Le Royal 22e Régiment

Caporal, Royal 22e Régiment (Italie, 1943).

Le Royal 22e Régiment (R22R) est l’un des trois régiments d’infanterie de la Force Régulière du Canada dont le quartier-général se trouve à la Citadelle de Québec. C’est un régiment francophone qui se compose de cinq bataillons dont trois appartiennent à la Force Régulière et deux à la Force de Réserve. Le régiment a participé à tous les engagements majeurs livrés par le Canada depuis la Première Guerre mondiale, en passant par les missions de paix des Nations-Unies et la campagne d’Afghanistan. Sa riche histoire et son patrimoine, tant matériel qu’immatériel sont aujourd’hui mis en valeur de différentes manières au cœur de la ville de Québec.

Le Royal 22e Régiment : rôle et mission

Le régiment est essentiellement composé de militaires québécois qui servent le Canada sur une variété de théâtres d’opérations domestiques et à l’étranger. Les trois premiers bataillons du régiment relèvent de la Force Régulière et sont constitués de troupes d’infanterie mécanisée (1er et 2e) et d’infanterie légère (3e). Quant aux 4e et 6e bataillons, ils sont formés de miliciens cantonnés respectivement à Laval (4e) et à Saint-Hyacinthe (6e).

Œuvrant dans un milieu où la première langue de travail est le français, les militaires du R22R sont des volontaires qui accomplissent des tâches propres à ce type d’unité : occupation de garnison, maintien et consolidation de la paix, opérations de combat, etc. Par conséquent, les bataillons du R22R sont appelés à intervenir à tout moment et à divers endroits sur la planète dans le cadre de l’exécution de mandats du gouvernement canadien pour lesquels une présence militaire est demandée.

Plus qu’un régiment d’infanterie, le R22R est également une institution militaire qui, au Québec, occupe une place importante sur le plan patrimonial. Il s’agit du régiment québécois le plus important en terme d’effectifs et aussi le mieux organisé sur un plan opérationnel. Des milliers de Québécois ont servi en ses rangs depuis les débuts en 1914, tant sur le plan des opérations de combats que du maintien et de la consolidation de la paix. Par conséquent, des traditions orales et écrites se sont ancrées avec les années. Plusieurs monuments rappellent au Canada et à l’étranger la présence actuelle et passée de cette unité.

Les accomplissements du premier régiment canadien-français

Levé en octobre 1914 au début de la Première Guerre mondiale, le R22R était alors connu sous le nom de 22e bataillon (canadien-français). L’unité avait été créée en réponse à une demande populaire d’obtenir un régiment dans lequel les Canadiens français pourraient servir dans leur langue maternelle. Le 22e a à cet égard été la seule unité d’infanterie francophone active au front dans le Corps expéditionnaire canadien. Le bataillon arriva au front en Belgique en septembre 1915.

Le 22e participa à plusieurs opérations entre 1915 et 1918. Sa première attaque d’envergure eut lieu à Courcelette en France en septembre 1916. Pendant trois jours et trois nuits, encerclés de toutes parts, les soldats canadiens-français commandés par le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay ont su repousser les assauts répétés de l’ennemi et tenir le village. Des 850 hommes qui ont pris part initialement à l’assaut, il en restait 118 trois jours plus tard. Renforcé à plus de dix reprises pendant la guerre, le 22e combattit jusqu’à la fin du conflit en novembre 1918.

Une autre opération majeure fut la bataille de Chérisy, près d’Arras dans le nord de la France, les 27 et 28 août 1918. Ce jour-là, le 27, les 700 hommes 22e bataillon commandé par les majors Arthur Dubuc et Georges Vanier se lancèrent à l’assaut des positions allemandes à Chérisy. Trente-six heures plus tard, lorsque le bataillon fut retiré du front, il restait seulement 39 hommes et des 23 officiers qui menèrent l’assaut, aucun n’était revenu indemne.

Officiers du 22e Bataillon à Amherst (Nouvele-Écosse, 1915).

Le retour du bataillon au Canada en mai 1919 fut marqué par sa dissolution, mais il fut réactivé en 1920 dans le cadre de la formation de la nouvelle Milice active permanente sous le nom de 22e Régiment (22nd Regiment). L’unité obtint en juin 1921 le titre de « Royal » par le roi George V en reconnaissance des nombreux faits d’armes accomplis en Belgique et en France pendant la Grande Guerre. C’est en 1928 sous l’impulsion de son commandant, le lieutenant-colonel Georges Vanier, que le régiment adopta le titre qu’on lui connaît de nos jours, soit Royal 22e Régiment.

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939 vit la mobilisation du R22R, qui s’embarqua à la fin de l’année pour l’Angleterre. Le régiment passa la presque totalité du conflit sur le front italien. Il débarqua en Sicile en juillet 1943 et fut retiré en février 1945 alors qu’il se trouvait dans le nord de l’Italie. De mars à mai 1945, le régiment rejoint l’armée canadienne qui combattait alors en Hollande et en Allemagne.

C’est avec la guerre de Corée que le R22R vit accroître ses effectifs, passant ainsi d’un seul à trois bataillons qui servirent à tour de rôle dans la péninsule coréenne entre 1951 et 1953. Dans les décennies qui suivirent, le régiment accomplit des mandats de maintien et consolidation de la paix des Nations-Unies. Parmi les missions les plus importantes, on note sa présence à Chypre de 1964 à 1992, une série de missions en Ex-Yougoslavie (de 1992 à 2001 sous l’ONU et l’OTAN) ainsi qu’une présence à Haïti à la fin des années 1990. En 2007, des éléments de diverses unités ayant comme base le 3e bataillon du R22R furent déployés en Afghanistan dans le cadre de la Force d’Assistance Internationale de Sécurité de l’OTAN dans la région de Kandahar. En 2009, des éléments du 2e bataillon du R22R ont servi dans la même région. Des troupes appartenant au 1er bataillon accomplissent une tâche similaire en 2010.

Des soldats du Royal 22e Régiment au départ d'une mission (Afghanistan, 2008).

Le patrimoine matériel et immatériel du Régiment

Le Royal 22e Régiment est une unité militaire qui comprend en son sein une variété de traditions et de coutumes aussi riches en significations les unes que les autres. Les traditions et les coutumes sont des entreprises rituelles qui donnent à la vie régimentaire des connotations symboliques particulières. Celles-ci font en sorte que chaque membre peut s’identifier au groupe, tout comme les observateurs étrangers reconnaissent facilement cette organisation.

La Croix de Vimy.

Nombreux sont en ce sens les symboles qui font du R22R ce qu’il est depuis 1914. Le  plus précieux du régiment est son drapeau, qui représente le corps et l’âme de la formation, tout comme il atteste la fierté et l’honneur de servir. Il est à noter que nombre d’objets emblématiques ont été adoptés avec la Première Guerre mondiale, dont le drapeau, mais également la Croix de Vimy plantée à la Citadelle de Québec. Cette croix de bois avait été érigée par les soldats canadiens sur la crête de Vimy, au moment de la bataille d’avril 1917 et fut ramenée au Canada par la suite. En marchant devant la croix, chaque soldat en devoir est tenu de faire le salut militaire par signe de respect.

Petit édifice en forme pyramidale situé à la Citadelle, le mémorial régimentaire est aussi un lieu hautement évocateur. Sont gravés en ses murs les insignes régimentaires de nombre d’unités francophones ayant fourni à un moment ou un autre des renforts au R22R. Par ailleurs, on y trouve les dépouilles du major-général Georges Vanier et de son épouse Pauline, de même que les cendres du brigadier-général Paul Triquet, récipiendaire de la Croix de Victoria en 1943. Aussi, le mémorial contient le Livre du Souvenir dans lequel sont inscrits les noms de tous les membres du régiment tombés en devoir depuis 1914. Chaque matin, un militaire se rend au mémorial et lit à voix haute les noms inscrits sur une page.

Le grand public peut également constater la forte présence de la tradition régimentaire avec le monument du R22R situé sur la Place George-V à Québec. Inauguré en 1989, on peut lire sur ce grand monument les noms des militaires morts au champ d’honneur. Ce monument est un exemple éloquent de la mise en valeur patrimoniale en dehors des sphères traditionnelles de l’institution militaire ou des murs de la Citadelle.

Il est également possible de reconnaître le régiment via un élément caractéristique, soit son insigne qui représente un castor avec les inscriptions « 22 », « Régiment canadien-français » et la devise régimentaire « Je me souviens ». Apparaissant sur le drapeau, les coiffures, et tout autre objet de la vie régimentaire, le castor est un autre symbole par excellence d’identification du régiment auprès du public comme auprès d’autres formations militaires canadiennes et étrangères.

Parmi d’autres traditions régimentaires, notons la célébration par un banquet de la date du 21 octobre (1914), qui représente l’anniversaire de formation du R22R. Le régiment célèbre aussi, par des dîners, des fêtes que souligne la population québécoise comme Noël et la Saint-Jean-Baptiste.

Un autre symbole connu du public est la mascotte « Batisse », le bouc régimentaire qui fait la joie des petits et des grands. Les origines de la présence de cette mascotte dans la vie militaire demeurent obscures, mais l’état des connaissances à ce jour amène à déduire de la présence d’un premier bouc qui aurait suivi les troupes britanniques lors de la bataille de Bunker Hill en 1775 à l’époque la Révolution américaine. La garnison britannique présente à la Citadelle de Québec en 1838  aurait possédé un bouc surnommé Jacob the Goose qui montait régulièrement la garde avec le piquet. L’histoire veut également qu’en 1884 un couple des ancêtres de l’actuel Batisse ait été donné en cadeau à la reine Victoria par le Shah de Perse.  La reine Victoria aurait accepté ce cadeau et ordonné que le bouc devienne la mascotte de son régiment. De ce jour, fut créé le troupeau  royal qui prit logis au jardin zoologique de Londres. C’est par l’affiliation à la fin des années 1920 avec le Royal Welche Fusiliers de l’armée britannique que le R22R put à son tour adopter cette mascotte qui hérita de l’affectueux nom canadien-français « Batisse » en 1955.

L'insigne du Royal 22e Régiment.

Comme toute grande institution, le R22R partage des conventions et des codes qui règlementent le comportement de chacun des membres. Bien que non exhaustives, ces étiquettes définissent le protocole d’ensemble qui distingue le R22R de toute autre formation militaire. Par exemple, il est impératif pour tous de se familiariser avec l’histoire, les symboles, les traditions et l’organisation régimentaire. Aussi, il est obligatoire de se lever lorsqu’un général du régiment ou un commandant d’unité fait son entrée dans un mess. Il y a aussi des manières de s’adresser ou de répondre à un supérieur, par exemple à un officier avec qui l’on tient une conversation. En ce sens, ce ne sont que quelques exemples qui illustrent le fait que le R22R possède une étiquette qui rejoint en partie celle des Forces canadiennes, mais qui est également teintée d’une coloration qui lui est propre. Son statut de régiment francophone œuvrant au sein d’une institution généralement anglophone n’est pas étranger à cette position.

Tous ces symboles et traditions sont présentés de manière détaillée au Musée du Royal 22e Régiment qui se trouve à la Citadelle de Québec depuis sa fondation en 1950. Fréquenté annuellement par des dizaines de milliers de visiteurs, le musée régimentaire constitue un foyer important de diffusion de connaissances et de traditions pour les militaires arrivés au R22R, comme au grand public désireux d’en savoir davantage sur l’unité. Enfin, notons qu’en 2014 le R22R célèbre le 100e anniversaire de sa fondation. Cette année sera assurément marquée par un ensemble d’événements qui permettront d’illustrer au grand jour les contributions du régiment à la société canadienne. Un ensemble d’activités aux échelles locale, provinciale, nationale et internationale est prévu. Chacune des activités saura illustrer de façon durable le riche passé de ce régiment. Films, livres, timbres et monnaies commémoratives, galas, pèlerinages et exercices de droits de cité, que d’exemples de mises en valeur patrimoniale de ce régiment qui demeure toujours un témoignage marquant de l’intégration des francophones dans les Forces canadiennes.

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