain de l’attaque prussienne contre la Saxe. Dès le départ, la France se concentre sur sa stratégie européenne et l’Angleterre concentre ses énergies sur l’Amérique du Nord. Le premier défi du marquis de Montcalm, qui hérite du commandement en 1756, est simple en apparence, mais compliqué à réaliser sur le terrain. Il doit conserver intactes les communications entre le Canada (nom communément utilisé au lieu de Nouvelle-France) et l’Ohio, principal objet du litige nord-américain.
Or, le fort britannique d’Oswego (voir la carte) menace carrément cette communication. Cette fortification fera d’ailleurs l’objet d’un des premiers assauts français à la suite d’une expédition-surprise qui réussit. Cet échec des Britanniques à maintenir Oswego ne les empêche pas, en 1757, de se ressaisir avec des renforts qui ont comme objectif initial la prise de Louisbourg, porte d’entrée à l’intérieur du Canada. Les Britanniques piétinent à Louisbourg et les Français en profite pour attaquer victorieusement Fort Henry la même année.
1757 fut somme toute une bonne année pour la France en Amérique du Nord. L’année suivante, et avec plus de moyens, les Britanniques vont lancer simultanément des assauts contre Louisbourg et les forts Carillon et Duquesne. Ces derniers sont battus à Carillon, mais étant plus nombreux, ils peuvent à la fois mettre de la pression à Louisbourg de même qu’en Ohio. D’ailleurs, le Fort Frontenac finit par tomber sans trop de résistance de la part des Français, coupant ainsi les communications entre les divers postes. Autre bonne nouvelle pour les Britanniques, Louisbourg tombe en juillet 1758 devant une armée anglaise imposante de 14,500 hommes.
Dans tout ce contexte, la situation est qu’à la fin de 1758, le Canada est somme toute intact aux mains des Français, mais les Britanniques ont capturé tout le pourtour, de l’Ohio jusqu’à Louisbourg. Le Canada est désormais isolé.
Montcalm comprend rapidement qu’avec les forces à sa disposition, il doit se concentrer sur le Canada, principalement sur une ligne de front entre Québec et Montréal.
1759: Wolfe devant Québec
C’est le 21 juin 1759 que la flotte britannique est repérée devant Québec. Elle embarque une force composée de trois brigades d’infanterie sous les ordres des généraux Moncton, Townsend et Murray, qui tous répondent de Wolfe pour cette opération. Le général Moncton reçoit l’ordre de déployer ses hommes à la Pointe-Lévis en face de Québec afin de commencer le siège de la ville par des bombardements. Sur la rive nord, Wolfe déploie une large partie des forces restantes à l’est de la rivière Montmorency. Nous sommes le 12 juillet, le siège de Québec débute.
Étrangement peut-être, les Français s’attendaient surtout à une avance des forces britanniques en provenance du Lac Ontario ou du Lac Champlain. La descente de Wolfe sur le Saint-Laurent les a un peu surpris. Malgré tout, Montcalm avait pris certaines précautions. Il avait en effet ordonné la construction d’un système défensif le long du Saint-Laurent, entre les rivières Saint-Charles et Montmorency.
Vue actuelle de la chute Montmorency à Québec dont les falaises furent prises d’assaut par les Britanniques le 31 juillet 1759.
C’est sur ce système défensif français que les Britanniques vont se heurter une première fois, le 31 juillet 1759, lors d’un assaut raté à la chute Montmorency contre les fortifications françaises de Beauport. À titre d’exemple des pertes encaissées lors de cet assaut discutable, les régiments britanniques des Grenadiers et le 60th Foot ont perdu environ 500 hommes.
Conscient de l’échec, Wolfe ordonne pendant les semaines suivantes à ses navires de manœuvrer pour repérer de bonnes zones de débarquement et de couper le ravitaillement des Français et de la ville. Cependant, la situation était difficile pour les Britanniques. Minés par la maladie (Wolfe lui-même étant malade), les Britanniques savaient qu’un assaut contre Québec avant l’hiver était impératif. Composée essentiellement de troupes professionnelles, Wolfe commandait une petite force hautement disciplinée et mieux entraînée que celle de Montcalm.
Le 4 septembre, les Britanniques se résignent finalement à quitter la rive nord à l’est de la rivière Montmorency et tenteront une autre manœuvre dans un secteur moins bien défendu. Ironiquement, malgré l’échec, la manœuvre britannique autour de Beauport avait fini par persuader Montcalm de la diversion de cette action, à savoir qu’il fallait renforcer les défenses de Beauport. Montcalm envoya néanmoins le général Bougainville et quelque 3,000 hommes en amont de Québec afin d’y établir des postes d’observation le long du fleuve.
Le dilemme de Wolfe était donc de trouver l’endroit idéal où débarquer son armée, de préférence sur un terrain plat qui permettrait de couper la liaison entre Québec et Montréal. On oublie donc Beauport, il fallait passer à autre chose. Il fallait également ne pas débarquer trop loin en amont (à l’ouest) de Québec, sinon les Français auraient eu facilement un ou deux jours pour transférer le gros de leurs troupes situées à Beauport.
12-13 septembre: le débarquement
Les troupes britanniques naviguaient depuis déjà quelques jours le long du fleuve dans l’espoir de débarquer en un endroit favorable. C’est le 12 septembre qu’une tentative de débarquement s’effectue à l’Anse-aux-Foulons, à travers un petit sentier abrupt situé au sud-ouest de la ville, à peu près à trois kilomètres en amont de la pointe du Cap Diamant.
À titre indicatif, notons que la hauteur entre la berge et le plateau (les Plaines d’Abraham) était de 53 mètres. En haut, les Français avaient déployé une batterie de canons qui défendait le passage. Les Britanniques avaient rapidement compris que la surprise et le secret étaient essentiels à la réussite de l’opération.
Les forces britanniques escaladant les hauteurs des Plaines d’Abraham.
C’est à un petit groupe de soldats anglais qu’échut la mission de débarquer sur la berge, de grimper la pente abrupte, s’emparer du sentier et, si nécessaire, éliminer la garnison ennemie en poste. À cet égard, un petit campement français doté d’un effectif maximal de 50 miliciens sous les ordres du capitaine de Vergor était censé garder le passage de l’Anse-aux-Foulons. Plusieurs Français n’ont rien soupçonné, ni perçu de menace immédiate entre le Cap Diamant et Cap-Rouge. On pensait bien que les quelques navires aperçus étaient des embarcations françaises de ravitaillement. Malgré tout, une sentinelle française a crié « Qui Vive? » et s’est fait répondre en excellent français par un officier britannique des Highlanders.
Contrairement à une certaine croyance populaire, cet incident rappelle que les troupes du général Wolfe n’ont pas débarqué précisément sur la berge de l’Anse-aux-Foulons. En fait, elles ont dévié de leur parcours, abordant le sol devant une falaise beaucoup plus étroite encore. Baïonnettes aux canons, un groupe de volontaires britanniques fut envoyé pour dégager la route, tandis que trois compagnies de soldats passaient directement par la falaise. Ce faisant, ces compagnies ont réussi à capturer le camp du capitaine Vergor par le flanc arrière. L’un des hommes du camp avait réussi à fuir et parvint à se rendre à Beauport prévenir Montcalm des événements. Or, personne ne le crut. À l’aube, près de 5,000 soldats britanniques se trouvaient sur les Plaines d’Abraham.
En conséquence, trois options se présentèrent à Montcalm. La première, ne rien faire et attendre. La seconde, concerter une attaque avec Bougainville, qui se trouvait à l’ouest autour de Cap-Rouge. Intéressante en apparence, cette manœuvre demeurait difficile à exécuter compte tenu du manque de communications soutenues entre les différentes positions françaises.
La troisième option… attaquer immédiatement…
13 septembre: la bataille
La situation des troupes britanniques au matin du 13 septembre 1759 sur les Plaines est précaire. Wolfe réalise qu’il est encerclé d’un côté par Montcalm à Québec, et de l’autre par Bougainville à Cap-Rouge. Analysant rapidement la situation, le général britannique constate qu’il est à 1,5 kilomètre de son objectif Québec, une distance qu’il doit franchir à travers un champ de blé.
Montcalm n’est informé que le matin de la présence britannique, surtout lorsqu’il voit les bataillons ennemis en train de se former sur deux longues et minces lignes. Le temps que Montcalm prenne ses bataillons constitués de Français, de Canadiens et d’Indiens de Beauport vers les Plaines, à travers Québec, cela lui prendra quelques heures.
Dispositif des unités britanniques (à gauche) et françaises (à droite) lors de la bataille de Québec du 13 septembre 1759.
Par ailleurs, Montcalm doit s’obstiner avec le gouverneur le marquis de Vaudreuil pour obtenir un minimum d’artillerie en vue de la bataille. Montcalm dispose d’un effectif théorique de 15,000 troupes professionnelles et de milice pour défendre la place. Dans les faits, environ 5,000 soldats professionnels sont disponibles pour livrer bataille sur les Plaines. De son côté, Wolfe dispose de 8,000 soldats réguliers prêts au combat, mais 4,500 d’entre eux se trouvent sur le champ de bataille le 13 septembre.
Le déploiement des forces britanniques sur les Plaines d’Abraham peut être vu comme une tentative de Wolfe pour forcer Montcalm à livrer bataille le plus tôt possible, sachant que le temps joue en faveur du général français. Wolfe va disposer des troupes en suivant un schéma de « fer à cheval ». La droite de son front est ancrée sur le fleuve, puis sa gauche est déployée sur un kilomètre à l’intérieur des terres, couvrant ainsi les Plaines, avec le pont de la rivière Saint-Charles non loin.
Pour couvrir une telle distance, Wolfe a dû placer ses hommes sur deux lignes, au lieu des trois lignes réglementaires du schéma européen de déploiement tactique. En face, Montcalm ramasse tous les bataillons à portée de main et les fait converger sur les Plaines vers 9 heures, le 13 septembre, et ce, sans attendre des renforts en position à Beauport. Cela prenait une armée bien disciplinée et entraînée à l’européenne pour exécuter les manœuvres tactiques compliquées requises pour un tel déploiement rapide.
Un problème majeur qu’avait Montcalm était qu’il avait perdu beaucoup de ses forces régulières depuis le début de la campagne en 1754. Pour compenser, il avait dû intégrer des miliciens moins familiers aux manœuvres précédemment mentionnées. Cela a affecté en fin de compte les performances de l’armée française.
Les premiers accrochages ont eu lieu entre la gauche de Wolfe (composé d’infanteries légères et de régiments de réserve commandés par Townsend) et les milices canadienne et indienne qui les harcelaient. De leur côté, les trois canons français et l’unique canon anglais sur le champ de bataille ont tiré sur l’infanterie des deux camps pendant environ une heure avant l’assaut français. Vers 10 heures, les bataillons réguliers français ont avancé et, à ce moment, les bataillons anglais, qui étaient couchés au sol pour éviter le tir d’artillerie français et le feu des milices canadienne et indienne sur leurs flancs, se sont alors relevés.
Reconstitution de la bataille de Québec. À gauche quelques miliciens canadiens, au centre des soldats réguliers de l’armée française.
Les Français ont été les premiers à tirer. La salve initiale a été tirée à grande distance et fut somme toute inefficace. Les Français se sont ensuite couchés pour recharger et se sont relevés pour avancer à moins de 40 mètres des Britanniques. Cette première salve avait certes causé des pertes chez les troupes de Wolfe, mais celles-ci sont restées debout, presque impassibles, et ont encaissé le choc avec discipline.
Les Britanniques ont attendu que les Français soient à moins de 35 mètres avant d’ouvrir le feu sur eux. Deux volées ont été tirées et cela fut suffisant pour désorganiser le front ennemi. Wolfe avait ordonné à ses hommes de charger leur mousquet avec deux balles au lieu d’une seule. Comme les Français avançaient à découvert, la première volée britannique a causé de grandes pertes dans leurs rangs.
Les hommes de Wolfe ont ensuite avancé de quelques pas vers les rangs brisés des Français et ont ouvert le feu d’une seconde volée. Une fois leurs mousquets déchargés, les Britanniques ont ensuite marché baïonnettes aux canons vers les Français pour les pourchasser et les refouler dans Québec. Cependant, la poursuite britannique était désorganisée dû au fait que plusieurs officiers étaient hors de combat, rendant ainsi la cohésion et le commandement plus difficile.
De leur côté, dans une tentative désespérée, les Canadiens et les Indiens ont ouvert le feu sur les Britanniques pour les harceler, mais furent à leur tour repoussés. C’est dans une grande confusion que l’armée française s’est repliée dans Québec.
L’unique canon britannique à Québec en 1759.
Observant la bataille derrière le 28th Foot, Wolfe a d’abord été blessé au poignet, puis il a été atteint dans les intestins et la poitrine. Il a été évacué quelques mètres en arrière par ses soldats. Au début de la retraite, Montcalm sur son cheval a aussi été blessé et transporté dans une maison de Québec où il est mort le lendemain matin. Il a été blessé deux fois, atteint d’un projectile dans le bas de l’abdomen, puis d’un autre à la cuisse. L’adjoint de Montcalm a également été tué et le brigadier Moncton blessé à son tour. C’est le général Townsend qui prit la relève pour les Britanniques et il a dû contenir une avancée de Bougainville qui arrivait de Cap-Rouge.
Selon des estimations variables, les pertes totales subies par les belligérantes le 13 septembre 1759 sont évaluées à 1,300 en tout, ce qui inclut les tués, blessés et disparus. La bataille a eu lieu dans un périmètre délimité grossièrement par les actuelles rues Turnbull, le Chemin Sainte-Foy, la rue des Érables et le centre des actuelles Plaines d’Abraham. Lors des salves de mousquets, le front passait approximativement entre les actuelles rues Cartier et de Salaberry.
Après la bataille
Le lendemain de la bataille des Plaines d’Abraham avait laissé maintes récriminations dans le camp français. Par exemple, le gouverneur Vaudreuil a porté le blâme de la défaite entièrement sur Montcalm et il ordonna au restant des troupes d’évacuer Québec et Beauport pour rejoindre Bougainville plus à l’ouest.
Les Britanniques entrèrent dans Québec qui capitule le 18 septembre. Le restant des forces françaises était posté à l’ouest de la ville, le long de la rivière Jacques-Cartier, dans l’attente d’une éventuelle riposte. Dans la ville, les forces britanniques sont laissées à elles-mêmes, puisque la flotte avait dû quitter Québec peu de temps après sa capture, afin de déjouer les glaces qui s’accumulaient dans le Saint-Laurent.
Une partie remise: Sainte-Foy (28 avril 1760)
C’est François de Gaston, Chevalier de Lévis, qui prit le commandement des forces françaises au lendemain de la bataille de Québec. La situation en avril 1760 était précaire pour les deux camps. Lévis parvint à rassembler une force d’un peu plus de 5,000 hommes à Montréal afin de les diriger vers Québec. La moitié de ses troupes étaient composées de miliciens canadiens et indiens. De son côté, Murray, le commandant britannique, devait s’organiser avec une faible de force d’à peine 4,000 hommes affaiblis par la faim et le scorbut.
L’architecte de la victoire française d’avril 1760, François de Gaston, Chevalier de Lévis.
Murray jugeait que ses troupes n’étaient pas assez nombreuses pour défendre adéquatement Québec à l’intérieur des murs. Par conséquent, il déploya quelque 3,800 hommes, presque toute sa force, vers l’ouest avec quelque 20 canons, sur la même position que Montcalm avait occupée l’été précédent.
Plutôt que d’attendre l’avance française, Murray a pris le risque de faire marcher ses troupes vers l’ennemi. Son avance rapide a eu du succès au départ, mais son artillerie finit par être aveuglée par ses propres troupes placées devant et qui lui cachaient la vue. Par surcroît, l’infanterie britannique avait fini par s’enliser dans la boue et la neige fondante qui tombait en ce 28 avril.
Plus nombreux donc, les Français avaient fini par prendre les troupes de Murray par les deux flancs, les menaçant ainsi d’encerclement. Voyant le risque, Murray ordonne une retraite générale derrière les murs de la ville, abandonnant du coup tous ses canons que Lévis pouvait retourner contre lui.
Souvent minimisée par l’Histoire, la bataille de Sainte-Foy fut une grande victoire pour l’armée française. Livrée dans des conditions climatiques difficiles, sur un terrain marécageux, la bataille fut marquée, entre autres, par des combats au corps à corps que l’on n’avait pas connu à Québec. La bataille de Sainte-Foy se déroula sur un site situé à quelques centaines de mètres à peine du périmètre de la bataille de Québec. On peut situer grosso modo le site par l’actuel périmètre marqué à l’ouest par l’Université Laval, au nord par la rivière Saint-Charles, au sud et à l’est par une ligne touchant le champ de bataille de 1759.
Les pertes en tués, blessés et disparus le 28 avril 1760 sont évaluées à 850 pour les Français et 1,100 pour les Britanniques. Ces derniers ont perdu, mais ils sont parvenus à se replier en bon ordre derrière les murs de Québec. Le manque de munitions de l’artillerie française et le renforcement des défenses murales, combiné à l’arrivée de la flotte anglaise à la mi-mai 1760, ont enlevé tout espoir de reprise de la ville par Lévis.
La bataille de Sainte-Foy fut parmi les plus sanglantes livrée en sol canadien. Malgré tout, ce n’était qu’une question de temps avant l’inévitable: la chute de la colonie. Il restait à peine 2,000 hommes à Lévis à l’été de 1760, face à quelque 17,000 Britanniques et alliés américains.
Le commandant français capitula le 8 septembre et ordonna que l’on brûle les drapeaux de ses régiments pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, signe d’ultime disgrâce dans la tradition militaire. Trois ans plus tard, en 1763, les belligérants signaient la paix et le Traité de Paris força la France à céder la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.
Vue partielle des Plaines d’Abraham, telles qu’elles se présentent de nos jours.
Monument régimentaire sur le champ de bataille de Chickamauga en Georgie (États-Unis, 1863).
Comme on dit dans le milieu des historiens militaires, mieux vaut attendre que la guerre soit terminée avant de visiter un champ de bataille! Blague à part, l’idée est qu’un certain nombre de règles, trucs et astuces devraient être observés, à notre avis, avant d’entreprendre ce genre de voyage nous amenant sur les traces de douloureux passés.
Par « champ de bataille », nous entendons ici des lieux où se sont déroulés des affrontements que l’on peut qualifier de « majeurs » et qui furent recensés par les historiens. Aux fins de ce papier, nous faisons allusion à des endroits qui furent organisés de manière plus ou moins formelle par les gouvernements ou des associations de bénévoles qui en font revivre le souvenir.
L’expression « champ de bataille » se rapporte également à tout lieu et toute époque. De l’Antiquité à nos jours, de grands et sanglants épisodes marquèrent les imaginaires et eurent des impacts sur la survie ou la chute d’empires. On revient à l’idée attribuée à Carl von Clausewitz voulant que la guerre soit la continuation de la politique par d’autres moyens. Dans le cas qui nous intéresse, disons que ces « moyens » laissèrent couler beaucoup de sang et les champs de bataille en demeurent les expressions sublimes.
Un condensé d’expériences
Par conséquent, cet article n’est pas exhaustif et se veut un condensé de nos expériences. Nous y présentons quelques règles, mais surtout des observations que nous avons faites au fil des années. Je n’hésiterai pas à modifier cet article si d’autres idées me venaient à l’esprit, ou si nos lecteurs nous font des observations que nous avons vécues et involontairement oubliées.
Cela fait environ dix ans que nous visitons des champs de bataille. Nous avons débuté en mai 2001 par la visite de quelques champs de bataille de la Première Guerre mondiale en France. Nous avons été chanceux lors de ces premières visites, car nous étions accompagnés d’un historien militaire français expert de la guerre de 1914-1918 qui a su optimiser nos expériences.
Cette première expérience soulève la question de la préparation avant d’entreprendre ce genre de périple. Il est évident que dans le meilleur des mondes, le fait d’être accompagné d’une personne ressource sur le terrain s’avère fort agréable. Dans le cas contraire, la question de la préparation sous-tend une autre interrogation, à savoir le pourquoi d’un tel déplacement. En effet, pourquoi visiter un champ de bataille?
Des Plaines d’Abraham de Québec jusqu’aux champs de bataille de Russie où nous sommes allés, la question à se poser demeure toujours la même: pourquoi y aller? Notre expérience nous amène à croire que la plupart des gens qui pratiquent ce type de « tourisme » le font d’abord par intérêt personnel, ce qui sous-entend que des membres de leurs familles ont directement participé aux événements. Par exemple, nombreux sont les visiteurs qui souhaitent voir les lieux où ont combattu leurs ancêtres, ou bien qui désirent voir les pierres tombales de leurs proches tombés au champ d’honneur.
Dans un autre ordre d’idées, nous avons remarqué que nombre de touristes des champs de bataille le deviennent souvent par hasard. En fait, la visite d’un lieu de mémoire de ce type est intégrée à un circuit touristique plus large, comme c’est fréquemment le cas lors d’un voyage organisé en Europe. Pour les plus jeunes, la visite d’un champ de bataille constitue l’élément éducatif d’un voyage scolaire de fin d’année. Par exemple, des écoliers britanniques qui prennent le TGV pour aller à Euro Disney à Paris vont fréquemment s’arrêter à la gare d’Arras afin de visiter le champ de bataille canadien de Vimy non loin.
Voyager seul ou avec un guide?
Champ de bataille de Manassas (Bull Run) près de Washington D.C. (1861).
Dans ce contexte, comme nous l’avons évoqué, une première question est de savoir si l’on entreprend un tel voyage seul ou accompagné d’un guide. D’abord, il est important de peser notre niveau de connaissances du sujet. Avant de visiter les plages du débarquement de Normandie, demandez-vous quel est votre degré de connaissances de la bataille? Savez-vous que telle unité est passée dans ce village et que l’ennemi se trouvait dans la forêt non loin?
Que vous soyez ou non accompagnés d’un guide, nous croyons qu’il est important de lire quelque peu sur le sujet avant d’entreprendre le voyage. L’idéal est de trouver un ouvrage qui, sans être trop érudit, ni adressé à un lectorat de spécialistes, puisse renseigner suffisamment sur les principales phases des événements avec les noms de lieux-clés. Par exemple, prenez un ouvrage de 200 pages avec suffisamment de photos et de cartes et tentez de mémoriser les noms de quatre ou cinq lieux. Faites de même avec les noms de personnages marquants, voire d’anecdotes. N’oubliez jamais que si vous êtes accompagnés d’un bon guide, celui-ci prendra la peine de vous interroger sur votre niveau de connaissances des événements. Selon vos réponses, il adaptera sa visite en conséquence et c’est vous qui en sortirez gagnant.
Respecter les cultures et coutumes locales
C’est une règle de base de tout voyage fait à l’étranger: le respect des cultures et des coutumes locales. Ce principe s’applique également au tourisme de champs de bataille. Par exemple, toujours garder en mémoire le fait que les événements qui s’y sont déroulés peuvent encore traumatiser les gens. N’allez pas croire qu’un événement qui s’est déroulé voilà plusieurs centaines d’années n’a plus d’impact aujourd’hui. Par exemple, la bataille du Kosovo de 1389 dans les Balkans marque toujours les esprits des habitants et il serait mal avisé d’adopter un comportement non conforme aux coutumes locales. Bref, l’observation du respect, voire du silence selon les lieux, doit aller de soi le cas échéant. On ne fait pas de blague lorsqu’on visite le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, où lorsqu’on se présente sur un mémorial qui revêt une signification particulière pour un peuple ou une collectivité.
L’autre aspect du respect des cultures et coutumes locales est plus pratique. Considérant le temps et les distances parcourues sur les champs de bataille, il se peut que vous ayez faim et soif. Le cas échéant, il est toujours de mise d’apprendre quelques mots ou phrases dans la langue locale lorsque l’on s’arrête dans un restaurant ou un hôtel. Souvent, le simple fait de dire « Bonjour, s’il vous plaît, et merci » dans la langue locale suffit à arracher un sourire et à obtenir ce que l’on veut, que ce soit de la nourriture, un logis ou des renseignements.
Exemple de mémorial érigé sur le champ de bataille de Grunewald (Tannenberg) pour commémorer les batailles de 1410 et de 1914. Le lieu est situé à 150 kilomètres au nord de Varsovie en Pologne.
C’est un avantage, dans la mesure où l’on peut vous diriger vers des ressources qui connaissent bien tel ou tel champ de bataille. Évidemment, la prudence est de mise, mais sur des sites le moindrement organisés, les restaurateurs et les hôteliers peuvent rapidement vous référer à des personnes ou des entreprises qui offrent des services de visites guidées. Prenez garde à ne pas abuser des bonnes choses, notamment l’alcool qui est souvent moins cher en Europe qu’en Amérique. Cela peut influencer votre comportement, offenser les habitants et faire de vous un véritable danger si vous prenez ensuite la voiture.
Budget, logistique et autres contraintes
Le touriste des champs de bataille n’est pas différent de l’ensemble des touristes. Nombreuses sont les contraintes de tous ordres et il faut en tenir compte.
Nous l’avons dit, se doter de bonnes cartes actuelles et d’époque des lieux à visiter nous apparaît essentiel, à moins que vous ayez embauché un guide doté de ces outils, quoiqu’un minimum est toujours nécessaire. À titre d’exemple, pour les champs de bataille des guerres mondiales en Europe, nous recommandons les cartes Michelin, qui sont détaillées et s’avèrent régulièrement des copies conformes des cartes utilisées par les états-majors de l’époque. Sinon, les grands champs de bataille d’Europe ou des États-Unis disposent de leurs propres kiosques de renseignements ou sont intégrés à des offices de tourisme qui fournissent les cartes nécessaires.
D’autre part, qui dit champs de bataille dit marche. Il est important de se doter de bonnes chaussures ou bottes, surtout si vous entreprenez une excursion en dehors des zones balisées sur des terrains difficiles et vaseux. Celles-ci doivent être confortables, imperméables et si possible renforcées au niveau des extrémités (talon et cap). Être bien chaussé réduit également les risques de blessures, par exemple sur des fils de fer barbelés. Garder à portée de main un imperméable, même si les prévisions météorologiques semblent favorables. Dans certains lieux comme le nord de la France et la Belgique, la pluie peut subitement démarrer et durer de longues heures. En plus d’être détrempé, vous remarquerez que le terrain peut rapidement se transformer en un marécage de boue, comme l’ont vécu les soldats à l’époque. Par expérience, nous pouvons vous confirmer que de la boue qui s’accumule sur les bottes, c’est très pesant.
Évitez toujours de prendre des risques inutiles. Il est recommandé de rester à l’intérieur des zones balisées. Les champs de bataille de la guerre de 1914-1918 en Belgique et en France sont révélateurs à cet égard, de par la concentration d’obus non éclatés qui s’y trouvent encore. De plus, prenez garde si vous sortez des sentiers battus, les animaux sauvages, eux, ne font pas la différence lorsqu’ils se promènent dans les anciennes tranchées!
Cela amène à dire qu’il vaut mieux éviter de collecter certains « souvenirs » révélés par les champs de bataille. Nombreux en effet sont les fragments d’obus, de balles et autres explosifs qui sont toujours actifs. Si vous en trouvez, mieux vaut alerter les autorités locales du pays qui verront à les faire désactiver. Sur ce point, les militaires ont l’habitude d’accumuler le long des routes ou dans des dépôts les obus non éclatés avant de les désactiver en masse. Évitez de vous y approcher, car ils demeurent dangereux et instables. D’ailleurs, évitez de rapporter à la maison ce genre de souvenirs, vous aurez des problèmes aux douanes.
Si vous planifiez rester dans un secteur quelques jours, essayer autant que possible de garder le même hôtel si celui-ci est convenable. Le décalage horaire, l’ignorance des lieux, de la langue et des coutumes nécessite une attention de votre part et cela consomme votre énergie. Au moins, lorsque vous demeurez au même lieu jour après jour, vous pouvez concentrer vos énergies sur ce qui vous intéresse pendant la journée.
Un exemple d'une zone balisée interdite d'accès aux visiteurs sur le champ de bataille de Vimy en France (1917). Non, les moutons n'explosent pas dans cette zone. À notre souvenir, ils ont été placés là pour accomoder un agriculteur de la région qui cherchait un endroit où faire paître ses animaux.
Parmi d’autres contraintes que nous avons identifiées, nous notons celle reliée au statut foncier d’un lieu. Par exemple, un cimetière militaire que vous visitez peut être administré par un gouvernement. En d’autres cas, surtout pour ceux qui cherchent une pierre tombale particulière, le cimetière est administré par une commune ou se trouve sur un terrain privé. Encore là, toujours demander les autorisations nécessaires avant d’entreprendre la phase exploratoire.
Voilà en somme pour les trucs et astuces d’une agréable visite des champs de bataille!