La Citadelle de Québec

La Citadelle de Québec est la plus importante fortification construite au Canada encore administrée par des militaires en service actif. Érigée au sommet du Cap-Diamant, elle est adjacente aux Plaines d’Abraham et s’intègre au système des anciennes fortifications de la ville. La Citadelle fut construite par les Britanniques au début du XIXe dans le but de protéger Québec contre une éventuelle invasion américaine. De nos jours, le Royal 22e Régiment des Forces canadiennes y tient garnison et elle abrite l’une des résidences officielles du Gouverneur général du Canada. La Citadelle de Québec est reconnue comme lieu historique national du Canada.

La Citadelle en bref

Surnommée la « Gibraltar de l’Amérique », la Citadelle de Québec est la plus importante fortification érigée au Canada. On la décrit comme une forteresse de type « enfoncée » ou de « surface plane » typique de ce genre de constructions de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Elle fut construite au sommet du Cap-Diamant, à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, durant la période coloniale britannique, sous la direction d’un officier des Royal Engineers, le lieutenant-colonel Elias Walker Durnford. Sa forme quelque peu étoilée s’inspire des travaux de fortifications de l’ingénieur français Sébastien Le Prestre de Vauban au XVIIe siècle. Occupant une surface de 37 acres (2,3 kilomètres carrés), la Citadelle est un polygone irrégulier à quatre façades caractérisées par une géométrie du flanquement, dont chaque angle constitue un bastion ou demi-bastion.

La Citadelle a été construite entre 1820 et 1831 en ce qui concerne les murs extérieurs, et les travaux se sont terminés en 1851, avec la finalisation des bâtiments internes. Bâtie au coût approximatif de 35 millions de dollars en valeur d’époque, la Citadelle fut édifiée afin de protéger la Ville de Québec et l’embouchure du fleuve Saint-Laurent à cet endroit contre une nouvelle invasion américaine à la suite des guerres de 1775-1776 et de 1812.

Redoute du Cap-Diamant

Redoute du Cap-Diamant

Le côté sud est protégé par les obstacles naturels que sont la falaise du Cap-Diamant et le fleuve Saint-Laurent. Les façades est, ouest et nord sont défendues par quatre principaux bastions dotés de lourdes pièces d’artillerie, permettant à la fois la défense du fleuve et celle à l’intérieur des terres. À cela, s’ajoutent trois courtines et un large système de fossés et de ravelins triangulaires en terre orientés vers l’extérieur de la forteresse. Les pierres employées pour la construction de la Citadelle proviennent de trois endroits principaux : Cap-Rouge, Neuville et L’Ange-Gardien. L’intérieur des bâtiments et des casemates est quant à lui majoritairement lambrissé de briques. Cette brique provient essentiellement d’Écosse, ayant servi de lest aux navires qui revenaient au Canada après avoir livré leurs cargaisons.

La majorité des 25 bâtiments de la Citadelle, tous équipés de meurtrières, ont été érigés par les Britanniques. Deux d’entre eux sont plus anciens et datent du Régime français. Il s’agit de la redoute du Cap-Diamant, située dans le bastion du Roy, et de la poudrière localisée dans le bastion du Prince de Galles, respectivement construits en 1693 et 1750. En ses murs se trouvent également le quartier-général et le Musée du Royal 22e Régiment, ce qui en fait une base militaire active des Forces canadiennes.

L’histoire de la Citadelle: une évolution « statique »

Après la conquête de la colonie par les Britanniques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le problème de la défense de Québec s’était accentué. Les craintes d’une tentative française de reprise de la colonie, l’éventuel soulèvement de la population francophone locale et les guerres menées contre les Américains avaient forcé les Britanniques à élaborer une nouvelle stratégie défensive pour Québec. En dépit des contraintes financières que connaissait la Grande-Bretagne à l’époque, l’idée d’améliorer le système défensif de Québec par la construction d’une citadelle était donc dans l’air.

De 1778 à 1783, en pleine guerre d’indépendance américaine, des ouvrages et réduits en bois et terre avaient été aménagés sur le Cap-Diamant sous la direction de l’ingénieur William Twiss. C’était l’époque de la fameuse « citadelle temporaire ». Les successeurs de Twiss, entre autres les ingénieurs Gother Mann et E. W. Durnford, avaient d’emblée accepté l’idée d’intégrer aux ouvrages à construire l’ancien système de défense français surnommé l’« enceinte » qui datait de 1745. La valeur stratégique du Cap-Diamant amenait naturellement à cette conclusion.

Les fossés de la Citadelle

Les fossés de la Citadelle

La nouvelle citadelle devait s’harmoniser avec les structures défensives existantes. Elle devait être à la fois un grand maillon intégré à la longue chaîne des remparts améliorés de la ville, tout en étant autonome afin d’assumer le rôle de refuge ultime à la garnison en cas d’attaque. La Citadelle de Québec ne devait pas nécessairement être perçue comme l’élément central de la défense de Québec, mais davantage comme un élément ayant à la fois les rôles d’appui aux remparts existants et de pièce maîtresse du système. La Citadelle construite à partir de 1820 par Durnford était le point final de l’amélioration du système défensif imaginé par Mann.

C’est essentiellement la garnison militaire qui a fournit la main-d’œuvre pour la réalisation de la Citadelle. Conçue également pour servir de caserne et de dépôt d’armes, la Citadelle pouvait accueillir entre 1,000 et 1,500 militaires avec leurs équipements. Cependant, il était rare que tous les effectifs soient stationnés à cet endroit. La garnison britannique de Québec au milieu du XIXe siècle était dispersée entre la Citadelle, la caserne des Jésuites (l’actuel Hôtel de Ville) et le Parc de l’Artillerie.

Bien qu’elle ne fut jamais soumise au test de la bataille, et même si son rôle a évolué au fil du temps, la Citadelle a été militairement occupée sans interruption. Les années qui suivirent son achèvement furent marquées par des modifications au système défensif de la Ville de Québec et des environs. Par exemple, les pièces d’artillerie des bastions pouvaient être remplacées par d’autres, plus modernes. Le contexte tendu de la Guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865) incita les autorités britanniques à renforcer le dispositif défensif. De 1865 à 1871, trois forts furent construits de l’autre côté du fleuve en appui à la Citadelle sur les hauteurs de la Pointe-Lévis (ex: le Fort No. 1 de Lauzon).

Badge of the Van Doos

Insigne du Royal 22e Régiment

La Confédération, en 1867, et l’amélioration des relations avec les Etats-Unis, amenèrent la Grande-Bretagne à diminuer ses efforts pour la défense du Canada. La garnison britannique quitta progressivement Québec à partir de 1871. La Citadelle fut alors reconvertie en école d’artillerie pour la nouvelle Milice canadienne. Le site demeurait également un endroit de choix pour l’entraînement de base de l’infanterie. Il occupe d’ailleurs encore cette fonction.

C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1920, que le Royal 22e Régiment (R22R) fut officiellement affecté à la Citadelle. Il y réside toujours depuis. La forteresse demeure une base militaire active des Forces canadiennes et c’est le 2e bataillon du R22R qui y a établi son quartier-général. La Citadelle de Québec a vu en ses murs se dérouler des événements historiques majeurs, telles les conférences de Québec de 1943 et 1944, où se sont prises des décisions sur les stratégies militaires des forces alliées pour la guerre en Europe. Enfin, le gouverneur Lord Dufferin (1872-1878) fit de la Citadelle une résidence officielle du représentant du monarque britannique au Canada.

La valeur patrimoniale de la Citadelle

La Citadelle de Québec est un ensemble patrimonial du gouvernement fédéral, classé comme lieu historique national du Canada. Cette classification fut attribuée en raison de son importance historique, mais également à cause de son intérêt sur le plan architectural et de la situation centrale qu’elle occupe aujourd’hui dans l’espace urbain de Québec. En effet, la Citadelle est aujourd’hui un lieu incontournable pour la connaissance et la découverte de l’histoire militaire, tant de la Ville de Québec que du Canada. Faisant partie du quartier historique de l’Arrondissement du Vieux-Québec, lui-même inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985, la Citadelle est sans contredit un pôle d’attraction touristique majeur.

La Citadelle rappelle la problématique, à l’époque de son érection, de la défense de Québec et de l’ensemble de la colonie. Du temps de la Nouvelle-France jusqu’aux régimes britannique puis canadien, la Citadelle fut le pivot du système défensif, comme en témoignent les investissements massifs dont elle a été l’objet, en matière de travaux de fortifications. Son imposante présence au sommet de la falaise du Cap-Diamant rappelle également l’importance stratégique du lieu, de l’époque du gouverneur de Frontenac jusqu’à la fondation du Canada moderne en 1867.

Memorial Chapel (Vimy)

Memorial Chapel (Vimy)

D’autres bâtiments et symboles divers, intégrés au site, contribuent à mettre en valeur différents aspects du patrimoine militaire canadien. Par exemple, la Croix de Vimy rappelle le sacrifice des soldats canadiens morts à la guerre de 1914-1918. La tenaille, une ancienne prison militaire construite en 1842, évoque les difficultés de la vie de soldat. Sur la face sud se trouve un long bâtiment datant de 1831 et divisé en trois corps de logis distincts soit la résidence du Gouverneur général près du Bastion du Roi, puis celle du commandant et les quartiers et le Mess des Officiers du Royal 22e Régiment. Un hôpital militaire achevé en 1849 sert aujourd’hui de quartier-général au Royal 22e Régiment.

En définitive, la Citadelle de Québec représente en soi un chef-d’œuvre d’architecture militaire. Intégrée au paysage urbain, « enterrée » dans la falaise du Cap-Diamant et disposant de plus d’une ligne de défense, elle incarne une somme de connaissances architecturales et militaires en vogue à l’époque de sa fondation. Elle est également le symbole ultime de la présence militaire britannique à Québec, voire au Canada, avant la Confédération.

Rendre vivante la Citadelle

La Citadelle de Québec est aujourd’hui l’un des rares endroits au Québec où se croisent sur une base quasi permanente les civils et les militaires. Étant une base militaire active, la présence de soldats va de soi, mais les civils contribuent également à rendre vivant ce haut lieu de patrimoine au cœur de la Ville de Québec. Pendant la période estivale, les soldats du Royal 22e Régiment, qui considèrent la Citadelle comme leur Maison mère, perpétuent les traditions militaires par la présentation publique de cérémonies comme la Retraite et la Relève de la Garde. Ces cérémonies de changements de corps de garde reprennent les traditions britanniques du XIXe siècle. Les belles tenues, les instruments de musique et le bouc régimentaire attirent toujours des foules importantes de touristes.

La Citadelle de Québec

La Citadelle de Québec

D’autre part, le Musée du Royal 22e Régiment, fondé en 1950, possède des collections prestigieuses d’armes, d’uniformes, de médailles et de manuscrits, couvrant plus de 300 ans de vie militaire dans la Vieille Capitale. Traitant des périodes française, britannique et canadienne de l’histoire de Québec, cette institution possède le statut officiel de Musée des Forces canadiennes.

La mise en valeur du patrimoine de la Citadelle est aussi appuyée par l’organisation à l’année de visites guidées des lieux à l’intention du grand public comme des groupes scolaires. La visite comprend, selon les clientèles, l’exploration des lieux, des jeux éducatifs ou encore des pièces de théâtre. En parallèle de ces stratégies de diffusion, le ministère de la Défense nationale s’apprête, au moment de rédiger ces lignes, à injecter une somme de 100 millions de dollars sur dix ans pour d’urgents travaux de rénovation à la Citadelle.

En résumé, tout en ayant contribué à renforcer la défense côtière et terrestre du site à une autre époque, la Citadelle est aujourd’hui un bien patrimonial incontournable de la Ville de Québec et de sa région.

Bibliographie

CHARBONNEAU, André, Yvon Desloges et Marc Lafrance, Québec, ville fortifiée, du 17e au 19e siècle, Ottawa : Parcs Canada, 1982. 491 pages.

CHARTRAND, René. Le patrimoine militaire canadien. D’hier à aujourd’hui. Tome II. 1755-1871, Montréal, Art Global inc, 1995. 238 pages.

DESLOGES, Yvon, Les forts de la pointe Lévys, Étude en archéologie, architecture et histoire, Lieux historiques nationaux, Service des parcs, Environnement Canada, Ottawa, 1991. 73 pages.

FILTEAU, Gérald. Par la bouche de mes canons! La ville de Québec face à l’ennemi, Sillery, Septentrion, 1990. 271 pages.

HOGG, Ian, Fortifications: histoire mondiale de l’architecture militaire, Paris, Atlas, 1983. 256 pages.

SANTERRE, Simon, Le patrimoine archéologique des fortifications au Québec, Inventaire des sites archéologiques du Québec, Québec, Ministère de la Culture des Communications et de la Condition féminine. 154 pages. Disponible en ligne sur le site du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition Féminine du Québec : http://www.mcccf.gouv.qc.ca/index

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4 réflexions sur “La Citadelle de Québec

  1. Bonjour

    Question : vers 1840, il y avait un télégraphe proche de la citadelle, qui signalait notamment l’arrivée des bateaux ( arrivée de l’unicorn le 29 Juin 1840 ) Je n’arrive pas à trouver de détails sur le type de télégraphe utilisé . Une idée sur le sujet ?

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