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L’opération Barbarossa, Russie (1941)

Une lutte à finir

Le nom de code Barbarossa fut attribué à l’assaut surprise de l’Allemagne contre l’Union soviétique le 22 juin 1941. En termes de moyens engagés, il s’agit de la plus ambitieuse campagne militaire de la Seconde Guerre mondiale, une campagne préparée et planifiée dans le but d’achever un objectif stratégique à l’intérieur d’un seul théâtre d’opérations selon un calendrier fixe. C’était également la pièce maîtresse d’une vision géopolitique qui prédisait clairement l’avènement d’un génocide.

La guerre menée par Hitler contre l’URSS de Staline comportait deux facettes, l’une militaire et l’autre idéologique, étant donné que Barbarossa représentait à la fois un moyen de régler un problème stratégique de taille de l’Allemagne et, en même temps, de conquérir un « espace vital » (Lebensraum). Hitler était parvenu à faire de Barbarossa une guerre d’extermination contre ce qui était alors appelé le bolchevisme et la « juiverie », notamment parce que des officiers supérieurs de l’armée (Wehrmacht) avaient volontairement autorisé leurs troupes à mener une « guerre idéologique » aux côtés des différentes formations SS. L’aspect idéologique de la guerre menée à l’Est était au centre de tous types d’opérations militaires menées alors, que ce soit au niveau des combats, de la protection des lignes de communication et de l’occupation du terrain.

Pour emprunter le concept de George Mosse, on peut parler d’une « brutalisation » de la guerre à l’Est, incluant une brutalisation des soldats allemands qui avait commencé dès la campagne de Pologne en 1939. La « barbarisation » de la guerre en elle-même allait donc se poursuivre sur le territoire soviétique. La violence étant quelque chose de réciproque, Hitler avait prétexté les atrocités soviétiques et les actions des partisans pour justifier en retour des massacres d’un même ordre comme une « nécessité » de guerre.

Une opération ambitieuse

La campagne de juin 1941 en Russie avait été planifiée plusieurs mois auparavant. Le 18 décembre 1940, Hitler publia la Directive No. 21 qui traitait de l’écrasement de l’URSS via une campagne militaire rapide, avant même que ne soit conclue la guerre avec l’Angleterre. Le cœur de la phase initiale de Barbarossa consistait en la destruction de l’essentiel de l’Armée Rouge en une série d’encerclements rapides à l’ouest des rivières Dniepr et Dvina (voir la carte), ainsi que d’empêcher le repli de forces soviétiques capables de reprendre le combat dans l’immensité du territoire à l’est. Ensuite, par une rapide poursuite, les forces soviétiques seraient anéanties et la ligne d’arrêt de l’offensive serait fixée entre le débouché de la Volga vers la Mer Noire au sud et la ville d’Arkhangelsk au nord. Tout cela devait s’accomplir en l’espace de trois mois. De plus, sur un plan logistique, à peu près rien n’avait été envisagé pour combattre dans l’hiver russe.

Carte des opérations envisagées pour Barbarossa (juin 1941).

Du point de vue opérationnel, l’infanterie allemande serait appuyée par l’aviation dont les tâches consistaient essentiellement à dégager le ciel de la force ennemie, puis appuyer directement la progression de l’armée de terre sur les champs de bataille. Bien qu’une large partie de l’industrie de l’armement de l’URSS se trouva à l’est de l’Oural, il avait été envisagé de ne pas attaquer cette zone. L’idée était de libérer des ressources aériennes allemandes et d’attendre que la guerre mobile livrée à l’ouest de Moscou soit terminée. Pour sa part, le rôle de la marine allemande serait d’empêcher sa rivale soviétique de manœuvrer dans la Mer Baltique.

C’est à la fin de juillet 1940 que Hitler avait décidé d’achever l’URSS au printemps de l’année suivante. Cette décision était la résultante d’une combinaison de divers facteurs idéologiques, stratégiques, de politique étrangère et aussi d’une politique raciale. La destruction de l’URSS était en soi un objectif que caressait Hitler depuis les années 1920. La fin de l’URSS lui servirait pour forcer l’Angleterre à faire la paix, tout en mettant la main sur le fameux espace vital à l’est. Ce dernier élément représentait un amalgame de notions liées à l’économie, à la colonisation, à la force brute, qui incluait l’élimination du « judéo-bolchevisme ».

L'armée soviétique livra un combat désespéré face à l'envahisseur allemand en 1941.

Pour vaincre l’Armée Rouge, l’Allemagne dut masser au-dessus de trois millions de soldats répartis en 152 divisions, incluant 17 divisions de Panzers et 13 divisions motorisées, représentant en tout quelque 3,350 chars, 600,000 véhicules et 625,000 chevaux. Cette impressionnante force terrestre était appuyée par plus de 7,000 canons et 2,000 avions de chasse et de bombardement. À l’armée allemande s’ajoutèrent des éléments de l’armée finlandaise. La Finlande fournit à Barbarossa 17 divisions et deux brigades d’infanterie, sans oublier la Roumanie avec 14 divisions et sept brigades d’infanterie.

Toujours au plan opérationnel, il avait été convenu de diviser les éléments d’assaut en trois groupes d’armées distincts. Le groupe d’armées Nord était sous le commandement du Feldmarschall (FM) von Leeb dont l’objectif était Leningrad. Le groupe d’armée Centre était sous les ordres du FM von Bock et devait pousser vers Smolensk. Enfin, un groupe d’armées Sud commandé par le FM von Rundstedt avait Kiev comme objectif. Les Allemands avaient également constitué une force expéditionnaire qui devait partir de la Norvège occupée et prendre Mourmansk.

À chacune de ces grandes zones d’opérations terrestres devaient se joindre des flottes aériennes. La masse de l’offensive allemande était concentrée sur la portion nord de ce gigantesque front de 3,500 kilomètres. Par « portion nord », j’entends la partie de la ligne qui s’étend de la Mer Baltique jusqu’aux marais du Pripet, où deux des quatre Panzergruppen avaient été assignés au groupe d’armées Centre. Le contrôle d’ensemble de l’opération Barbarossa relevait du haut commandement des armées sous les ordres du FM von Brauchitsch et de son adjoint, le colonel-général Halder.

Enivrés par la victoire sur la France et certains de pouvoir battre l’Union soviétique, Hitler et une majorité de ses conseillers avaient grandement sous-estimé les capacités de l’ennemi, tout en surestimant leurs capacités propres. La perception régnante d’une URSS faible, ce colosse aux pieds d’argile, d’une Armée Rouge sans direction et d’un peuple russe « inférieur » ne correspondait en rien aux soi-disant qualités toutes contraires de la nation et de l’armée allemandes. Étant donné que Staline n’avait démontré aucun signe d’agressivité, on ne semblait pas prendre au sérieux, à Berlin, le fait que l’Armée Rouge pourrait être en mesure d’offrir une résistance acharnée. Il était à peu près certain que le régime communiste de Moscou allait céder sous les coups des armées allemandes.

Représentation artistique d'un combat sur le front de l'Est. Hiver 1941-1942.

Avec son plan d’ensemble visant à mener une courte campagne en période estivale, l’opération Barberousse ne peut pas en soi être considérée comme un chef-d’œuvre de l’art militaire. Cette campagne reflète toute la problématique, sinon la contradiction, de ne pas avoir fait la part des choses entre les intentions et la réalité sur le terrain, le tout mis en relief avec les ressources qui ont été consacrées à l’opération.

L’assaut

Les plans dressés par l’état-major allemand dans les premiers mois de 1941 semblaient crédibles à première vue. Or, était-ce réaliste de croire que l’on aurait pu franchir en trois mois l’immensité du territoire russe et atteindre Moscou, lorsque l’on apprend qu’à peine 20% des forces allemandes étaient motorisées? Cette guerre mobile à grande échelle tant souhaitée n’avait rien à voir avec la réalité.

L’opération débuta malgré tout le 22 juin 1941, avec un mois de retard en raison de la campagne livrée dans les Balkans. Les premières batailles à la frontière furent couronnées de succès. D’importantes villes comme Bialystok et Minsk étaient tombées en l’espace de deux semaines, donnant l’impression au commandement allemand que Barbarossa était une réussite. En dépit d’énormes pertes, notamment en Ukraine en août et en septembre, l’Armée Rouge avait mis un genou à terre, mais elle combattait toujours à la fin de 1941, parvenant même à lancer des contre-attaques.

Déjà, en août, bien longtemps avant que l’offensive allemande ne soit bloquée aux portes de Leningrad, Moscou et Rostov, il semblait évident que la guerre éclair à l’est serait un échec. Les conséquences stratégiques pour l’Allemagne étaient graves, au moment où il semblait difficile d’admettre que l’offensive était arrêtée nette à la fin de 1941. L’URSS continuerait de combattre en 1942, l’Angleterre demeurait invaincue, et les États-Unis feraient leur entrée en guerre en décembre.

Plutôt que d’avoir apporté la victoire éclair tant désirée, Barbarossa se transforma en l’une des campagnes militaires les plus sanglantes de l’Histoire.

La marche à l'Est.

La bataille d’El-Alamein (1942)

L’Afrique du Nord

L'infanterie britannique observe le pilonnage des positions ennemies avant l'assaut.

Ce qu’on appelle communément la bataille d’El-Alamein est en fait une série d’affrontements s’étant déroulés en 1942 pendant la campagne d’Afrique lors de la Seconde Guerre mondiale. El-Alamein (al-Alamayn) est une localité se trouvant près de la côte égyptienne à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alexandrie. La localité représentait l’extrémité d’un front s’étendant sur quelques dizaines de kilomètres du nord au sud.

Le premier élément qui frappe l’œil de l’observateur est l’extrême complexité du terrain. Nous sommes en plein désert, la température est suffocante, on gèle la nuit, les tempêtes de sable sont fréquentes et une variété de crevasses et de dépressions rendent difficile, voire impossible la manœuvre des armées en certains points. Par exemple, la dépression Qattarah située à quelque 65 kilomètres au sud d’El-Alamein constituait un obstacle naturel formidable, augmentant du coup l’attrait stratégie de la petite localité égyptienne.

Carte des opérations de la bataille d'El Alamein (automne 1942).

Du côté des forces alliées, le front était tenu par des unités constituant la 8e Armée britannique. Celle-ci avait encaissé une série de revers depuis le début de l’année 1942 face aux forces de l’Axe. La 8e Armée avait non seulement besoin d’une pause, mais par-dessus tout d’une position défensive solide sur laquelle il serait possible de reprendre l’offensive. Le fait d’avoir la mer sur la droite du front britannique représentait une protection naturelle, car on était à tout le moins certain que le commandant des forces de l’Axe, le maréchal Erwin Rommel, ne tenterait par une autre manœuvre de débordement de flanc comme il savait si bien le faire. En d’autres termes, la survie de la 8e Armée britannique dépendrait de la bataille qui allait être livrée sur la ligne d’El-Alamein. Si elle échouait, la ville d’Alexandrie et le canal de Suez seraient ouverts pour Rommel.

La dépression Qattarah en Égypte.

Le dos au mur

Ayant subi grave défaite sur le sol libyen à Gazala et à Tobrouk en juin 1942, la 8e Armée britannique sous les ordres du maréchal Claude Auchinlek se replia vers l’est sur la frontière égyptienne. Suite à la désastreuse bataille de Mersah Matruh, dont une éventuelle victoire aurait permis de gagner du temps pour consolider les défenses d’El-Alamein, Auchinlek et ses troupes finirent par se rétablir à la frontière égyptienne en juillet.

Le maréchal Claude Auchinleck, le commandant de la 8e Armée britannique dans les premiers mois de 1942.

De son côté, Rommel n’avait pas relâché la poursuite de la 8e Armée et il finit par la rejoindre également à la frontière égyptienne. Par contre, le maréchal allemand était conscient que ses lignes de communications et de ravitaillement étaient dangereusement étirées. Il était loin de ses bases et en même temps vulnérable aux attaques aériennes. À titre d’exemple, le ravitaillement en carburant ne pouvait se faire que par la mer où les convois étaient impuissants face aux attaques aériennes et navales. Par conséquent, les forces germano-italiennes arrivèrent devant la ligne d’El-Alamein, mais elles étaient trop affaiblies pour tenter une quelconque percée du front britannique.

Néanmoins, Rommel mena une série d’attaques localisées contre certains points de la ligne El-Alamein, sans trop de succès, ce qui entraîna une réponse d’Auchinlek. Le 10 juillet 1942, la bataille de Tell el Eisa fut une tentative du 30e Corps britannique du lieutenant-général Ramsden de contourner le front ennemi à l’extrémité nord de celui-ci. La 1ère Division sud-africaine et la 9e Division australienne parvinrent à percer le front allemand au nord, mais Rommel s’empressa de colmater la brèche.

Le maréchal Erwin Rommel, le commandant de l'Afrika Korps.

La 8e Armée tenta un autre effort du 14 au 16 juillet à la bataille de Ruweisat avec le 13e Corps britannique du lieutenant-général Gott. Deux divisions de l’armée italienne (Pavia et Brescia) subirent les assauts conjoints de la Division néo-zélandaise et de la 5e Division indienne. Face au recul italien, des renforts allemands arrivèrent rapidement dans la zone et parvinrent une fois de plus à reprendre le terrain initialement perdu. Auchinlek décida de remettre cela en reconduisant un autre assaut à Ruweisat, mais cette fois de nuit entre les 21 et 23 juillet, toujours pour des résultats décevants.

Les deux batailles préalables à El-Alamein livrées à Ruweisat avaient démontré que le succès ne pouvait être possible sans une coordination pleine et entière entre l’infanterie et les blindés. Face à ces échecs et refusant de subir un troisième scénario du même genre, Auchinlek comprit qu’il fallait cesser ce type d’assauts infructueux et prendre le temps de se refaire des forces. Cependant, les jours d’Auchinlek à la tête de la 8e Armée britannique étaient comptés.

En effet, en aout 1942, le Premier ministre britannique Winston Churchill intervint dans le débat sur la succession d’Auchinlek. Il avait fait pression afin qu’il soit remplacé par le maréchal Bernard Montgomery qui prendrait le commandement d’une 8e Armée affaiblie et démoralisée. Montgomery voulait changer les façons de faire, voire les mentalités. Il était impératif que le soldat retrouve une confiance en ses chefs et en lui-même, qu’il adopte le désert et développe son agressivité.

Le premier engagement livré par la 8e Armée sous Montgomery fut la bataille d’Alam Halfa du 30 août au 7 septembre 1942, un épisode que certains historiens considèrent comme étant le véritable début de la grande bataille d’El Alamein. Les compétences du maréchal Montgomery furent dès le départ mises à l’épreuve. Sa grande prudence et sa juste lecture de la situation firent en sorte qu’il n’engagea pas inutilement ses troupes. Les Britanniques avaient arrêté l’offensive germano-italienne, ce qui força Rommel à replier son Afrika Korps le temps de se regrouper. Montgomery refusa la poursuite et préféra attendre, le temps de restaurer la confiance et la force de son armée.

Après une série de délibérations et de désaccords entre les dirigeants alliés, il fut décidé à la fin de 1942 de concentrer les efforts contre l’Allemagne et cela commencerait par un assaut contre les forces germano-italiennes en Méditerranée. Le but ultime de la nouvelle campagne qui s’amorçait serait l’opération TORCH consistant en un débarquement des forces américaines et britanniques sur la côte ouest de l’Afrique du Nord.

La bataille

Le maréchal Bernard Montgomery qui prit la relève d'Auchinleck à la tête de la 8e Armée britannique à El-Alamein.

Face à ce cadre stratégique d’ensemble, le maréchal Montgomery vit son tour arrivé de contribuer à cette campagne africaine le 23 octobre 1942. Réorganisée et reposée, la 8e Armée lança ses 230,000 soldats et 1,000 chars contre les forces de l’Axe de Rommel au nombre de 100,000 combattants et quelque 500 blindés. Au 4 novembre, l’Afrika Korps était en déroute. Quelques jours plus tard, le débarquement sur les côtes marocaines et algériennes s’opérait, le tout combiné à la contre-offensive soviétique dans Stalingrad le même mois. En l’espace de quelques semaines, le cours de la Seconde Guerre mondiale changeait à la faveur des Alliés.

Des soldats britanniques aménagent une position défensive à El-Alamein (été 1942).

Montgomery exécuta son assaut au moment où Rommel se trouvait en convalescence en Allemagne. La bataille d’El-Alamein se déroula en trois phases. D’abord, la percée devait être réalisée au centre du front par le 30e Corps du lieutenant-général Leese, face à des forces ennemies solidement retranchées et protégées par un vaste champ de mines, puis un assaut au sud du 13e Corps (lieutenant-général Horrocks) devait suivre. Ni le 30e ni le 13e Corps ne parvinrent à percer suffisamment le front ennemi de sorte à pouvoir faire manœuvrer adéquatement leurs forces en terrain ouvert.

La seconde phase de l’offensive fut menée du 26 au 31 octobre, toujours au centre du front. Les positions ennemies étaient capables de tenir, mais elles furent réduites au silence, dans un style d’affrontements d’usure qui n’étaient pas sans rappeler les combats de la Première Guerre mondiale. C’était en quelque sorte le « style Montgomery », celui d’user l’ennemi à la corde par des bombardements et, lorsqu’il croyait avoir les conditions gagnantes, d’y envoyer l’infanterie.

La coordination de l’infanterie et des blindés fut un élément cruciale dans la victoire des forces alliées à El-Alamein.

La phase finale, celle de la grande percée, eut lieu entre le 1er et le 4 novembre. La Division néo-zélandaise avait mené une charge agressive qui avait permis au 10e Corps se trouvant en réserve d’exploiter la percée et d’attaquer les arrières ennemis. Ce n’est pas tant l’assaut de Montgomery, mais davantage les contre-attaques de l’Afrika Korps qui avaient fini par user celle-ci à El-Alamein. Seules les forces mobiles de l’Axe avaient réussi à s’échapper, se repliant sur les rares routes en de longues colonnes soumises aux attaques fréquentes venant du ciel. Le reste des divisions germano-italiennes qui combattaient à pied furent rapidement débordées et n’eurent d’autre choix que de capituler.

Conclusion

La bataille d’El-Alamein était terminée. Alexandrie, un symbole historique, était protégée. Plus important encore, dans ce contexte de guerre, les Alliés avaient réussi à dégager le canal de Suez et avaient retraversé la frontière en Libye en janvier 1943.

Même si la campagne en Afrique du Nord n’était pas terminée, la victoire des forces alliées à El-Alamein fut déterminante pour la suite des choses. Les forces germano-italiennes furent contraintes de se replier en Libye, puis en Tunisie. C’était le début de la fin de la présence de l’Axe en Afrique du Nord et moins d’une année plus tard, les Alliés pouvaient se concentrer sur leur prochain objectif: la libération de l’Europe.

Un cimetière britannique à El-Alamein.

Les conférences de Québec de 1943 et 1944

Causerie prononcée au Cégep de Limoilou le 31 mai 2008 dans le cadre du congrès annuel de l’Association des professeurs d’histoire de cégep du Québec.

Bonjour Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de votre présence et à remercier les organisateurs du congrès de l’Association des Professeurs d’Histoire de Cégep de cette province pour l’accueil qui m’est offert.

L’une de vos collègues, Madame Martine Dumais, m’a contacté il y a de cela quelques semaines afin que je vous entretienne d’un sujet qui, je pense, saura trouver sa pertinence dans un contexte où la ville de Québec célèbre 400 ans d’histoire.

En effet, dans la longue liste des événements d’importance historique qui ont marqué cette ville, c’est un honneur pour moi de venir vous entretenir des conférences de Québec de 1943 et 1944.

Vous n’êtes pas sans savoir que ces conférences se sont déroulées à une époque trouble de notre histoire. C’était une époque ravagée par la guerre, probablement l’une des guerres les plus sanglantes que le monde ait connues.

Histoire de mieux saisir la teneur de ces événements, on peut peut-être rappeler le contexte, qui comme vous le savez, est toujours important lorsque l’on aborde les problèmes historiques.

J’ai donc divisé mon exposé en quatre phases: 1) le contexte de la guerre de 1939-1945; 2) que sont les conférences?; 3) les enjeux débattus; 4) le rôle du Canada.

En approfondissant ces points, l’accent sera surtout mis sur le fond, c’est-à-dire les enjeux qui auront été débattus, mais je ne ferme pas la place, s’il me reste du temps, pour parler quelque peu de la « petite histoire » entourant ces conférences.

Le contexte de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Dans le contexte de la montée des mouvements totalitaires en Europe dans les années 1930, en particulier en Allemagne, en Italie et en Union soviétique, le monde pouvait à juste titre craindre qu’une autre conflagration semblable à celle de 1914-1918 puisse éclater.

En effet, le 1er septembre 1939, les armées hitlériennes envahissaient la Pologne, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale. Rapidement, les pays d’Europe s’écroulaient les uns après les autres sous la pression des armées allemandes. Outre la Pologne en 1939, les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique et même la France avaient déjà capitulé à la fin de l’année 1940.

De son côté, seule l’Angleterre résistait de peine et de misère aux tentatives allemandes de conquête. Devant la résistance offerte par les Britanniques, grâce notamment à l’aide matérielle que lui avaient envoyée les États-Unis et le Canada, Hitler s’était résigné à surseoir à son projet de conquête des îles britanniques. En juin 1941, Hitler avait décidé de retourner ses forces contre le géant soviétique, de même que les États-Unis avaient joint la coalition des Alliés suite à la brusque attaque aéronavale des Japonais à Pearl Harbor en décembre de la même année. D’autre part, devant la rapide progression des forces de l’Axe (Allemagne, Italie et Japon), les pays alliés n’avaient eu d’autre choix que d’emboîter le pas et mobiliser leurs armées et leurs économies pour la reconquête des territoires perdus.

Que sont les conférences de Québec?

Cela dit, dans tout ce contexte, on peut se poser la question suivante : que sont les conférences de Québec?

D’entrée de jeu, les conférences de Québec sont deux événements figurant dans la longue liste des diverses réunions de haut niveau stratégique organisées par les Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Pour vous donner une idée de l’importance des événements, en effectuant mes recherches, j’ai remarqué que dès 1946, soit moins de trois ans après la tenue des événements, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada reconnaissait les conférences de Québec comme des événements historiques d’une importance nationale. Autrement dit, les contemporains de l’époque avaient jugé bon d’inscrire dans le grand livre de l’Histoire, voire la liste des sites patrimoniaux, ces événements où s’étaient prises des décisions majeures.

Effectivement, au moment où la Seconde Guerre mondiale déchirait le monde, le Président des États-Unis Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à Québec pour faire le point sur les opérations du moment et celles à venir. Comme hôte des événements, le premier ministre canadien Mackenzie King ne participe cependant pas aux discussions, signe que c’était les « grands » qui allaient s’en charger. Quant à Joseph Staline, le dirigeant de l’Union soviétique, son pays n’a pas participé aux conférences, mais il sera l’hôte d’une autre importante conférence à la fin du conflit, soit celle de Yalta au début de 1945.

Vous l’aurez compris, les conférences de Québec auront eu non seulement un impact sur le déroulement de la guerre, mais aussi sur la configuration du monde une fois la paix revenue. D’après les archives, c’est le président américain qui aurait eu l’idée de tenir les conférences à Québec, plus précisément à la Citadelle. La première d’entre elles a eu lieu du 10 au 24 août 1943, et la seconde du 11 au 16 septembre 1944.

En un mot, on pourrait dire qu’une décision majeure est sortie pendant chacune de ces conférences. À Québec, en 1943, on décide que finalement ce sera la Normandie qui deviendra le futur théâtre des opérations en Europe de l’Ouest occupée. Au sortir de la seconde conférence de 1944, les dirigeants anglo-américains vont coordonner leurs plans d’après-guerre, notamment en ce qui a trait au mode d’occupation future du territoire allemand.

Bien entendu, il serait trop simple de s’en tenir à ces conclusions sommaires et on examen approfondi mérite d’être fait.

« Quadrant » (août 1943)

C’est donc dire qu’au moment où se tient la première des deux conférences de Québec en août 1943, le monde est en guerre depuis presque 4 ans déjà.

Histoire de vous donner une idée de la situation sur les divers fronts, toujours en ce mois d’août 1943, on peut brosser le constat suivant :

– Sur le front de l’Est, en Union soviétique, les Allemands avaient été défaits dans Stalingrad, et leurs armées affrontaient celles des Russes, notamment au centre de l’Ukraine;

– En Afrique, les armées du maréchal Erwin Rommel étaient forcées d’abandonner le continent devant la poussée anglo-américaine;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient d’envahir la Sicile le mois précédent et l’Italie était sur le point de capituler;

– Sur le front Ouest, soit en France, le pays était toujours fermement occupé par les Allemands et un malheureux raid tenté par les Canadiens à Dieppe en août 1942 avaient fourni deux enseignements: 1) on était pas prêt pour un débarquement face à une armée bien organisée; 2) les Allemands étaient prêts à nous recevoir;

– Dans le Pacifique, les troupes américaines reprenaient petit à petit les territoires perdus au profit des Japonais depuis 1941;

– Dans les airs, les Alliés bombardaient jour et nuit l’Allemagne, espérant ainsi affaiblir la production de guerre du Reich;

– Sur les mers, l’année 1943 voyait une sauvage bataille se dérouler dans l’Atlantique, où les sous-marins allemands causaient des dommages terribles à la flotte marchande alliée.

C’est donc dire qu’au moment où se réunissent les dirigeants alliés à Québec en août 1943, le sort des armes commençait déjà à favoriser leur camp, mais on était encore bien loin de la coupe aux lèvres. D’autres batailles allaient devoir être engagées, l’Allemagne et le Japon étaient loin d’être battus. Dans cet ordre d’idées, il faut aussi comprendre que la première conférence de Québec est la troisième conférence majeure à se dérouler en 1943.
La première avait été la conférence de Casablanca en janvier, où on avait planifié l’invasion de l’Italie pour la même année, dressé quelques plans pour une invasion à travers la Manche pour 1944. À Casablanca avait aussi été publiée une importante déclaration, soit celle d’exiger des forces de l’Axe une capitulation sans condition.

La seconde conférence de 1943 s’était tenue à Washington, au mois de mai. Les Alliés avaient poursuivi la planification de l’invasion de l’Italie, de même que d’intensifier les bombardements aériens sur l’Allemagne et la guerre dans le Pacifique.

On comprend alors qu’au moins d’août, à Québec, les dirigeants alliés sont habitués de se voir! D’autres décisions devront par contre être confirmées à Québec.

Au cours de la première conférence de Québec, les Alliés vont décider d’augmenter les effectifs militaires employés contre le Japon. D’ailleurs, on s’était donné un délai d’un an pour défaire le Japon à la suite de la défaite éventuelle de l’Allemagne. On considérait que l’Allemagne serait défaite vers octobre 1944, donc le Japon en octobre 1945.

Par ailleurs, et sur un très court terme, les Alliés prévoyaient un débarquement au sud de la ville de Naples, une fois que l’Italie aurait capitulé, dans le but de prendre à revers les Allemands qui défendaient le sud de la péninsule.

Au sujet de la situation dans les Balkans, on s’était entendu pour ne tenter aucune opération militaire dans la région, sauf peut-être poursuivre quelques opérations de ravitaillement des guérillas locales et d’effectuer des bombardements, puis de maintenir des négociations avec la Turquie pour qu’elle sorte de sa neutralité.

Dans la logique des conférences précédentes, il est également décidé de poursuivre l’offensive aérienne contre l’Allemagne à partir des bases aériennes établies en Angleterre et en Italie envahie. Les buts des bombardements contre l’Allemagne étaient d’anéantir la force aérienne ennemie, de disloquer son potentiel industriel et de préparer la voie pour l’ouverture d’un autre front en Europe.

De plus, une déclaration avait été émise au sujet de la Palestine afin de calmer les tensions dans la région, où l’occupation britannique devenait de plus en plus difficile.

C’est aussi lors de cette conférence que l’on émit une condamnation commune des atrocités allemandes qui s’exerçaient en Pologne.

Enfin, et c’est une décision majeure pour les événements à moyen terme, on confirme une invasion de la Normandie pour mai 1944, de même qu’une planification d’un second débarquement dans le sud de la France. Pour l’invasion de la Normandie, Churchill avait accepté que le commandement opérationnel soit confié à un général américain, ici Eisenhower.

Certaines pommes de discorde sont aussi apparues à Québec, en 1943. Au sujet du Projet Manhattan, celui de développer une bombe atomique, Churchill voulait que l’Angleterre y participe à fond, mais Roosevelt voulait restreindre la participation britannique. Par contre, les deux s’étaient entendus pour ne pas partager leurs informations avec Staline.

« Octagon » (septembre 1944)

Les Alliés ont par conséquent poursuivi les opérations en 1944, dans la logique des décisions prises à Québec l’année précédente.

Au moment de la seconde conférence de septembre 1944, la situation des Alliés sur un plan militaire avait grandement progressé. On peut faire ici le résumé, et vous verrez l’évolution par rapport à 1943 :

– Sur le front Est, les troupes de Staline avaient libéré tout le territoire russe et s’étaient bien installées en Pologne, dans les pays baltes, en Hongrie et marchaient déjà sur l’Allemagne;

– Le continent africain n’était plus un front en soi, libéré depuis plus d’un an déjà;

– Dans le pourtour de la Méditerranée, les Alliés venaient de libérer Rome, mais piétinaient dans leur progression vers le nord, face à des troupes allemandes aguerries et aux difficultés de terrain et de ravitaillement;

– Sur le front Ouest, le fameux débarquement en Normandie en juin avait réussi et en septembre 1944, les Alliés étaient installés en Belgique, tout en poursuivant leur progression vers le Rhin;

– Dans le Pacifique, les Américains poursuivaient leur lutte contre les Japonais dans la Mer des Philippines;

– Dans les airs, les Alliés frappaient de plus en plus durement l’Allemagne, comme sur la mer leur flotte remportait progressivement la lutte face aux sous-marins allemands, malgré que ceux-ci demeureront une menace jusqu’à la fin du conflit;

Bref, au moment où l’on se réunit pour une seconde fois à Québec, les Alliés savent qu’ils vont gagner la guerre. La question est de savoir quand.

Vous aurez aussi compris qu’au moment de se réunir à nouveau en septembre 1944, il ne s’agit pas de la première conférence interalliée de l’année. En fait, dès novembre et décembre 1943, Churchill, Roosevelt et Staline (les 3 « Grands ») se rencontrent pour la première fois les trois à Téhéran pour discuter à nouveau de stratégie.

En juillet 1944, à Bretton Woods aux États-Unis, se tient une autre célèbre conférence réunissant les représentants de 44 nations. On crée notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque internationale de reconstruction et de développement. L’idée même de créer une organisation des « Nations Unies » était bien avancée sur le papier, au moment où va s’amorcer la seconde conférence de Québec en septembre.
On le sent, l’esprit de 1944 est différent. Il est axé sur l’après-guerre, donc sur des questions qui toucheront aussi la politique, l’économie, bref le partage du monde une fois les hostilités terminées.

En simplifiant, on peut dire que la première conférence avait été militaire, alors que la seconde sera politique. Ce sont les Britanniques qui d’ailleurs avaient insisté pour se réunir à nouveau.

L’un des grands dossiers de la conférence était l’évolution de la guerre dans le Pacifique. L’Angleterre souhaitait jouer un plus grand rôle sur ce théâtre d’opérations, notamment dans le but de maintenir sa position qu’elle avait perdue dans la région avant les hostilités. C’est en ce sens que les Britanniques avaient offert aux Américains des bâtiments de guerre supplémentaires.

Toujours en ce qui concerne le Pacifique, les Anglo-Américains s’étaient entendus pour poursuivre l’extension de leur prêt-bail à la Chine, de matériel de guerre, du moins tant et aussi longtemps que la guerre n’était pas terminée.

En ce qui concerne l’Allemagne, on a bien sûr discuté de son statut futur. Il a été question de diviser le pays sous une occupation militaire. De plus, l’idée était carrément de désindustrialiser le pays. On voulait séparer l’Allemagne en deux et aucune réparation monétaire ne lui serait exigée, comme cela avait été le cas lors de la fin de la guerre de 1914-1918.

Deux conférences au Canada…sans le Canada

L’une des polémiques qui a fait surface par rapport aux conférences de Québec, et qui est encore débattue de nos jours, peut-être dans une moindre mesure, est le pourquoi de l’absence du Canada dans le processus décisionnel.

Si vous voulez une réponse froide, voire objective (sinon arrogante!), je vous dirais que la direction de l’effort de guerre sur le front Ouest n’étaient que de l’unique ressort des États-Unis et de la Grande-Bretagne, les deux grandes puissances à l’Ouest.

Comme premier ministre, et donc comme dirigeant de tout l’Empire britannique, Churchill disait que c’était sa responsabilité de représenter le Canada et de le tenir informé des événements (même si le pays était officiellement indépendant depuis 1931). Cependant, Churchill avait concédé que l’on pourrait accorder au Canada le droit de participer uniquement aux sessions plénières, soit les réunions préparatoires.

C’est le président américain Roosevelt qui a alors apposé son veto face à l’intention de Churchill. Pourquoi? Dites-vous ceci : si on laisse le Canada participer aux réunions, des pays comme le Brésil, la Chine et autres Dominions de l’Empire britannique qui sont en guerre voudront un siège et un droit de regard sur les décisions.

Ce qui fait aussi que l’affaire n’a pas été plus loin à l’époque, et qui n’a pas trop nui au déroulement des séances (malgré certaines critiques dans la presse), c’est que Mackenzie King lui-même a accepté de jouer le rôle de l’hôte, de se faire photographier avec les grands de ce monde.

Plus sérieusement, bien que le Canada n’ait joué qu’un rôle de figurant lors des conférences de Québec, cela ne signifie pas que sa contribution à l’effort de guerre ait été minime, au contraire. Le problème dans ce genre de situation est qu’il est simplement difficile de gérer une coalition d’États de puissances inégales. Mackenzie King se serait cru davantage utile en jouant un rôle de liaison entre Churchill et Roosevelt (qui se méfie l’un de l’autre), plutôt que de tenir un rôle plus que mineur dans la planification stratégique.

Les conférences ou ce qu’il en reste

Les traces tangibles des conférences de Québec de 1943 et 1944 se font rares dans le paysage mémoriel québécois. Après discussions avec certains d’entre vous, je remarque que certains abordent la question lorsqu’ils traitent de la Seconde Guerre mondiale dans leurs cours, ce qui est très bien.

Malgré l’importance capitale de ces événements à l’époque, le sujet me semble peu enseigné, comme c’est le cas généralement de l’histoire militaire aussi.

À défaut de me fier à mon instinct, certaines traces des conférences demeurent. Par exemple, des plaques rappelant les événements sont présentes à la Citadelle de Québec. Des archives audio-visuelles existent aussi. Les touristes et passants dans Québec remarquent au coin des rues Saint-Louis et de la Côte de la Citadelle les statuts des trois principaux personnages des conférences: Churchill, Roosevelt et King.

D’un point de vue historiographique, une recherche en surface nous indique à première vue que le sujet pourrait davantage être approfondi. Nous avons retracé une étude de plus de 500 pages de l’historien américain Maurice Matloff portant sur la planification stratégique des Alliés pour les années 1943 et 1944. Consacrée surtout au volet militaire de la question, cette étude accorde néanmoins quelque 60 pages aux conférences de Québec. Le problème, peut-être, est que l’étude fut publiée à la fin des années 1950 et un renouvellement serait le bienvenu, malgré la grande qualité de l’ouvrage.

Voilà en somme pour ce qui concerne les conférences de Québec de 1943 et 1944. Comme vous le constatez, le sujet a son importance, de grandes décisions se sont prises, des décisions qui ont eu des impacts décisifs sur la tournure des événements subséquents. Le tout s’étant déroulé non loin d’ici, à une époque qui nous semble déjà lointaine.

Je vous remercie de votre attention.

Le Royal 22e Régiment pendant la Seconde Guerre mondiale (2e partie)

Le major Paul Triquet avec sa Croix de Victoria (début 1944).

L’hiver de 1943 sur le front italien n’allait pas signifier un ralentissement de la cadence des opérations pour les forces canadiennes et le Royal 22e Régiment (R22R). Au contraire, en décembre, les Canadiens poursuivent l’offensive et s’emparent du port d’Ortona, sur l’Adriatique, à la suite d’une féroce bataille maison par maison.

Cependant, les 1re et la 2e brigades de la 1ère Division canadienne subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives simultanées de prendre la jonction des routes d’Ortona entourant le port. Le commandant de la 1re Division décide donc d’engager sa 3e brigade qui se trouvait en réserve. Rappelons que la 3e brigade avait tenté sans succès de prendre ce fameux objectif constitué par le carrefour routier d’Ortona. Le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment l’avaient d’ailleurs appris à leurs dépens. Le R22R était donc le dernier espoir de la 1re Division de capturer l’objectif à court terme.

Un lieu maudit: la Casa Berardi

Dans les opérations en vue de préparer la capture de Rome, il fallait sécuriser une série d’objectifs, dont la jonction des routes autour d’Ortona. Pour ce faire, la capture d’un point fortifié nommé la Casa Berardi au cœur du carrefour routier était essentielle. La prise de cet objectif permettrait la poursuite des opérations de la 8e Armée britannique vers Rome. Par conséquent, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction de routes. La prise de la Casa Berardi, attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Le 14 décembre 1943, la compagnie C, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l’Ontario Tank Régiment, attaque le point fortifié de la Casa Berardi. Les difficultés commencent dès le début. Autour de l’objectif se trouve un petit ravin fortement défendu et, en s’approchant, la compagnie C est soumise à un feu violent de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers de la compagnie et cinquante pour cent des hommes furent tués ou blessés en l’espace de quelques minutes.

Autre point inquiétant, la résistance et les manœuvres de l’ennemi finissent par isoler la compagnie C du reste du régiment.  Sentant la soupe chaude, le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots : «Nous sommes encerclés, l’ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs, l’endroit le plus sûr, c’est l’objectif».

À ce moment, la compagnie se trouve à 1,6 kilomètre de la Casa Berardi et il ne reste qu’une trentaine d’hommes dont deux sergents pour les commander. Quand Triquet constate que ses flancs n’étaient plus protégés, il n’y avait donc qu’un endroit sûr, l’objectif. Suivi de ses hommes, Triquet s’élance et enfonce la résistance ennemie. Au cours de cet engagement, quatre chars allemands sont détruits et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis sont réduits au silence.

Carte du front italien à la hauteur de Rome.

Une fois l’objectif atteint, il fallait le défendre. En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organise immédiatement sa poignée d’hommes en un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmet le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas». Une contre-attaque ennemie appuyée de chars d’assaut est déclenchée presque immédiatement. Le capitaine Triquet tirait un feu intense. Il était partout, encourageant ses hommes, dirigeant la défense et se servant de n’importe quelle arme qui lui tombait sous la main. Il mit ainsi lui-même plusieurs Allemands hors de combat.

La Casa Berardi.

Cette attaque et celles qui suivirent furent repoussées avec des pertes élevées. Le capitaine Triquet et sa petite troupe ont tenu bon contre des forces supérieures en nombre, jusqu’à ce que le reste du régiment se fut emparé de la Casa Berardi et les eut relevés le lendemain. Lorsque l’objectif est atteint, il ne reste plus que 15 hommes et quelques chars. Grâce à eux, la Casa Berardi est prise et la route était ouverte pour l’attaque contre l’embranchement vital d’Ortona, la voie qui menait à Rome. Pour son héroïsme, le capitaine Triquet fut décoré de la Croix Victoria. Au cours de cet engagement, la compagnie C a perdu 23 soldats tués et 107 blessés.

1944 débute

Au lendemain de la bataille de la Casa Berardi, le R22R est placé en réserve pour les deux premières semaines de janvier 1944, histoire de refaire ses forces. Au cours de cette période, un congé sera accordé aux membres ainsi que des cours de tactiques aux nouveaux caporaux ainsi qu’aux renforts.

Le 5 janvier 1944, un événement important se déroule au sein de la vie régimentaire. En effet, le lieutenant-colonel Jean Victor Allard prend officiellement le commandement du régiment. Quant au lieutenant-colonel Paul-Émile Bernatchez, le commandant sortant, il est promu et prend le commandement de la 3e brigade le 13 avril de la même année.

La période de la mi-janvier à avril 1944 pour le R22R se déroule en fonction de deux semaines sur la ligne de front suivie de quelques de jours de congé.  Sur la ligne de front, le régiment aura à mener quelques raids et patrouilles. C’est au cours de cette période qu’un militaire, le caporal Armand Hébert, subit en février les plus graves blessures qu’un membre du régiment ait eu au cours de cette guerre, et peut-être dans toute l’histoire de l’unité depuis 1914.

Lors de l’Opération de ravitaillement Bluebird, le caporal Hébert se rendait aux avant-postes en première ligne avec la mule qui transportait le matériel. Soudainement, l’animal posa la patte sur une mine. L’immense explosion blessa gravement le caporal qui se trouvait à côté. Le caporal Hébert y laissa ses deux bras et ses deux jambes, ce qui en fit le plus grand mutilé du régiment.

À l’assaut de la Ligne Hitler

Nombreuses furent les batailles sanglantes pour le R22R en Italie et on peut en évoquer quelques-unes. Le 19 mai 1944 à 06h30, le R22R et le Carleton and York Regiment attaquent la Ligne Hitler, face aux objectifs assignés de la Route Aquino et Pontecorvo.

Malheureusement, une grande partie de l’artillerie, d’abord assignée à l’assaut, est détournée à l’appui de la poussée d’une division voisine.  Considérant que l’appui de l’artillerie n’était pas suffisant pour les deux bataillons, le brigadier-général Bernatchez arrête l’avance du Carleton and York et décide de continuer l’assaut avec uniquement le R22R, son ancienne unité.

Le lieutenant-colonel Jean Victor Allard.

Les hommes du régiment se trouvent à 2 km au sud d’Aquino et ils n’ont pas encore atteint l’objectif.  Au début, le déplacement des troupes est dissimulé par de hautes broussailles, mais lorsqu’elles débouchent dans les champs à découvert, elles essuient le tir incessant des mitrailleuses. Au cours de la matinée, une compagnie se fraye un chemin jusqu’à 40 mètres des barbelés ennemis, où elle tombe sous un feu nourri de mortiers.  À deux heures, le lieutenant-colonel Allard, qui commandait le régiment en remplacement de Bernatchez, reçoit l’ordre de rompre le contact avec l’ennemi.

Le régiment perd 57 soldats tués et blessés au cours de cet assaut empreint de frustrations.  Il aura l’occasion de se reprendre.  Le haut commandement avait compris que seule une attaque de division viendrait à percer la ligne. On décide donc de tenter un nouvel assaut.

L’heure H est fixée à 06h00 le 23 mai. Ayant servi comme force de reconnaissance de combat le 19 mai, le R22R fut versé à la réserve divisionnaire. Vers 17h00 et après d’âpres combats, la ligne Hitler est enfin percée.  Dans son rôle d’unité de réserve pour cette bataille, le R22R reçoit alors la tâche d’élargir la brèche et d’exploiter le succès remporté, ce qui vengeait en quelque sorte son demi-échec du 19 mai.

Au cours de cette opération de nettoyage, le régiment fait plusieurs prisonniers, capture un matériel considérable et en entre dans un poste de commandement. Pour la petite histoire, le régiment avait ramassé tout près de vingt Croix de fer non encore décernées aux militaires allemands.

Et il faut en parler du courage de ces hommes face aux dangers! Qui, avec un sens d’abnégation sans équivoque, fait son devoir au mépris de sa vie, tel que le soldat Alban Leblanc lors de l’attaque de la ligne Adolf Hitler. Le peloton du soldat Leblanc avançait vers son objectif à travers les défenses ennemies lorsque, soudainement, il se trouve directement dans la ligne de tir d’un poste de mitrailleuses.

À ce moment critique de l’assaut, chaque minute perdue signifiait davantage de victimes et risquait de compromettre le succès de l’opération. C’est ce dont le soldat Leblanc venait de se rendre compte lorsqu’il se précipite en avant de sa propre initiative. Sans aucun égard pour sa propre sécurité, il charge la position ennemie et capture sans aide un poste de mitrailleuses, tout en tuant un à un ceux qui l’occupaient. Par ce geste, le soldat Leblanc permit à son peloton de poursuivre son avance.

Été 1944-Printemps 1945

Autre événement isolé de la petite histoire, mais grandement médiatisé à l’époque, le régiment aura l’occasion d’obtenir une rencontre privée avec le pape Pie XII le 3 juillet 1944 lors du passage de l’unité dans Rome.

De juillet 1944 à mars 1945, le régiment poursuit sa route vers le nord de l’Italie. Il combat sur la ligne GOTHIQUE à Borgo, Santa Maria, le Passage Lamone, la Ligne Rimini, San Martino, San Lorenzo, San Fortunato et Cesena.

Carte du front italien au nord de Rome, à la hauteur de la Ligne Gothique.

À noter que l’effort principal des Alliés à ce stade de la guerre n’est plus l’Italie, mais bien la France en prévision du débarquement en Normandie. Les ressources seront affectées en conséquence, si bien qu’en février et mars 1945, le Ier Corps canadien et les soldats du R22R se déplacent vers le nord-ouest de l’Europe à la fin des hostilités. Plus de 92,000 Canadiens servirent en Italie. Il y eut 26,000 pertes, dont plus de 5,300 morts.

Juin 1944 : Le débarquement en Normandie

Déterminées à mettre fin à quatre années d’occupation allemande souvent brutale, les forces alliées envahissent l’Europe occidentale le 6 juin 1944, le long d’un front de 80 kilomètres sur les plages de Normandie, en France.

Sur près de 150,000 soldats alliés débarqués ou parachutés dans la zone d’invasion le 6 juin, 14,000 étaient canadiens. Ils prirent d’assaut une plage portant le nom de code de Juno, tandis que des parachutistes canadiens sautaient juste à l’est des plages de débarquement.

Soldats du Régiment de la Chaudière.

Les Alliés se heurtèrent à des défenses allemandes hérissées d’artillerie, de mitrailleuses, de mines et d’objets piégés, mais l’invasion fut couronnée de succès. Le jour J, les Canadiens perdent 1,074 hommes, dont 359 morts. Les Canadiens jouèrent un rôle conséquent dans la bataille en Normandie, avec le débarquement en juillet de la 2e Division d’infanterie et celui de la 4e division blindée en août.

Au cours de la campagne de Normandie, qui a duré dix semaines, les Canadiens perdirent 18,000 hommes, dont 5,000 morts.

1944-1945 : Le Nord-Ouest de l’Europe

La Première armée canadienne combattit dans d’autres conditions extrêmement difficiles.  En septembre 1944, cette armée se dirigea vers le nord le long de la côte de la Manche, libérant les ports fortifiés de Boulogne et de Calais.

Carte des opérations dans le nord-ouest de l'Europe à la fin de 1944 et au début de 1945.

Au même moment, les Britanniques, qui avaient désespérément besoin d’installations portuaires pour être approvisionnés, s’emparaient de la ville belge d’Anvers. Toutefois, les Allemands occupaient les deux rives de l’estuaire de l’Escaut, qui relie Anvers à la mer sur 70 kilomètres. La plus grande partie de ce territoire se trouvait aux Pays-Bas. Au cours d’une campagne d’un mois qui débuta le 6 octobre, les Canadiens combattirent dans des conditions effroyables en terrain découvert et inondé afin de s’emparer des abords d’Anvers. Ils perdirent plus de 6,300 hommes tués ou blessés au cours de cette campagne.

1945 : La victoire contre l’Allemagne

Ce long préambule de la campagne du nord-ouest de l’Europe introduit le contexte, voire le climat dans lequel le R22R va retrouver les restes de l’armée canadienne au printemps de 1945 à la frontière allemande.

Soldats du Royal 22e Régiment en Hollande (1945).

La principale offensive terrestre alliée à partir de l’ouest contre le territoire allemand fut par conséquent lancée en février 1945. Au mois de mars, le R22R débarque dans le port de Marseille. Toute conversation étant interdite, les soldats firent un voyage secret et silencieux puisqu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas parler leur langue avec les Français rencontrés en cours de route.

Se frayant un passage à force de combats à travers la Rhénanie, perçant la redoutable ligne Siegfried et pénétrant dans les forêts de Reichswald et de Hochwald, les Canadiens contribuèrent à donner le coup de grâce à la résistance allemande dans ce secteur.

Ce ne fut pas facile. Les Canadiens devaient traverser des forêts denses ou avancer sur des terrains fortement détrempés tout en se heurtant à la féroce résistance de l’ennemi. Puis, le 6 avril, ils se retrouvent sur les bords de l’Yssel, au sud d’Apeldoorn en Hollande. Le R22R participe alors aux dernières opérations de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. En avril, les troupes canadiennes libèrent la plus grande partie des Pays-Bas. Lorsque les forces allemandes sur les fronts britannique et canadien se rendent le 5 mai, les Canadiens avaient atteint Oldenburg, dans le nord de l’Allemagne.

Bilan de la guerre 1939-1945

Les forces allemandes capitulent officiellement le 8 mai 1945. La guerre du Royal 22e Régiment était terminée. Par contre, à la fin du conflit en Europe, un autre bataillon du même régiment est levé pour aller combattre dans le Pacifique sous l’appellation, 1st Battalion 3rd Canadian Infantry Regiment. Il se rend en Nouvelle-Écosse pour une période d’entraînement. Après la capitulation du Japon en août 1945, ce bataillon s’établit au camp de Valcartier en octobre et devient le 2e Bataillon Royal 22e Régiment qui existe toujours.

Quant au corps principal du régiment en Europe, celui-ci rentre au Canada en octobre 1945 et est démobilisé à Montréal en mars de l’année suivante.

Le corps principal du Régiment et le 2e bataillon seront dissous pour redevenir le Royal 22e Régiment. L’unité reprend possession de la Citadelle de Québec en août 1946, alors qu’un détachement est envoyé à Saint-Jean-sur-Richelieu pour y occuper les casernes jusqu’en juillet 1950. Ce regroupement de diverses unités du R22R au lendemain immédiat des hostilités fut appelé la « Force intérimaire ». Celle-ci est dissoute le 1er octobre 1946 et le Royal 22e Régiment devient une des unités qui constitue la Force régulière.

La Seconde Guerre mondiale a elle aussi laissé des plaies béantes dans la société canadienne. Plus d’un million de Canadiens ont servi à temps plein dans les forces armées pendant la Deuxième Guerre mondiale. Sur une population totale de 11,5 millions d’habitants, 1,100,000 personnes se sont enrôlées volontairement ou non. De ce nombre, 45,000 ont été tuées et plus 55,000 blessées.

Au cours de la guerre, le Canada voit son industrie se transformer et son économie est en plein essor. De nouvelles technologies et de nouveaux procédés de fabrication permettent de produire d’énormes quantités de matériel militaire. En 1942, on avait atteint le plein emploi, alors que des centaines de milliers de Canadiens trouvaient du travail dans les industries de guerre.

Suite à son énorme contribution militaire, le Canada est également reconnu comme un acteur international important, qui poursuit de plus en plus sa propre voie en politique étrangère. C’est en ce sens que les expériences vécues au pays et outre-mer pendant la Seconde Guerre mondiale ont renforcé le sentiment d’identité des Canadiens.

Bref, pour la guerre de 1939-1945, le Royal 22e Régiment se voit attribuer officiellement 25 honneurs de batailles à la suite des durs combats menés. Le tribut aura été lourd, avec un bilan de 382 soldats tués et 1,265 blessés.

Le Royal 22e Régiment pendant la Seconde Guerre mondiale (1ère partie)

Septembre 1939. L’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie débute. Cette agression militaire conduisit directement à la Seconde Guerre mondiale. Abandonnant finalement leur politique d’« apaisement », la Grande-Bretagne et la France promirent d’aider les Polonais et d’arrêter Hitler.

Mackenzie King, Premier ministre du Canada.

1939 : Le Canada en guerre

La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Cependant, on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada, à savoir que le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France. Le Canada déclara la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939. Le Premier ministre Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer. C’était la première fois que le Canada déclarait en son propre nom la guerre à une autre nation, sans obtenir au préalable l’aval de l’Angleterre.

1939-1942 : Les premiers engagements

Comme en 1914, le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre en 1939. L’armée régulière forte de 4,500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 appareils de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers.

Lorsque la guerre éclate en 1939, au Royal 22e Régiment, c’est la période des congés annuels. À l’instar de l’armée régulière, le  régiment, qui comptait un effectif d’au plus 250 militaires de tous grades, se voyait dans l’obligation de recruter afin d’atteindre l’effectif autorisé de 900 hommes.

L’entraînement des recrues s’est fait dans un premier temps à la Citadelle de Québec. Le Régiment est devenu une unité de la 3e Brigade au sein de la 1ère Division d’infanterie canadienne. Les soldats sont partis  pour l’Angleterre en décembre 1939 avec un effectif de 800 hommes, sans toutefois être parfaitement prêts.

Malgré le manque de préparation du Canada, les forces armées canadiennes ont connu une croissance rapide. Dans le seul mois de septembre 1939, plus de 58,000 Canadiens s’enrôlent. En décembre, les premières troupes canadiennes étaient en route pour la Grande-Bretagne. N’oublions pas qu’au début de la guerre, la situation semblait presque désespérée. En juin 1940, l’Allemagne avait défait la France et occupait la plus grande partie de l’Europe occidentale. L’Italie entra aussi en guerre aux côtés de l’Allemagne, formant l’alliance de l’« Axe » avec le Japon.

Dans ce contexte, la mobilisation des forces canadiennes eut pour résultat que trois ans plus tard, en 1942, les 250,000 hommes de la Première Armée canadienne formaient le cœur de notre engagement en Europe. Pour sa part, le Royal 22e Régiment jouera un rôle défensif lors de son passage en Angleterre entre décembre 1939 et juillet 1943, tout en s’entraînant pour une éventuelle invasion du continent européen.

Entre 1939 et 1943, et surtout après la débâcle des Alliés de juin 1940 sur le continent, le régiment assurera principalement la protection des côtes anglaises. À d’autres occasions, il effectuera des manœuvres de désinformations, tout comme des opérations de relations publiques.

Par exemple, le Régiment a été choisi pour monter la garde au Palais de Buckingham et de Saint-James du 12 au 21 avril 1940. À cette occasion, 6 officiers et 80 hommes du rang y seront affectés. C’était la première fois qu’une unité n’appartenant pas à l’armée anglaise était appelée à remplir cette fonction. Étant donné que la Grande-Bretagne fut soudainement menacée d’invasion, durant toute une année, du moins jusqu’à ce que l’Allemagne attaque l’Union soviétique en juin 1941, le Canada fut le principal allié subsistant de la Grande-Bretagne dans la lutte contre les forces fascistes.

Des soldats du Royal 22e Régiment montent la garde au palais de Buckingham, Londres (avril 1940).

1942 : le raid de Dieppe

À l’été de 1942, l’Union soviétique, qui croulait sous les coups d’une féroce attaque allemande, cria à l’aide. L’Armée canadienne accepta avec empressement un plan britannique consistant à attaquer les Allemands à Dieppe et à détourner leur attention.

À l’aube du 19 août 1942, près de 5,000 soldats canadiens appuyés par des commandos britanniques se lancèrent à l’assaut du port et des villages voisins. Le raid fut un désastre, car les défenses allemandes étaient en état d’alerte et plus fortes que prévu. De plus, les Canadiens ne disposaient pas du soutien naval et aérien nécessaire.

Des soldats canadiens ayant survécu au raid de Dieppe du 19 août 1942 de retour en Angleterre.

Certains historiens affirment que les leçons apprises à Dieppe ont contribué au succès des débarquements alliés ultérieurs; d’autres prétendent que le raid ne fut qu’une bourde mal préparée. Cette opération laissa d’ailleurs un goût amer aux Canadiens, car les troupes engagées furent décimées, alors que la tournure des opérations aurait dû faire annuler l’opération rapidement. Plus de 900 soldats canadiens ont été tués en 9 heures de combat. À lui seul, le régiment francophone des Fusiliers Mont-Royal encaisse un taux de perte de plus de 80%.

1940-1944 : La conscription

Lorsque la guerre éclate, les principaux partis politiques fédéraux s’entendent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vote une Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui introduisait la conscription, mais seulement pour le service au Canada.

En avril 1942, le gouvernement fédéral organise un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, à l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer. Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votent « oui », les ¾ des Québécois francophones votent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée.

1943-1945 : La libération de l’Europe

La première opération terrestre d’envergure du Canada pendant la guerre est survenue au moment où des troupes canadiennes contribuèrent à s’emparer de la Sicile au cours d’une campagne de cinq semaines ayant débuté le 10 juillet 1943.

Voici que se présentait aux soldats du Royal 22e Régiment (R22R) le moment tant attendu de participer à cette guerre. Sous le commandement du lieutenant-colonel Paul Bernatchez, le Régiment participe au débarquement et à l’invasion de la Sicile le 10 juillet 1943.

À l’assaut de la Sicile

Au cours de l’après-midi du 9 juillet 1943, divers convois venant des deux extrémités de la Méditerranée atteignent leurs zones de rassemblement à l’est et au sud de Malte et, une fois reformés, se dirigent vers leurs secteurs respectifs de débarquement.

Le débarquement en Sicile était considéré par le Haut commandement allié comme une entreprise hasardeuse, audacieuse et à haut risque, car les caprices imprévisibles de la mer étaient toujours à redouter. Les plages de cette île étaient protégées en maints endroits par de hauts fonds peu faciles d’accès. Par surcroît, se trouvaient à l’intérieur des terres diverses chaînes de montagnes qui offraient à l’ennemi d’excellents retranchements naturels.

Des soldats du Royal 22e Régiment débarquent en Sicile le 10 juillet 1943. À gauche, le lieutenant-colonel Paul Bernatchez, le commandant du régiment à ce moment.

Malgré une tempête survenue le 9 juillet 1943, le climat s’était vite apaisé et la mer s’étalait comme une nappe d’huile.  La Première division d’infanterie canadienne, qui occupait la gauche de la 8e Armée britannique, devait toucher terre au sud-est de la Sicile, le long des rives de la presqu’île de Pachino. Grâce à la collaboration constante des forces aériennes, navales et terrestres, le débarquement en Sicile s’opère conformément aux instructions reçues.

Au moment du débarquement le 10 juillet, le R22R faisait partie d’un des éléments de réserve de la Première division canadienne. Ce n’est que vers 08h00 que les premiers éléments de la tête du régiment débarquent sur les plages de Pachino. La conquête du littoral aux environs de Pachino s’est faite avec une rapidité imprévue et, le soir, le régiment se trouve déjà à 6.5 kilomètres à l’intérieur des terres.

Cependant, les circonstances forcent le 22e à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial. Il connaît sa première bataille de la Seconde Guerre mondiale lors d’un accrochage sérieux à Grotta-Calda, un secteur nommé le « Fer à cheval ». Le régiment s’en tire avec 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943.

Le parcours du Royal 22e Régiment lors de la campagne de Sicile (juillet-septembre 1943).

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessite 38 jours d’âpres combats et se termine le 17 août par l’entrée des Alliées dans Messine. Le R22R a été largement impliqué au cours de cette conquête. Le long de son parcours depuis Pachino, le régiment a dû livrer bataille à Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

Au plan opérationnel, le R22R faisait partie de la 3e brigade de la 1ère division. Cette brigade était constituée du R22R, du West Nova Scotia Regiment et du Carleton and York Regiment, lesquels vont combattre côte à côte pendant plus de 2 ans avec une bonne entente et une loyauté à toute épreuve.

Caporal du Royal 22e Régiment en tenue de combat estivale. Campagne d'Italie.

Tout comme les soldats du 22e bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les hommes du R22R firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Seconde Guerre mondiale en Sicile. En septembre, les Alliés envahissent la péninsule italienne et, malgré la rapide capitulation de l’Italie, les occupants allemands se battent pour chaque mètre de terrain montagneux.

Le jour même de la capitulation de la Sicile, le régiment embarquait dans les péniches pour participer à l’invasion de l’Italie. Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio, sur la pointe de la botte italienne. Les jours et les mois se sont enchaînés, avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l’année 1943, avec la prise de la jonction des routes dans la région d’Ortona à la hauteur de Rome.

Si l’avance depuis l’été de 1943 avait été relativement rapide, le R22R arrive en décembre à un point où la résistance allemande se fait de plus en plus vigoureuse. Si les combats précédents avaient été âpres, cela ne serait presque rien en comparaison à ce qui allait les attendre.

Ils se trouvaient en un lieu maudit, un lieu qui allait demeurer dans les mémoires.

Le nom: Casa Berardi…

Soldats du Royal 22e Régiment dans une péniche de débarquement, sur le point d'accoster sur les plages de Reggio dans la péninsule italienne (septembre 1943).

Malgré tout, l’Allemagne envahit la Pologne pour acquérir de nouveaux territoires. L’agression militaire nazie conduisit directement à la Deuxième Guerre mondiale. Abandonnant finalement leur politique d’« apaisement », la Grande-Bretagne et la France promirent d’aider les Polonais et d’arrêter Hitler.

 

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1939 : Le Canada en guerre

La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne n’a pas automatiquement engagé le Canada, comme cela avait été le cas en 1914. Mais on n’a jamais vraiment douté de la réponse du Canada, à savoir que le gouvernement et la population soutenaient unanimement la Grande-Bretagne et la France.

 

Le Canada déclara la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. Le Premier ministre Mackenzie King promit que seuls des volontaires serviraient outre-mer. C’était la première fois que le Canada déclarait en son propre nom la guerre à une autre nation, sans obtenir au préalable l’aval de l’Angleterre.

 

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1939-1942 : Les premiers engagements

 

Comme en 1914, le Canada n’était pas prêt à se lancer dans la guerre en 1939. L’armée régulière de 4500 hommes, augmentée de 51 000 réservistes partiellement entraînés, ne possédait pratiquement aucun équipement moderne. L’aviation disposait de moins de 20 avions de combat modernes, et la marine d’à peine six destroyers.

 

Lors la guerre éclate en 1939, au Royal 22e Régiment, c’est la période des congés annuels. À l’instar de l’armée régulière, le  Régiment, qui comportait un effectif d’au plus 250 militaires de tous grades, se voyait dans l’obligation de recruter afin d’atteindre l’effectif autorisé de 900 hommes.

 

L’entraînement des recrues s’est fait à la Citadelle de Québec. Le Régiment est devenu une unité de la 3e Brigade au sein de la 1ère Division canadienne. Nos soldats sont partis  pour l’Angleterre en décembre 1939 avec un effectif de 800 hommes.

 

Malgré le manque de préparation du Canada, les forces armées canadiennes connurent une croissance rapide. Dans le seul mois de septembre 1939, plus de 58 000 Canadiens s’enrôlèrent. En décembre, les premières troupes canadiennes étaient en route pour la Grande-Bretagne.

 

N’oublions pas qu’au début de la guerre, la situation semblait presque désespérée. En juin 1940, l’Allemagne avait défait la France et occupait la plus grande partie de l’Europe occidentale. L’Italie entra aussi en guerre aux côtés de l’Allemagne, formant l’alliance de l’ « Axe » avec le Japon.

 

Dans ce contexte, la mobilisation des forces canadiennes eut pour résultat que trois ans plus tard, en 1942, les 250,000 hommes de la Première Armée canadienne formaient le cœur de notre engagement en Europe.

 

Pour sa part, le Royal 22e Régiment jouera un rôle défensif lors de son passage en Angleterre entre décembre 1939 et juillet 1943, tout en s’entraînant pour une éventuelle invasion du continent européen.

 

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Entre 1939 et 1943, et surtout après la débâcle des Alliés en juin 1940, le Régiment assurera principalement la protection des côtes anglaises. À d’autres occasions, il effectuera des manœuvres de désinformations, tout comme des opérations de relations publiques.

 

Par exemple, le Régiment a été choisi pour monter la garde au Palais de Buckingham et de St-James du 12 au 21 avril 1940. À cette occasion, 6 officiers et 80 hommes du rang seront affectés et c’est la première fois qu’une unité n’appartenant pas à l’armée anglaise était appelée à remplir cette fonction.

 

Étant donné que la Grande-Bretagne fut soudainement menacée d’invasion, durant toute une année, du moins jusqu’à ce que l’Allemagne attaque l’Union soviétique en juin 1941, le Canada fut le principal allié subsistant de la Grande-Bretagne dans la lutte contre la tyrannie.

 

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1942 : Le Raid de Dieppe

 

À l’été de 1942, l’Union soviétique, qui croulait sous les coups d’une féroce attaque allemande, cria à l’aide. L’Armée canadienne accepta avec empressement un plan britannique consistant à attaquer les Allemands à Dieppe et à détourner leur attention.

 

À l’aube du 19 août 1942, près de 5000 soldats canadiens appuyés par des commandos britanniques se lancèrent à l’assaut du port et des villages voisins. Le raid fut un désastre , car les défenses allemandes étaient en état d’alerte et plus fortes que prévu, et les Canadiens ne disposaient pas du soutien naval et aérien nécessaire.

 

Certains historiens affirment que les leçons apprises à Dieppe ont contribué au succès des débarquements alliés ultérieurs; d’autres prétendent que le raid ne fut qu’une bourde mal préparée.

 

Cette opération laissa d’ailleurs un goût amer aux Canadiens, car les troupes engagées furent décimées alors que la tournure des opérations aurait dû faire annuler l’opération rapidement.

 

Pertes : + de 80% au Fusiliers Mont-Royal. / 900 soldats tués en 9 heures.

 

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1940-1944 : La conscription

 

Lorsque la guerre éclata, les principaux partis politiques fédéraux s’entendirent pour qu’il n’y ait pas de conscription pour le service outre-mer. Après la défaite de la France en juin 1940, le Parlement vota une Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui introduisait la conscription, mais seulement pour le service au Canada.

 

En avril 1942, le gouvernement fédéral organisa un référendum national demandant aux Canadiens de le libérer de son engagement de ne pas imposer la conscription si, à l’avenir, Ottawa jugeait qu’il était nécessaire d’envoyer des conscrits outre-mer.

 

Alors que dans l’ensemble du pays plus de 70 % des Canadiens votèrent « oui », ¾ des Québécois votèrent « non ». Tout comme en 1917-1918, la nation était divisée.

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1943-1945 : La libération de l’Europe

 

La première opération terrestre d’envergure du Canada lors de la guerre est arrivée au moment où des troupes canadiennes contribuèrent à s’emparer de la Sicile au cours d’une campagne de cinq semaines ayant débuté le 10 juillet 1943.

 

Voici que se présentait aux gars du «22e» le moment tant attendu de participer à cette guerre. Sous le commandement du lieutenant-colonel Bernatchez, le Régiment participe au débarquement et à l’invasion de la Sicile le 10 juillet 1943.

 

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DÉBARQUEMENT EN SICILE

Au cours de l’après-midi du 9 juillet 1943, divers convois, venant des deux extrémités de la Méditerranée, atteignirent leurs zones de rassemblement à l’est et au sud de Malte et, une fois reformés, se dirigèrent vers leurs secteurs respectifs de débarquement.

Le débarquement en Sicile était considéré par le Haut commandement allié comme une entreprise hasardeuse, audacieuse et à haut risque, car les caprices imprévisibles de la mer étaient toujours à redouter.

Les plages de cette Île, protégées en maints endroits par de hauts fonds peu faciles d’accès, pas plus d’ailleurs que de l’intérieur des terres où diverses chaînes de montagnes offraient à l’ennemi d’excellents retranchements naturels.

La tempête, survenue le 9 juillet 1943, s’était vite apaisée et la mer s’étalait comme une nappe d’huile.  La Première division canadienne, qui occupait la gauche de la 8e Armée britannique, doit toucher terre au sud-est de la Sicile, le long des rives de la presqu’île de Pachino.

Le débarquement en Sicile, grâce à la collaboration constante des forces aériennes, navales et terrestres, s’opère conformément aux instructions reçues.

Au moment du débarquement le 10 juillet, le Royal 22e Régiment faisait partie d’un des éléments de réserve de la Première division canadienne et, ce n’est que vers 08h00, que les premiers éléments de la tête du Régiment débarquèrent sur les plages de Pachino.

La conquête du littoral aux environs de Pachino s’est faite avec une rapidité imprévue et, le soir, le Régiment se trouve déjà à 6.5 kilomètres à l’intérieur des terres.

Cependant, les circonstances forcèrent le 22e à prendre une part plus importante que le prévoyait le plan initial et il connut sa première bataille de la Deuxième Guerre mondiale, soit lors de la bataille de Grotta-Calda, dite du « Fer à cheval » qui fit 7 morts et 24 blessés, le 17 juillet 1943.

 

Commencée le 10 juillet 1943, la conquête de la Sicile nécessita 38 jours d’âpres combats et se termina le 17 août par l’entrée des Alliées dans Messine.

 

Le Royal 22e Régiment a été largement impliqué au cours de cette conquête. Pensons aux batailles suivantes : Valguarnera, Adrano et Catenanuova.

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La 3e Brigade de la 1ère Division était formée du Royal 22e Régiment, du West Nova Scotia Regiment et du Carleton and York Regiment, lesquels vont combattre côte à côte pendant plus de 2 ans avec une entente parfaite et une loyauté à toute épreuve.

Tout comme les gars du 22e Bataillon au cours de la Première Guerre mondiale, les gars du Régiment firent preuve d’une grande bravoure au cours de leurs premiers combats de la Deuxième Guerre mondiale au cours de la campagne de Sicile.

 

En septembre, les Alliés envahirent la péninsule italienne et, malgré la rapide capitulation de l’Italie, les occupants allemands se battirent pour chaque mètre de terrain montagneux.

 

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Le jour même de la capitulation de la Sicile, le Régiment embarquait dans les péniches pour participer à l’invasion de l’Italie.

 

Dès 7 heures, le 3 septembre 1943, le Régiment débarque et, moins de deux heures plus tard, il occupe Reggio.

 

Les jours et les mois suivirent avec la capture de Potenza, Sangro, Gambatesa et, pour terminer l’année 1943, avec la prise de la jonction des routes dans la région d’Ortona.

 

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En décembre 1943, des troupes canadiennes s’emparèrent du port d’Ortona, sur l’Adriatique, à la suite d’une féroce bataille maison par maison.

 

La 1re et la 2e Brigades de la 1ère Division subissent tour à tour des échecs dans leurs tentatives de prendre la jonction des routes d’Ortona. Le commandant de la 1re Division décide donc d’engager sa 3e Brigade qui se trouvait en réserve.

 

La 3e Brigade tente sans succès de prendre l’objectif avec le Carleton and York Regiment et le West Nova Scotia Regiment. Le 22e sera donc le dernier espoir de la 1re Division pour capturer l’objectif.

CASA BERARDI

Dans leurs opérations en vue de préparer la capture de Rome, il fallait sécuriser toute une série d’objectifs, dont la jonction des routes autour d’Ortona. Mais pour ce faire, il fallait capturer la Casa Berardi.

La prise de cet objectif était essentielle pour la poursuite des opérations de la 8e Armée britannique vers Rome. Donc, l’objectif du R22eR était la capture de cette jonction des routes et la Casa Berardi, attribuée à la compagnie C, était un sous-objectif vital au succès de la mission.

Le 14 décembre 1943, la compagnie C, commandée par le capitaine Paul Triquet et appuyée par un escadron de chars de l’Ontario Tank Régiment, attaque sauvagement le point fortifié de Casa Berardi.

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, Paul Triquet est le sergent-major régimentaire au Royal 22e Régiment et c’est avec cette unité qu’il se rend outre-mer en décembre 1939.

Les difficultés commencèrent dès le début, le 14 décembre 1943. Le petit ravin était fortement défendu et, en s’approchant, le détachement fut soumis à un feu violent de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers de la compagnie et cinquante pour cent des hommes furent tués ou blessés.

La résistance ennemie les isole du reste du Régiment.  Le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots : «nous sommes encerclés, l’ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs, l’endroit le plus sûr, c’est l’objectif».

À ce moment, la compagnie se trouve à 1,6 kilomètre de Casa Berardi et il ne reste qu’une trentaine d’hommes dont deux sergents pour les commander.

Quand Triquet constate que ses flancs n’étaient plus protégés, il n’y avait qu’une place sûre, c’est «l’objectif», il s’élança et, suivi de ses hommes, enfonça la résistance ennemie. Au cours de cet engagement, quatre chars allemands furent détruits et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis réduits au silence.

Une fois l’objectif atteint, il fallait le défendre. En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organisa immédiatement sa poignée d’hommes en un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmit le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas».

Une contre-attaque allemande appuyée de chars d’assaut fut déclenchée presque immédiatement. Le capitaine Triquet qui tirait un feu intense, était partout encourageant ses hommes dirigeant la défense et se servant de n’importe quelle arme qui lui tombait sous la main, il mit lui-même plusieurs Allemands hors de combat.

Cette attaque et celles qui suivirent furent repoussées avec des pertes élevées. Le capitaine Triquet et sa petite troupe tinrent bon contre des forces supérieures jusqu’à ce que le reste du Régiment se fut emparé de Casa Berardi et les eut relevés le lendemain.

Lorsque l’objectif est atteint, il ne reste plus que 15 hommes et quelques chars. Grâce à lui, Casa Berardi fut prise et la route était ouverte pour l’attaque contre l’embranchement vital d’Ortona, soit la voie qui menait à Rome. Pour son héroïsme, il reçoit la Croix Victoria.

Au cours de cet engagement, il y eut 23 tués et 107 blessés.