La Guerre d’Indochine (1946-1954)

Dans la période suivant la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France était placée devant le défi de recouvrer ses colonies perdues non seulement aux mains de son ancien ennemi qu’était le Japon, mais également des mouvements de résistance indigènes qui s’étaient développés en Asie, de 1941 à 1945. En Indochine française, la résistance de la guérilla du Vietminh contre l’occupant japonais s’organisait. Les différents groupes s’unifiaient sous la direction de Ho Chi Minh et, forcément, ils devaient être dissouts advenant la restauration de l’autorité française.

À cette époque, plus de 80% du territoire de l’Indochine était classé comme forestier, à savoir une forêt généralement dense sous la forme d’une jungle humide. Les problèmes pour n’importe quelle force qui entreprend une campagne militaire sur un tel terrain apparaissent évidents. Dans le cas de la région qui est aujourd’hui le Vietnam, les difficultés étaient accrues en raison des conditions climatiques particulières. La mousson dans le sud-ouest du pays, à titre d’exemple, limitait le temps pendant lequel il était possible de faire campagne. Pendant la moitié d’une année, il était à peu près impossible et imprudent de déplacer des troupes parce que le moindre problème logistique prenait une ampleur exponentielle en raison des pluies torrentielles qui balayaient le pays.

Le contexte politique qui amena la guerre en Indochine est aussi important afin de comprendre le type de combats qui s’y sont livrés et l’issue finale. Sous la direction militaire du général Vo Nguyen Giap, le Vietminh amorça la campagne en 1946 avec des ressources inférieures, mais il parvint, à partir de 1949, à obtenir l’appui de la Chine communiste. En effet, la défaite des nationalistes chinois fut un élément crucial aux succès des insurgés vietnamiens dans les années qui ont suivi.

Le général Jean de Lattre de Tassigny, l'un des commandants des forces françaises en Indochine.

Par contraste, le gouvernement français ne reçut qu’un mince appui des États-Unis. Ceux-ci étaient divisés entre leur traditionnel anticolonialisme et leur appréciation plus récente de la menace communiste. De plus, le gouvernement français était entré dans la campagne d’Indochine à reculons, affaibli militairement au sortir de la guerre en 1945 et divisé politiquement. La plupart des généraux français qui furent dépêchés dans la région reçurent des ressources limitées, sans compter que l’opinion publique en France désapprouvait largement l’opération.

La campagne française d’Indochine débuta par une série d’escarmouches avec le Vietminh et une certaine controverse perdure à savoir lequel des camps tira le premier coup de feu. Les Français souhaitaient briser la fragile position sur laquelle les Vietnamiens s’étaient établis dans l’appareil de l’État au lendemain de la capitulation du Japon. Ces derniers bénéficiaient d’une sympathie dans la population, mais leurs forces militaires étaient faibles. Par conséquent, les Français parvinrent à les repousser vers le Vietbac (au nord de Hanoi) dès 1946. Cette région du nord du Vietnam parsemée de vallées creuses et de caves était à peu près impénétrable, d’autant plus que la frontière chinoise non loin permettait d’y trouver refuge.

Carte du théâtre des opérations en Indochine (1946-1954).

En 1947, le commandant français, le général Jean Valluy, prit le temps d’amasser suffisamment de ressources et se lança à l’assaut du Vietbac. L’opération au nom de code LÉA connut un succès initial, mais le plan, inspiré des tactiques de la Seconde Guerre mondiale, s’enlisa comme le reste des troupes françaises sur le terrain difficile. Les unités françaises se retrouvèrent isolées et le style de commandement du Vietminh semblait avoir moins de difficultés à s’adapter à une situation qui évoluait rapidement. À la fin de cette première opération, les Français parvinrent à s’extirper de la dangereuse région dans laquelle ils se trouvaient, alors que les forces du Vietminh demeuraient intactes et que leur moral fut rehaussé.

Une patrouille française dans un delta (1952).

Les deux prochaines années de la campagne française furent marquées par des batailles à petite échelle et par l’indécision quant aux actions à entreprendre. À preuve, le général Valluy fut remplacé par le général Roger Blaizot en 1948, qui lui-même fut relevé par le général Marcel Charpentier un an plus tard. Charpentier venait à peine de prendre le commandement sur le terrain que Giap lança sa première offensive majeure en 1950. Les forces du Vietminh entrèrent dans Dong Khe et Cao Bang à la fin de l’année (voir la carte). Le général Charpentier tenta une contre-attaque en envoyant deux colonnes de troupes qui furent prises en embuscade et anéanties par un ennemi qui possédait une connaissance intime du terrain.

L'homme qui dirigea les offensives contre les Français, le général Vo Nguyen Giap, qui fêta en août 2010 son 100e anniversaire.

À son tour, Charpentier fut relevé par le général Jean de Lattre de Tassigny qui connut un peu plus de succès que son prédécesseur face à la seconde offensive de Giap en 1951. Par exemple, les Français avaient arrêté le Vietminh à Vinh Yen, Mao Khe et lors de la bataille du Day (mai-juin 1951). Le général de Lattre entreprit de lever une Armée nationale vietnamienne dans le but évident d’appuyer les forces françaises, puis d’utiliser ces nouvelles troupes afin de défendre une série de forts et de bases nommée la Ligne de Lattre. Cela libéra des troupes françaises pour une offensive à Hoa Binh en novembre 1951, mais le Vietminh contre-attaqua, forçant les Français à reculer de cette position trois mois plus tard.

La maladie força de Lattre à rentrer en France à la fin de 1951 et son remplaçant, le général Raoul Salan, mit au point un plan d’offensives et de contre-offensives limitées, remportant notamment une victoire à la bataille de Na San en novembre 1952. Pour sa part, Giap connut quelques succès lors de la campagne de la Rivière Noire en 1952, de même que pendant sa campagne laotienne l’année suivante. Ces succès étaient largement attribuables à la rapidité de mouvements des forces de Giap, à tel point que la logistique du Vietminh ne parvenait pas à suivre.

Le succès de la campagne laotienne marquait en quelque sorte le début de la fin pour la France en Indochine. Le général Henri Navarre devint le dernier commandant français et il préparait une offensive majeure non pour gagner la guerre, mais pour assurer à la France une position de force dans l’éventualité de négociations de paix. Lorsque cette bataille planifiée de toutes pièces débuta, Giap prit aussitôt l’initiative. Le plan de Navarre reposait sur le principe qu’il pouvait tenir une tête de pont à Diên Biên Phu, où se trouvait un d’importantes pistes d’aviation près de la frontière laotienne. Cependant, lorsque la bataille commença autour de Diên Biên Phu le 12 mars 1954, les Français étaient inférieurs en nombre, en équipements et ils étaient par surcroît coincés dans une vallée surplombée de montagnes où se terrait l’artillerie du Vietminh qui les pilonnait.

La garnison tint son front pendant deux mois, mais la situation était sans issue au moment où l’artillerie française fut réduite au silence et que les forces ennemies s’approchaient des « bases » aériennes (souvent de simples pistes). Le 7 mai, les derniers défenseurs se rendirent et la délégation française envoyée à Genève pour négocier la paix ne put imposer ses conditions.

La plupart des combats de la guerre d’Indochine se sont déroulés dans la partie nord de l’actuel Vietnam. Sous la pression des États-Unis, un état non communiste du Sud Vietnam fut créé. Ho Chi Minh et Giap n’allaient pas en rester là. Cela leur prit un autre vingt ans avant de consolider leur conquête de l’ensemble du Vietnam, chose qui avait déjà été faite aux dépens des Japonais en 1945. Cette fois, l’ennemi était la France.

Des parachutistes français à Diên Biên Phu (1953).
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