Visite des champs de bataille: un guide introductif

Monument régimentaire sur le champ de bataille de Chickamauga en Georgie (États-Unis, 1863).

Comme on dit dans le milieu des historiens militaires, mieux vaut attendre que la guerre soit terminée avant de visiter un champ de bataille! Blague à part, l’idée est qu’un certain nombre de règles, trucs et astuces devraient être observés, à notre avis, avant d’entreprendre ce genre de voyage nous amenant sur les traces de douloureux passés.

Par « champ de bataille », nous entendons ici des lieux où se sont déroulés des affrontements que l’on peut qualifier de « majeurs » et qui furent recensés par les historiens. Aux fins de ce papier, nous faisons allusion à des endroits qui furent organisés de manière plus ou moins formelle par les gouvernements ou des associations de bénévoles qui en font revivre le souvenir.

L’expression « champ de bataille » se rapporte également à tout lieu et toute époque. De l’Antiquité à nos jours, de grands et sanglants épisodes marquèrent les imaginaires et eurent des impacts sur la survie ou la chute d’empires. On revient à l’idée attribuée à Carl von Clausewitz voulant que la guerre soit la continuation de la politique par d’autres moyens. Dans le cas qui nous intéresse, disons que ces « moyens » laissèrent couler beaucoup de sang et les champs de bataille en demeurent les expressions sublimes.

Un condensé d’expériences

Par conséquent, cet article n’est pas exhaustif et se veut un condensé de nos expériences. Nous y présentons quelques règles, mais surtout des observations que nous avons faites au fil des années. Je n’hésiterai pas à modifier cet article si d’autres idées me venaient à l’esprit, ou si nos lecteurs nous font des observations que nous avons vécues et involontairement oubliées.

Cela fait environ dix ans que nous visitons des champs de bataille. Nous avons débuté en mai 2001 par la visite de quelques champs de bataille de la Première Guerre mondiale en France. Nous avons été chanceux lors de ces premières visites, car nous étions accompagnés d’un historien militaire français expert de la guerre de 1914-1918 qui a su optimiser nos expériences.

Cette première expérience soulève la question de la préparation avant d’entreprendre ce genre de périple. Il est évident que dans le meilleur des mondes, le fait d’être accompagné d’une personne ressource sur le terrain s’avère fort agréable. Dans le cas contraire, la question de la préparation sous-tend une autre interrogation, à savoir le pourquoi d’un tel déplacement. En effet, pourquoi visiter un champ de bataille?

Des Plaines d’Abraham de Québec jusqu’aux champs de bataille de Russie où nous sommes allés, la question à se poser demeure toujours la même: pourquoi y aller? Notre expérience nous amène à croire que la plupart des gens qui pratiquent ce type de « tourisme » le font d’abord par intérêt personnel, ce qui sous-entend que des membres de leurs familles ont directement participé aux événements. Par exemple, nombreux sont les visiteurs qui souhaitent voir les lieux où ont combattu leurs ancêtres, ou bien qui désirent voir les pierres tombales de leurs proches tombés au champ d’honneur.

Dans un autre ordre d’idées, nous avons remarqué que nombre de touristes des champs de bataille le deviennent souvent par hasard. En fait, la visite d’un lieu de mémoire de ce type est intégrée à un circuit touristique plus large, comme c’est fréquemment le cas lors d’un voyage organisé en Europe. Pour les plus jeunes, la visite d’un champ de bataille constitue l’élément éducatif d’un voyage scolaire de fin d’année. Par exemple, des écoliers britanniques qui prennent le TGV pour aller à Euro Disney à Paris vont fréquemment s’arrêter à la gare d’Arras afin de visiter le champ de bataille canadien de Vimy non loin.

Voyager seul ou avec un guide?

Champ de bataille de Manassas (Bull Run) près de Washington D.C. (1861).

Dans ce contexte, comme nous l’avons évoqué, une première question est de savoir si l’on entreprend un tel voyage seul ou accompagné d’un guide. D’abord, il est important de peser notre niveau de connaissances du sujet. Avant de visiter les plages du débarquement de Normandie, demandez-vous quel est votre degré de connaissances de la bataille? Savez-vous que telle unité est passée dans ce village et que l’ennemi se trouvait dans la forêt non loin?

Que vous soyez ou non accompagnés d’un guide, nous croyons qu’il est important de lire quelque peu sur le sujet avant d’entreprendre le voyage. L’idéal est de trouver un ouvrage qui, sans être trop érudit, ni adressé à un lectorat de spécialistes, puisse renseigner suffisamment sur les principales phases des événements avec les noms de lieux-clés. Par exemple, prenez un ouvrage de 200 pages avec suffisamment de photos et de cartes et tentez de mémoriser les noms de quatre ou cinq lieux. Faites de même avec les noms de personnages marquants, voire d’anecdotes. N’oubliez jamais que si vous êtes accompagnés d’un bon guide, celui-ci prendra la peine de vous interroger sur votre niveau de connaissances des événements. Selon vos réponses, il adaptera sa visite en conséquence et c’est vous qui en sortirez gagnant.

Respecter les cultures et coutumes locales

C’est une règle de base de tout voyage fait à l’étranger: le respect des cultures et des coutumes locales. Ce principe s’applique également au tourisme de champs de bataille. Par exemple, toujours garder en mémoire le fait que les événements qui s’y sont déroulés peuvent encore traumatiser les gens. N’allez pas croire qu’un événement qui s’est déroulé voilà plusieurs centaines d’années n’a plus d’impact aujourd’hui. Par exemple, la bataille du Kosovo de 1389 dans les Balkans marque toujours les esprits des habitants et il serait mal avisé d’adopter un comportement non conforme aux coutumes locales. Bref, l’observation du respect, voire du silence selon les lieux, doit aller de soi le cas échéant. On ne fait pas de blague lorsqu’on visite le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, où lorsqu’on se présente sur un mémorial qui revêt une signification particulière pour un peuple ou une collectivité.

L’autre aspect du respect des cultures et coutumes locales est plus pratique. Considérant le temps et les distances parcourues sur les champs de bataille, il se peut que vous ayez faim et soif. Le cas échéant, il est toujours de mise d’apprendre quelques mots ou phrases dans la langue locale lorsque l’on s’arrête dans un restaurant ou un hôtel. Souvent, le simple fait de dire « Bonjour, s’il vous plaît, et merci » dans la langue locale suffit à arracher un sourire et à obtenir ce que l’on veut, que ce soit de la nourriture, un logis ou des renseignements.

Exemple de mémorial érigé sur le champ de bataille de Grunewald (Tannenberg) pour commémorer les batailles de 1410 et de 1914. Le lieu est situé à 150 kilomètres au nord de Varsovie en Pologne.

C’est un avantage, dans la mesure où l’on peut vous diriger vers des ressources qui connaissent bien tel ou tel champ de bataille. Évidemment, la prudence est de mise, mais sur des sites le moindrement organisés, les restaurateurs et les hôteliers peuvent rapidement vous référer à des personnes ou des entreprises qui offrent des services de visites guidées. Prenez garde à ne pas abuser des bonnes choses, notamment l’alcool qui est souvent moins cher en Europe qu’en Amérique. Cela peut influencer votre comportement, offenser les habitants et faire de vous un véritable danger si vous prenez ensuite la voiture.

Budget, logistique et autres contraintes

Le touriste des champs de bataille n’est pas différent de l’ensemble des touristes. Nombreuses sont les contraintes de tous ordres et il faut en tenir compte.

Nous l’avons dit, se doter de bonnes cartes actuelles et d’époque des lieux à visiter nous apparaît essentiel, à moins que vous ayez embauché un guide doté de ces outils, quoiqu’un minimum est toujours nécessaire. À titre d’exemple, pour les champs de bataille des guerres mondiales en Europe, nous recommandons les cartes Michelin, qui sont détaillées et s’avèrent régulièrement des copies conformes des cartes utilisées par les états-majors de l’époque. Sinon, les grands champs de bataille d’Europe ou des États-Unis disposent de leurs propres kiosques de renseignements ou sont intégrés à des offices de tourisme qui fournissent les cartes nécessaires.

D’autre part, qui dit champs de bataille dit marche. Il est important de se doter de bonnes chaussures ou bottes, surtout si vous entreprenez une excursion en dehors des zones balisées sur des terrains difficiles et vaseux. Celles-ci doivent être confortables, imperméables et si possible renforcées au niveau des extrémités (talon et cap). Être bien chaussé réduit également les risques de blessures, par exemple sur des fils de fer barbelés. Garder à portée de main un imperméable, même si les prévisions météorologiques semblent favorables. Dans certains lieux comme le nord de la France et la Belgique, la pluie peut subitement démarrer et durer de longues heures. En plus d’être détrempé, vous remarquerez que le terrain peut rapidement se transformer en un marécage de boue, comme l’ont vécu les soldats à l’époque. Par expérience, nous pouvons vous confirmer que de la boue qui s’accumule sur les bottes, c’est très pesant.

Évitez toujours de prendre des risques inutiles. Il est recommandé de rester à l’intérieur des zones balisées. Les champs de bataille de la guerre de 1914-1918 en Belgique et en France sont révélateurs à cet égard, de par la concentration d’obus non éclatés qui s’y trouvent encore. De plus, prenez garde si vous sortez des sentiers battus, les animaux sauvages, eux, ne font pas la différence lorsqu’ils se promènent dans les anciennes tranchées!

Cela amène à dire qu’il vaut mieux éviter de collecter certains « souvenirs » révélés par les champs de bataille. Nombreux en effet sont les fragments d’obus, de balles et autres explosifs qui sont toujours actifs. Si vous en trouvez, mieux vaut alerter les autorités locales du pays qui verront à les faire désactiver. Sur ce point, les militaires ont l’habitude d’accumuler le long des routes ou dans des dépôts les obus non éclatés avant de les désactiver en masse. Évitez de vous y approcher, car ils demeurent dangereux et instables. D’ailleurs, évitez de rapporter à la maison ce genre de souvenirs, vous aurez des problèmes aux douanes.

Si vous planifiez rester dans un secteur quelques jours, essayer autant que possible de garder le même hôtel si celui-ci est convenable. Le décalage horaire, l’ignorance des lieux, de la langue et des coutumes nécessite une attention de votre part et cela consomme votre énergie. Au moins, lorsque vous demeurez au même lieu jour après jour, vous pouvez concentrer vos énergies sur ce qui vous intéresse pendant la journée.

Un exemple d'une zone balisée interdite d'accès aux visiteurs sur le champ de bataille de Vimy en France (1917). Non, les moutons n'explosent pas dans cette zone. À notre souvenir, ils ont été placés là pour accomoder un agriculteur de la région qui cherchait un endroit où faire paître ses animaux.

Parmi d’autres contraintes que nous avons identifiées, nous notons celle reliée au statut foncier d’un lieu. Par exemple, un cimetière militaire que vous visitez peut être administré par un gouvernement. En d’autres cas, surtout pour ceux qui cherchent une pierre tombale particulière, le cimetière est administré par une commune ou se trouve sur un terrain privé. Encore là, toujours demander les autorisations nécessaires avant d’entreprendre la phase exploratoire.

Voilà en somme pour les trucs et astuces d’une agréable visite des champs de bataille!

Bon voyage!

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