Auteur : carlpepin

La Croix de Victoria: les récipiendaires canadiens-français

La Croix de Victoria (Victoria Cross) est une décoration militaire décernée pour un acte de bravoure remarquable, pour un acte de vaillance ou d’abnégation audacieux ou extraordinaire, ou pour un dévouement extrême à son devoir en présence de l’ennemi. Cette décoration britannique fut créée sous le règne de la reine Victoria et constitue la plus haute marque de reconnaissance attribuée à des militaires ou à des civils ayant servi dans les forces de l’Empire puis du Commonwealth britanniques. Trois militaires canadiens-français ont été décorés de la Croix de Victoria : le caporal Joseph Kaeble, le lieutenant Jean Brillant et le capitaine Paul Triquet.

La Croix de Victoria

La Croix de Victoria est la plus haute distinction attribuée pour bravoure « en présence de l’ennemi » à des militaires ou à des civils membres des forces de l’Empire britannique et du Commonwealth. Cette médaille a préséance sur toutes les autres médailles, décorations et ordres civils et militaires dans le système honorifique britannique. La Croix de Victoria peut être décernée aux membres de tous les rangs. Tel que prescrit par la reine Victoria lors de sa création le 29 janvier 1856, son attribution ne doit tenir compte du grade, de l’appartenance ethnique, de la religion ou du statut social du récipiendaire.

L'avers et le revers de la croix de Victoria

La Croix de Victoria possède des particularités physiques uniques et aucune d’entre elles n’est identique. Elle est composée d’une croix pattée de fini brun foncé, aux dimensions de 41mm de hauteur par 36mm de largeur, coulée en principe du bronze de canons pris aux Russes lors de la guerre de Crimée (1853-1856). L’avers de la médaille présente un lion surmontant la couronne de Saint-Édouard avec l’inscription For Valour à la base. Au revers se trouve gravée dans un cercle en relief la date de l’acte accompli par le récipiendaire.

La monture est constituée d’une barrette de suspension droite ornée de feuilles de laurier à fentes intégrales sur l’avers. Au centre de la barrette est fixée une petite monture en « V » à laquelle est attaché un petit chaînon à un œillet en demi-cercle intégré à la branche supérieure de la croix pattée. Sont inscrits au revers de la barrette de suspension le nom du récipiendaire, son grade et le nom (ou numéro) de son régiment. Le ruban est cramoisi et a une largeur de 38mm. La Croix de Victoria a un poids de 27 grammes.

L’histoire d’une décoration: prestige et conditions d’attribution

Le Major Paul Triquet quitte le Buckingham Palace après avoir reçu  sa Victoria Cross (VC) de Sa Majesté le roi George VI

Le Major Paul Triquet quitte le Buckingham Palace après avoir reçu sa Victoria Cross (VC) de Sa Majesté le roi George VI

Les conditions d’attribution de la Croix de Victoria suivent un processus rigoureux. Dans un premier temps, des critères généraux établissent le cadre d’attribution, à savoir que cette médaille est accordée en vertu d’un « (…) acte de bravoure remarquable, pour un acte de vaillance ou d’abnégation audacieux ou extraordinaire, ou pour un dévouement extrême à son devoir en présence de l’ennemi (…) » (NOTE 1), tel que défini dans l’ordonnance royale de 1856.

Notice sur le Caporal Joseph Keable, VC au Monument aux Valeureux,  Ottawa

Notice sur le Caporal Joseph Keable, VC au Monument aux Valeureux, Ottawa

Cela établi, un candidat à l’obtention de la Croix de Victoria, qu’il soit vivant ou décédé, doit obtenir une recommandation d’un officier au niveau régimentaire ou d’un équivalent, le tout appuyé par les comptes-rendus de trois témoins directs de l’événement. Le dossier du candidat monte ensuite dans la hiérarchie militaire pour aboutir au Secrétaire d’État à la Défense (le ministre). À ce niveau, les formalités sont remplies et le monarque confirme l’attribution en apposant sa signature sur un document officiel. Les attributions de la Croix de Victoria sont ensuite publiées dans la London Gazette avec la citation officielle décrivant l’acte de bravoure.

À titre de plus haute distinction du Royaume-Uni, la Croix de Victoria a préséance sur toutes les autres décorations et titres militaires combinés. Ce statut de la Croix de Victoria fait en sorte qu’elle est toujours la première à être portée sur une rangée de décorations. Le récipiendaire est autorisé en toutes circonstances à apposer les initiales « V.C. » à sa signature, et ces mêmes initiales ont préséance sur d’autres titres qu’il serait autorisé à inscrire. Depuis 1993, une Croix de Victoria canadienne a été créée en remplacement de la décoration britannique qui avait été abandonnée au début des années 1970. La nouvelle décoration a été pour la première fois dévoilée au public lors d’une cérémonie à Ottawa en 2008. Au moment de rédiger ces lignes, seulement 1,356 Croix de Victoria ont été décernées à 1,353 soldats (NOTE 2). Trois d’entre eux étaient des militaires canadiens-français.

Les faits d’armes

Caporal Joseph Kaeble, VC, MM

Caporal Joseph Kaeble, VC, MM

L’intérêt patrimonial pour la Croix de Victoria au Québec s’établit à travers l’interprétation et la commémoration des faits d’armes des trois récipiendaires canadiens-français que sont le caporal Joseph Kaeble, le lieutenant Jean Brillant et le capitaine Paul Triquet. Les deux premiers étaient membres du 22e bataillon (canadien-français) (NOTE 3) et reçurent la décoration à titre posthume en 1918. Quant au capitaine Triquet, il l’a reçue en 1943 dans les rangs du Royal 22e Régiment. Leurs actions demeurent des exemples patents de vaillance et d’héroïsme dans des situations tragiques.

Dans la nuit du 8 au 9 juin 1918, dans la région d’Amiens en France, le caporal Joseph Kaeble, un vétéran du 22e, est installé dans une tranchée en première ligne où il commande une section de mitrailleurs Soudainement, l’artillerie ennemie déverse pendant près d’une heure un feu incessant sur la tranchée tenue par Kaeble et ses hommes. Lorsque le tir cesse, Kaeble constate qu’il est le seul soldat indemne de sa section. Étourdi, déboussolé, il regarde dans le no man’s land et voit des dizaines de soldats allemands approcher au pas de charge.

Le caporal Kaeble saute par-dessus le parapet en tenant son fusil-mitrailleur à la hanche. Il vide environ 20 chargeurs de 47 cartouches en direction de l’ennemi. Blessé plusieurs fois par des fragments d’obus et de bombes, il ne cesse de tirer. Puis, il tombe à la renverse dans la tranchée, grièvement blessé et les jambes brisées. Étendu sur le dos, il tire ses dernières cartouches par-dessus le parapet. Les Allemands reculent. Avant de s’évanouir, il hurle aux blessés qui l’entourent : « Tenez bon les gars! Ne les laissez pas passer! Il faut les arrêter! » Transporté à l’hôpital, le caporal Kaeble meurt de ses blessures le lendemain soir. Il est le premier militaire canadien de langue française à être décoré de la Croix de Victoria.

Lieutenant Jean Brillant, VC, MC

Lieutenant Jean Brillant, VC, MC

Cet événement somme toute isolé met en relief l’horreur des combats qu’endurent les soldats du 22e bataillon en 1918. Le 8 août, le bataillon participe à la prise de la ville d’Amiens. Dans le cadre de cette offensive, le bataillon est chargé de nettoyer certains villages des alentours. Pour l’occasion, il reçoit l’appui de sept chars d’assaut. Disposés en ordre de bataille, les officiers et soldats du 22e se lancent à l’attaque. Parmi les officiers qui mènent la charge se trouve le lieutenant Jean Brillant.

Au tout début de l’avance, Brillant remarque qu’une mitrailleuse ennemie tient en échec le flanc gauche de sa compagnie, gênant considérablement la progression. Il se précipite seul vers elle, s’en empare et tue les deux mitrailleurs. Bien que blessé au bras gauche, il refuse de se faire évacuer et revient au combat le lendemain. Commandant cette fois deux pelotons au cours d’un combat à la baïonnette et à la grenade, il capture 15 mitrailleuses et fait 150 prisonniers.

Blessé le 9 août à la tête, il refuse une fois de plus d’être évacué. Pendant la journée, il mène une charge contre un canon qui tire de plein fouet sur son unité. Atteint cette fois au ventre par des éclats d’obus, il poursuit tant bien que mal son avance vers la pièce convoitée. Épuisé, il s’écroule finalement pour ne plus se relever. S’accrochant à la vie dans un hôpital de campagne durant quelques heures, il meurt le lendemain.  Par sa bravoure exceptionnelle dans l’accomplissement de son devoir, le lieutenant Brillant reçoit la Croix de Victoria à titre posthume. Au cours de cette bataille, le 22e bataillon perd 7 officiers et 262 hommes.

Les circonstances menant à la remise de la troisième Croix de Victoria à un militaire canadien-français se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale, sur le front d’Italie en décembre 1943. Dans les opérations en vue de préparer la capture de Rome, il faut sécuriser une série d’objectifs, dont la jonction des routes autour d’Ortona, près de la Mer Adriatique. Le Royal 22e Régiment hérite d’une mission visant à capturer un carrefour routier reliant Ortona au hameau de la Casa Berardi. Le secteur est occupé par des troupes d’élite que sont les parachutistes et les blindés de l’armée allemande. En ce 14 décembre 1943, la compagnie C est prête à l’assaut. Elle est commandée par le capitaine Paul Triquet, un militaire de carrière qui était sergent-major régimentaire au début de la guerre. Appuyée par un escadron de chars de l’Ontario Tank Régiment, la compagnie C attaque le point fortifié de la Casa Berardi.

Major Paul Triquet, VC, CD

Major Paul Triquet, VC, CD

Les difficultés commencent dès le début de l’assaut. Faisant face à un petit ravin fortement défendu de l’autre côté, le détachement de Triquet est soumis à un feu violent de mitrailleuses et de mortiers. Tous les officiers de la compagnie et 50% des hommes sont tués ou blessés dans les premiers instants. De plus, les manœuvres de l’ennemi isolent la compagnie C du reste du régiment.  Voyant que la situation devient critique, le capitaine Triquet rallie ses hommes par ces mots : «Nous sommes encerclés. L’ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs. L’endroit le plus sûr, c’est l’objectif.».

À ce moment, la compagnie se trouve à 1,600 mètres de la Casa Berardi. Il ne reste qu’une trentaine d’hommes dont un officier et deux sergents pour les commander. Encerclé avant d’avoir atteint l’objectif, Triquet ordonne une seconde charge sur celui-ci. Suivi de ses hommes, il s’élance et enfonce la résistance ennemie. Au cours de cet engagement, quatre chars allemands sont détruits et plusieurs postes de mitrailleuses ennemis sont réduits au silence. En prévision d’une contre-attaque, le capitaine Triquet organise immédiatement sa poignée d’hommes en un périmètre défensif autour des chars d’assaut restants et transmet le mot d’ordre: «Ils ne passeront pas!».

Une contre-attaque allemande appuyée de chars d’assaut est déclenchée presque immédiatement. Le capitaine Triquet tire sur l’ennemi. L’officier est partout, encourageant ses hommes et dirigeant la défense. Ceux-ci utilisent toutes les armes qui leur tombent sous les mains. Cette attaque et celles qui suivent sont repoussées avec des pertes élevées. Isolés du reste du monde, le capitaine Triquet et sa petite troupe tiennent bon contre des forces supérieures en nombre. Le Royal 22e Régiment parvient finalement à rompre l’encerclement de sa compagnie C et la Casa Berardi est capturée.

Lorsqu’elle est relevée le lendemain, la compagnie C ne compte plus que 15 hommes et une poignée de blindés canadiens. La Casa Berardi a été prise sous la direction inspirée du capitaine Triquet. Ce faisant, la route pour l’attaque contre l’embranchement vital d’Ortona est dégagée, ce qui ouvre ultimement la voie vers Rome. Pour son héroïsme, le capitaine Triquet est décoré de la Croix de Victoria. On lui apprend ensuite que sa compagnie a eu 23 soldats tués et 107 blessés.

Mise en valeur de l’héroïsme: les récipiendaires canadiens-français

La rue Triquet dans le quartier Saint-Yves à Québec

La rue Triquet dans le quartier Saint-Yves à Québec

Quelques éléments tangibles témoignent d’une volonté de commémorer les exploits de ces héros. On trouve aujourd’hui des rues Kaeble ou Joseph-Kaeble à Québec, Rimouski et Sayabec, de même qu’un mont Kaeble à proximité de la Base des Forces Canadiennes Valcartier, et un lac Kaeble dans la réserve faunique des Laurentides. À Montréal, la rue Jean-Brillant est une artère importante au cœur du campus de l’Université de Montréal. De plus, des bâtiments publics ont également baptisés en leurs noms. Par exemple, la Maison Paul-Triquet, qui a ouvert ses portes en 1987 à Québec, est un centre d’hébergement rattaché au Centre hospitalier universitaire de Québec qui est financé par Anciens Combattants Canada et accueille des anciens combattants pour des soins de longue durée. Des monuments, statues, plaques et diverses inscriptions entretiennent également leur souvenir.

Le Monument aux Valeureux, Ottawa

Le Monument aux Valeureux, Ottawa

Le Monument aux valeureux à Ottawa qui commémore l’action marquante de 14 militaires dans l’histoire du Canada comprend des bustes du caporal Joseph Keable et du Major Paul Triquet. La Croix de Victoria est aussi gravée en évidence sur les pierres tombales de Jean Brillant et Joseph Keable situées respectivement dans les cimetières de Wancquetin et de Villiers-Bretonneux en France. Le Musée du Royal 22e Régiment à la Citadelle de Québec conserve précieusement les Croix de Victoria de ses membres récipiendaires et une exposition en ses murs raconte cette épopée. Les cendres du major Paul Triquet reposent également à la Citadelle, au Mémorial du Royal 22e Régiment. Les mess des officiers et des adjudants et sergents à la Citadelle entretiennent chacun leur Galerie des Croix de Victoria où sont exposés des portraits et peintures des récipiendaires.

Un autre élément de la mise en valeur patrimoniale des souvenirs attachés à la Croix de Victoria est constitué du cours d’« endoctrinement régimentaire » donné chaque année par l’historien officiel du Royal 22e Régiment. Les faits d’armes y sont racontés et analysés en présence des élèves futurs officiers du Régiment, le tout dans le but de transmettre un esprit de corps. Pour sa part, le ministère canadien des Anciens combattants publie et met à jour une variété de documents et d’outils pédagogiques racontant les exploits de ces militaires.

Le Cimetière Québec

Le cimetière Québec

 

Le Cimetière Québec (Quebec Cemetery) est un cimetière militaire administré par la Commission des Champs de bataille britanniques (Commonwealth War Graves Commission, CWGC). Localisé près du village de Chérisy dans le département du Pas-de-Calais (France), le cimetière rassemble des sépultures de soldats canadiens morts pendant la Première Guerre mondiale. Une majorité des combattants qui y sont enterrés étaient des francophones du 22e bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Ce bataillon fut anéanti lors de la bataille de Chérisy des 27 et 28 août 1918. Jusqu’à ce jour, Chérisy constitue l’une des pires défaites de l’histoire militaire du Québec. Le Cimetière Québec est un rare lieu de mémoire de cette tragédie.

Le Cimetière Québec

Le Cimetière Québec fut pour la première fois baptisé Quebec Cemetery par le service toponymique de la CWGC, lors de son aménagement en 1918. On y avait enterré une partie des soldats des 22e et 24e bataillons (NOTE 1) tombés à la bataille de Chérisy des 27 et 28 août. Le cimetière reçut ce nom car les soldats de ces unités provenaient de la province de Québec. Il est situé sur le territoire de la commune de Chérisy dans le département du Pas-de-Calais (Nord de la France), à une quinzaine de kilomètres au sud-est d’Arras sur la route Arras-Cambrai. Celle-ci constituait l’axe d’avance du Corps expéditionnaire canadien vers l’Allemagne à la fin de la Première guerre mondiale.

Le plan du Cimetière Québec élaboré par le major G. H. Goldsmith  de la Commonwealth War Graves Commission.

Le plan du Cimetière Québec élaboré par le major G. H. Goldsmith de la Commonwealth War Graves Commission.

D’une superficie de 841 mètres carrés, le Cimetière Québec est relativement petit et discret dans le paysage des cimetières militaires qui parsèment la région. Il est difficile d’y accéder, car il est localisé dans un champ aux accès routiers presque nuls. Après avoir emprunté la Route départementale 38 (D. 38), entre Chérisy et Hendecourt-les-Cagnicourt. il est recommandé de laisser la voiture puis de poursuivre à pied sur un sentier terreux sur un kilomètre, ce qui représente une marche d’environ quinze minutes.

Le plan du cimetière fut élaboré par G. H. Goldsmith, un officier de l’armée britannique ayant travaillé à l’aménagement d’une soixantaine de cimetières militaires de la Première Guerre mondiale en France et en Belgique. En majorité de nationalités canadiennes, à l’exception de six soldats britanniques qui y reposent, le cimetière rassemble 195 sépultures dont douze n’ont pas été identifiées. Tous les soldats enterrés sont tombés lors de la guerre de 1914-1918, entre le 26 août et le 28 septembre 1918.

Comme il est de tradition pour l’ensemble des cimetières et mémoriaux militaires du Commonwealth britannique, une Croix du Sacrifice en pierre y est érigée avec une épée métallique incrustée. La Croix est aménagée entre deux frênes au milieu des sépultures. Un petit muret de briques rouges circonscrit le périmètre. Deux plaques identifiant le nom du lieu sont visibles à l’entrée. Les sépultures sont alignées sur quatre rangées. Lorsque possible, sur chaque pierre tombale, le nom du défunt y est indiqué, de même que son grade, son matricule, son unité d’appartenance et la date du décès. D’autres informations complémentaires, telles la nationalité et certaines écritures à caractère plus personnel, peuvent apparaître.

De 700 à 39 soldats : brève anthologie d’un massacre

Croquis du front réalisé par un officier du 22e bataillon

Croquis du front réalisé par un officier du 22e bataillon

Le Cimetière Québec rassemble principalement des corps de soldats canadiens tombés lors de la bataille de Chérisy des 27 et 28 août 1918. Cet assaut faisait partie d’un ensemble d’affrontements menés par le Corps canadien à partir de la ville d’Arras, dans le but de chasser les Allemands de la Somme et de la Picardie à la fin de la guerre. Ceux-ci s’étaient solidement retranchés sur une série de positions défensives nommées la Ligne Hindenburg. Ces positions étaient jugées imprenables, en particulier dans le sous-secteur de la ligne Drocourt-Quéant, où se trouve le village de Chérisy.

Le lieutenant-général Sir Arthur Currie, commandant du Corps  expéditionnaire canadien (1917-1919)

Le lieutenant-général Sir Arthur Currie, commandant du Corps expéditionnaire canadien (1917-1919)

Le commandant du Corps canadien, le lieutenant-général Sir Arthur Currie, ordonne l’assaut de la ligne Drocourt-Quéant le 26 août. Les soldats du 22e bataillon, qui sortent à peine de la bataille d’Amiens (NOTE 2) deux semaines auparavant, reçoivent l’ordre d’attaquer le lendemain, avec comme objectif la prise de Chérisy. L’assaut débute le 27 à 10h, en plein jour sous un ciel ensoleillé. Malgré les pertes, les soldats canadiens-français prennent Chérisy, mais un violent contre-barrage d’artillerie suivi d’un assaut d’infanterie ennemi le lendemain les repousse presque à leurs positions de départ. Chérisy est un véritable enfer pour les combattants du 22e.

Des 650 hommes et 23 officiers qui partent à l’assaut le 27 août, il en reste 39 en fin de journée le lendemain. De ce nombre, tous les officiers sont morts, blessés ou portés disparus. En l’absence d’officiers, les 39 survivants qui se présentent à l’appel (Roll Call) après la bataille sont commandés par le sergent-major de compagnie Joseph Pearson. Les rapports subséquents sur les pertes annoncent que le 22e bataillon a finalement perdu 53 tués et 108 blessés le 27, puis 52 tués et 92 blessés le 28 août.

Photo du major Georges P. Vanier prise en juin 1918, quelques  semaines avant l'assaut sur Chérisy

Photo du major Georges P. Vanier prise en juin 1918, quelques semaines avant l’assaut sur Chérisy

Nombreux sont les combattants qui s’illustrent à Chérisy. Le major Georges Vanier, futur Gouverneur Général du Canada, perd sa jambe droite et le soldat qui tente de lui porter secours est tué sur lui. L’officier médical du bataillon, le docteur de Québec Albéric Marin, va même aller jusqu’à enlever ses insignes de la Croix-Rouge et courir en première ligne pour prendre le commandement de ce qui reste du 22e. Il est lui aussi blessé au combat.

Quant au major Arthur Dubuc, le commandant du bataillon au début de l’assaut, il est frappé de plein fouet par une balle à l’œil. Il doit laisser son poste au major Vanier qui tombe peu de temps après. Le lieutenant Rodolphe « Roddy » Lemieux, fils de l’ancien ministre et sénateur libéral Rodolphe Lemieux, est tué au début de l’assaut, presque en même temps que son ami le lieutenant Louis-Stanislas Viens, un jeune officier de Lévis. De son poste de commandement, le brigadier-général Thomas-Louis Tremblay, qui avait commandé le 22e bataillon pendant deux ans et demi, dirige la brigade dans laquelle opère son ancienne unité (NOTE 3). Il voit son vieux bataillon et les hommes avec lesquels il a servi se faire massacrer sous ses yeux.

Constatant la gravité de la situation, le commandant du 24e bataillon voisin (Victoria Rifles of Montreal), le lieutenant-colonel William Hew Clark-Kennedy, se rue sur les positions du 22e. Son but : rallier un par un les survivants du bataillon canadien-français dépourvu de chefs. Pour avoir réussi à garder la cohésion de ses hommes, improvisé un nouveau bataillon mixte francophone et anglophone en pleine bataille et pour avoir maintenu son front, Clark-Kennedy sera décoré de la Croix de Victoria.

La valeur patrimoniale du cimetière

Over the Top, par le peintre belge Alfred Bastien, 1918.

Over the Top, par le peintre belge Alfred Bastien, 1918.

Le Cimetière Québec est l’un des 861 cimetières dans lesquels sont enterrés des soldats canadiens tombés pendant la Première Guerre mondiale en France et en Belgique. Il s’agit d’un livre d’histoire à ciel ouvert. La concentration d’un nombre important de corps sur ce site témoigne de la férocité de la bataille. Très calme aujourd’hui, le site représentait à l’été de 1918 l’exemple typique d’un champ de bataille de la guerre des tranchées. Trous d’obus, fils de fer barbelés, corps à perte de vue, bruit infernal.

L’objectif initialement fixé par le commandement avait été atteint, puis perdu le lendemain. À cette défaite amère s’ajoutent des pertes effarantes pour le 22e bataillon. L’unité a été anéantie et c’est ce qu’il importe de lire entre les lignes du Cimetière Québec. C’est l’horreur de la bataille d’Arras, dont Chérisy était un objectif. Le but étant de percer la fameuse Ligne Hindenburg. Ce cimetière a aussi la caractéristique de posséder à la fois un nom francophone et d’y concentrer un grand nombre de sépultures de soldats canadiens-français, la plupart de la province de Québec. À notre connaissance, c’est pour ainsi dire le seul cimetière canadien de la guerre de 1914-1918 à posséder ces caractéristiques.

Efforts de mise en valeur

La question de la mise en valeur du Cimetière Québec est problématique à plus d’un égard. D’abord, le cimetière est « mis en valeur » dans le cadre des travaux d’entretien et de restauration menés par le personnel britannique de la CWGC. À ce titre, le gouvernement canadien, de même que d’autres États membres du Commonwealth, contribuent chaque année au budget de la CWGC. Par contre, le cimetière est situé au milieu d’un champ. Les agriculteurs y travaillent et l’état des routes dans le secteur ne permet pas d’y avoir un accès direct.

Au-delà de la mise en valeur physique du lieu, peu est fait au Québec et au Canada pour entretenir le souvenir du Cimetière Québec et de la bataille de Chérisy. En raison des pertes et de l’objectif non atteint, cet affrontement peut être considéré comme l’une des pires défaites de l’histoire militaire du Québec. Pendant longtemps, l’évocation de la bataille de Chérisy était un sujet tabou parmi les vétérans du 22e bataillon devenu le Royal 22e Régiment. La littérature sur le sujet est également peu éloquente. Les rares auteurs qui s’y sont risqués, pour certains des vétérans du 22e, ont évité d’approfondir le sujet, de peur de heurter des sensibilités.

Malgré le fait que le cimetière soit situé sur un point culminant du champ de bataille, la fréquentation du site pose un autre problème. Si l’on se fie au registre des visiteurs que renferme chaque cimetière sous administration de la CWGC, une poignée seulement se rend au Cimetière Québec chaque année. Par ailleurs, la bataille de Chérisy n’est pas enseignée dans les livres d’histoire, contrairement à d’autres épisodes de l’histoire militaire du Québec. La mise en valeur du Cimetière Québec est donc tributaire d’une mise en valeur des événements, chose qui ne s’est à peu près jamais faite.

En résumé, aucune mise en valeur sérieuse ne s’est faite au Québec, ni au Canada. Aucun monument, statue ou plaque n’évoque l’affrontement de façon explicite. Aucune cérémonie civile ou militaire ne commémore la tragédie. Le Cimetière Québec ne fait pas partie du circuit touristique qu’empruntent les Canadiens qui se déplacent en France et en Belgique pour visiter les champs de bataille de la guerre de 1914-1918. On connaît les batailles de Vimy, Beaumont-Hamel, Ypres et les cimetières et mémoriaux qui leur sont associés. Cependant, la bataille de Chérisy vécue à travers le Cimetière Québec demeure une étape inexplorée, voire ignorée.

La Citadelle de Québec

La Citadelle de Québec est la plus importante fortification construite au Canada encore administrée par des militaires en service actif. Érigée au sommet du Cap-Diamant, elle est adjacente aux Plaines d’Abraham et s’intègre au système des anciennes fortifications de la ville. La Citadelle fut construite par les Britanniques au début du XIXe dans le but de protéger Québec contre une éventuelle invasion américaine. De nos jours, le Royal 22e Régiment des Forces canadiennes y tient garnison et elle abrite l’une des résidences officielles du Gouverneur général du Canada. La Citadelle de Québec est reconnue comme lieu historique national du Canada.

La Citadelle en bref

Surnommée la « Gibraltar de l’Amérique », la Citadelle de Québec est la plus importante fortification érigée au Canada. On la décrit comme une forteresse de type « enfoncée » ou de « surface plane » typique de ce genre de constructions de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Elle fut construite au sommet du Cap-Diamant, à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, durant la période coloniale britannique, sous la direction d’un officier des Royal Engineers, le lieutenant-colonel Elias Walker Durnford. Sa forme quelque peu étoilée s’inspire des travaux de fortifications de l’ingénieur français Sébastien Le Prestre de Vauban au XVIIe siècle. Occupant une surface de 37 acres (2,3 kilomètres carrés), la Citadelle est un polygone irrégulier à quatre façades caractérisées par une géométrie du flanquement, dont chaque angle constitue un bastion ou demi-bastion.

La Citadelle a été construite entre 1820 et 1831 en ce qui concerne les murs extérieurs, et les travaux se sont terminés en 1851, avec la finalisation des bâtiments internes. Bâtie au coût approximatif de 35 millions de dollars en valeur d’époque, la Citadelle fut édifiée afin de protéger la Ville de Québec et l’embouchure du fleuve Saint-Laurent à cet endroit contre une nouvelle invasion américaine à la suite des guerres de 1775-1776 et de 1812.

Redoute du Cap-Diamant

Redoute du Cap-Diamant

Le côté sud est protégé par les obstacles naturels que sont la falaise du Cap-Diamant et le fleuve Saint-Laurent. Les façades est, ouest et nord sont défendues par quatre principaux bastions dotés de lourdes pièces d’artillerie, permettant à la fois la défense du fleuve et celle à l’intérieur des terres. À cela, s’ajoutent trois courtines et un large système de fossés et de ravelins triangulaires en terre orientés vers l’extérieur de la forteresse. Les pierres employées pour la construction de la Citadelle proviennent de trois endroits principaux : Cap-Rouge, Neuville et L’Ange-Gardien. L’intérieur des bâtiments et des casemates est quant à lui majoritairement lambrissé de briques. Cette brique provient essentiellement d’Écosse, ayant servi de lest aux navires qui revenaient au Canada après avoir livré leurs cargaisons.

La majorité des 25 bâtiments de la Citadelle, tous équipés de meurtrières, ont été érigés par les Britanniques. Deux d’entre eux sont plus anciens et datent du Régime français. Il s’agit de la redoute du Cap-Diamant, située dans le bastion du Roy, et de la poudrière localisée dans le bastion du Prince de Galles, respectivement construits en 1693 et 1750. En ses murs se trouvent également le quartier-général et le Musée du Royal 22e Régiment, ce qui en fait une base militaire active des Forces canadiennes.

L’histoire de la Citadelle: une évolution « statique »

Après la conquête de la colonie par les Britanniques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le problème de la défense de Québec s’était accentué. Les craintes d’une tentative française de reprise de la colonie, l’éventuel soulèvement de la population francophone locale et les guerres menées contre les Américains avaient forcé les Britanniques à élaborer une nouvelle stratégie défensive pour Québec. En dépit des contraintes financières que connaissait la Grande-Bretagne à l’époque, l’idée d’améliorer le système défensif de Québec par la construction d’une citadelle était donc dans l’air.

De 1778 à 1783, en pleine guerre d’indépendance américaine, des ouvrages et réduits en bois et terre avaient été aménagés sur le Cap-Diamant sous la direction de l’ingénieur William Twiss. C’était l’époque de la fameuse « citadelle temporaire ». Les successeurs de Twiss, entre autres les ingénieurs Gother Mann et E. W. Durnford, avaient d’emblée accepté l’idée d’intégrer aux ouvrages à construire l’ancien système de défense français surnommé l’« enceinte » qui datait de 1745. La valeur stratégique du Cap-Diamant amenait naturellement à cette conclusion.

Les fossés de la Citadelle

Les fossés de la Citadelle

La nouvelle citadelle devait s’harmoniser avec les structures défensives existantes. Elle devait être à la fois un grand maillon intégré à la longue chaîne des remparts améliorés de la ville, tout en étant autonome afin d’assumer le rôle de refuge ultime à la garnison en cas d’attaque. La Citadelle de Québec ne devait pas nécessairement être perçue comme l’élément central de la défense de Québec, mais davantage comme un élément ayant à la fois les rôles d’appui aux remparts existants et de pièce maîtresse du système. La Citadelle construite à partir de 1820 par Durnford était le point final de l’amélioration du système défensif imaginé par Mann.

C’est essentiellement la garnison militaire qui a fournit la main-d’œuvre pour la réalisation de la Citadelle. Conçue également pour servir de caserne et de dépôt d’armes, la Citadelle pouvait accueillir entre 1,000 et 1,500 militaires avec leurs équipements. Cependant, il était rare que tous les effectifs soient stationnés à cet endroit. La garnison britannique de Québec au milieu du XIXe siècle était dispersée entre la Citadelle, la caserne des Jésuites (l’actuel Hôtel de Ville) et le Parc de l’Artillerie.

Bien qu’elle ne fut jamais soumise au test de la bataille, et même si son rôle a évolué au fil du temps, la Citadelle a été militairement occupée sans interruption. Les années qui suivirent son achèvement furent marquées par des modifications au système défensif de la Ville de Québec et des environs. Par exemple, les pièces d’artillerie des bastions pouvaient être remplacées par d’autres, plus modernes. Le contexte tendu de la Guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865) incita les autorités britanniques à renforcer le dispositif défensif. De 1865 à 1871, trois forts furent construits de l’autre côté du fleuve en appui à la Citadelle sur les hauteurs de la Pointe-Lévis (ex: le Fort No. 1 de Lauzon).

Badge of the Van Doos

Insigne du Royal 22e Régiment

La Confédération, en 1867, et l’amélioration des relations avec les Etats-Unis, amenèrent la Grande-Bretagne à diminuer ses efforts pour la défense du Canada. La garnison britannique quitta progressivement Québec à partir de 1871. La Citadelle fut alors reconvertie en école d’artillerie pour la nouvelle Milice canadienne. Le site demeurait également un endroit de choix pour l’entraînement de base de l’infanterie. Il occupe d’ailleurs encore cette fonction.

C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1920, que le Royal 22e Régiment (R22R) fut officiellement affecté à la Citadelle. Il y réside toujours depuis. La forteresse demeure une base militaire active des Forces canadiennes et c’est le 2e bataillon du R22R qui y a établi son quartier-général. La Citadelle de Québec a vu en ses murs se dérouler des événements historiques majeurs, telles les conférences de Québec de 1943 et 1944, où se sont prises des décisions sur les stratégies militaires des forces alliées pour la guerre en Europe. Enfin, le gouverneur Lord Dufferin (1872-1878) fit de la Citadelle une résidence officielle du représentant du monarque britannique au Canada.

La valeur patrimoniale de la Citadelle

La Citadelle de Québec est un ensemble patrimonial du gouvernement fédéral, classé comme lieu historique national du Canada. Cette classification fut attribuée en raison de son importance historique, mais également à cause de son intérêt sur le plan architectural et de la situation centrale qu’elle occupe aujourd’hui dans l’espace urbain de Québec. En effet, la Citadelle est aujourd’hui un lieu incontournable pour la connaissance et la découverte de l’histoire militaire, tant de la Ville de Québec que du Canada. Faisant partie du quartier historique de l’Arrondissement du Vieux-Québec, lui-même inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985, la Citadelle est sans contredit un pôle d’attraction touristique majeur.

La Citadelle rappelle la problématique, à l’époque de son érection, de la défense de Québec et de l’ensemble de la colonie. Du temps de la Nouvelle-France jusqu’aux régimes britannique puis canadien, la Citadelle fut le pivot du système défensif, comme en témoignent les investissements massifs dont elle a été l’objet, en matière de travaux de fortifications. Son imposante présence au sommet de la falaise du Cap-Diamant rappelle également l’importance stratégique du lieu, de l’époque du gouverneur de Frontenac jusqu’à la fondation du Canada moderne en 1867.

Memorial Chapel (Vimy)

Memorial Chapel (Vimy)

D’autres bâtiments et symboles divers, intégrés au site, contribuent à mettre en valeur différents aspects du patrimoine militaire canadien. Par exemple, la Croix de Vimy rappelle le sacrifice des soldats canadiens morts à la guerre de 1914-1918. La tenaille, une ancienne prison militaire construite en 1842, évoque les difficultés de la vie de soldat. Sur la face sud se trouve un long bâtiment datant de 1831 et divisé en trois corps de logis distincts soit la résidence du Gouverneur général près du Bastion du Roi, puis celle du commandant et les quartiers et le Mess des Officiers du Royal 22e Régiment. Un hôpital militaire achevé en 1849 sert aujourd’hui de quartier-général au Royal 22e Régiment.

En définitive, la Citadelle de Québec représente en soi un chef-d’œuvre d’architecture militaire. Intégrée au paysage urbain, « enterrée » dans la falaise du Cap-Diamant et disposant de plus d’une ligne de défense, elle incarne une somme de connaissances architecturales et militaires en vogue à l’époque de sa fondation. Elle est également le symbole ultime de la présence militaire britannique à Québec, voire au Canada, avant la Confédération.

Rendre vivante la Citadelle

La Citadelle de Québec est aujourd’hui l’un des rares endroits au Québec où se croisent sur une base quasi permanente les civils et les militaires. Étant une base militaire active, la présence de soldats va de soi, mais les civils contribuent également à rendre vivant ce haut lieu de patrimoine au cœur de la Ville de Québec. Pendant la période estivale, les soldats du Royal 22e Régiment, qui considèrent la Citadelle comme leur Maison mère, perpétuent les traditions militaires par la présentation publique de cérémonies comme la Retraite et la Relève de la Garde. Ces cérémonies de changements de corps de garde reprennent les traditions britanniques du XIXe siècle. Les belles tenues, les instruments de musique et le bouc régimentaire attirent toujours des foules importantes de touristes.

La Citadelle de Québec

La Citadelle de Québec

D’autre part, le Musée du Royal 22e Régiment, fondé en 1950, possède des collections prestigieuses d’armes, d’uniformes, de médailles et de manuscrits, couvrant plus de 300 ans de vie militaire dans la Vieille Capitale. Traitant des périodes française, britannique et canadienne de l’histoire de Québec, cette institution possède le statut officiel de Musée des Forces canadiennes.

La mise en valeur du patrimoine de la Citadelle est aussi appuyée par l’organisation à l’année de visites guidées des lieux à l’intention du grand public comme des groupes scolaires. La visite comprend, selon les clientèles, l’exploration des lieux, des jeux éducatifs ou encore des pièces de théâtre. En parallèle de ces stratégies de diffusion, le ministère de la Défense nationale s’apprête, au moment de rédiger ces lignes, à injecter une somme de 100 millions de dollars sur dix ans pour d’urgents travaux de rénovation à la Citadelle.

En résumé, tout en ayant contribué à renforcer la défense côtière et terrestre du site à une autre époque, la Citadelle est aujourd’hui un bien patrimonial incontournable de la Ville de Québec et de sa région.

Bibliographie

CHARBONNEAU, André, Yvon Desloges et Marc Lafrance, Québec, ville fortifiée, du 17e au 19e siècle, Ottawa : Parcs Canada, 1982. 491 pages.

CHARTRAND, René. Le patrimoine militaire canadien. D’hier à aujourd’hui. Tome II. 1755-1871, Montréal, Art Global inc, 1995. 238 pages.

DESLOGES, Yvon, Les forts de la pointe Lévys, Étude en archéologie, architecture et histoire, Lieux historiques nationaux, Service des parcs, Environnement Canada, Ottawa, 1991. 73 pages.

FILTEAU, Gérald. Par la bouche de mes canons! La ville de Québec face à l’ennemi, Sillery, Septentrion, 1990. 271 pages.

HOGG, Ian, Fortifications: histoire mondiale de l’architecture militaire, Paris, Atlas, 1983. 256 pages.

SANTERRE, Simon, Le patrimoine archéologique des fortifications au Québec, Inventaire des sites archéologiques du Québec, Québec, Ministère de la Culture des Communications et de la Condition féminine. 154 pages. Disponible en ligne sur le site du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition Féminine du Québec : http://www.mcccf.gouv.qc.ca/index

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy est le plus important mémorial dédié à la mémoire de tous les soldats canadiens morts au champ d’honneur lors de la Première Guerre mondiale. Situé sur la crête de Vimy au nord de la France, le mémorial est l’attraction principale du terrain où s’est déroulée la bataille de Vimy du 9 au 12 avril 1917. Ce mémorial se veut un également un rappel du sacrifice des militaires canadiens qui n’ont pas de sépultures connues. L’histoire, la portée symbolique et les nombreuses cérémonies commémoratives s’y rattachant font du mémorial de Vimy un lieu de mémoire de notoriété internationale.

Le mémorial : une description

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy se situe sur la crête du même nom, à 8 kilomètres au nord d’Arras dans le département du Pas-de-Calais, près des localités de Vimy et de Neuville-Saint-Vaast. La crête de Vimy monte en pente graduelle sur sa façade ouest, tandis que sa pente est plus escarpée à l’est. Du nord au sud, elle couvre une distance de sept kilomètres. Le parc commémoratif aménagé au sommet occupe un espace de 250 acres. Au point le plus élevé, il est possible d’observer l’ensemble de la région du Pas-de-Calais dans un rayon de 35 kilomètres. Les vestiges de tranchées et les cratères laissés par les obus rappellent la violence exceptionnelle des combats qui s’y sont déroulés en 1917.

Le mémorial fut érigé sous la direction de l’architecte torontois Walter Seymour Allward. Sa construction dura onze ans et une somme de 1,5 million de dollars y fut investie. L’inauguration du monument eut lieu le 26 juillet 1936 en présence du roi d’Angleterre Édouard VIII, du Président de la République française Albert Lebrun et de plus de 50 000 vétérans canadiens et français de la Grande Guerre et leurs familles. Ayant fait l’objet d’une importante restauration à partir de 2004, le mémorial fut inauguré de nouveau en présence de la reine Élizabeth II en avril 2007, au cours d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire de la bataille de Vimy. L’entretien du mémorial et l’administration générale du parc commémoratif sont maintenant sous la juridiction du ministère canadien des Anciens combattants.

Mère Canada avec vue au nord, 2007

Mère Canada avec vue au nord, 2007

L’architecte Allward a fait construire le mémorial sur le point le plus élevé de la crête de Vimy, la cote 145. Le monument comporte plusieurs composantes symboliques telles que des figures humaines, des objets militaires et des écritures, le tout évoquant les valeurs pour lesquelles les soldats canadiens de l’époque se sont sacrifiés. Le premier élément qui frappe le regard au loin est constitué par deux immenses colonnes en calcaire, hautes de 30 mètres et pesant 6 000 tonnes, situées sur une base rectangulaire cimentée pesant elle-même environ11 000 tonnes. Le calcaire utilisé pour l’érection de ces colonnes fut importé d’une ancienne carrière romaine située près de la mer Adriatique dans l’actuelle Croatie. Ces colonnes représentent respectivement le Canada et la France. Au sommet de celles-ci se trouvent des statues représentant entre autres la Vérité et la Connaissance.

L’une des figures qui se démarque de l’ensemble commémoratif est celle d’une femme. Tournée vers l’est, en direction de la plaine de Douai, la Mère Canada penche la tête vers le sol. Son regard triste sculpté dans la pierre symbolise cette jeune nation canadienne qui pleure la disparition de ses fils. Sur la face ouest du mémorial sont sculptées les figures d’un homme et d’une femme représentant les parents des soldats tombés. Quant à la base rectangulaire de sept mètres de hauteur qui stabilise la structure, elle représente le mur défensif érigé face à l’ennemi. Sur chacune des faces de cette base sont inscrits les noms des 11 285 soldats canadiens tués en France et n’ayant pas de sépulture connue.

Le symbole du sacrifice ultime

Monument de Vimy, Pas-de-Calais, France, 2008

Monument de Vimy, Pas-de-Calais, France, 2008

Le monument commémoratif de Vimy sert non seulement à marquer l’emplacement de la grande victoire canadienne de la Première Guerre mondiale, mais il constitue aussi un hommage à tous ceux qui ont servi leur pays en temps de guerre et ont risqué ou donné leur vie dans cette lutte de quatre ans. Par conséquent, le mémorial de Vimy bénéficie d’un poids culturel et d’une valeur patrimoniale considérable au Canada. Sa présence imposante sur une crête où tant de soldats sont morts rappelle une représentation de l’histoire largement répandue dans le Canada, à savoir que la nation canadienne aurait été forgée dans le fer et le sang sur ce champ de bataille en 1917.

L’érection de ce mémorial dans la période de l’entre-deux-guerres constituerait alors le point culminant de l’affirmation d’un nationalisme canadien qui serait parvenu à véritablement définir ses valeurs à partir de l’expérience des champs de bataille d’Europe. Par ailleurs, d’un autre point de vue, le mémorial de Vimy dépasserait les frontières de la crête et symboliserait l’ensemble des sacrifices de la nation canadienne à travers les guerres de son histoire. D’ailleurs, les sommes importantes investies par le gouvernement canadien dans la restauration du mémorial au début des années 2000 envoient un autre signal de la volonté des Canadiens de ne pas oublier le prix du sacrifice consenti pendant la guerre de 1914-1918, voire lors des conflits subséquents.

Autre signe de l’importance de sa valeur patrimoniale, le mémorial de Vimy est l’un des deux seuls sites historiques situés à l’extérieur du territoire canadien à être reconnus par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Rappelons que sa valeur dépasse les frontières symboliques de la bataille de 1917 : ce mémorial représente le sacrifice des 65 000 soldats canadiens tombés pendant la Première Guerre mondiale, dont plus de 11 000 n’ont pas de sépultures identifiées. Environ 7 000 soldats sont enterrés dans une trentaine de cimetières militaires situés dans un rayon de 20 kilomètres autour du parc commémoratif.

Monument de Vimy et plaine de Douai, 2004

Monument de Vimy et plaine de Douai, 2004

L’histoire d’un lieu : la bataille

Point stratégique et observatoire naturel par excellence, la crête de Vimy était tombée aux mains de l’armée allemande au début de la guerre en octobre 1914 dans le contexte de la Course à la mer, une série d’engagements au cours desquels les belligérants tentaient de se déborder mutuellement dans l’espoir de reprendre la guerre de mouvement. L’Armée française tenta à plusieurs reprises de déloger les Allemands, mais sans succès : en tout, elle perdra plus de 100 000 hommes dans ses tentatives de prendre la crête et le terrain avoisinant. Le XVIIe Corps d’armée britannique releva les Français dans le secteur en février 1916.

La bataille du Plateau de Vimy, c.1918

La bataille du Plateau de Vimy, c.1918

C’est en octobre 1916 que les quatre divisions d’infanterie formant le Corps canadien prirent la relève dans le secteur. La bataille de Vimy d’avril 1917 est le premier (et le seul) assaut mené simultanément par toutes les divisions du Corps canadien. Après cinq mois de préparation, l’assaut fut lancé le 9 avril 1917 au petit matin. Au cours des jours qui suivirent, le Corps canadien perdit environ 10 000 combattants, dont quelque 3 600 tués, faisant de Vimy l’un des assauts les plus sanglants menés par les Canadiens au cours de la guerre de 1914-1918.

L’histoire d’un lieu : le mémorial

Gravure des noms des soldats sur le socle du monument commémoratif du Canada à Vimy

Gravure des noms des soldats sur le socle du monument commémoratif du Canada à Vimy

C’est en 1922, après une série de discussions entre les gouvernements, qu’une partie du terrain où se déroula la bataille de 1917 fut cédée à perpétuité par la France au Canada. La construction du mémorial, débutée en 1925. s’étala sur une période de onze années. Pour l’érection du monument, ce sont essentiellement des ouvriers britanniques et français, la plupart des vétérans, qui furent embauchés et placés sous la direction d’Allward, lui-même rendant des comptes à la Commission impériale des Champs de bataille britanniques.

Allward mit lui-même plus de deux ans à parcourir l’Europe à la recherche du bon matériau pour l’érection du mémorial, pour finalement trouver un calcaire de qualité dans une ancienne carrière romaine dans l’actuelle Croatie. Des problèmes logistiques ont retardé la livraison de la pierre sur le site, si bien que les travaux n’ont pu commencer avant 1927 dans le meilleur des cas, voire en 1931 pour la construction de certaines statues.

Dans l’attente de la livraison des pierres, les ouvriers en profitèrent pour réaménager le site. Il fallait d’abord sécuriser le terrain en enlevant les mines, les corps et tous autres vestiges de la Grande Guerre. Afin de préserver un minimum d’authenticité au site, d’anciennes tranchées ont été réaménagées en bétonnant les parapets pour que les visiteurs puissent y avoir accès et se faire une idée du tracé de la ligne de front.

Tranchée sur la crête de Vimy, 2006

Tranchée sur la crête de Vimy, 2006

Finalement inauguré à l’été de 1936, le mémorial de Vimy accueillit à cette occasion plus de 8 000 visiteurs canadiens. Le site devint dès lors un lieu de prédilection pour les pèlerins des champs de bataille. Sa sécurité fit pourtant l’objet de vives inquiétudes pendant la Seconde Guerre mondiale, puis lors de l’Occupation allemande, alors que des rumeurs circulant au Canada faisaient état de son éventuelle destruction. Pour faire taire ces rumeurs, le ministère allemand de la Propagande alla jusqu’à publier des photos où l’on voyait Adolf Hitler visiter le mémorial en juin 1940.

Après quelques décennies d’exposition aux éléments de la nature, affecté notamment par les infiltrations d’eau, le gouvernement canadien entreprit en mai 2001 de restaurer le mémorial. Plus de 10 millions de dollars ont été investis et le parc commémoratif fut temporairement fermé aux visiteurs en 2005 pour permettre l’exécution des travaux, pour être ouvert à nouveau au public en avril 2007 lors de la commémoration du 90e anniversaire de la bataille de Vimy. Encore aujourd’hui, des dizaines de milliers de visiteurs et groupes scolaires parcourent le site chaque année. Ce dernier est aussi mis en valeur par un programme structuré de visites guidées animées par des étudiants canadiens.

Un lieu de pèlerinage

Le site est facilement accessible en voiture, taxi ou autobus, mais n’est pas actuellement desservi par un système de transport public. Pendant de nombreuses années, bon nombre de visiteurs canadiens avaient l’habitude d’utiliser les services de transport offerts par M. Georges Devloo, un résidant de Vimy qui se rendait tous les jours aux gares d’Arras et des villages avoisinants cueillir des Canadiens « égarés ». Surnommé le «Grand-père de Vimy» par les guides canadiens, M. Devloo offrait gratuitement le transport avec sa voiture aux visiteurs canadiens. Sur une période de 13 ans jusqu’à son décès en février 2009, M. Devloo a transporté des centaines de visiteurs et sa contribution à la mise en valeur du site fut également reconnue par le gouvernement canadien.

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy a fait l’objet de nombreux reportages, documentaires et demeure une référence par excellence de mise en valeur du patrimoine de la guerre de 1914-1918, toutes nations confondues. Il constitue un témoignage poignant de l’horreur vécue par les soldats canadiens.


Le Royal 22e Régiment

Caporal, Royal 22e Régiment (Italie, 1943).

Le Royal 22e Régiment (R22R) est l’un des trois régiments d’infanterie de la Force Régulière du Canada dont le quartier-général se trouve à la Citadelle de Québec. C’est un régiment francophone qui se compose de cinq bataillons dont trois appartiennent à la Force Régulière et deux à la Force de Réserve. Le régiment a participé à tous les engagements majeurs livrés par le Canada depuis la Première Guerre mondiale, en passant par les missions de paix des Nations-Unies et la campagne d’Afghanistan. Sa riche histoire et son patrimoine, tant matériel qu’immatériel sont aujourd’hui mis en valeur de différentes manières au cœur de la ville de Québec.

Le Royal 22e Régiment : rôle et mission

Le régiment est essentiellement composé de militaires québécois qui servent le Canada sur une variété de théâtres d’opérations domestiques et à l’étranger. Les trois premiers bataillons du régiment relèvent de la Force Régulière et sont constitués de troupes d’infanterie mécanisée (1er et 2e) et d’infanterie légère (3e). Quant aux 4e et 6e bataillons, ils sont formés de miliciens cantonnés respectivement à Laval (4e) et à Saint-Hyacinthe (6e).

Œuvrant dans un milieu où la première langue de travail est le français, les militaires du R22R sont des volontaires qui accomplissent des tâches propres à ce type d’unité : occupation de garnison, maintien et consolidation de la paix, opérations de combat, etc. Par conséquent, les bataillons du R22R sont appelés à intervenir à tout moment et à divers endroits sur la planète dans le cadre de l’exécution de mandats du gouvernement canadien pour lesquels une présence militaire est demandée.

Plus qu’un régiment d’infanterie, le R22R est également une institution militaire qui, au Québec, occupe une place importante sur le plan patrimonial. Il s’agit du régiment québécois le plus important en terme d’effectifs et aussi le mieux organisé sur un plan opérationnel. Des milliers de Québécois ont servi en ses rangs depuis les débuts en 1914, tant sur le plan des opérations de combats que du maintien et de la consolidation de la paix. Par conséquent, des traditions orales et écrites se sont ancrées avec les années. Plusieurs monuments rappellent au Canada et à l’étranger la présence actuelle et passée de cette unité.

Les accomplissements du premier régiment canadien-français

Levé en octobre 1914 au début de la Première Guerre mondiale, le R22R était alors connu sous le nom de 22e bataillon (canadien-français). L’unité avait été créée en réponse à une demande populaire d’obtenir un régiment dans lequel les Canadiens français pourraient servir dans leur langue maternelle. Le 22e a à cet égard été la seule unité d’infanterie francophone active au front dans le Corps expéditionnaire canadien. Le bataillon arriva au front en Belgique en septembre 1915.

Le 22e participa à plusieurs opérations entre 1915 et 1918. Sa première attaque d’envergure eut lieu à Courcelette en France en septembre 1916. Pendant trois jours et trois nuits, encerclés de toutes parts, les soldats canadiens-français commandés par le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay ont su repousser les assauts répétés de l’ennemi et tenir le village. Des 850 hommes qui ont pris part initialement à l’assaut, il en restait 118 trois jours plus tard. Renforcé à plus de dix reprises pendant la guerre, le 22e combattit jusqu’à la fin du conflit en novembre 1918.

Une autre opération majeure fut la bataille de Chérisy, près d’Arras dans le nord de la France, les 27 et 28 août 1918. Ce jour-là, le 27, les 700 hommes 22e bataillon commandé par les majors Arthur Dubuc et Georges Vanier se lancèrent à l’assaut des positions allemandes à Chérisy. Trente-six heures plus tard, lorsque le bataillon fut retiré du front, il restait seulement 39 hommes et des 23 officiers qui menèrent l’assaut, aucun n’était revenu indemne.

Officiers du 22e Bataillon à Amherst (Nouvele-Écosse, 1915).

Le retour du bataillon au Canada en mai 1919 fut marqué par sa dissolution, mais il fut réactivé en 1920 dans le cadre de la formation de la nouvelle Milice active permanente sous le nom de 22e Régiment (22nd Regiment). L’unité obtint en juin 1921 le titre de « Royal » par le roi George V en reconnaissance des nombreux faits d’armes accomplis en Belgique et en France pendant la Grande Guerre. C’est en 1928 sous l’impulsion de son commandant, le lieutenant-colonel Georges Vanier, que le régiment adopta le titre qu’on lui connaît de nos jours, soit Royal 22e Régiment.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939 vit la mobilisation du R22R, qui s’embarqua à la fin de l’année pour l’Angleterre. Le régiment passa la presque totalité du conflit sur le front italien. Il débarqua en Sicile en juillet 1943 et fut retiré en février 1945 alors qu’il se trouvait dans le nord de l’Italie. De mars à mai 1945, le régiment rejoint l’armée canadienne qui combattait alors en Hollande et en Allemagne.

C’est avec la guerre de Corée que le R22R vit accroître ses effectifs, passant ainsi d’un seul à trois bataillons qui servirent à tour de rôle dans la péninsule coréenne entre 1951 et 1953. Dans les décennies qui suivirent, le régiment accomplit des mandats de maintien et consolidation de la paix des Nations-Unies. Parmi les missions les plus importantes, on note sa présence à Chypre de 1964 à 1992, une série de missions en Ex-Yougoslavie (de 1992 à 2001 sous l’ONU et l’OTAN) ainsi qu’une présence à Haïti à la fin des années 1990. En 2007, des éléments de diverses unités ayant comme base le 3e bataillon du R22R furent déployés en Afghanistan dans le cadre de la Force d’Assistance Internationale de Sécurité de l’OTAN dans la région de Kandahar. En 2009, des éléments du 2e bataillon du R22R ont servi dans la même région. Des troupes appartenant au 1er bataillon accomplissent une tâche similaire en 2010.

Des soldats du Royal 22e Régiment au départ d'une mission (Afghanistan, 2008).

Le patrimoine matériel et immatériel du Régiment

Le Royal 22e Régiment est une unité militaire qui comprend en son sein une variété de traditions et de coutumes aussi riches en significations les unes que les autres. Les traditions et les coutumes sont des entreprises rituelles qui donnent à la vie régimentaire des connotations symboliques particulières. Celles-ci font en sorte que chaque membre peut s’identifier au groupe, tout comme les observateurs étrangers reconnaissent facilement cette organisation.

La Croix de Vimy.

Nombreux sont en ce sens les symboles qui font du R22R ce qu’il est depuis 1914. Le  plus précieux du régiment est son drapeau, qui représente le corps et l’âme de la formation, tout comme il atteste la fierté et l’honneur de servir. Il est à noter que nombre d’objets emblématiques ont été adoptés avec la Première Guerre mondiale, dont le drapeau, mais également la Croix de Vimy plantée à la Citadelle de Québec. Cette croix de bois avait été érigée par les soldats canadiens sur la crête de Vimy, au moment de la bataille d’avril 1917 et fut ramenée au Canada par la suite. En marchant devant la croix, chaque soldat en devoir est tenu de faire le salut militaire par signe de respect.

Petit édifice en forme pyramidale situé à la Citadelle, le mémorial régimentaire est aussi un lieu hautement évocateur. Sont gravés en ses murs les insignes régimentaires de nombre d’unités francophones ayant fourni à un moment ou un autre des renforts au R22R. Par ailleurs, on y trouve les dépouilles du major-général Georges Vanier et de son épouse Pauline, de même que les cendres du brigadier-général Paul Triquet, récipiendaire de la Croix de Victoria en 1943. Aussi, le mémorial contient le Livre du Souvenir dans lequel sont inscrits les noms de tous les membres du régiment tombés en devoir depuis 1914. Chaque matin, un militaire se rend au mémorial et lit à voix haute les noms inscrits sur une page.

Le grand public peut également constater la forte présence de la tradition régimentaire avec le monument du R22R situé sur la Place George-V à Québec. Inauguré en 1989, on peut lire sur ce grand monument les noms des militaires morts au champ d’honneur. Ce monument est un exemple éloquent de la mise en valeur patrimoniale en dehors des sphères traditionnelles de l’institution militaire ou des murs de la Citadelle.

Il est également possible de reconnaître le régiment via un élément caractéristique, soit son insigne qui représente un castor avec les inscriptions « 22 », « Régiment canadien-français » et la devise régimentaire « Je me souviens ». Apparaissant sur le drapeau, les coiffures, et tout autre objet de la vie régimentaire, le castor est un autre symbole par excellence d’identification du régiment auprès du public comme auprès d’autres formations militaires canadiennes et étrangères.

Parmi d’autres traditions régimentaires, notons la célébration par un banquet de la date du 21 octobre (1914), qui représente l’anniversaire de formation du R22R. Le régiment célèbre aussi, par des dîners, des fêtes que souligne la population québécoise comme Noël et la Saint-Jean-Baptiste.

Un autre symbole connu du public est la mascotte « Batisse », le bouc régimentaire qui fait la joie des petits et des grands. Les origines de la présence de cette mascotte dans la vie militaire demeurent obscures, mais l’état des connaissances à ce jour amène à déduire de la présence d’un premier bouc qui aurait suivi les troupes britanniques lors de la bataille de Bunker Hill en 1775 à l’époque la Révolution américaine. La garnison britannique présente à la Citadelle de Québec en 1838  aurait possédé un bouc surnommé Jacob the Goose qui montait régulièrement la garde avec le piquet. L’histoire veut également qu’en 1884 un couple des ancêtres de l’actuel Batisse ait été donné en cadeau à la reine Victoria par le Shah de Perse.  La reine Victoria aurait accepté ce cadeau et ordonné que le bouc devienne la mascotte de son régiment. De ce jour, fut créé le troupeau  royal qui prit logis au jardin zoologique de Londres. C’est par l’affiliation à la fin des années 1920 avec le Royal Welche Fusiliers de l’armée britannique que le R22R put à son tour adopter cette mascotte qui hérita de l’affectueux nom canadien-français « Batisse » en 1955.

L'insigne du Royal 22e Régiment.

Comme toute grande institution, le R22R partage des conventions et des codes qui règlementent le comportement de chacun des membres. Bien que non exhaustives, ces étiquettes définissent le protocole d’ensemble qui distingue le R22R de toute autre formation militaire. Par exemple, il est impératif pour tous de se familiariser avec l’histoire, les symboles, les traditions et l’organisation régimentaire. Aussi, il est obligatoire de se lever lorsqu’un général du régiment ou un commandant d’unité fait son entrée dans un mess. Il y a aussi des manières de s’adresser ou de répondre à un supérieur, par exemple à un officier avec qui l’on tient une conversation. En ce sens, ce ne sont que quelques exemples qui illustrent le fait que le R22R possède une étiquette qui rejoint en partie celle des Forces canadiennes, mais qui est également teintée d’une coloration qui lui est propre. Son statut de régiment francophone œuvrant au sein d’une institution généralement anglophone n’est pas étranger à cette position.

Tous ces symboles et traditions sont présentés de manière détaillée au Musée du Royal 22e Régiment qui se trouve à la Citadelle de Québec depuis sa fondation en 1950. Fréquenté annuellement par des dizaines de milliers de visiteurs, le musée régimentaire constitue un foyer important de diffusion de connaissances et de traditions pour les militaires arrivés au R22R, comme au grand public désireux d’en savoir davantage sur l’unité. Enfin, notons qu’en 2014 le R22R célèbre le 100e anniversaire de sa fondation. Cette année sera assurément marquée par un ensemble d’événements qui permettront d’illustrer au grand jour les contributions du régiment à la société canadienne. Un ensemble d’activités aux échelles locale, provinciale, nationale et internationale est prévu. Chacune des activités saura illustrer de façon durable le riche passé de ce régiment. Films, livres, timbres et monnaies commémoratives, galas, pèlerinages et exercices de droits de cité, que d’exemples de mises en valeur patrimoniale de ce régiment qui demeure toujours un témoignage marquant de l’intégration des francophones dans les Forces canadiennes.