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La guerre d’indépendance des États-Unis (1775-1783): Première partie

Introduction

La guerre d’indépendance américaine de 1775 à 1783, qui fut le premier conflit colonial ayant amené la fondation de la première république moderne, les États-Unis, débuta dans le contexte d’une lutte visant la préservation des droits des Américains à l’intérieur de l’Empire britannique. Certains intellectuels de l’époque, entre autres Tom Paine, l’auteur de Common Sense (1776) et The Rights of Man (1791-1793), croyaient que la Révolution américaine avait fait davantage que n’importe quel autre conflit de l’Histoire afin d’illuminer le monde et amener l’humanité vers la modernité.

Cela étant, la guerre d’indépendance des États-Unis s’avéra être un « petit conflit » en comparaison de la Révolution française ou des guerres napoléoniennes qui s’ensuivirent. Elle fut néanmoins la plus longue des guerres menées par l’Amérique avant celles du Vietnam et de l’Afghanistan, comme elle fut le conflit domestique le plus coûteux en vies humaines avec la Guerre civile (1861-1865). Par conséquent, les premiers coups de feu furent tirés simultanément à Lexington et à Concord au Massachusetts, le 19 avril 1775, après onze années de tensions politiques entre l’Angleterre et ses treize colonies d’Amérique quant à la nature des rapports impériaux.

Les causes du conflit: l’accumulation de tensions

Les causes profondes du conflit entre l’Angleterre et ses colonies tirent leurs racines des victoires britanniques lors de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), et particulièrement face à la forte dette nationale contractée par ces succès, de même que par les tentatives de l’Angleterre de faire payer à ses colonies de nouvelles taxes afin de balancer ses livres. À cela, il faut ajouter la décision de Londres de stationner en permanence dans ses colonies une force militaire régulière de 10,000 soldats, qu’il fallait naturellement payer, ce qui ne fit qu’accroître les ressentiments et les craintes des habitants. Par ailleurs, la tentative de l’administration du premier ministre George Grenville (1763-1765) de taxer l’Amérique engendra une forte opposition dans les colonies, de même que des émeutes en plusieurs endroits.

L'une des causes importantes à l'origine de la révolution américaine réside dans les succès britanniques lors de la Guerre de Sept Ans. L'Angleterre voulut faire payer à ses colonies d'Amérique une large part des dettes contractées afin de renflouer le trésor public.

À cet effet, le vote par le parlement britannique des Townshend Duties (Townshend Acts) en 1767 se voulait une autre tentative de Londres d’accroître les revenus de l’administration coloniale et ainsi affermir l’autorité royale en faisant payer aux colons les salaires des juges et des fonctionnaires chargés d’administrer les territoires. Non sans surprise, les réactions de fureur furent immédiates, du moins dans une partie de l’opinion publique coloniale. L’année suivante, Londres prit une autre décision, celle de stationner des soldats réguliers dans Boston, qui était alors l’épicentre de l’opposition coloniale aux nouvelles lois et taxes britanniques, ce qui ne fit qu’envenimer une situation déjà tendue. La conséquence immédiate fut le Massacre de Boston du 5 mars 1770, dans lequel la garnison britannique ouvrit le feu contre la foule, tuant cinq colons et en blessant huit autres, sans compter l’onde de chocs que cet incident provoqua dans l’ensemble des colonies. Comme si cela n’était pas assez, l’administration du premier ministre Lord North voulut augmenter ses revenus en levant une autre taxe sur le thé, le Tea Act de 1773, ce qui amena le célèbre incident du Boston Tea Party le 16 décembre de la même année, où des colons jetèrent par-dessus bord des cargaisons de ces précieuses feuilles. Cette fois, l’incident créa une autre onde de choc, en Angleterre.

Déterminé à faire de Boston un exemple, le parlement britannique s’empressa de faire voter quatre « Actes coercitifs » (Coercive Acts) dans l’espoir d’intimider l’opposition coloniale et ainsi raffermir l’autorité royale. Considérées en Amérique comme des « Actes intolérables » (Intolerable Acts), ces lois punitives de Lord North avaient pour but, comme nous l’avons mentionné, de mater l’opposition coloniale en faisant de Boston et du Massachusetts des exemples. Dans ce contexte houleux, la nomination d’un Britannique, le lieutenant-général Thomas Gage commandant des forces britanniques d’Amérique, au titre de gouverneur du Massachusetts fut interprétée comme un indice clair des desseins tyranniques de Londres visant à restreindre les libertés des colons de disposer d’un gouvernement autonome.

L'incident du Boston Tea Party de décembre 1773 fut symbolique de l'accumulation des tensions entre l'Angleterre et ses colonies américaines quant à la nature des rapports impériaux autour de la question de la taxation et de l'administration coloniales.

Moins d’une année après l’incident du Boston Tea Party, une première opposition unifiée et en apparence organisée s’exprima lors d’une rencontre du Premier Congrès continental à Philadelphie en septembre 1774. Face à cette opposition grandissante, l’administration de Lord North mit de la pression sur le général Gage afin que celui-ci place en état d’arrestation les dirigeants de l’opposition. Cela explique en partie les accrochages de Lexington et Concord évoqués précédemment, car la milice du Massachusetts refusa de se laisser intimider par une démonstration en force des soldats réguliers britanniques, puis par celle de l’autorité royale qui tenta de reprendre le contrôle de la situation.

En juin 1775, d’importants renforts britanniques débarquèrent à Boston avec à leurs têtes les généraux Sir William Howe, John Burgoyne et Sir Henry Clinton. Pour sa part, et devant la montée inexorable des tensions, le Second Congrès continental, réuni à Philadelphie le 10 mai de la même année, décida d’opposer une résistance militaire. C’est alors que la décision fut prise de nommer George Washington, un colonel de la milice de Virginie, à la tête des forces qui iraient faire le siège de Boston le 15 juin. Les tentatives de trouver un règlement politique à la crise furent anéanties le 23 août 1775, lorsque le roi George III proclama que les treize colonies étaient en état de rébellion.

La guerre d’indépendance des États-Unis était officiellement commencée.

Carte des principaux théâtres d'opérations de la guerre d'indépendance américaine. (Cliquez pour agrandir.)

Les premiers affrontements: essais et erreurs (1775-1776)

Alors que les forces américaines entourant Boston commencèrent à s’enterrer sur les hauteurs avoisinantes de la péninsule de Charlestown qui surplombent Boston, une force composée de volontaires coloniaux sous les ordres d’Ethan Allen et Benedict Arnold s’empara du fort de Ticonderoga et de New York (et ses précieux canons), le 10 mai 1775. Croyant de leur côté qu’une démonstration de force en règle suffirait à mater la rébellion, les généraux britanniques dans Boston décidèrent de lancer un assaut frontal classique contre l’un des points stratégiques des hauteurs entourant la ville, vers Breed’s Hill. La bataille qui s’ensuivit, qu’on appelle souvent par erreur la bataille de Bunker Hill (17 juin 1775), s’avéra être une importante bévue propagandiste pour l’Angleterre. En effet, au cours de trois assauts dirigés séparément contre ces hauteurs, l’infanterie britannique parvint à prendre ses objectifs, mais au prix de pertes frôlant les 50% des effectifs engagés.

Représentation de l'infanterie britannique à l'assaut de Bunker Hill, le 17 juin 1775. Premier engagement majeur de la guerre, Bunker Hill fut une victoire britannique, mais l'infanterie d'assaut subit de lourdes pertes, ce qui inquiéta assurément le haut commandement pour les batailles à venir.

En conséquence, la gaffe propagandiste résultant de cette bataille est double. D’une part, le Congrès américain en appela de tous les hommes jugés aptes au service à joindre les rangs de la milice, ce qui divisa les Américains en deux camps, celui des patriotes et celui des loyalistes. D’autre part, cette sanglante bataille fit réaliser aux officiers britanniques que la suppression de la rébellion montante sera beaucoup plus difficile que ce qui fut initialement envisagé. Le général Gage fut démis de son poste en octobre 1775, pour être remplacé par Sir William Howe, qui décida aussitôt d’évacuer Boston. Le 17 mars suivant, ce général prit la stratégique décision d’évacuer ses forces régulières et partisanes loyalistes vers Halifax, en Nouvelle-Écosse, laissant ainsi aux troupes de Washington le contrôle de Boston.

Réalisant que l’autorité britannique dans les autres colonies était sur le point de s’effondrer, le Congrès américain autorisa une invasion du Canada sous les ordres de deux des généraux de la nouvelle Armée Continentale, Richard Montgomery et Benedict Arnold. Alors que l’hiver tomba dru, l’attaque américaine contre la ville de Québec fut repoussée par le général Guy Carleton en décembre 1775, puis les Britanniques contre-attaquèrent avec une invasion de la colonie de New York lors de la bataille de l’île Valcour en octobre 1776. D’autres tentatives britanniques de rétablir l’autorité royale ne furent guère couronnées de succès. Les Britanniques furent défaits à Moore’s Creek en Caroline du Nord (27 février 1776) ainsi qu’à Charleston en Caroline du Sud, où le colonel William Moultrie assuma avec cran la défense de Fort Sullivan (28 juin 1776) face à un important débarquement naval sous les ordres de Lord Cornwallis et Sir Henry Clinton.

La révolution américaine se transporta brièvement au Canada, où les troupes du Congrès tentèrent en vain de s'emparer de la ville de Québec alors défendue par les Britanniques du général Carleton, assistés par des éléments de la milice locale (décembre 1775).

Cette série de défaites fit réaliser au haut commandement britannique que son action de police devrait être transformée en une campagne militaire d’envergure et y consacrer les ressources conséquentes pour reconquérir le continent. Le parlement britannique autorisa la levée d’un contingent de 55,000 hommes pour servir exclusivement en Amérique. Or, il s’avéra que le recrutement volontaire pour cette campagne impopulaire en Angleterre n’alla pas aussi bien que prévu, ce qui contraignit le parlement à embaucher des troupes mercenaires provenant pour l’essentiel des États allemands. Le plus important contingent germanophone fut levé en Hesse-Cassel, si bien que ces « Hessois » (comme on les appelait) représentèrent jusqu’à 33% des forces britanniques servant en Amérique en 1778 et 1779.

Représentation de soldats allemands combattant pour l'Angleterre. Les Britanniques eurent recours à ces mercenaires, particulièrement lors des premières années du conflit.

Notons aussi que ce recrutement de soldats supplémentaires fit en sorte qu’en août 1776, le général Howe avait à sa disposition la plus grande force militaire servant en dehors des îles Britanniques au cours du XVIIIe siècle. Dans le but d’accroître ces effectifs, les Britanniques recrutèrent également quelque trois cents compagnies de loyalistes tout au long de la guerre, ce qui représenta approximativement 19,000 combattants fidèles à la Couronne. Par ailleurs, les conditions inhérentes aux champs de bataille démontrèrent que chaque camp, et notamment chez les Britanniques, fut mal équipé et surtout mal entraîné pour la lutte qui s’annonça. Si la tenue vestimentaire et les tactiques britanniques « à l’européenne » révélèrent rapidement leur inefficacité, l’amélioration du ravitaillement combinée à l’évolution graduelle des tactiques alla transformer le soldat britannique de ligne en un combattant beaucoup mieux adapté à l’environnement plus rustique de l’Amérique du Nord.

Le 2 juillet 1776, soit deux jours avant que le Second Congrès continental ne vote pour le texte final de la déclaration d’indépendance, le général Howe débarqua l’avant-garde de son armée sur Staten Island (New York). Son plan stratégique pour l’année 1776 consista à reprendre la ville de New York et isoler la Nouvelle-Angleterre du reste des colonies en rébellion. C’est alors que le Congrès ordonna à Washington de défendre le plus important port américain, New York. Dans cette aventure, les forces américaines inexpérimentées de Washington furent vaincues à la bataille de Brooklyn Heights (Long Island) le 17 août 1776, ce qui força celles-ci à se replier vers Manhattan. À nouveau battu à Harlem Heights et White Plains (octobre), Washington retraversa le fleuve Hudson, abandonnant ainsi New York. Cette difficile année 1776 pour les Américains s’acheva par deux autres défaites où les Britanniques reprirent Fort Washington et Fort Lee, les deux derniers points fortifiés stratégiques sous contrôle rebelle (novembre). Howe avait obtenu ce qu’il voulait, soit l’occupation de New York par ses troupes, qui conserveront cette ville jusqu’à la fin des hostilités.

Le Congrès vote la déclaration d'indépendance le 4 juillet 1776.

En dépit de ses victoires, Howe sut que Washington n’était pas totalement vaincu et le général britannique amorça la poursuite des forces rebelles à travers le New Jersey, mais il ne parvint pas à livrer immédiatement une bataille d’envergure qui aurait été décisive. Howe crut justifié de maintenir au New Jersey l’équivalent d’une brigade pour ainsi pacifier la région politiquement et encourager le support loyaliste latent. Cependant, deux victoires mineures obtenues par l’isolement astucieux des garnisons britanniques à Trenton et Princeton (décembre 1776 – janvier 1777) contribuèrent à relever le moral des patriotes et, plus important dans l’immédiat, forcer Howe à évacuer le New Jersey. Cet épisode de prise et reprise de territoires avait entraîné à sa suite une série d’émeutes frôlant la guerre civile, ce qui sera somme toute un phénomène récurrent dans d’autres théâtres d’opérations de la guerre d’indépendance.

Dans un autre ordre d’idées, et pour terminer sur cette première phase de la campagne militaire, Washington persuada le Congrès de lever une véritable armée professionnelle. Il s’agissait de l’Armée Continentale, une force composée de 67,000 hommes qui s’enrôlaient pour une période de trois ans et qui étaient répartis dans 83 régiments ou bataillons tous levés et entretenus aux frais des États. Ces régiments, qui formaient la Ligne Continentale, seraient les véritables porteurs de la Révolution. Sous les ordres de Washington, ils allaient affronter l’armée britannique, mais le commandant américain éviterait autant que possible l’affrontement à grande échelle, sauf si les circonstances politiques ou militaires le lui imposaient, préférant du coup épuiser la volonté des Britanniques de poursuivre la guerre.

Pour avoir une chance de l'emporter face aux soldats réguliers de l'armée britannique, les membres du Congrès réalisèrent qu'il fallait créer un instrument militaire qui soit aussi professionnel, entraîné et équipé. Ainsi était née l'Armée Continentale.

Alors que l’histoire démontre qu’une majorité de combattants américains préféra faire la guerre au sein d’unités de milice, dont le temps de service était moins long (au grand déplaisir de Washington), il appert que tant les unités miliciennes que celles de l’Armée Continentale contribuèrent à la victoire en se supportant régulièrement sur le terrain. L’Armée Continentale livrerait une guerre classique, alors que la milice opterait pour le style de la guérilla, à la suite de défaites subies par les réguliers, si bien que les miliciens menaceraient constamment les communications de l’ennemi. Alors que la guerre prit de l’ampleur, il devenait évident aux yeux des Britanniques que la terreur et l’extermination deviendraient des recours jugés nécessaires. Cette approche ne plaisait pas à Howe, mais son emploi se révèlerait impératif si les flammes de la révolution ne pouvaient être éteintes à terme.

Les campagnes de Philadelphie et de Saratoga (1777-1778)

Le chef d'état-major de l'Armée Continentale et premier Président des États-Unis, George Washington.

La décision du Second Congrès continental de déclarer l’indépendance des colonies en juillet 1776 transforma la guerre du tout au tout. Alors que les nouveaux États ayant autoproclamé leur indépendance travaillaient à élaborer leurs constitutions respectives, l’armée de Washington, qui représentait alors une petite force ignorée et mal ravitaillée, luttait pour sa propre survie face à un ennemi déterminé. Conséquemment, au cours de la campagne militaire de 1777, Washington se vit contraint de réagir aux mouvements de l’ennemi plutôt que d’entreprendre des actions proactives. De leur côté, les généraux britanniques souhaitèrent étendre leur plan de campagne amorcé l’année précédente, mais leurs performances sur le terrain en 1777 furent si mauvaises qu’ils gaspillèrent probablement leur dernière chance de remporter la guerre. Le général Howe tint peu compte, entre autres choses, des développements militaires au sud et préféra donc concentrer ses efforts au nord, toujours dans l’espoir de délivrer à l’armée de Washington un coup qui lui serait fatal.

Le plan stratégique d’ensemble du général Howe, mis à jour en novembre 1776, demandait davantage de renforts auprès de Lord George Germain, le secrétaire d’État pour le Département de l’Amérique. En effet, Howe jugeait avoir besoin de 10,000 hommes pour reprendre Albany (New York) aux mains de l’ennemi, en plus d’envoyer un autre contingent de 10,000 soldats pour reprendre Providence (Rhode Island) et Boston. À cela, le commandant britannique comptait sur une force non négligeable de soldats réguliers et de miliciens loyalistes afin de tenir New York, car son intention finale était de constituer une autre force dont l’objectif serait d’envahir la Pennsylvanie et capturer la capitale fédérale de Philadelphie. Le secrétaire Germain endossa ce plan ambitieux, mais il ignora la requête de Howe pour des renforts. De plus, Germain accepta un plan stratégique alternatif élaboré par le général Burgoyne visant à envahir l’État de New York à partir du Canada, prendre Albany et établir la liaison avec les forces de Howe qui marchaient au nord dans le but d’isoler à nouveau la Nouvelle-Angleterre du restant des colonies rebelles.

Comme nous l’avons mentionné, et ce, dès le début des hostilités, la stratégie britannique semblait vouée à l’échec. En rétrospective, celle-ci était basée sur la notion d’une guerre « eurocentriste », qui comprenait ces idées de fronts militaires, de points stratégiques et l’utilisation classique de lignes intérieures (pour les déplacements et les ravitaillements) qui n’existaient pas en Amérique, ou du moins très peu. Même s’il avait été un succès, le plan britannique n’aurait pas pu asséner un coup mortel à la rébellion. La raison étant que les Britanniques n’avaient pas pris en compte la capacité du Congrès de levée une seconde armée pour faire campagne au nord, c’est-à-dire une force aux effectifs encore plus larges que l’armée de Washington.

Le plan britannique perdit davantage de son mordant lorsque Howe prit la décision de ne pas faire mouvement vers le nord au début de 1777, un mouvement qui, rappelons-le, était nécessaire afin d’appuyer Burgoyne qui débouchait du Canada. Howe était d’avis que l’appui à la cause patriote était en train de s’effondrer dans nombre de colonies, ce qui l’amena à concentrer ses efforts à prendre Philadelphie, mettre le Congrès en déroute et rallier le support loyaliste en Pennsylvanie. Howe décida donc de replier ses forces du New Jersey, puis de tenter une invasion par la mer, toujours en vue de prendre Philadelphie. Cependant, le mauvais temps joua contre lui et ses troupes ne purent arriver à l’embouchure de la baie de Chesapeake avant le 25 août 1777, à quelque 80 kilomètres au sud-ouest de Philadelphie. Ce faisant, Washington avait anticipé la manœuvre et il décida d’éloigner sagement son armée de la baie puis de l’installer sur les hauteurs, à Chad’s Ford sur la crête de Brandywine, où la bataille s’engagea le 11 septembre.

Représentation de la bataille de Brandywine du 11 septembre 1777. Au cours de cet engagement, les forces de Washington commirent des erreurs tactiques que les Britanniques ne tardèrent pas à exploiter pour y remporter une victoire majeure, laissant ainsi la capitale américaine de Philadelphie sans défense.

En dépit d’un pronostic intéressant pour les Américains, ceux-ci furent pris de flanc par les troupes de Lord Cornwallis, ce qui força Washington à se replier dans un relatif désordre, avant d’être à nouveau battu à Paoli (Pennsylvanie) le 20 septembre. Cette dernière défaite obligea le Congrès à évacuer Philadelphie pour se réfugier à Chester, alors que Washington, qui refusa d’admettre ses défaites, attaqua à nouveau les Britanniques à Germantown le 3 octobre. Au cours d’un assaut confus mené en pleine nuit, ses généraux ne parvinrent pas à coordonner leurs manœuvres et une autre défaite s’ensuit. Ces récents événements rendirent le Congrès de plus en plus critique à l’égard des aptitudes de Washington à commander, où on se plaisait à le comparer défavorablement au général Horatio Gates, le commandant des forces américaines au nord des colonies. Pour sa part, Howe parvint à prendre Philadelphie, mais sur le long terme, ce succès ne fit guère de différence sur l’issue de la guerre.

Plus au nord, Burgoyne amorça sa marche le long du Lac Champlain en juin 1777, avec un contingent hétéroclite composé de réguliers britanniques, de mercenaires hessois, de loyalistes, d’Amérindiens et quelques miliciens canadiens. Le 5 juillet, cette force de 7,000 hommes contraignit les Américains, sous les ordres du général Arthur St. Clair, à évacuer Fort Ticonderoga avant de les poursuivre vers le sud jusqu’à Fort Edward sur l’Hudson. À l’ouest, cependant, la seconde colonne britannique partie du Canada, sous les ordres du colonel Barry St. Ledger, qui incluait 1,000 Iroquois dirigés par Joseph Brant, connut davantage d’ennuis logistiques qui ralentirent sérieusement la marche. Ayant pu vaincre les miliciens new-yorkais du général Herkimer, St. Ledger fut retenu par le siège de Fort Schuyler (New York) puis ses hommes furent battus à Oriskany le 8 août.

La défaite de la seconde colonne britannique eut une conséquence sur l’ensemble des opérations que menait le général Burgoyne dans la colonie de New York. En fait, les troupes de Burgoyne se trouvèrent isolées en pleine contrée sauvage. Au lieu de rentrer au Canada, Burgoyne poursuivit sa marche en territoire ennemi, où ses alliés amérindiens commirent des atrocités qui ne tardèrent pas à soulever la population locale contre lui, sans compter la défaite qu’il subit face à la milice du New Hampshire lors de la bataille de Bennington (Vermont) le 22 août. Toujours déterminé à marcher plein sud, Burgoyne prit le risque de rompre ses propres lignes de communication et de traverser l’Hudson. Ce dernier mouvement fut fatal à son armée, car cette campagne dite de Saratoga se solda par une défaite à Freeman’s Farm (19 septembre) et à Bemis Heights (7 octobre). Battus, Burgoyne et son armée capitulèrent.

(La suite dans la seconde partie de cet article.)

La Guerre civile américaine (1861-1865, 2e partie)

1863: l’année des grands tournants

Des prisonniers de guerre confédérés posent pour la caméra.

La seconde partie de notre article sur la Guerre civile américaine nous retrouve au printemps de 1863, à une époque où Lincoln avait congédié son général McClellan, l’ex-commandant de l’Armée du Potomac. Pour le remplacer, le président nomma le général Joseph Hooker, qui avait donné à la classe politique la garantie qu’il allait réussir là où son prédécesseur avait échoué.

Hooker profita de l’accalmie de l’hiver de 1862-1863 afin de réorganiser son armée, refaire le moral de celle-ci et se préparer pour une nouvelle campagne qui allait commencer au printemps. Dès le mois d’avril 1863, Hooker avait pris soin de fixer (sinon d’emprisonner) le général Lee dans ses lignes derrière Fredericksburg (Virginie), tandis qu’il déploya le gros de son armée dans une large manœuvre pour prendre Lee de flanc en amont de la rivière Rappahannock. Comme s’y attendait Hooker, une fois que son armée avait traversé la rivière, il trouva Lee dans une position inconfortable, avec des troupes fédérales devant lui à Fredericksburg, puis sur ses flancs de côté et en arrière.

Ce faisant, Hooker espérait contraindre Lee à battre en retraite tandis qu’il était temps afin d’éviter un encerclement complet, ce qui permettrait ainsi de dégager non seulement Fredericksburg, mais de refouler la menace confédérée un peu plus loin de la capitale Washington. Du moins, dans la position de Lee, c’est ce que n’importe quel général aurait logiquement fait en ces circonstances. Par contre, Lee n’était pas du genre à se laisser manœuvrer, si bien qu’il voulut imposer son agenda. Ce faisant, le général confédéré divisa son armée en deux parties, dont l’une tenta de prendre de flanc l’armée de Hooker, qui elle-même, rappelons-le, tentait de faire de même contre Lee. Le commandant de la force sudiste de flanquement était le général bien connu Stonewall Jackson, qui dirigea contre le flanc de Hooker une attaque dévastatrice. Malgré tout ce succès, qu’on appellera par la suite la bataille de Chancellorsville (2-3 mai 1863) Jackson fut victime d’un malheureux incident. Dans la nuit du 2 au 3 mai, en pleine noirceur et dans la confusion, Jackson fut abattu par des soldats sudistes qui l’ont confondu avec l’ennemi, l’atteignant au bras, forçant l’amputation de celui-ci et le général décéda de complications quelques jours plus tard.

La victoire confédérée à Chancellorsville donna une fois de plus l’initiative à Lee, qui envisagea à nouveau une invasion du Nord. À nouveau, le haut commandement et la classe politique du Nord étaient placés devant une délicate situation, qui rappelait quelque peu l’année 1862. Là encore, considérant que la victoire n’avait pas été obtenue, Lincoln exigea une reddition de comptes du général Hooker. Les deux hommes se disputèrent et dans ce genre de circonstances, l’expérience démontre que le général « fautif » s’en tire rarement. Par conséquent, Hooker fut à son tour congédié puis remplacé par le général George G. Meade, qui prit alors l’Armée du Potomac et la transféra au nord, à travers le Maryland jusqu’en Pennsylvanie pour affronter Lee.

Carte des principales campagnes militaires de la Guerre civile américaine. (Cliquez pour un agrandissement.)

Les coups fatals: Gettysburg et Vicksburg (été 1863)

Les deux armées se rencontrèrent à la bataille de Gettysburg (1er au 3 juillet, 1863), dans laquelle le total des pertes approcha les 50,000 hommes. Au troisième jour de l’affrontement, qui fut le plus important de la guerre en terme d’effectifs engagés de part et d’autre (environ 165,000 hommes), Lee tenta le tout pour le tout en concentrant quelque 12,500 soldats pour charger de plein fouet sur le centre du front ennemi. Cet épisode hautement symbolique et dramatique pour la Confédération est connu sous le nom de la Charge Pickett, en l’honneur du général qui mena l’assaut (même si seulement le tiers de cette force était composée effectivement d’hommes appartenant à Pickett). Cette attaque échoua, ce qui contraint Lee à se replier au sud et renter à nouveau en Virginie.

Peinture de Mort Kunstler représentant un épisode épique de l'histoire de la Confédération: la charge de la division Pickett, dernière tentative des Confédérés de remporter la bataille de Gettysburg (juillet 1863).

Virtuellement à la même époque, où Lee et Meade s’affrontaient à Gettysburg, les événements se bousculaient également sur le front ouest. Là, le général Grant fit équipe avec le contre-amiral David D. Porter afin de prendre de flanc les défenses confédérées de Vicksburg, dans l’ouest de l’état du Mississippi, sur le fleuve du même nom. Les canonnières de Porter transportèrent l’infanterie de Grant à travers le fleuve au sud de la ville et, suite à un bref, mais vain combat à Champion Hill (16 mai 1863), l’armée confédérée commandée par le général John C. Pemberton se replia derrière des défenses préalablement établies autour de Vicksburg.

Bien que ce repli derrière un bon système défensif apparut comme une sage décision, la réalité fut que les soldats sudistes s’enfermèrent dans leur propre piège, car Grant prit aussitôt la décision de faire le siège de Vicksburg. Celui-ci dura 47 jours jusqu’à ce que finalement, le 4 juillet (le même jour où Lee amorça sa retraite vers la Virginie), Pemberton déposa les armes, abandonnant à Grant son armée de 30,000 hommes et la cité de Vicksburg. Ce double échec (Gettysburg et Vicksburg) atteignit de plein fouet la Confédération, mais il ne mit pas fin aux espoirs de terminer la guerre. En fait, ces épisodes marquèrent le début d’une nouvelle phase du conflit, une phase dans laquelle les forces de l’Union prirent une fois pour toutes l’initiative et imposèrent leur agenda.

Le siège de Vicksburg (été 1863).

Les difficultés du commandement

Du point de vue sudiste, les désappointements occasionnés après la défaite de Gettysburg, et surtout après le désastre de Vicksburg, amenèrent Lee à prendre la décision de diviser une partie de son armée de Virginie dans le but de stabiliser le front ouest. Lee accorda à son général James Longstreet la permission de prendre deux divisions d’infanterie de la Virginie et les déployer sur le théâtre ouest. Ces renforts furent les bienvenus, dans la mesure où les Confédérés purent arrêter la progression de l’ennemi en Géorgie, à la bataille de Chickamauga (19-20 septembre, 1863). Par contre, les Confédérés ne purent retirer des bénéfices stratégiques de leur victoire tactique, car il y avait de sérieuses mésententes au sein du haut commandement confédéré opérant dans ce secteur.

En effet, les généraux Longstreet et Bragg ne s’entendaient pas sur la suite à donner aux opérations et sur l’allocation des ressources militaires face à un ennemi qui semblait être partout. Par exemple, l’armée de Bragg au Tennessee conduisit plus ou moins brillamment un siège des forces de l’Union à Chattanooga, mais Longstreet, avec l’approbation du président Davis, alla pour sa part entreprendre le siège de la cité de Knoxville, à l’autre extrémité de l’état du Tennessee. Considérant alors que les ressources militaires de la Confédération furent limitées, comme nous l’avons mentionné, il aurait été possible d’envisager une concentration des forces en un lieu, en supposant que la bonne entente eut régné entre Bragg et Longstreet.

Un aperçu du champ de bataille de Chickamauga (Géorgie, septembre 1863).

Pendant ce temps, la prise de Vicksburg par le général Grant allait lui conférer de plus grandes responsabilités. Il fut d’abord nommé commandant de l’ensemble des forces de l’Union qui opéraient au Tennessee. Son premier geste fut de dégager Chattanooga, toujours menacée par Bragg. Ainsi, Grant dépêcha son commandant subordonné favori, le général William T. Sherman à la pointe de la ligne confédérée qui se situait à la hauteur de Missionary Ridge et, lorsque les Confédérés furent fixés, Grant envoya le général George Thomas et son Armée du Cumberland avancer vers le centre ennemi afin d’y faire diversion. Par contre, les soldats de Thomas prirent l’initiative non autorisée de charger l’ennemi sur Missionary Ridge le 25 novembre 1863. Par chance pour les nordistes, les confédérés se replièrent et Bragg dut retraiter vers la Géorgie. Pour sa part, et bien qu’il fut probablement en colère face à l’assaut non autorisé de Missionnary Ridge, Grant reçut une importante récompense de Lincoln, qui lui se fiait aux résultats. Grant fut en effet rappelé à Washington pour prendre la direction de toutes les forces armées de l’Union.

L’Union reprend l’initiative (1864)

Deux figures légendaires de la Guerre civile américaine: les généraux Ulysses Grant et Robert Lee.

Le début de l’année 1864 allait bien mal s’amorcer pour la Confédération. Sur le terrain, il n’y avait pour ainsi dire que deux armées en état de combattre. D’une part, l’armée décimée (mais dangereuse) de Virginie sous les ordres de Lee puis, d’autre part, celle du Tennessee désormais sous la direction de Joseph E. Johnston, au lendemain de la disgrâce de Bragg dans le contexte de son échec à Chattanooga. En mai de la même année, Grant joignit l’Armée du Potomac, toujours sous les ordres de Meade en Virginie, et on entreprit la poursuite de Lee, tandis que Sherman, à la tête de trois armées en Géorgie, se concentra sur Johnston.

Les deux campagnes militaires, celle en Virginie puis celle en Géorgie, étaient très différentes à certains égards. Lors des combats en Virginie, qu’on appela la Campagne Terrestre (ou Wilderness Campaign), chaque camp frappa l’autre dans une série de batailles majeures et rangées, que ce soit à Wilderness (4-7 mai), à Spotsylvania (8-20 mai) et à Cold Harbor (3 juin). Au cours de cette période de quarante jours, les forces en présence encaissèrent de terribles pertes: 60,000 pour l’Union et 40,000 pour la Confédération, tués ou blessés.

En Géorgie, la situation fut différente, car les généraux en présence manœuvrèrent avec précaution, tentant à maintes reprises d’éviter la bataille. Une seule fois Sherman se risqua à lancer une offensive à outrance contre Johnston à Kennesaw Mountain (27 juin), avec des résultats si médiocres que le commandant nordiste ne se laissa plus jamais prendre au piège. Pour sa part, Johnston n’avait surtout pas les moyens d’une telle aventure, si bien qu’il resta sur la défensive. Par conséquent, alors que les pertes en Virginie atteignirent des niveaux affolants, celles de Géorgie furent relativement modestes, par rapport aux nouveaux standards en vigueur issus de l’expérience des trois dernières années de guerre.

Peinture de Mort Kunstler montrant au centre le général Grant et à sa droite le général Meade, le commandant de l'Armée du Potomac, lors de la bataille de Wilderness (Virginie, mai 1864).

Malgré ces disparités, le résultat fut sensiblement le même. En effet, Lee fut contraint de se replier derrière ses défenses dans Richmond, tandis que Johnston prit la décision de retraiter dans Atlanta. Pour le président Davis, le repli de Lee sembla justifié, mais pas celui de Johnston. Davis était d’avis que le front de Géorgie aurait dû tenir, si bien que le 17 juillet 1864, il congédia Johnston et le remplaça par le général John B. Hood. Ce dernier sembla déterminé à restaurer cette sorte de mobilité et d’esprit de manœuvre qui avait caractérisé les deux premières années de la guerre pour la Confédération. C’est dans ce contexte que Hood se lança dans une série d’offensives contre les forces supérieures de Sherman à Peachtree Creek (20 juillet) et Atlanta (22 juillet), dans l’espoir d’assainir à Sherman un coup terrible qui le forcerait à retraiter vers le nord.

Les assauts de Hood connurent certains succès tactiques, mais les pertes engendrées diminuèrent de façon dramatique les effectifs de sa propre armée. Pour donner un autre portrait de la situation, mentionnons simplement qu’entre juillet et septembre 1864, les effectifs de l’armée de Hood en Géorgie avaient fondu de moitié. De plus, comme si ce n’était pas assez, les lignes de ravitaillement par chemins de fer autour d’Atlanta furent précipitamment coupées par Sherman, dans un mouvement tactique judicieux qui contraignit Hood à évacuer la capitale géorgienne.

Le général Hood fit face à une situation si désespérée, qu’il se mit à concevoir des plans qui sortirent de la réalité. Par exemple, Hood envisagea d’ignorer carrément la présence de Sherman dans Atlanta, puis de porter ses efforts pour « envahir » à nouveau le Tennessee. Sherman (et à peu près personne) ne comprit où Hood s’en allait avec cette manœuvre, si bien que le général nordiste laissa aller son adversaire, se contentant de se départir d’une petite troupe sous les ordres de George Thomas et John M. Shofield afin de garder un œil sur les Confédérés.

Nullement intimidé par la présence potentielle de l'ennemi sur ses flancs, le général William T. Sherman entreptit à la fin de 1864 une longue marche d'Atlanta à Savannah en Géorgie, avant de monter au nord vers Richmond et faire la jonction avec Grant.

Sherman ne voulut pas se laisser distraire par la manœuvre de Hood, car l’intention du général nordiste était claire: marcher à travers la Géorgie d’Atlanta à Savannah sur la côte. Une autre preuve que Sherman entendait contrôler l’agenda, l’armée de Hood fut brutalement accrochée à la bataille de Franklin (30 novembre). Au lieu d’adopter une posture défensive, compte tenu de ses maigres ressources, Hood ordonna un assaut frontal qui relevait de la pure folie. Non sans surprise, l’assaut fut un échec, voire un massacre qui n’apporta aucun gain, mais davantage de pertes. En conséquence, l’armée de Hood fut mise en déroute et presque complètement anéantie au lendemain de la bataille de Nashville, le 15 décembre. Pendant ce temps, Sherman suivit son plan de marche à travers la Géorgie lors de sa fameuse Marche à la Mer. Ce général agressif ne s’était pas gêné pour faire vivre ses soldats à même le pays. D’une certaine manière, ces pillages de toutes sortes se volaient un message envoyé à la rébellion à l’effet que le gouvernement fédéral disposait de tous les moyens pour asseoir sa domination sur le pays.

Sherman arriva à Savannah la semaine précédant Noël, où il offrit la ville en « cadeau » au président Lincoln. Le général tourna ensuite au nord et marcha à travers la Caroline du Sud en dictant à ses soldats d’adopter le même comportement que lors de leur passage en Géorgie. À Columbia, la capitale de l’état, la majeure partie de la ville brûla, si bien que les historiens ont longuement débattu à savoir si ces incendies étaient délibérés ou accidentels. Pour sa part, Sherman ne s’en formalisa pas, se contentant de dire que toutes ces destructions avaient été engendrées par ceux qui avaient déclenché les hostilités.

1865: la fin

Chose certaine, l’avenir de la Confédération était pour ainsi dire inexistant au tournant de 1864-1865. Un règlement politique du conflit était toujours écarté et ce serait les armes qui parleraient à nouveau, histoire de mater ce que Lincoln considérait être une rébellion depuis 1861. Désespéré, le président confédéré Davis sortit le général Johnston de sa disgrâce et il lui confia un nouveau commandement. Le général engagea ses 21,000 soldats restants contre les 60,000 combattants de Sherman à Bentonville (Caroline du Nord) le 25 mars 1865. Cependant, Johnston dut se rendre à l’évidence que la marche des forces de l’Union était impossible à enrayer.

Photo prise à l'intérieur d'Appomattox Court House. On y voit la table blanche en marbre sur laquelle le général confédéré Robert E. Lee s'est installé pour signer l'acte de capitulation de son armée.

Au niveau stratégique, quiconque observe la situation de près se rend compte que l’étau se resserre autour de Lee qui se trouve dans Richmond. En effet, Grant arriva par le nord, puis Sherman par le sud, à travers la Caroline du Nord. Les retranchements de Lee se trouvant dans Richmond et à Petersburg un peu plus au sud furent durement mis à l’épreuve. Grant lança le 1er avril une offensive à Five Forks, près de Pertersburg, que Lee dut évacuer à la hâte. Le seul espoir de Lee de prolonger quelque peu la lutte aurait été de faire la liaison avec la petite armée de Johnston qui se trouvait en Caroline du Nord dans le but de conduire un assaut final.

Or, Lee fut coupé de Johnston par la présence de l’ennemi dans Appomattox Court House (Virginie), ce qui signifia que tout espoir était vain. De toute façon, Lee avait pris la décision de capituler, ce qui se produisit en effet à Appomattox Court House le 9 avril. Pour sa part, Johnston se rendit à Sherman près de Durham Station (Caroline du Nord) le 26 avril suivant, ce qui marqua virtuellement la fin des hostilités.

Il y eut quelques capitulations plus tardives, comme celle des troupes confédérées du Texas en mai, puis celle du capitaine de vaisseau James I. Waddell. Ce dernier préféra se rendre avec l’équipage de son navire CSS Shenandoah aux Britanniques le 6 novembre de la même année.

Pendant ce temps, à Washington, alors que l’on célébrait la fin de la guerre la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis, et que l’on préparait ce grand mouvement de réconciliation nationale, un individu nommé John Wilkes Booth assassina le président Lincoln au théâtre Ford, le 14 avril 1865. À l’instar de la guerre, l’assassinat de Lincoln aura eu aussi des conséquences incalculables sur l’évolution de l’histoire de cette nation qui demeurait encore divisée sur ses antagonismes de toutes sortes: disparités économiques nord-sud, différentes mentalités, esclavage…

Scène de Mort Kunstler illustrant la capitulation des forces confédérées en avril 1865. Nous retranscrivons ici un extrait de la légende qui figure sur cette oeuvre: "They faced each other in two long straight lines - just as they had so many times before on so many bloody fields of fire. This time was different. (...) At Chamberlain's command, the Northern troops receiving the surrender shifted their weapons to "carry arms" - a soldier's salute, delivered in respect to the defeated Southerners standing before them. Confederate General John B. Gordon, immediately recognized this remarkable, generous gesture offered by fellow Americans - and responded with a like salute. Honor answering honor. Then it was over. And a new day had begun - built on this salute of honor at Appomattox. Former foes both North and South - in mutual respect and mutual toleration - now faced the future together. As Americans all."

La Guerre civile américaine (1861-1865, 1ère partie)

Introduction

La Guerre civile américaine de 1861 à 1865, qui fut de loin le conflit le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis, constitua aux plans politique, social et culturel un tournant majeur qui vit une refonte complète des bases sur lesquelles s’était édifiée la nation américaine. La guerre transforma à jamais le pays en renforçant les pouvoirs du gouvernement central au détriment de celui des états, comme elle vit une modification en profondeur du système économique et celui des infrastructures de transport. En dépit des pertes en vies humaines (qui sont estimées à 620,000, soit plus que toutes les autres guerres américaines réunies) et de la destruction massive (surtout dans les états du Sud), la Guerre civile américaine ne mit pas seulement fin à l’esclavage, mais elle finit par mettre en place les conditions qui allaient faire des États-Unis une future puissance mondiale.

La Guerre civile américaine fut aussi le premier conflit de type « moderne » dans lequel la nation expérimenta à grands frais l’émergence d’un large éventail de nouvelles technologies militaires. À notre avis, la plus remarquable (et meurtrière) de ces technologies fut l’introduction à grande échelle du mousquet à canon rayé qui tirait la très dangereuse cartouche Minié, soit le Springfield 1861, ce qui permit aux fantassins d’étendre de 80 à 800 mètres la portée du tir.

Cette technologie rendit les assauts frontaux des plus dangereux et elle contribua en conséquence au taux élevé de pertes enregistrées au cours de ce conflit. De plus, la Guerre civile américaine vit l’emploi massif de nouveaux moyens de communication tels le télégraphe et les chemins de fer, en plus du recours aux premiers navires de guerre cuirassés, des sous-marins et des ballons à air chaud pour l’observation. Notons également que les armées prirent soin à s’enterrer dans des systèmes de tranchées relativement sophistiquées. Cela fut particulièrement le cas au cours de la dernière année de la guerre, ce qui laissa présager la nature des combats du XXe siècle, comme lors de la Première Guerre mondiale.

Carte des États-Unis à l'époque de la Guerre civile. Les états colorés en gris représentent ceux où l'on pratiquait l'esclavage.

La sécession: la joute politique et l’incident de Fort Sumter (1860-1861)

Abraham Lincoln, le Président des États-Unis d'Amérique de 1860 à 1865.

Bien que les différends qui affectaient les relations entre les états du Nord et ceux du Sud des États-Unis avant la guerre furent nombreux, le problème qui en apparence semblait insolvable, et qui symbolisait par-dessus tout la division, était celui de l’esclavage. Plus précisément, il s’agissait de la question de l’expansion de l’esclavage dans les territoires de l’Ouest américain, qui un jour deviendraient à leur tour des états. En 1860, Abraham Lincoln fut élu chef du nouveau Parti Républicain et il devint par conséquent le candidat de cette formation pour les prochaines élections présidentielles à Washington. Lincoln fit campagne en 1860 sur une plate-forme électorale qui reposait sur la promesse qu’il n’allait pas interférer, ni empêcher le développement de l’esclavage dans les états où il existait déjà. Lincoln promit également qu’il ferait tout en son pouvoir afin d’empêcher que l’esclavage ne s’étende vers l’Ouest.

De leur côté, les Sudistes étaient convaincus que sans une expansion, l’esclavage serait appelé à s’éteindre. À la surprise générale, lorsque Lincoln fut élu Président des États-Unis en 1860 (bien qu’étant le moins populaire et le moins connu parmi les quatre candidats qui s’étaient présentés), l’état de la Caroline du Sud réagit durement en faisant sécession du reste de l’Union, le 20 décembre de la même année. Six autres états empruntèrent à leur tour la voie sécessionniste et, lorsque Lincoln prêta serment comme président le 4 mars 1861, ces sept états (Caroline du Sud, Mississippi, Floride, Alabama, Géorgie, Louisiane et Texas) formèrent les États confédérés d’Amérique (Confederate States of America) et ils nommèrent Jefferson Davis au titre de Président.

Jefferson Davis, le Président des États confédérés d'Amérique de 1861 à 1865.

À partir du moment où il s’installa à Washington, le président Lincoln fut confronté à une situation pour le moins inaltérable. Il ne crut pas que la sécession des états confédérés fut légitime d’un point de vue constitutionnel. Son idée était que dans une démocratie, la minorité avait une obligation d’accepter la décision de la majorité, sinon les élections ne signifieraient rien finalement. Par conséquent, Lincoln insista afin que l’Union ne soit pas fragmentée.

Dans le but de concrétiser sa parole en geste, Lincoln dépêcha une expédition militaire à Fort Sumter en Caroline du Sud. L’objectif principal de cette expédition était de prêter assistance au major Robert Anderson qui commandait une petite garnison de troupes fédérales sur cette île. Situé au milieu de l’estuaire portuaire de Charleston, le Fort Sumter fut rapidement encerclé par des forces confédérées, ce qui n’améliora en rien une situation déjà tendue.

Avant que le tout ne dégénère, Lincoln avait clairement averti le gouverneur de la Caroline du Sud Francis Pickens de ses intentions. Pickens relaya alors l’information au Président Davis. Déterminé à ce que le Sud entame son destin politique par un énoncé public fort, Davis ordonna au brigadier-général Pierre Beauregard d’exiger la capitulation du major Anderson dans Fort Sumter. Si ce dernier venait à refuser, Beauregard avait alors carte blanche pour disposer de Fort Sumter par la force si nécessaire. Quelques minutes après la fin de l’ultimatum, l’artillerie confédérée ouvrit le feu sur Fort Sumter, un peu après 4h, le 12 avril 1861.

La Guerre civile américaine avait commencé.

Représentation du pilonnage de Fort Sumter par l'artillerie confédérée en avril 1861.

La donne stratégique initiale

Le jour suivant la capitulation de Fort Sumter, le 14 avril, Lincoln lança un appel public afin de recruter des volontaires qui iraient « supprimer » ce que l’on considérait être une insurrection localisée. Pour sa part, la Confédération interpréta ce mot d’ordre de Lincoln comme une déclaration de guerre, si bien que quatre autres états limitrophes du Nord (Caroline du Nord, Tennessee, Arkansas et Virginie), qui attendaient de voir quelle direction allait prendre la crise, décidèrent finalement de joindre la Confédération. Reconnaissant alors l’importance de la riche Virginie pour son succès futur, le gouvernement confédéré déménagea sa capitale de Montgomery (Alabama) vers Richmond.

Dès le début du conflit, l’attention du public se concentra sur les campagnes militaires qui allaient démarrer dans le nord de la Virginie. Il faut noter que les deux capitales, Richmond et Washington, ne sont séparées que par 160 kilomètres, si bien que plusieurs des grandes batailles de la Guerre civile américaine entre l’Armée de l’Union du Potomac et l’Armée confédérée de Virginie du Nord se sont livrées à l’intérieur de ce corridor. Par contre, il ne faut pas oublier qu’en plus du théâtre virginien des opérations, d’autres campagnes allaient être conduites plus à l’ouest, dans une zone globalement définie entre les montagnes appalachiennes et le fleuve Mississippi. Ces campagnes furent aussi importantes, sinon décisives par moment sur l’issue de la guerre.

Carte illustrant les principales campagnes militaires de la Guerre civile, de 1861 à 1865. (Cliquez pour un agrandissement.)

Dans cet ordre d’idées, Lincoln fut dorénavant un président qui exerça son mandat en temps de guerre, soit un homme d’État qui s’empressa de se tourner vers le général de l’armée qui eut alors le plus d’ancienneté pour y recevoir des conseils. Ce général était Winfield Scott, d’origine virginienne, et qui était en fait un général nommé à ce grade en 1814. Sa loyauté à l’Union ne faisait ainsi aucun doute. Ce que Scott proposa à Lincoln fut un plan de campagne divisé en trois parties, qui fut subséquemment (et péjorativement) nommé le Plan Anaconda en référence à ces variétés de serpents aquatiques.

Ce plan reposait sur une prémisse somme toute assez simple. L’idée fut de faire réaliser au Sud à quel point l’économie de ses états était dépendante de celle du Nord pour leur survie. Pour ce faire, Scott suggéra que le Nord maintienne, dans un premier temps, une imposante armée de terre positionnée dans le corridor Washington-Richmond précédemment évoqué afin de fixer les forces ennemies. Deuxièmement, que l’on procède au blocus naval de la côte et des principaux ports sudistes avec la U.S. Navy et, enfin, envoyer sur une base régulière des expéditions du nord au sud de l’axe fluvial du Mississippi dans le but de couper en deux la Confédération par l’isolement du Texas, de la Louisiane et de l’Arkansas. Bien que les espoirs de Scott d’une guerre courte et peu sanglante n’aient nullement survécu au test de la réalité, son grand plan stratégique servit néanmoins de principale assise à partir de laquelle le Nord conduisit les hostilités.

Carte caricaturale illustrant, non sans ironie, les doutes quant à la validité du Plan Anaconda conçu par le général Winfield Scott en 1861.

La mobilisation et les premiers affrontements

De son côté, l’opinion publique dans le Nord ne voulut pas attendre que le Sud ne réalise son « erreur » d’être entrée en guerre afin de se mobiliser et marcher sur Richmond. Dans ce contexte, l’appel aux volontaires de Lincoln se basait sur la loi de la milice de 1792 (1792 Militia Act) qui autorisait le président à demander aux milices de chaque état de se mobiliser pour une période de 90 jours, mais le problème était que dès le mois de juillet 1861 (la guerre débute en avril), le délai serait expiré. Par conséquent, Lincoln pressa ses commandants militaires, qui s’étaient rassemblés à Washington avec leurs troupes, de lancer une offensive, même si ces soldats étaient inexpérimentés, selon l’avis du général en chef Irvin McDowell, qui avait pris soin d’en informer le président. Lincoln lui rétorqua qu’il était vrai que ces soldats étaient inexpérimentés, mais la situation était similaire dans le camp ennemi. Contraint d’agir, McDowell fit marcher ses hommes vers le sud, dans le but de se positionner à la jonction ferroviaire située à Manassas (Virginie).

Cette première bataille de Bull Run ou de Manassas (les Confédérés nommant généralement leurs engagements selon la localité la plus proche, alors que les partisans de l’Union le font à partir du nom du cours d’eau avoisinant) prit place le 21 juillet 1861. D’emblée, la première conclusion qui vient à l’esprit est à l’effet que la guerre n’allait pas se gagner en un seul engagement. McDowell exécuta une manœuvre dans le but de contourner le flanc des forces confédérées le long du ruisseau Bull Run. Les Sudistes étaient alors commandées par Pierre Beauregard, qui était considéré comme le « héros » de Fort Sumter. Cette attaque de flanc des Nordistes se buta sur la colline Henry House, où le colonel Thomas Jackson tint son front comme un mur, d’où son surnom de Stonewall Jackson qui lui fut accolé par la suite. À la fin de la journée, des renforts confédérés arrivés entre autres par chemins de fer contraignirent les soldats de l’Union à reculer dans une retraite désorganisée qui frôla la déroute. Le Sud put ainsi réclamer ses premiers lauriers.

Peinture du célèbre artiste Mort Kunstler illustrant le colonel Stonewall Jackson à la première bataille de Manassas (21 juillet 1861). À noter que Jackson porte un uniforme bleu, de l'époque où il était officier et professeur à l'Institut militaire de Virginie avant la guerre.

La suite d’Anaconda: guerre navale et économique

Pendant ce temps, considérant que la guerre sera plus longue que prévu suite à la défaite de Bull Run, la marine de l’Union s’affaira à construire ses forces afin de mettre à exécution le plan du blocus naval des états du Sud, conformément à une déclaration publique qu’avait faite Lincoln en ce sens. La marine connut une fulgurante expansion de 90 à 600 navires de guerre et le blocus, qui fut relativement inefficace au départ, se resserra de plus en plus.

Étrangement, environ 75% des embarcations rapides qui tentèrent de percer le blocus y parvinrent, mais la seule présence de cet étau convainquit nombre de marines marchandes du monde à ne plus s’essayer à le traverser. La conséquence fut que la quantité totale des échanges commerciaux sous forme d’importations et d’exportations déclina dangereusement pour n’atteindre que 15% du volume d’avant-guerre dans certains états. Précisons cependant que ce blocus naval n’eut que peu d’impacts sur les batailles terrestres, mais il eut assurément un effet néfaste à long terme sur l’économie de la Confédération, avec comme conséquences visibles des carences en ravitaillement et une inflation incontrôlée.

Pour entretenir ce blocus, la marine du Nord dépendait du charbon et de bases de proximité le long de la côte atlantique sud. C’est en ce sens qu’en novembre 1861, la flotte à vapeur de Samuel F. Du Pont, un officier supérieur de la marine nordiste, parvint à capturer Port Royal (Caroline du Sud), démontrant ainsi à quel point les défenses côtières sudistes étaient faibles. En conséquence, la Confédération prit la décision d’abandonner tout effort sérieux de défense des côtes maritimes, sauf pour une demi-douzaine de ports stratégiques tels Galveston (Texas), la Nouvelle-Orléans, Mobile (Alabama), Savannah (Géorgie), Charleston (Caroline du Sud) et Wilmington (Caroline du Nord).

La marine de l’Union joua aussi un rôle prépondérant dans le théâtre ouest des opérations sur les rivières Tennessee, Cumberland et le fleuve Mississippi. À titre d’exemple, le 6 février 1862, un escadron composé de quatre canonnières cuirassées sous les ordres d’Andrew H. Foote attaqua puis s’empara de Fort Henry sur la rivière Tennessee. Dix jours plus tard, le brigadier-général Ulysses S. Grant prit Fort Donelson sur la rivière Cumberland. Il est à noter que ces engagements à petite échelle eurent malgré tout des impacts stratégiques considérables, en ce sens où ils accordèrent à l’Union le contrôle simultané des rivières Tennessee et Cumberland, en plus de couper les communications ferroviaires confédérées d’est en ouest. Ce faisant, les forces confédérées déployées dans l’état du Tennessee durent se replier plus au sud, dans le nord du Mississippi.

Vue de la rivière Cumberland à partir du Fort Donelson.

C’est alors qu’en avril suivant, une force combinée navale et terrestre de l’Union parvint à sécuriser ce qui était considéré comme le bastion confédéré sur la rivière Mississippi, à savoir l’Île no. 10. Le même mois, le commandant naval nordiste David G. Farragut put avancer sa flotte à travers les forts qui gardèrent la Nouvelle-Orléans et prendre la ville, la plus importante de la Confédération en terme de population.

L’une des raisons qui expliquent pourquoi Farragut rencontra une faible opposition réside dans le fait que la Confédération en était alors à consolider ses forces pour une contre-offensive contre Grant, un peu plus au nord-ouest vers Fort Donelson. En effet, une fois le fort prit, Grant avança au sud sur la rivière Tennessee jusqu’à Pittsburgh Landing, près d’une petite église de campagne nommée Shiloh. Là, le 6 avril 1862, les forces confédérées sous le commandement du général Albert S. Johnston prirent Grant par surprise au cours d’un violent assaut qui força les soldats de l’Union à se replier vers la rivière Tennessee. Par contre, Grant ordonna une contre-attaque pour le lendemain et il parvint à reprendre le terrain perdu la veille.

Plus encore qu’à Manassas l’année précédente, on peut penser que Shiloh fut la première bataille qui démontra hors de tout doute à quel point la Guerre civile américaine serait sanglante. Près de 24,000 hommes furent tués, blessés ou capturés en seulement deux journées d’affrontements, ce qui constitua un taux de pertes sept fois plus élevé qu’à Manassas.

Illustration de la bataille de Shiloh (Tennessee) d'avril 1862.

Une occasion manquée: la Campagne Péninsulaire (printemps 1862)

Au lendemain du choc et du désappointement occasionnés par la défaite à Bull Run, les forces de l’Union entreprirent de se réorganiser. McDowell fut remplacé par un général plus jeune (et apparemment confiant) nommé George B. McClellan. Après avoir passé l’hiver 1861-1862 à entraîner et faire manœuvrer ses troupes, McClellan envisagea la capture de la capitale confédérée Richmond pour le printemps de 1862. Le plan de McClellan consistait en un mouvement amphibie d’envergure contre Fort Monroe, qui se trouvait à la pointe de la péninsule formée par les rivières York et James. C’est pour cette raison que la campagne que McClellan allait entreprendre allait se nommer la Campagne Péninsulaire.

Cependant, il en fallut de peu pour que le plan de McClellan ne vît jamais le jour. En effet, le navire de guerre confédéré CSS Virginia, qui avait été construit à partir de l’épave du navire nordiste USS Merrimack, un bâtiment abandonné par les Nordistes lorsqu’ils évacuèrent précédemment Norfolk, fut le premier et plus célèbre navire de guerre cuirassé propulsé par la vapeur. Le CSS Virginia fit une sortie en mer à la hauteur de Hampton Roads, près du Fort Monroe, le 9 mars 1862. Il parvint à couler deux navires de guerre ennemis, avant d’être lui-même entraîné dans un violent affrontement le jour suivant avec le navire blindé à vapeur USS Monitor. Le résultat de l’engagement se conclut par une partie nulle, mais le CSS Virginia dut se replier et la voie terrestre vers Fort Monroe fut dégagée, ce qui permit le débarquement de l’armée de McClellan.

Le CSS Virginia à l'assaut des navires de guerre (en bois) fédéraux, avant l'arrivée de son rival le USS Monitor, dans la rade de Hampton Roads (mars 1862).

Par contre, McClellan s’avéra être un commandant prudent (peut-être trop selon ses critiques). Il était en effet hésitant à pousser ses forces vers l’avant, et ce, tant et aussi longtemps qu’il considérait que tous les éléments de sa vaste armée n’étaient pas en position. Cela étant, bien que les forces confédérées lui faisant face semblaient faibles selon ce qu’indiquaient les reconnaissances, le délai que s’imposa McClellan donna la chance à l’ennemi d’envoyer des renforts. Donc, vers la fin de mai 1862, l’armée confédérée aux alentours de Richmond, sous le commandement de Joseph E. Johnston, fut presque aussi puissante que celle de McClellan. Johnston attaqua son adversaire à la bataille de Seven Pines le 31 mai.

En dépit du fait que les Confédérés parvinrent à repousser les forces fédérales d’un kilomètre et demi vers la mer, l’assaut ne peut être perçu comme un succès qui aurait permis au Sud de renverser le tempo. Seule « bonne nouvelle » pour le Nord, dans ces circonstances: le très capable général Johnston fut grièvement blessé. Le président Davis nomma alors le général Robert E. Lee à la tête de l’Armée de Virginie.

Le premier geste posé par Lee fut d’en appeler à Stonewall Jackson afin d’obtenir des renforts de la vallée de la Shenandoah, où Jackson donnait du fil à retorde aux forces de l’Union dans se secteur à l’ouest de la Virginie. Ce surcroît de troupes sudistes permit à Lee d’engager une véritable lutte d’usure contre McClellan, dans ce qu’on appela ultérieurement les batailles des Sept Jours (Seven Days’ Battles), du 25 juin au 1er juillet 1862. Aucun des assauts de Lee ne permit un gain quelconque d’ordre stratégique, ni même une percée tactique, mais ces assauts soutenus affectèrent l’état d’esprit et le comportement de McClellan.

Les généraux qui s'affrontèrent à la bataille des Sept Jours (été 1862). À gauche, George McClellan. À droite, Robert Lee.

Prétextant qu’il était largement inférieur en nombre (ce qui était faux), McClellan ordonna le repli de son armée vers les rives de la rivière James afin d’être sous le couvert des canons de la marine près de la côte. Les batailles des Sept Jours furent, elles aussi, coûteuses en vies humaines. L’armée de Lee perdit plus de 20,000 hommes et celle de McClellan environ 15,000. Comme nous l’avons mentionné, ces affrontements avaient affecté l’état d’esprit du commandant nordiste. Cela se vit par les appels nombreux et incessants de McClellan à Lincoln afin que ce dernier lui envoie des renforts, jusqu’au moment où Lincoln se fatigua et ordonna à McClellan et à son armée de rentrer à Washington.

De Bull Run à Fredericksburg (août – décembre 1862)

Pendant ce temps, en plus de son Armée du Potomac, l’Union mobilisait une autre armée, celle de Virginie sous les ordres du major-général John Pope, à qui on avait donné le crédit de la victoire à l’Île no. 10 au moins d’avril précédent. De son côté, lorsqu’il devint évident que les forces de l’Union étaient en train de se retirer de la péninsule, Lee décida de faire mouvement vers le nord pour affronter Pope et sa nouvelle armée.

La bataille eut lieu le 30 août 1862, encore une fois à Bull Run. Cette seconde bataille en ce lieu se solda par une victoire convaincante des Confédérés. Pope en sortit discrédité, car non seulement il fut défait, mais Lee put prendre cette fois l’initiative pour porter le prochain coup à sa guise. Dans le but de maintenir cette cadence opérationnelle, Lee décida de faire traverser le Potomac à son armée et la déployer au Maryland, où il espérait enrôler de nouvelles recrues et porter la guerre en dehors de sa bien-aimée Virginie natale, qui avait largement fait les frais de la guerre jusqu’à présent.

Des Afro-Américains fuient la zone des combats dans le contexte de la seconde bataille de Manassas d'août 1862.

Est-ce que cette manœuvre stratégique de Lee aurait pu réussir? Rien n’est impossible dans ce cas, mais il arrive parfois dans l’Histoire où certains incidents dictent la tournure finale des événements. Ce fut le cas pour Lee, dans la mesure où un soldat de l’Union mit la main sur une copie de ses ordres (qu’on appela l’Ordre no. 191) dans un champ près de Frederick (Maryland). En lisant le document, le général McClellan apprit non seulement où se trouvait son adversaire, mais aussi où il comptait se diriger.

Empreint d’une promptitude qui ne lui semblait plus caractéristique, McClellan partit à la poursuite de Lee, tentant de faire son chemin à travers certains engagements mineurs visant à le retarder, jusqu’à ce qu’il arrive sur les rives du ruisseau Antietam. Cette position surplombait quelque peu l’armée de Lee, qui se trouvait non loin, dans une petite ville nommée Sharpsburg. Évidemment, même s’il aurait préféré se battre ailleurs, le général confédéré savait que son rival s’approchait. Il prit alors la décision de ne pas bouger, préférant ainsi rassembler ses forces dispersées et sécuriser la localité de Harper’s Ferry, où se trouvait un important arsenal fédéral. Lorsqu’on l’informa que cet objectif était sécurisé et que son armée serait bientôt réunifiée, Lee décida de rester dans Sharpsburg, consolider son front, puis attendre l’assaut de McClellan. Ce fut une décision audacieuse, mais risquée, quoique Lee fut confiant en la force combattive de ses soldats.

Le jour de la bataille d’Antietam (Sharpsburg), le 17 septembre 1862, fut le plus meurtrier de la Guerre civile américaine, de même que de toute l’histoire militaire des États-Unis, avec plus de 22,000 hommes qui tombèrent, dont quelque 3,600 tués. Le général McClellan disposait d’une large supériorité numérique, mais il sacrifia cet avantage en envoyant ses divisions d’infanterie à tour de rôle, en formation dite d’« échelon » et, plus tard dans la journée, il retint la division du général Fitzjohn Porter en réserve en cas de désastre.

Comme on peut le penser, si McClellan avait autorisé le déploiement du corps de Porter, le Nord aurait peut-être pu remporter une victoire décisive, un succès qui aurait assurément eu un impact considérable sur l’issu de la guerre. À la place, Lee fut en mesure de tenir le coup jusqu’à la tombée du jour puis, après une journée étrangement calme le lendemain, il s’échappa avec ce qui restait de son armée. Il repassa le Potomac pour revenir en Virginie.

Le champ de bataille d'Antietam vu à partir des positions confédérées. Au moment d'écrire ces lignes, le 17 septembre 1862 demeure la journée la plus meurtrière de l'histoire militaire des États-Unis.

Une conséquence importante de cette bataille sans lendemain fut qu’elle fournit à Lincoln la victoire (relative) qu’il avait besoin afin d’émettre la Proclamation d’émancipation. La qualifiant de « mesure de guerre », Lincoln déclara que dans toutes les zones qui seraient encore sous le contrôle de la rébellion au 1er janvier 1863, le droit de posséder des esclaves serait aboli, ce qui signifie que ceux-ci deviendraient libres. Lincoln se doutait qu’il ne pourrait pas mettre sa déclaration à exécution, tant et aussi longtemps que l’Union n’aurait pas remporté la guerre. Par contre, si la victoire était acquise, il deviendrait à peu près sûr que l’esclavage disparaîtrait.

Entre temps, sur le terrain, le président américain commença à perdre patience face à son général McClellan, que l’on surnommait plus ou moins péjorativement le « Petit Napoléon ». Au lendemain d’Antietam, celui-ci revint à son habitude prudente, préférant se déplacer lentement et appelant sans cesse des renforts. N’ayant pu apporter la victoire, ni répondre aux espoirs du peuple et de la classe politique de l’Union, McClellan fut congédié par Lincoln qui le remplaça par un général que l’on disait être plus agressif: Ambrose Burnside.

Le président Lincoln discutant avec son jeune général McClellan en octobre 1862, dans les semaines qui suivirent la sanglante bataille d'Antietam. N'ayant pu fournir à la classe politique la victoire définitive qu'elle réclamait, les jours de McClellan à la tête de l'Armée du Potomac étaient comptés.

Sachant très bien que sa nomination était attribuable à la piètre reddition de comptes de son prédécesseur, Burnisde porta son armée dans le nord de la Virginie, à la hauteur de la rivière Rappahannock près de Fredericksburg, dans l’espoir de tourner le flanc droit de Lee. Très large, la rivière Rappahannock constituait un obstacle naturel considérable et Burnside s’en rendit rapidement compte. Il avait alors demandé d’urgence à Washington qu’on lui fournisse une aide logistique sous forme de larges pontons.

Le problème fut que ces pontons n’arrivèrent pas à temps, ou du moins pas assez rapidement au goût de Burnside. Non sans surprise, cela fournit à Lee tout le temps nécessaire pour constituer son dispositif défensif, anéantissant du coup tout effet de surprise. La bataille de Fredericksburg qui s’ensuit (13 décembre 1862) fut un massacre pour les forces de l’Union. En plein hiver, Burnside envoya ses vagues d’assaut les unes après les autres, directement contre les hauteurs nommées Maryes’s Heights où s’étaient retranchées les troupes confédérées derrière un solide mur de pierres. À la fin de la journée, quelque 12,000 soldats de l’Union reposaient morts ou blessés sur la pente de la colline, tandis que les pertes confédérées s’élevèrent à 5,000 combattants.

Peinture de Mort Kunstler illustrant l'assaut de Maryes's Heights par le 20e Régiment d'Infanterie du Maine. Comme d'autres unités, ce régiment fut décimé sous le feu d'un ennemi bien entranché sur les hauteurs, derrière un mur de pierres.

Conclusion: la fin de l’année 1862

L’année 1862 se termina sur une note sanglante et particulièrement décourageante pour le Nord, qui n’avait pu conclure la victoire rapide tant espérée. Par contre, les succès de la Confédération demeurèrent relatifs, dans la mesure où quiconque à l’époque observant le potentiel militaro-industriel des deux camps put se rendre compte qu’à terme, le Sud ne disposa pas des ressources suffisantes pour remporter la lutte.

Après l’hécatombe de Fredericksburg sur le front virginien, on examina la situation sur les autres théâtres d’opérations. À l’automne, le général confédéré Braxton Bragg (qui avait succédé à Beauregard) fit usage du système ferroviaire du Sud afin de transférer son armée du Mississippi vers le Tennessee, puis de là, il fit marcher ses hommes encore plus au nord vers le Kentucky. Bragg se fit accrocher puis battre à la bataille de Perryville (8 octobre 1862), ce qui le contraint à se replier à nouveau au Tennessee. Là, il fut à nouveau attaqué par un nouveau commandant nordiste, le général William S. Rosecrans, à la bataille de Stones River (Murfreesboro), le dernier jour de l’année 1862. À sa décharge, Bragg avait anticipé le geste de Rosecrans en tentant de le prendre de court par un bref assaut qui faillit réussir. Par contre, le front nordiste tint le coup et, après une autre tentative ratée le 2 janvier 1863, Bragg se décida enfin à retraiter, abandonnant tout espoir de menacer le front nordiste à la hauteur du Kentucky.

(La suite dans le prochain article…)

La ségrégation et la gloire: les soldats afro-américains

Affiche de propagande datant de la guerre de 1914-1918 et montrant des combattants noirs du 369e Régiment d'Infanterie, avec le père de l'émancipation noire, l'ancien Président Abraham Lincoln.

Les soldats de race noire de l’armée américaine ont combattu dans à peu près toutes les guerres livrées par les États-Unis, des affrontements de la Révolution jusqu’aux plus récentes campagnes d’Irak et d’Afghanistan.

Lors de la Révolution américaine, on remarque la présence d’un soldat noir nommé Salem Poor qui a combattu à Bunker Hill (1775), la première bataille majeure du conflit. Par contre, d’autres combattants noirs s’ajoutèrent. Qu’ils soient des hommes libres ou des esclaves (à qui on avait promis la liberté à la fin du conflit), ceux-ci furent représentés dans les rangs de l’Armée continentale. On recense environ 5,000 soldats noirs qui servirent jusqu’à la fin des hostilités, ce qui représente environ 2% des effectifs de cette armée.

En 1778, alors que les enrôlements blancs diminuèrent, les gouvernements des états encouragèrent le recrutement de volontaires noirs. Par exemple, les Noirs servirent sur les vaisseaux de la marine continentale puis américaine, et la U.S. Navy poursuivit le recrutement de marins noirs pendant le siècle suivant. Cependant, et en particulier pour l’armée de terre après 1783, la politique généralement en vigueur consista à exclure les Noirs des effectifs réguliers du temps de paix.

En 1812, dans le contexte d’une nouvelle guerre contre l’Angleterre, les faibles effectifs de l’armée régulière américaine amenèrent le gouvernement à recruter à nouveau des volontaires noirs. Ceux-ci servirent lors des batailles sur le Lac Érié jusqu’à celle de la Nouvelle-Orléans. Quelques décennies plus tard, pendant la guerre américano-mexicaine (1846-1848), des esclaves et hommes libres noirs servirent comme auxiliaires logistiques aux unités blanches combattantes levées par les états, qui en passant avaient interdit aux Noirs d’évoluer dans leurs rangs. Dans ce contexte, le stéréotype véhiculé était à l’effet que les Noirs ne constituaient pas d’aussi bons soldats que les Blancs.

De 1861 à 1862, en pleine Guerre civile américaine, la plupart des nordistes et des sudistes s’opposaient au service militaire des Noirs dans leurs armées respectives, bien qu’à l’instar de la guerre révolutionnaire, la marine nordiste accepta des milliers de Noirs lors de sa phase d’expansion. En 1863, le Président Abraham Lincoln autorisa la levée d’unités noires nommées U.S. Colored Troops. Sans surprise, celles-ci allaient combler le besoin du gouvernement fédéral d’augmenter les effectifs de l’armée, car les enrôlements volontaires blancs diminuèrent à cette époque. De plus, à mesure que progressait le conflit, la question de l’esclavage et de son abolition constituait une valable source de motivation à l’enrôlement noir, d’autant que la cause sudiste perdait de son prestige dans la phase finale des hostilités.

Illustration représentant des soldats du 54e Régiment de Volontaires du Massachusetts à l'assaut de Fort Wagner (Caroline du Sud) le 18 juillet 1863.

La plupart des 200,000 soldats noirs de la Guerre civile américaine (qui représentaient 10% des effectifs de l’armée et 25% de ceux de la marine de l’Union) servirent généralement en appui aux unités blanches combattantes. Les Noirs aménageaient des dispositifs défensifs, servaient de forces de garnison et protégeaient les lignes de communications et de ravitaillements. Par contre, certaines unités d’infanterie combattirent en première ligne, comme ce fut le cas lors des batailles de Port Hudson (Louisiane), de Fort Wagner (Caroline du Sud), de même qu’à Petersburg et Appomattox (Virginie).

En 1866, le Congrès américain autorisa les Noirs à s’enrôler dans l’armée du temps de paix, si bien que l’on put entretenir quatre régiments distincts noirs commandés par des officiers blancs, comme au temps de la Guerre civile. Ces troupes, respectueusement surnommées les Buffalo Soldiers par les Indiens, servirent dans les états de l’ancienne Confédération aux fins de la reconstruction, mais elles furent aussi déployées contre les tribus indiennes lors de la conquête de l’Ouest. Notons également qu’ils étaient rares les cadets noirs admis à l’école des officiers de West Point à la même époque.

Pendant la guerre hispano-américaine de 1898, des cavaliers noirs prirent d’assaut les hauteurs de San Juan à Cuba et d’autres fantassins noirs combattirent également lors de la guerre contre les Philippines. Malgré tout, la situation était loin d’être rose pour les soldats afro-américains, selon les époques. À titre d’exemple, les antagonismes ségrégationnistes se manifestèrent lors d’émeutes au Texas, des incidents dans lesquels des soldats noirs furent impliqués, comme à Brownsville en 1906 et à Houston en 1917.

Illustration de soldats démontés du 9e Régiment de Cavalerie prenant part à l'assaut des hauteurs de San Juan (Cuba) lors de la guerre hispano-américaine de 1898.

Pendant la Première Guerre mondiale, les partisans de la cause noire firent pression auprès du Président Woodrow Wilson afin que soient levées d’autres unités noires distinctes en plus des quatre régiments précédemment mentionnés. La plupart des 380,000 Afro-américains en uniforme furent cependant éloignés de la zone des combats en France. Une fois de plus, ils servirent comme unités de support logistique ou dans la marine, en particulier dans les salles des machines ou comme stewards dans les salles à manger. Il faut néanmoins préciser que des soldats noirs participèrent aux combats. Il s’agit ici de ceux qui faisaient partie de la 93e Division d’infanterie qui combattit dans un secteur français sur le front de l’Ouest et qui se distingua sur les champs de bataille. Les régiments de cette division relevaient du commandement français et ils combattirent avec des équipements fournis par la France.

Des combattants du 369e Régiment d'Infanterie portant fièrement leurs décorations françaises. Ceux-ci furent surnommés les "Harlem Hell Fighters" et ils combattirent lors de la guerre de 1914-1918 sous le commandement français.

Le problème de la ségrégation se poursuivit lors de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque les Japonais attaquèrent la base navale de Pearl Harbor en décembre 1941, des soldats noirs furent cités à l’ordre de l’armée pour leur bravoure, mais les perceptions négatives face à leurs capacités combattantes persistèrent. Les élites noires et leurs partisans, dont Eleanor Roosevelt, firent à nouveau des pressions afin que les volontaires noirs puissent servir dans des unités combattantes. À cet effet, les Noirs furent autorisés à s’enrôler, par exemple, dans le Corps des Marines le 1er juin 1942. Sous la supervision d’officiers blancs, des Noirs purent aussi servir dans la marine de combat. Considérant l’aspect technique du métier de marin, le but était de vérifier leurs compétences dans l’exécution de certaines tâches, comme si, non sans arrière-pensée, les Noirs ne pouvaient pas fournir un travail de qualité égale à celui des Blancs.

Sur les 16 millions d’Américains ayant porté l’uniforme au cours de la Seconde Guerre mondiale, environ 900,000 étaient de race noire. En 1945, la marine avait accordé des commissions d’officiers à des Noirs, de même que l’aviation avait admis dans ses rangs des officiers noirs qui s’entraînaient pour devenir pilotes à l’Institut Tuskegee situé en Alabama. Pour la première fois, des Noirs allaient voler dans des escadrons de combat en Europe, même que l’un d’eux, Benjamin O. Davis Sr., allait être promu au rang de brigadier-général d’aviation. D’autres Noirs, ceux-ci des fantassins, allaient également combattre au front, ce qui fut particulièrement le cas lors de la bataille des Ardennes (1944-1945).

Des artilleurs sur la ligne de front pendant la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de la guerre, le Président Harry Truman émit un décret en 1948 qui autorisa les Noirs à occuper davantage de postes de commandement au sein de l’armée. D’abord, le décret autorisa le recrutement d’un plus grand nombre d’Afro-américains, tout en éliminant l’entraînement ségrégationniste. Concrètement, cela signifia que les réformateurs entreprirent de « dé-ségrégationner » les installations militaires et autres facilités, tout en accélérant le mixage des ethnies dans les unités d’infanterie. Cela était en fait une réalité lorsque les forces américaines furent déployées pendant la guerre en Corée de 1950 à 1953.

Dans la jungle du Vietnam.

Au cours des années 1960 et 1970, de plus en plus d’Afro-Américains obtinrent des commissions d’officiers et ils bénéficièrent d’un traitement plus équitable quant aux possibilités de promotion. Lors de la guerre du Vietnam, alors que les Noirs représentaient environ 12% de la population américaine, ceux-ci constituaient 12% des effectifs engagés et ils représentèrent en fin de compte 12% des pertes au combat.

La période marqua donc une intégration accélérée des Noirs dans les principales branches des forces armées, sur terre, sur mer et dans les airs. D’ailleurs, lorsqu’éclate la guerre du Golfe en 1990, l’armée figure parmi les offices gouvernementaux les plus représentatifs de la composition ethnique de la société américaine. En 2000, les Afro-américains constituaient toujours environ 12% de la population totale, mais leur représentation dans l’armée connut un bond phénoménal. En effet, les Noirs (hommes et femmes) formaient 28% des effectifs de l’armée de terre, 19% du Corps des Marines, 15% de l’aviation et 15% de la marine.

Enfin, mentionnons que plusieurs Afro-américains parvinrent à accrocher les étoiles du grade de général sur leurs épaules. Le plus connu d’entre eux fut probablement le général Colin Powell, qui devint le premier Afro-américain à présider le prestigieux Comité des chefs d’État-major interarmées (Joint Chiefs of Staff) de 1989 à 1993.

La campagne du Pacifique (1941-1945)

Introduction: une accumulation de frustrations

Peinture réalisée à partir d'une célèbre photographie de la prise de l'île d'Iwo Jima par les forces américaines en mars 1945.

La campagne du Pacifique de 1941 à 1945 tire ses origines dans la réticence du Japon à accepter un statu quo géopolitique dicté par les États-Unis et la Grande-Bretagne depuis le début du XXe siècle. À la suite de ce qui était perçu comme une victoire écrasante des Japonais face aux Russes lors de la guerre de 1904-1905, le Japon se sentit trahi au lendemain du traité de paix négocié par le président américain de l’époque, Theodore Roosevelt. Le Japon n’était pas plus satisfait de la part du gâteau qu’il avait reçu des anciennes colonies allemandes en Asie au lendemain de la Première Guerre mondiale, étant donné qu’il avait été dans le camp des Alliés lors de ce conflit.

D’ailleurs, les récriminations japonaises n’allaient pas s’arrêter là. La conférence de Washington de 1921-1922 sur la limitation des armements navals, qui visait ni plus ni moins à limiter la puissance maritime du Japon face à celle des États-Unis, était une fois de plus perçue comme une insulte par Tokyo. Le sentiment anti-occidental des Japonais n’allait que s’accroître avec le krach économique de 1929 qui fut aussitôt exploité par les éléments chauvinistes du pays, surtout parmi ceux au sein de l’armée, qui étaient hostiles à l’Ouest et anxieux d’établir un empire économique autarcique. Par conséquent, la politique japonaise devint ouvertement agressive et expansionniste. Le temps venu, cela mena à une alliance avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste (pour former l’Axe), deux régimes également insatisfaits du nouvel ordre mondial né des ruines de la guerre de 1914-1918.

Illustration d'une carte postale japonaise représentant la bataille de Mukden de 1904 lors de la guerre contre la Russie, au cours de la première phase de l'expansion japonaise au début du XXe siècle.

L’expansion de l’empire japonais (1931-1941)

Les Japonais ne tardèrent pas à mettre en œuvre leur politique expansionniste. En 1931, l’armée japonaise présente en Mandchourie s’empara de l’ensemble de la province. À cela, ajoutons de nombreux incidents frontaliers avec la Chine qui finirent par engendrer une guerre générale avec celle-ci en 1937, ce qui amena le Japon à conquérir la majeure partie du nord de la Chine en 1941. La défaite militaire de la France en 1940 avait également permis au Japon de déployer ses forces en Indochine française, et ce, sans tirer un coup de feu.

Pour leur part, bien qu’ils aient eu depuis longtemps des intérêts avoués en Chine, les États-Unis furent lents à réagir à l’expansion japonaise, alors que les puissances coloniales européennes ne firent à peu près rien pour la contrer, de peur de provoquer une guerre généralisée dans le Pacifique, un conflit qu’elles ne pouvaient pas se permettre. Cependant, à mesure que s’achevait l’année 1940, le président américain Franklin Roosevelt se sentit suffisamment confiant pour porter des gestes qui iraient au-delà d’une simple aide économique et militaire semi-officielle à la Chine. Roosevelt entreprit une campagne économique de plus en plus agressive face au Japon. En juillet de la même année, les exportations de pétrole et de ressources métallurgiques furent restreintes et, suivant l’occupation de l’Indochine par le Japon, un embargo encore plus serré sur le pétrole fut imposé.

La conquête japonaise de la province chinoise de la Mandchourie était une réalité à partir de 1932, malgré que ce ne fut qu'en 1937 que le Japon et la Chine ne se retrouvent officiellement en état de guerre.

L’enjeu stratégique que représentait le pétrole contraignit les dirigeants militaires du Japon à agir promptement. Ils durent planifier un déploiement de forces vers le sud afin de s’emparer des ressources pétrolifères des Indes orientales néerlandaises et de la Malaisie britannique. Pour ainsi dire, ils croyaient que la guerre avec les États-Unis serait inévitable, mais leurs calculs reposaient sur le principe que la conquête des ressources pétrolifères permettrait à la marine japonaise de tenir un périmètre dans le sud du Pacifique afin de protéger leur nouvel empire. Ce périmètre, croyaient-ils, les Américains n’oseraient pas s’y aventurer, par manque de volonté ou par leurs incapacités logistiques.

Suite à l’échec des négociations diplomatiques avec les États-Unis à l’automne de 1941, l’empereur japonais approuva finalement, le 1er décembre, le plan de conquête du Pacifique Sud tel que mentionné précédemment. Cela ne signifia pas que la tâche serait facile pour autant. En effet, le commandant en chef de la flotte combinée japonaise, l’amiral Isoroku Yamamoto, était bien au fait de la puissance économique des États-Unis et il n’était pas chaud à l’idée d’une aventure militaire dans le Pacifique Sud. Malgré tout, Yamamoto prépara un plan d’offensive dans lequel l’aviation navale transportée par des porte-avions aurait un rôle crucial à jouer. Elle devait neutraliser la flotte américaine du Pacifique, tandis que les forces au sol compléteraient la conquête des objectifs mentionnés.

Carte du théâtre des opérations dans le Pacifique de 1941 à 1945, de l'arrête de l'expansion japonaise à Midway (juin 1942) jusqu'à bataille d'Iwo Jima (février - mars 1945).

De Pearl Harbor à Midway (1941 – 1943)

Comme l’avait prédit Yamamoto, l’armée japonaise mena de brutales offensives lors des six premiers mois de la campagne. Un peu par chance, les porte-avions américains dans la région sud ne subirent pas le même sort que les cuirassiers à Pearl Harbor le 7 décembre (où la moitié de la flotte américaine du Pacifique fut détruite), bien que l’avance japonaise dans le Pacifique Sud s’avéra impossible à enrayer compte tenu de la piètre qualité du dispositif défensif. Dans ce contexte, Hong Kong tomba le 25 décembre et la conquête de la Malaisie fut complétée avec la chute de Singapour le 15 février 1942.

De leur côté, les forces américaines aux Philippines furent rapidement prises dans un étau et elles durent capituler le 6 mai, tandis que les Indes orientales néerlandaises, les îles Salomon et une large partie de la Nouvelle-Guinée tombèrent également aux mains des Japonais au cours des six premiers mois de 1942. De plus, les forces navales et aériennes britanniques, néerlandaises et américaines dans ce théâtre furent également détruites, malgré qu’une petite force aéronavale américaine soit parvenue à infliger un premier revers aux Japonais lors de la bataille de la Mer de Corail du 5 au 7 mai 1942. Cette défaite malencontreuse, combinée à un raid aérien symbolique mené par des bombardiers américains au lendemain de Pearl Harbor, conforta les dirigeants militaires japonais qu’il fallait étendre puis sécuriser le périmètre océanique. En clair, l’amiral Yamamoto reçut l’ordre et les ressources nécessaires pour annihiler la flotte américaine dans le Pacifique.

La capture de Singapoure (photo) et de l'ensemble des archipels du Pacifique Sud par le Japon au cours de l'année 1942 ne fit que confirmer les prétentions expansionnistes qu'entretenait l'empire du Soleil Levant depuis bien des décennies.

Les Alliés avaient donc convenu de confier la direction des opérations dans le Pacifique aux États-Unis, surtout que les forces du Commonwealth britannique peinaient à contenir l’avancée japonaise à travers la Birmanie vers l’Inde. Bien que le président Roosevelt souhaitait donner la priorité au théâtre européen à la suite de la déclaration de guerre de l’Allemagne à son pays le 11 décembre 1941, il appert que son commandant en chef de la marine, l’amiral Ernest King, de même que l’opinion publique dans sa majorité, préféra que l’emphase soit mise sur le Pacifique. Sans tarder, des troupes furent déployées pour tenir ce qui restait des possessions alliées dans le Pacifique et pour la défense de l’Australie, mais la quantité de matériel disponible et d’hommes entraînés obligèrent les Alliés à rester sur la défensive pour un certain temps, du moins jusqu’à ce que la production américaine atteigne son niveau de croisière en 1943.

Le point tournant de cette première phase de la campagne du Pacifique fut l’échec du plan naval ambitieux mis au point par les Japonais dans le but d’obtenir la domination stratégique du centre du Pacifique à Midway entre le 4 et le 6 juin 1942 (voir la carte). C’est en effet à Midway, non loin des îles hawaiiennes, qu’une force aéronavale américaine sous les ordres de l’amiral Raymond Spruance coula quatre porte-avions et détruisit la fine fleure des pilotes de l’aviation japonaise. N’étant pas désireux d’afficher l’esprit kamikaze caractéristique de la fin des hostilités (qui au final ne servit à rien), l’amiral Yamamoto ordonna à sa gigantesque flotte de se replier et rentrer dans ses bases.

Cette décision de battre en retraite fut par la suite critiquée. En effet, étant donné que Yamamoto était sur le bord de remporter une victoire avant que les États-Unis n’aient pu étaler toute leur puissance industrielle, pourquoi n’a-t-il pas mis toute la pression nécessaire? Une éventuelle victoire japonaise à Midway aurait pu avoir un effet décisif sur la tournure des événements dans le Pacifique, car sur le long terme, il était de plus en plus difficile pour le Japon de rivaliser économiquement et militairement avec les États-Unis.

Une guerre d'un genre nouveau impliquant la combinaison de forces aéronavales fut livrée dans le ciel et sur la mer de Midway, près des îles hawaiiennes, à l'été de 1942. Cette bataille fut un point tournant de la guerre du Pacifique et elle marqua l'arrête de l'expansion japonaise.

La reconquête du Pacifique: la première phase (janvier – septembre 1944)

Alors que l’Amérique déploya le gros de son armée de terre vers le théâtre européen, il était évident que le Pacifique était la zone privilégiée des forces aéronavales, de même que pour le corps des Marines. Il n’empêche que le général Douglas MacArthur, qui deviendra le commandant en chef du théâtre d’opérations, s’assura de faire un lobbying efficace afin que le front du Pacifique dispose de suffisamment de troupes terrestres. La stratégie de MacArthur consistait effectivement à attaquer ou contourner les îles fortement défendues par l’ennemi, tandis que serait lancée une guerre sous-marine à outrance dans le but d’éliminer le ravitaillement et le commerce japonais.

L'un des artisans de la victoire des Alliés dans le Pacifique et une figure emblématique de la Seconde Guerre mondiale, le général amércain Douglas MacArthur.

Non sans surprise, les Japonais durent adopter une posture défensive et se battre pour la préservation de leurs conquêtes, tout en conservant suffisamment de forces aéronavales pour ralentir la progression américaine. Comme nous l’avons dit, la lutte pour la supériorité matérielle était perdue d’avance pour les Japonais. Par exemple, sur une période d’une année, celle de 1943-1944, les chantiers navals japonais produisirent 7 porte-avions, alors que la production américaine atteignit 90 pour la même période. De plus, les avions japonais étaient techniquement inférieurs à ceux de leurs adversaires.

Au début de 1944, on estime à 4,000 le nombre d’appareils de toutes sortes dans l’aviation japonaise, face aux 11,400 appareils américains. De manière encore plus significative, ce qui fit réellement mal aux Japonais fut les énormes pertes de pilotes entraînés qu’ils subirent. En 1944, la moitié des pilotes qui partaient en mission ne revenaient pas à leurs bases. Pendant ce temps, les sous-marins américains réduisirent la flotte marchande japonaise de 5 millions de tonnes en 1942 à 670,000 en 1945, sans compter le tonnage de navires de guerre coulés qui s’élevait à 2 millions de tonnes.

L’année 1944 dans le Pacifique fut marquée par des gains importants des Américains d’archipels stratégiques, par exemple la Nouvelle-Guinée, les îles Salomon vers le nord, puis également vers l’ouest aux îles Marshall et Gilbert & Ellice. La conquête de ces archipels fut accélérée afin de sécuriser des bases à partir desquelles les bombardiers américains à long rayon d’action pourraient effectuer leurs missions, notamment pour les B-29 Superfortress qui pouvaient atteindre le Japon.

En juin, la marine américaine était en position d’attaquer puis de s’emparer des îles Mariannes pour y installer également des bases aériennes. Cette fois, les dirigeants japonais étaient déterminés à conserver ces positions, car ils croyaient que les îles Mariannes étaient le point crucial de leur front du Pacifique. Par conséquent, l’amiral Jisaburo Ozawa concentra une force composée de 9 porte-avions et 450 appareils, mais cette force demeurait largement inférieure en nombre face aux 15 porte-avions et 900 appareils américains. Le résultat de la bataille des îles Mariannes fut un désastre pour l’armée japonaise. Tous ses porte-avions furent détruits et à peine 35 avions sur les 450 engagés purent s’échapper.

La capitulation ne fait pas partie du code du guerrier japonais. Cela se traduisit sur le terrain par de sauvages mais combien suicidaires assauts de l'infanterie nipponne. Le temps de rapidement recharger leurs armes, les soldats américains attendent le prochain assaut ennemi lors de la bataille de Saipan (îles Mariannes) en juin et juillet 1944.

Par la suite, les forces américaines furent engagées dans la bataille de la Mer des Philippines où elles remportèrent une autre éclatante victoire qui pava le chemin pour l’occupation de l’île stratégique de Saipan le 10 juillet, de même que Guam le 8 août 1944. Ce que l’on remarque au cours de ces batailles c’est que sur chacune de ces îles, les soldats japonais refusaient de capituler, ce qui rendit la conquête des archipels plus longue et coûteuse que ce que peut suggérer la balance des forces matérielles. Par exemple, sur la seule île de Saipan (archipel des Mariannes), il est estimé qu’environ 27,000 soldats japonais furent tués.

La reconquête du Pacifique: la seconde phase ( octobre 1944 – 1945)

La prochaine étape dans la reconquête du Pacifique allait être l’assaut contre l’île de Leyte en octobre 1944, où les Américains assemblaient le plus grand détachement spécial vu jusqu’à présent. La marine japonaise avait calculé qu’une contre-attaque faisant usage des divers canaux entre les îles, de même que le recours à ce qui restait de l’aviation nipponne, pourrait faire échec à cette force américaine qui aurait assurément des problèmes à manœuvrer. La bataille du Golfe de Leyte fut probablement le plus important engagement naval de l’Histoire. La coopération entre les flottes de surface et sous-marines américaines parvint à contrer la résistance navale japonaise. En effet, le Japon perdit 28 navires de guerre contre 6 pour les États-Unis.

Dans la jungle de l'île de Leyte (Philippines), octobre 1944. La chaleur, les éléments hostiles de la nature et la détermination de l'ennemi à ne pas capituler auront été autant d'éléments qui caractérisèrent la sauvagerie des affrontements dans le Pacifique.

Dans un autre ordre d’idées, la précédente conquête des îles Mariannes permit aux bombardiers américains de se déployer pour un assaut concentré contre l’économie de guerre japonaise. Le 21e Groupe de Bombardiers, qui se trouvait auparavant en Chine, fut transféré à Saipan où il put entreprendre ses opérations à partir de novembre. Leur cible, l’économie nipponne, était déjà lourdement affectée par le manque de matières premières en raison de l’efficacité de la campagne sous-marine américaine.

Par ailleurs, l’armée de l’air américaine dirigea ses efforts afin d’éliminer du ciel la menace ennemie tout en s’en prenant, à l’instar des sous-marins, aux navires marchands chargés de ravitailler les archipels. Enfin, comme c’était le cas en Europe, les États-Unis entreprirent une campagne de bombardements aériens des villes japonaises sur une base régulière, une campagne qui fut possible grâce aux conquêtes terrestres qui permirent d’établir des bases rapprochées du Japon.

En dépit du fait que les Américains s’approchaient du Japon, des préparations étaient en cours pour un assaut amphibie d’envergure vers Tokyo ayant pour nom de code OLYMPIC. À cette fin, la marine américaine avait prévu 90 porte-avions et 14,000 avions, ce qui représentait une plus grande force aérienne que ce qui avait été déployé pour la campagne de Normandie. Pour leur part, les dirigeants japonais se préparaient à l’ultime défense de la mère patrie, notamment par la construction de milliers de petits sous-marins primitifs destinés à des missions suicide, tout comme en reconvertissant ce qui restait de l’aviation afin d’adapter les appareils pour des missions dites de kamikazes.

Non sans surprise, la crainte de subir de lourdes pertes advenant une invasion des îles nippones força les Américains à revoir leurs plans. D’un autre côté, Washington souhaitait une capitulation sans condition des Japonais. Cette situation amena le gouvernement américain à recourir à la bombe atomique à deux reprises contre les villes de Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. À cette date, le Japon était déjà en ruines et le conflit de nature politique entre les militaristes de la « ligne dure » et les dirigeants civils désireux de capituler fut résolu par l’empereur en personne. Au cours d’une allocution à la radio le 15 août, l’empereur Hiro-Hito annonça à son peuple, d’une manière quelque peu surréaliste, que la guerre livrée par la nation n’avait pas nécessairement tournée selon le scénario prévu. Au moment de cette allocution, les dernières armées japonaises opérationnelles venaient d’être anéanties en Birmanie et en Mandchourie. Même avant cela, les Japonais auraient probablement capitulé si on leur avait donné la garantie qu’ils pourraient conserver leur empereur, ce qui au final leur fut accordé.

Les ruines de Hiroshima au lendemain du largage de la bombe atomique, le 6 août 1945. La décision du Président Truman de recourir à la bombe atomique alimente toujours le débat de nos jours. Les estimations de l'époque prévoyèrent qu'une campagne livrée en sol japonais engendrait au minimum des pertes de 100,000 hommes parmi les forces américaines. De plus, Washington voulait une capitulation sans condition du Japon. La solution? La bombe.

Conclusion: la nature et les conséquences de la guerre du Pacifique

La guerre dans le Pacifique fut livrée avec une férocité, voire avec une barbarie qui n’avait d’égal que la nature des combats sur le front russe à la même époque. En plus d’être une série d’affrontements entre deux puissances militaires, c’était également une lutte entre deux cultures qui se détestaient, si bien que l’on assista à une véritable orgie de violence mêlée à d’extraordinaires gestes de bravoure de part et d’autre.

Un élément central de la guerre du Pacifique qui affecta la nature des combats fut que les soldats japonais ne se rendaient pas. La capitulation était un geste contraire au code du guerrier japonais, ce qui signifia à maintes reprises que des garnisons nipponnes complètement isolées et largement dépassées en nombres luttèrent jusqu’à la fin. Non sans surprise, les prisonniers de guerre alliés capturés par les Japonais furent traités de manière barbare, et ce, dans l’irrespect total des conventions internationales de l’époque. Même après la fin de la guerre, l’aviation alliée dut lâcher sur les dernières positions japonaises encore actives des tracts afin de leur expliquer ce que la capitulation signifiait dans la culture occidentale. L’idée était de les amener à se rendre, car la paix était déjà signée. D’ailleurs, ce ne fut que vingt-cinq ans après la fin de la guerre que le dernier soldat japonais se rendit.

D'une fidélité sans borne à leur empereur et faisant preuve d'une obéissance absolue face à leurs officiers, les soldats de l'armée impériale japonaise constituaient une machine de guerre redoutable. Les mots "honneur" et "sacrifice", qui sont au coeur du code du guerrier, ne firent qu'accroître les disparités culturelles face à l'ennemi occidental. Dans ce contexte particulier, la sauvagerie des combats fut conséquente.

Dans un autre ordre d’idées, et bien que les États-Unis s’assurèrent l’hégémonie dans le Pacifique, la guerre avait aussi anéanti la « force morale » des empires coloniaux européens dans la région, en particulier celle de la France, des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne. À cet égard, chaque ex-puissance coloniale tenta à sa façon de gérer la problématique au lendemain de 1945. La France s’embarqua dans une désastreuse campagne militaire pour reconquérir et garder l’Indochine. De son côté, la Grande-Bretagne y alla de manière plus « posée », en consentant malgré tout à se retirer au lendemain de ses campagnes malaisiennes et indonésiennes où elle parvint à vaincre les insurrections locales.

Il est important également de prendre en considération la montée en puissance de l’Union soviétique qui devint un nouvel acteur dans la région. Après quarante ans de mise en échec par le Japon, l’URSS put revenir à l’avant-scène, d’autant qu’en Chine, le régime nationaliste de Chian Kai-Shek, qui fut largement affaibli par l’occupation japonaise, fut vaincu par les communistes de Mao Zedong en 1949. Ces changements menèrent à la guerre de Corée et, ultimement, à celle du Vietnam. Ironiquement, les vainqueurs occidentaux de la Seconde Guerre mondiale se retrouvèrent plus tard vaincus lors des conflits subséquents, des guerres nées de la fin de l’hégémonie japonaise dans le Pacifique.

Inspiré d'une célèbre photographie, ce mémorial de la bataille de Leyte (Philippines) présente le général MacArthur et son état-major foulant le sol philippin, lors de ce retour symbolique suite à la capitulation de mai 1942.

Une institution essentielle et problématique : l’importance de l’American Expeditionary Force dans l’élaboration de la politique étrangère des États-Unis pendant la Grande Guerre (1917-1918)

Introduction

Le Sammy.

Lorsque les États-Unis se déclarent en état de guerre avec le Reich allemand, le 6 avril 1917, leur président, Woodrow Wilson, est loin d’en être à sa première intervention militaire outremer.[i] La façon qu’a celui-ci d’appliquer sa politique étrangère ne se solde pas toujours par de retentissants succès, mais elle est révélatrice de sa volonté de recourir régulièrement à la force pour décider des événements.

Dans cet article, nous allons nous interroger sur le principe de l’engagement militaire comme facteur prépondérant de la politique étrangère américaine en 1917-1918. Plus précisément, nous analyserons le cas de l’envoi par l’Administration Wilson d’un corps d’armée expéditionnaire en Europe afin de réaliser l’objectif premier de cette nouvelle politique européenne : la victoire sur l’Allemagne. Mieux connu sous le nom d’American Expeditionary Force (AEF), ce corps constitue l’instrument par lequel Wilson entend défendre une fois de plus les intérêts de son pays, mais cette fois dans le contexte spécifique de la guerre européenne.

En effet, dans quelle mesure l’AEF, en tant qu’institution essentielle et problématique de soutien d’une politique européenne, comme nous le verrons, coopère et répond aux objectifs de Wilson pendant la période de la belligérance (1917-1918)?  Pour E. Coffman et F.S. Calhoun, les historiens « politico-militaires » ont longuement étudié le volet diplomatique de la politique européenne de Wilson, mais auraient quelque peu négligé les moyens concrets de son application.[ii]

Le Président des États-Unis Thomas Woodrow Wilson. De tous les présidents de l’histoire des États-Unis, Wilson semble détienir le record pour le plus grand nombre d’interventions militaires (7). Sous son Administration, les forces américaines sont intervenues au Mexique (1914 et 1916), à Haiti (1915), en République dominicaine (1916), en Europe (1917) puis en Russie et en Sibérie (1918-1920).

Par ailleurs, en guise d’introduction à ce problème, Coffman souligne le manque de coordination entre les autorités politiques et militaires de l’époque : “The foreign policy makers thus would not take into consideration the military aspects of their problems and actions while the military planners had little or no information, much less guidance, from the diplomats and political leaders in planning for potential conflicts”.[iii]

Sans exagérer l’ampleur réelle du problème, on peut néanmoins partir du postulat que les départements américains, qui ne bénéficient pas en 1917 de la longue expérience de leurs équivalents franco-britanniques, ont de véritables difficultés à coordonner leurs actions. C’est pourquoi on peut concevoir que l’évolution et les résultats de la politique européenne des États-Unis, en 1917-1918, sont les tenants et aboutissants d’une situation d’interdépendance entre, d’une part, les ambitions politiques de l’Administration Wilson, et, d’autre part, l’état général de l’armée au fil du conflit.

Beaucoup d’espoir… sur le papier

En ce printemps de 1917, Wilson est amené à expliquer l’importance qu’il accorde à l’usage de la force dans sa politique européenne. Cette « nouvelle diplomatie » du temps de guerre se caractérise par une volonté de coopérer militairement avec les Alliés, tout en préservant l’indépendance d’action politique des États-Unis. En effet, si le but premier est d’abattre le « militarisme allemand », Wilson donne alors son aval pour une entière collaboration interalliée. Paradoxalement, le président s’assure que son pays est entré en guerre pour ses propres raisons et qu’il y participe en tant qu’associé, et non allié.

Le commandant en chef du Corps expéditionnaire américain en Europe, le général John Pershing.

Concrétisée par la force, Wilson souhaite que sa « nouvelle diplomatie » européenne devienne le fondement par lequel l’Amérique sera à la tête d’une coalition dont la finalité est de réaliser une soi-disant « Société des Nations ». En nommant le général John Pershing comme commandant de l’AEF en Europe, Wilson lui confie aussi une autorité extraordinaire qui dépasse la sphère militaire. Lorsque nécessaire, le président lui accorde la responsabilité d’agir au nom du gouvernement américain dans les dossiers de nature politique. En considérant les distances physiques et l’état des communications à l’époque (par câblogramme), cela signifie que Pershing a presque les mains libres pour mener à bien les opérations de l’AEF et atteindre les objectifs fixés par l’embryonnaire diplomatie européenne du président.

D’un côté comme de l’autre de l’océan, on fonde beaucoup d’espoir et on conçoit de grands projets pour l’AEF. Optimistes et réalistes à la fois, les diplomates américains ne peuvent ignorer qu’il faille justement mettre au point cet outil militaire. Le manque cruel de militaires professionnels dans l’armée n’est que le premier d’une longue série de symptômes. Par ailleurs, les soldats américains n’ont pour ainsi dire aucune expérience de la guerre des tranchées. Il n’empêche néanmoins que l’Amérique témoigne d’un désir sincère de faire sentir à ses partenaires qu’ils sont justifiés dans leur enthousiasme de voir l’arrivée massive des fameux Sammies en Europe. Ce sont donc les promesses militaires qui alimentent pour un certain temps le discours de l’appareil diplomatique américain.[iv]

Les pieds sur terre, le général Pershing doit initialement penser aux problèmes stratégiques. Il sait qu’il doit engager son armée future dans une coalition franco-britannique où les partenaires ne collaborent qu’en surface afin de sauver les apparences devant les Américains. Ensuite, des défaites militaires sur divers fronts ne font qu’accroître l’urgence pour l’aide américaine.[v] Pour ce faire, Pershing propose de monter les effectifs de l’AEF à trois millions d’hommes pour 1919.

Croquis d'un soldat et d'un officier américains (France, 1918).

Le projet est difficilement réalisable, car le tonnage maritime disponible est insuffisant pour le transport des troupes. Néanmoins, sur le plan politique, on veut faire circuler ce projet afin de montrer que l’AEF constitue un bassin illimité d’hommes qui se porteront à la rescousse des Alliés. Dans cette optique, on aimerait à Washington que l’AEF puisse y apporter sa contribution en tant qu’organisation unifiée et indivisible. Il n’en va pas ainsi du côté de Londres et de Paris qui désirent amalgamer des troupes américaines dans leurs armées respectives pour, officiellement, les habituer à la guerre des tranchées.

Pershing et Wilson connaissent parfaitement bien les intentions des Alliés. La fragmentation de l’AEF serait une option à considérer afin de faire taire les critiques franco-britanniques qui se plaignent que l’Amérique tarde à s’impliquer. Cependant, l’idée d’éparpiller l’AEF contredit ce principe de base énuméré dès le début de la belligérance, à savoir que l’armée des États-Unis ira combattre en Europe comme un corps unifié.

Par ailleurs, Pershing dit clairement que, même si l’on morcelait son armée, son pays n’a pas les moyens d’intervenir à la vitesse désirée par les Alliés. L’emploi immédiat au front de troupes américaines pourrait, à court terme, stimuler le moral des Alliés. Par contre, les pertes potentiellement surélevées reliées à l’inexpérience et à l’impréparation provoqueront l’effet contraire dont Wilson entendra assurément parler. Déjà embarrassée par la question de l’impréparation, l’Administration Wilson ne pourra probablement pas supporter politiquement une première défaite militaire.

L’AEF prend forme, l’ennemi va attaquer

La création du Conseil Suprême de Guerre (CSG) le 7 novembre 1917 constitue pour les Alliés une tentative afin de mieux coordonner leurs actions, et d’être en mesure d’encaisser le choc des offensives allemandes prévues pour le printemps 1918. La défection russe peut libérer un million de soldats allemands qui seront aussitôt transférés sur le front franco-belge, affichant pour un temps une évidente supériorité numérique sur les Alliés.

Ce qui fait hésiter les États-Unis à accorder leur pleine participation aux travaux du nouveau conseil interallié c’est l’éternelle question de l’amalgamation de leurs troupes. L’Administration pense tirer des bénéfices de la participation américaine au conseil interallié dans l’optique de considérations purement stratégiques face aux prochaines offensives ennemies. Autrement dit, on suppose qu’une armée américaine autonome va tout bonnement prendre sa place aux côtés des armées alliées, sans qu’il soit question de la fragmenter afin de boucher les trous quand les Allemands attaqueront. L’Administration préfère ainsi s’en tenir aux questions militaires.

L'ambassadeur des États-Unis en France, William G. Sharp.

À la suite d’une autre réunion du conseil interallié tenue à Paris en janvier 1918, l’ambassadeur américain dans la Ville Lumière, William Sharp, câble à Washington que la question de l’amalgamation est un objet fréquent de débat. Il fait pression sur l’Administration pour qu’elle envoie immédiatement au CSG un représentant politique accrédité, ce qui lui est refusé.[vi]

À l’instar de plusieurs généraux alliés, Pershing dénonce l’article nº 4 des statuts du CSG (surnommé entre temps le « Soviet ») qui accorde aux politiciens une sorte de veto lorsque ces derniers sont en désaccord avec les plans d’opérations soumis par les militaires compétents. Dans ce contexte, les chefs militaires ont l’impression d’être de simples « conseillers techniques ».

De plus, cette non-ingérence politique dans les affaires du conseil interallié maintient dans son intégralité l’autorité de Pershing comme représentant officiel de son pays en Europe. Ce non catégorique traduit la position commune de Wilson et de Pershing sur le danger de cette main mise du pouvoir politique dans la sphère militaire. Constatant que l’AEF commence à se constituer en France, les dirigeants militaires franco-britanniques multiplient les suggestions d’amalgamation. L’intransigeance de Pershing, même pour les projets les plus minimes d’intégration de troupes, reflète encore cette réalité politique qui veut que les États-Unis fassent partie d’une association et non d’une alliance.

Toujours est-il que les Britanniques, flairant une paix séparée sur le front russe, formulent un projet concret pour amener le plus rapidement possible les Américains en France.[vii] Le 30 janvier 1918, le général anglais Sir William Robertson suggère à Pershing d’envoyer l’équivalent de 150 bataillons d’infanterie (150,000 hommes) basés sur le modèle organisationnel britannique. Exceptionnellement, ceux-ci seraient composés uniquement de fantassins et de mitrailleurs, et ne seraient pas accompagnés des compléments standards tels des unités d’artillerie, de génie, de transport, etc.

Déjà envoyées outre-mer, ces futures formations incomplètes d’infanterie permettraient à tout le moins d’accélérer leur entraînement et, on s’en doute, de les fondre dans les divisions britanniques. Les Britanniques se chargeraient de fournir le transport, de même que le matériel lourd de combats et autres unités auxiliaires qui font d’une division d’infanterie une formation combattante entièrement autonome. Pershing s’y oppose, mais consent de temps à autre à prêter certaines de ses divisions aux Alliés à des fins spécifiques d’entraînement, en échange desquelles il récupère par la suite ses hommes.[viii]

Croquis de mitrailleurs américains utilisant une mitrailleuse française Hotchkiss (1917-1918).

6,000 canons allemands parlent

Le 21 mars 1918 commence la bataille tant redoutée par les Alliés et les Américains. Appuyées par 6,000 canons, quelque 60 divisions allemandes attaquent sur un front large de 60 km, à la jonction des armées franco-britanniques devant Amiens.  Alors qu’on réalise à Washington qu’une paix de compromis n’est pas possible dans ces conditions, des divisions de l’AEF montent en ligne dans des secteurs « calmes » comme en Lorraine, et ce, dans le but de libérer des divisions françaises qui font aussitôt mouvement vers la Picardie.

Les pressions se font fortes sur Pershing pour qu’il fasse intervenir massivement les Américains dans la bagarre. Le 31 mars, Lloyd George et Clemenceau outrepassent Pershing et câblent à Wilson sur l’urgence d’envoyer des troupes malgré les carences quant au niveau d’entraînement. Les dirigeants franco-britanniques ne comprennent pas que, en dépit de la situation précaire sur le front, l’Administration et Pershing s’entendent toujours pour maintenir le statut d’unité de l’AEF.

Pershing ne partage pas les craintes exprimées par les Alliés. Selon lui, un repli du front, si grave soit-il, ne provoque pas une débâcle, tant et aussi longtemps qu’une cohésion est observée entre les divers groupes d’armées. Cela peut être juste, sauf que les Alliés s’en étaient tenus à ses promesses du 21 mars d’envoyer à brève échéance des troupes de l’AEF là où elles seraient le plus utiles.

L'apprentissage de la guerre des gaz fait aussi partie de la réalité des soldats américains en France (septembre 1918).

Cette armée aurait-elle pu sauver les meubles? Peut-être, en supposant que seul l’apport d’une infanterie américaine inexpérimentée, composée de fantassins et de mitrailleurs, constituerait l’unique possibilité d’arrêter les Allemands. Ce fameux et urgent besoin de fantassins et de mitrailleurs se justifie pour deux raisons : l— les fantassins prenaient à l’époque moins de temps à former et à équiper; 2— on peut aisément fournir aux Américains les mitrailleuses manquantes, celles-ci dégagent une puissance de feu considérable, ce dont on avait réellement besoin. À l’instar de bon nombre de généraux alliés, Lloyd George et Clemenceau tentent de convaincre Wilson, à défaut de Pershing, du bien-fondé de l’amalgamation, dont on se convainc plus que jamais de la nécessité.

Au plus fort de la crise militaire, le général américain consentira à prêter quelques divisions, mais pour un temps limité. Une fois les offensives ennemies contenues, Pershing met à nouveau ses bémols sur l’amalgamation. Sa critique se fonde cette fois-ci sur le fait que le maréchal Foch, récemment chargé de coordonner les armées alliées, tarde à reconnaître la réalité de l’AEF comme corps combattant. En juillet, Pershing obtient la confirmation à l’effet que les Allemands sont arrêtés sur la Marne et passent définitivement en mode défensif.

L’urgence levée, il décide alors de ne plus prêter ses soldats afin de remplir les vides des armées franco-britanniques. De plus, le général américain constate que l’unité de commandement autour du leadership de Foch est fragile. Cela le renforce dans son opinion en faveur d’une armée américaine autonome. Dans les faits, les troupes de l’AEF sont présentes derrière le front. Elles sont réparties plus ou moins également dans les armées franco-britanniques à des fins d’entraînement.

Des fantassins américains dans la forêt de l'Argonne (France, 1918).

Les divers programmes et promesses d’envois de troupes de l’AEF dans les contingents alliés ne se sont pas toujours traduits par des expériences concrètes, mais plutôt aléatoires. L’unité d’action de l’AEF est subordonnée à l’urgence de la situation pour la période de mars à juillet 1918. Pershing envoie néanmoins quelques divisions au feu. Les pertes sont considérables, mais l’expérience gagnée y est précieuse. Dans ces circonstances quotidiennes qui mènent les Alliés et les Américains au bord de la défaite, le président Wilson soutient sans relâche son commandant en chef.

Grandeurs et misères d’une victoire

Le 10 août 1918 est une date importante dans l’histoire de l’AEF en France. À partir d’un certain nombre de divisions déjà en ligne, Pershing crée la First U.S. Army, ce qui officialise l’existence même de l’armée américaine comme organisation combattante, au même titre que les armées françaises et britanniques. Des contingents de plus en plus importants débarquent en France, si bien qu’à ce rythme les effectifs de l’armée américaine seront en janvier de 1919 plus nombreux que les armées françaises et britanniques réunies.

Les Alliés craignent, non sans raison, que l’Amérique ne s’accapare la part du lion lors d’une éventuelle conférence de paix. Les Allemands, qui savent à partir du mois d’août que la victoire militaire n’est plus possible, souhaitent au contraire que les événements aillent dans cette direction. Ils reconnaissent en octobre qu’il va dans leurs intérêts de négocier un armistice sur la base des propositions de paix de Wilson. C’est dans ce contexte que Pershing insiste pour que l’AEF devienne le fer de lance de la contre-offensive générale lancée par Foch depuis le 18 juillet. À l’instar de Wilson, Pershing pense aussi à l’après-guerre.

D’autre part, l’Administration a tout intérêt à maintenir en Europe une armée puissante et autonome pour réaliser l’objectif premier de Wilson qui est de vaincre l’Allemagne. Le problème est que l’AEF livre à l’automne 1918 une série d’offensives qui, bien que victorieuses en apparence, démontrent par le nombre anormalement élevé des pertes un manque évident d’expérience qui persiste.

Célèbre cliché de la guerre de 1914-1918 montrant des soldats américains qui opèrent un canon français de 37mm sous le feu ennemi, possiblement lors de la seconde bataille de la Marne (été 1918).

De plus, les chefs militaires américains se plaignent fréquemment du grand nombre de « visiteurs » qui flânent dans leurs états-majors afin d’y trouver des arguments supplémentaires pour discréditer la participation de l’AEF. L’un de ces visiteurs, Clemenceau, digère mal que les pouvoirs politiques et militaires soient encore concentrés dans les mains d’un seul homme. Tout comme Lloyd George, il fait appel à Wilson à maintes reprises pour dénoncer cette situation. Encore une fois, le silence de l’Administration peut être perçu comme un consentement tacite aux manières de faire du général du Missouri.

Dans un autre ordre d’idées, on peut imaginer l’impression créée chez les Alliés par l’arrivée massive des contingents américains. Or, le problème du transport maritime de ces troupes est un objet constant d’angoisse pour l’Administration. En effet, les Américains sont dépendants des Britanniques pour plus de 50 % du tonnage maritime nécessaire au transport des troupes. En août 1918, une fois l’orage allemand passé, les Britanniques font effectivement connaître aux dirigeants de l’AEF leurs intentions de réduire le tonnage mensuel réservé au transport des troupes. Pershing en appelle à Washington pour que Wilson intervienne personnellement dans l’affaire.

Bien loin de la problématique de l'amalgamation, le Roi d'Angleterre George V décore un soldat américain (équipé d'une carabine britannique!).

En effet, l’Administration peut-elle expliquer que des 307,000 soldats expédiés en France en juillet, les effectifs chutent à 188,000 en octobre?[ix] Peut-on parler ici de chantage de la part des Britanniques? Si on répond par l’affirmative, on pourrait aussi blâmer Wilson dont la politique à l’égard des Anglais manquait nettement de fermeté. Ce qui semble étonnant, et même troublant pour l’AEF, c’est que de juillet à octobre, il s’écoule une période d’au moins trois mois avant que quelqu’un à Washington ne tire la sonnette d’alarme. Fort heureusement pour les Alliés et les Américains, l’Allemagne sollicite auprès de Wilson un armistice en octobre 1918.

C’est à ce moment qu’on peut finalement mesurer le poids de l’AEF à l’étape des négociations d’armistice. Celui-ci a un contenu proprement militaire, mais les conséquences seront politiques. Dans cette optique, Wilson ne tient pas à être relégué au second plan par Pershing. Le président veut empêcher l’Allemagne de reprendre les armes, certes, mais sans l’affaiblir au point de permettre à la caste militaire radicale de ce pays de revenir au pouvoir.

C’est là où se trouve le principal désaccord entre lui et Pershing, car ce dernier veut écraser l’appareil militaire allemand. Par contre, fidèle à son habitude, Wilson préfère s’en tenir aux avis de son général pour diriger conjointement avec les Alliés le processus d’émission des conditions d’armistice à partir d’octobre. Le président désapprouve généralement les conditions qui impliquent une intervention directe d’une AEF plus ou moins rodée. Ce que l’on cherche avant tout, c’est d’éviter que les divergences au sein de l’appareil politico-militaire américain ne soient affichées ouvertement.

Or, c’est ce qui arriva le 29 octobre quand Pershing prétend publiquement rejeter en totalité l’« armistice de compromis » des Alliés, armistice pour lequel il a soumis ses recommandations pour sa rédaction quelques jours auparavant! En rendant public le désaccord entre lui et son président, Pershing désavoue en quelque sorte son gouvernement devant les Alliés et le monde.

Conclusion

Que l’on se positionne du côté des Alliés ou de l’Administration, l’AEF fut régulièrement au cœur des litiges. Rappelons simplement les dossiers de l’amalgamation, de la « coopération » interalliée lors des batailles de 1918, de l’imbroglio du transport maritime et, enfin, de l’AEF comme moyen de pression lors des négociations d’armistice.

Ce que l’on retient d’abord, c’est que les machines politique et militaire américaines étaient insuffisamment huilées pour affronter les paramètres d’une crise devenue mondiale par l’intervention de Washington en 1917. Plus inquiétant, l’Administration et les Alliés ont été carrément chanceux de s’en être tirés face aux Allemands, vu l’entêtement de Pershing qui voulait que ses soldats combattent sous leurs drapeaux.

D’un autre côté, Wilson a fait preuve d’une trop grande largesse d’esprit, ou de naïveté, en accordant carte blanche à son général. L’AEF a néanmoins livré la marchandise par sa contribution essentielle à la victoire finale. Toutefois, son inexpérience fit d’elle une mine d’or d’embarras pour l’Administration.  Si la guerre ne s’était poursuivie en 1919, sans doute que le bilan de son action eut été différent, voire meilleur. Mais, pressés d’en finir avec les querelles européennes, le Congrès américain dit non la ratification du traité de Versailles en 1920, dissout l’AEF la même année et signe une paix séparée avec l’Allemagne en 1921.

Des officiers américains levant leur verre pour la caméra (France, 1918).

Notes

i Mexique (1914 et 1916), Haïti (1915) et République dominicaine (1916).

i i Edward M. Coffman, « The American Military and Strategic Policy in World War I » dans Adrian W. Preston et Barry D. Hunt (dir.), War Aims and Strategic Policy in the Great War, 1914-1918, Totowa (NJ), Rowman and Littlefield, 1977, p. 67-84  et Frederick S. Calhoun, Uses of Force and Wilsonian Foreign Policy, Kent (OH), Kent State University Press, 1993. 172 p.

i i i Edward M. Coffman, Ibid., p. 69. Ce n’est qu’en 1938 qu’est créé un « comité de liaison » entre les Secrétariats d’État, de la Guerre et de la Marine.

iv U.S. Department of State, Papers Relating ttto the Foreign Relations of the United States, 1917. Supplement 2. The World War. Volume 1, Washington (D.C.), Government Printing Office, 1932, p. 76-77.

v 1917 : pertes navales dues à la guerre sous-marine, une partie de l’armée française en mutinerie, échec britannique devant Ypres (juillet-nov.), débâcle italienne devant Caporetto (oct.-nov. ), armistice germano-russe (déc.).

vi Ibid. 1918. Supplement 1. The World War. Volume 1, p. 63.

vii La paix est scellée le 3 mars 1918 par la signature du traité de Brest-Litovsk entre les Allemands et les Bolcheviks.

viii John J. Pershing (général), My Experiences in the World War. Volume 1, New York, Frederick A. Stokes Company, 1931, p. 309.

ix Edward B. Parsons, « Why the British Reduced the Flow of American Troops to Europe in August-October 1918 » dans Canadian Journal of History, no. 12 (décembre 1977), p. 173.

La Guerre américano-mexicaine (1846-1848)

La Destinée manifeste

Représentation de soldats américains lors de la guerre contre le Mexique (vers 1846-1848).

La Guerre américano-mexicaine de 1846 à 1848 peut être considérée comme la première guerre à l’échelle internationale menée par les États-Unis dans le contexte de la Destinée manifeste. Défendue par les démocrates-républicains sous la direction du président James Polk, la Destinée manifeste était une idéologie impérialiste disant que la nation américaine avait une « mission divine », c’est-à-dire étendre à l’Ouest la « civilisation » et la « démocratie ».

À cet égard, le président Polk provoqua délibérément un différend frontalier avec le Mexique, dans le but de s’emparer du territoire du Nouveau-Mexique et de la Californie. De plus, le Mexique n’avait jamais accepté l’indépendance du Texas, ni ses prétentions sur les cours d’eau du Rio Nueces et du Rio Grande. Suivant l’annexion du Texas par les États-Unis au début de 1845, une mission d’« observation » de l’armée américaine sous les ordres du général Zachary Taylor quitta la Louisiane pour se rendre sur le Rio Nueces.

Le premier accrochage avec les forces mexicaines eut lieu en mai de l’année suivante, où 3,700 Mexicains attaquèrent la force de Taylor composée de 2,300 soldats. Les Mexicains furent repoussés à Palo Alto puis défaits à Resaca de la Palma, ce qui les forcèrent à se replier derrière le Rio Grande. Par conséquent, le Congrès des États-Unis déclara officiellement la guerre au Mexique le 13 mai 1846.

Carte des opérations de la Guerre américano-mexicaine. (Cliquez pour un agrandissement.)

Les intrigues politiques: le rôle d’Antonio Lόpez de Santa Anna

Hormis les incidents mentionnés précédemment, la Guerre américano-mexicaine débuta d’une manière encore plus sombre et dissimulée. En effet, les agents du président Polk encouragèrent le retour au Mexique de l’ancien dictateur en exil Antonio Lόpez de Santa Anna en août 1846. Dans le but probable de rétablir sa réputation, ce dernier consentit à un arrangement avec le gouvernement américain. Les principaux termes stipulaient que les forces américaines iraient occuper les points stratégiques de Saltillo, Tampico et Vera Cruz afin de lui assurer une base pour reprendre le pouvoir, puis Santa Anna vendrait aux États-Unis les territoires qu’ils réclamaient pour la somme de 30 M$.

Antonio Lόpez de Santa Anna.

Parallèlement, devant la faiblesse militaire et l’instabilité politique du Mexique, Santa Anna avait offert ses services « militaires » au président en fonction Gómez Farías afin de repousser l’invasion étrangère. Désespéré, le gouvernement mexicain accepta l’offre de Santa Anna qui, rappelons-le, négociait secrètement avec les États-Unis pour la vente des territoires mentionnés. Évidemment, aux yeux de plusieurs, Santa Anna passa pour un traître à sa patrie, mais celui-ci savait que le Mexique n’avait pas les moyens de garder les territoires convoités par les Américains. Or, une fois arrivé au pouvoir, Santa Anna brisa ses deux engagements (son coup d’État contre Gómez Farías et la guerre contre James Polk) et il dirigea ouvertement la lutte contre les États-Unis.

Le long du Rio Grande

Entre temps, sur le terrain, les territoires du Nouveau-Mexique et de la Californie tombèrent rapidement aux mains des forces américaines commandées par le général Stephen Kearny. Sur ses arrières, une révolte des Indiens Pueblo et de Mexicains non soumis fut écrasée par le général Sterling Price en janvier 1847, tandis que le colonel Alexander Doniphan dirigea ses 700 volontaires du Missouri contre les puissants Navajos. Par la suite, Doniphan marcha vers le Mexique sur un terrain difficile où il finit par vaincre un ennemi mexicain plus nombreux et bien abrité dans la ville de Chihuahua.

Sur le front du Rio Grande, le commandant mexicain local ignora les ordres de retraite vers Saltillo émis par Santa Anna et préféra se retrancher dans Monterrey. C’est alors que le général Taylor prit d’assaut cette ville en septembre 1846, mais il autorisa les défenseurs mexicains à battre en retraite à l’intérieur de leur pays. Ce qui amena Taylor à prendre cette décision reposait sur sa conviction qu’une invasion à partir du nord vers Mexico City n’était pas viable et il préféra repousser l’ennemi derrière ses frontières afin, notamment, de gagner du temps pour refaire ses forces. En effet, l’armée de Taylor était minée par les désertions (tout comme l’armée mexicaine), si bien qu’à elle seule, sa force encaissa la plupart des 9,000 désertions que subit l’armée américaine au cours de la guerre. Taylor perdit aussi autant d’hommes qui refusèrent de se réengager ou qui furent expulsés de l’armée en raison de problèmes d’indiscipline que l’armée peinait à gérer.

Probablement mis au fait des problèmes dans l’armée de Taylor, et aussi en raison que celui-ci s’apprêtait à détacher une partie de sa force pour une expédition maritime contre Vera Cruz, Santa Anna décida de lancer un assaut en février 1847 avec ses 15,000 hommes. À Buena Vista, au sud de Saltillo, la force supérieure en nombre de Santa Anna parvint à faire reculer les quelque 5,000 hommes de Taylor. Plutôt que d’entamer la poursuite, Santa Anna préféra à son tour battre en retraite et le théâtre d’opérations allait se transformer de manière à favoriser des actions de guérilla sans lendemain.

Représentation de la bataille de Monterrey (septembre 1846). Les forces américaines font mouvement vers la cité.

Le débarquement à Vera Cruz

Santa Anna craignait à juste titre une invasion ennemie par la mer, ce qui arriva par la capture initiale de Tampico par la marine américaine, puis le débarquement d’une expédition à Vera Cruz par les forces du général Winfield Scott en mars 1847. Ce port tomba après un bombardement de vingt jours. À Cerro Gordo à la mi-avril, une place forte aménagée par Santa Anna visant à maintenir les Américains dans les basses terres fut prise de flanc avec un minimum de pertes dans les rangs de ces derniers.

Le débarquement de troupes américaines à Vera Cruz (mars 1847).

De Vera Cruz, la force expéditionnaire américaine ne rencontra que peu de résistance organisée entre la plage et Mexico City, la capitale. Le 20 août 1847, les forces de Santa Anna furent défaites lors des batailles de Contreras et Churubusco. Ce dernier affrontement vit une résistance quasi fanatique offerte par des déserteurs d’origine irlandaise qui combattit avec Santa Anna dans le régiment San Patricio (Saint-Patrick). Les dernières résistances mexicaines furent éliminées à Molino del Rey le 8 septembre, de même que le fort de Chapultepec tomba cinq jours plus tard.

Au cours de ces dernières batailles autour de Mexico City, les Américains n’ont jamais aligné plus de 11,000 hommes face aux 30,000 défenseurs mexicains (soldats réguliers et partisans). Ces derniers subirent des pertes avoisinant les 7,000 hommes, sans compter les quelque 3,000 Mexicains qui capitulèrent. Pour leur part, les Américains avaient perdu un peu plus de 3,000 soldats tués, blessés et disparus.

Des soldats américains dans Churubusco (1847).

Le bilan

Le Président des États-Unis de l'époque: James Polk.

En tout, les forces américaines perdirent 5,800 hommes sur les champs de bataille, mais environ 11,500 tombèrent en raison de la maladie, ce qui représentait un peu plus de 20% des effectifs engagés. Néanmoins, les États-Unis remportèrent la guerre contre le Mexique et il est probable que la campagne qui se livra à partir de la plage de Vera Cruz fit la différence. D’ailleurs, les qualités militaires du général Winfield Scott furent louangées. Cependant, le président Polk vit la chose différemment et il dénigra les accomplissements de son général. Il y avait assurément une rivalité entre les deux hommes, si bien que Scott reçut l’ordre de rester au Mexique, alors que le général Taylor fut invité à parader devant le président.

La Guerre américano-mexicaine fut conclue par le traité de Guadalupe Hidalgo signé le 2 février 1848. Les États-Unis obtinrent le plein contrôle de l’actuel Texas et la frontière avec le Mexique fut fixée sur le Rio Grande. De plus, le Mexique dut abandonner ses prétentions sur les actuels États américains de la Californie, du Nevada et de l’Utah, de même que sur de larges parties du Colorado, de l’Arizona, du Nouveau-Mexique et du Wyoming. En échange, le Mexique reçut néanmoins une somme avoisinant les 20M$ pour ces territoires, ce qui représentait moins de la moitié du montant initialement offert par les États-Unis avant le début des hostilités.

Daguerréotype montrant des artilleurs américains dans la région de Buena Vista (nord du Mexique) vers 1847. La Guerre américano-mexicaine figure probablement parmi les premiers conflits à avoir été photographié.