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1914-1918: La guerre du Canada. Vimy

La route vers Vimy

Le Corps canadien avait quitté le sinistre champ de bataille de la Somme à l’automne de 1916. Environ 24,000 hommes avaient été perdus dans des affrontements qui apparaissaient stériles. Les gains de terrain étaient limités (à peine quelques kilomètres) et les bataillons avaient été décimés. Dans les circonstances, il importait de tirer rapidement des leçons et se préparer pour la prochaine épreuve: la conquête de la crête de Vimy.

La cote 145, le point le plus élevé de la crête de Vimy sur lequel trône l'actuel mémorial édifié par le Canada.

La bataille de la crête de Vimy figure parmi les opérations militaires de la Première Guerre mondiale qui furent les plus soigneusement préparées. En effet, il fallait être méticuleux (et fou) pour entreprendre délibérément un assaut frontal sur ce qui semblait être des positions quasiment invincibles.

La crête avait été capturée par les Allemands en octobre 1914, dans une tentative de déborder le flanc des forces franco-britanniques au début des hostilités. Cette crête atteint à son sommet une hauteur de 145 mètres par rapport au niveau de la mer, ce qui en fait l’un des points les plus élevés, sinon le plus élevé de la région du Pas-de-Calais.

Au sommet, avec des jumelles, un observateur avisé peut voir sans problème dans un rayon de 35 kilomètres. Autrement dit, les Allemands qui trônaient au sommet pouvaient aisément observer les positions de leurs ennemis.

Par ailleurs, non sans surprise, la crête de Vimy avait été si bien fortifiée que toutes les précédentes tentatives pour sa capture avaient échoué. À deux reprises, en 1915, les forces françaises avaient en vain tenté des assauts, laissant au tapis environ 150,000 hommes. L’année suivante, en mai 1916, les Britanniques et les Allemands s’étaient affrontés, laissant à ces derniers l’avantage du terrain.

En cette fin de 1916 et début de 1917, le commandement canadien analysait les leçons amères des dernières attaques frontales faites par l’infanterie vulnérable et laissée à elle-même en terrain ouvert. Cette fois, les préparatifs ont été élaborés et il n’y avait à peu près aucune place à l’improvisation. Il fallait aussi prendre le temps de former le soldat afin qu’il sache précisément ce qu’il devait faire. Le Corps a une mission, la division en a une, la brigade en a une, le bataillon, la compagnie, le peloton, la section et le soldat ont des missions.

Voilà ce qui, à notre sens, distingue dans un premier temps la bataille de Vimy de celles qui ont été menées auparavant. À la fin de l’automne de 1916, les Canadiens marchent donc vers le nord, tentant tant bien que mal de panser leurs blessures subies sur la Somme. D’octobre à décembre 1916, les troupes canadiennes vont progressivement relever les Britanniques en face des pentes ouest de la crête de Vimy.

Préparer l’assaut

La relative tranquillité du secteur de Vimy à cette époque ne cadrait pas bien avec le climat extrêmement froid de l’hiver 1916-1917, l’un des plus durs en Europe de mémoire d’hommes. Les Canadiens ont passé l’hiver le plus froid de la guerre en renforçant les défenses, en effectuant des raids sur les tranchées ennemies sur une base quotidienne et en collectant des renseignements, en préparation de l’offensive de printemps. Les raids continus de la mi-mars ont fait plus de 1,400 victimes dans les rangs canadiens. Cependant, les informations ainsi recueillies ont grandement contribué à l’identification claire des objectifs, avec pour conséquence de minimiser les pertes subséquentes.

Toujours dans cet esprit novateur, une réplique grandeur nature du champ de bataille avait été aménagée avec un flot de rubans de couleur et de drapeaux identifiant les objectifs à atteindre. Parallèlement, les unités canadiennes avaient mené des exercices répétant exactement ce qu’elles feraient tout au long de la journée de l’attaque. Des cartes militaires ont aussi été distribuées à tous les échelons afin de guider les plus petites unités. Par conséquent, les troupes étaient pleinement informées de leurs objectifs et leurs itinéraires.

Un autre élément que l’état-major canadien devait prendre en compte dans l’élaboration de ses plans était le vaste réseau de galeries souterraines qui existait depuis longtemps sous la crête de Vimy. Les ingénieurs allemands, français et britanniques avaient creusé plusieurs galeries sous le No Man’s Land. Ils les avaient remplies avec des charges explosives faisant sauter les tranchées ennemies, laissant d’énormes cratères qui vinrent bouleverser le paysage.

Dans le but de dissimuler à l’ennemi les préparatifs de l’assaut, on entreprit d’agrandir le réseau de galeries existantes pour construire un nouveau dédale qui permettrait carrément de cacher les troupes canadiennes avant l’assaut. En outre, on avait creusé une douzaine de galeries totalisant plus de cinq kilomètres de long, à travers lesquelles les troupes d’assaut pourraient se dissimuler.

Un exemple de ce qui reste de l'une des galeries aménagées sous le front canadien en préparation de la bataille de Vimy.

De plus, ces galeries protégeraient les troupes contre les bombardements et permettraient une évacuation plus aisée des blessés ramenés du champ de bataille. Certains passages souterrains étaient assez courts, tandis que l’un, la ligne Goodman, en face de la Ferme de la Folie, avait une longueur de 1,2 kilomètre. Toutes les galeries avaient l’eau courante et la plupart étaient éclairées par l’électricité fournie par des génératrices. Les galeries étaient aussi équipées de lignes téléphoniques.

On avait également creusé à l’intérieur des parois des galeries des pièces (chambres) pour y installer des troupes, des munitions, des centres de communications et des postes de secours. La plus grande de ces « cavernes », la grotte Zivy, pouvait y accueillir un bataillon complet.

Le labyrinthe de galeries, de tunnels et de cavernes a été l’un des exploits les plus remarquables du génie militaire canadien. Le vaste réseau souterrain contribua à réduire les pertes parmi les fantassins en plus d’améliorer l’ensemble de la lourde logistique associée à cette bataille.

En plus de la construction de ce réseau, les ingénieurs canadiens ont réparé plus de 40 kilomètres de route dans la zone avancée du Corps et ont ajouté quelque 5 kilomètres de nouvelles routes. Ils ont également remis en état 32 kilomètres de tramways, sur lesquels de petits trains, actionnés par des moteurs à essence ou avec des mules, ont transporté du matériel destiné aux troupes de première ligne.

Au plan opérationnel, l’assaut de l’infanterie a été précédé par un barrage d’artillerie massif, qui a commencé le 20 mars. Il impliquait 245 canons lourds et obusiers, et plus de 600 pièces d’artillerie de campagne. En soutien, l’artillerie britannique a fourni 132 canons lourds et 102 pièces de campagne. Cette puissance de feu signifiait qu’il y avait un canon lourd à tous les 20 mètres et un canon de campagne à tous les 10 mètres.

Déjà intense, le bombardement s’accrut à partir du 2 avril. Au moment où l’infanterie attaque, le 9, un million d’obus d’artillerie s’étaient abattus sur les positions allemandes. L’efficacité du tir d’artillerie avait réduit au silence environ 80% des canons allemands qui avaient été préalablement identifiés par la reconnaissance aérienne et par des méthodes de reconnaissance sonore que les Canadiens avaient mises au point. Les Allemands avaient qualifié la semaine ayant précédé l’assaut du 9 avril de « Semaine de souffrance ». Leurs tranchées étaient pulvérisées et les obus d’artillerie fusibles avaient grandement contribué à détruire les fils de fer barbelés.

Peinture de Richard Jack illustrant le bombardement ayant précédé l'assaut de la crête de Vimy.

Dans un autre ordre d’idées, il ne faut pas négliger l’impact significatif de la guerre aérienne dans le contexte de la bataille de Vimy. Bien que la reconnaissance aérienne ait donné de précieux renseignements sur les positions ennemies et les sites d’artillerie, une chaude lutte se livra aussi dans le ciel entre les appareils de chasse. Ce travail avait été important et plus que dangereux.

La bataille

À 5h30, le 9 avril 1917, le lundi de Pâques, le barrage d’artillerie roulant commença à se déplacer progressivement vers les positions allemandes. Derrière ce tir infernal avançaient les 20,000 premiers soldats d’une vague d’assaut constituée des quatre divisions canadiennes. Ces bataillons avançaient avec un fort vent du nord-ouest dans le dos. Ce vent était accompagné de neige et de grésil projetés vers l’est, en plein visage des défenseurs allemands.

Le tir de l'artillerie visait notamment à détruire les fils de fer barbelés.

Guidées par des piquets de peinture marquée, les compagnies d’infanterie de tête franchirent la dévastation du No Man’s Land, se frayant un chemin à travers les trous d’obus et les tranchées brisées. Elles étaient lourdement chargées. Chaque soldat portait au moins 32 kilos de matériel, ainsi que, selon certains, le même poids de la boue omniprésente sur les uniformes et les équipements.

Il y a eu des combats au corps-à-corps, mais la plus grande résistance, celle qui engendra les pertes les plus lourdes, provenait des mitrailleuses allemandes intermédiaires se trouvant en 2e et 3 lignes du front et qui avaient été épargnées par le tir d’artillerie. Malgré tout, trois des quatre divisions canadiennes avançant sur un front d’assaut large d’environ 7 kilomètres avaient remporté leurs objectifs à la mi-journée du 9 avril.

La plus forte résistance allemande se trouvait sur le chemin de la 4e Division au sommet de la cote 145, le point le plus élevé de la crête de Vimy. Une fois prise, la cote 145 donnerait aux Canadiens une vue imprenable sur défenses allemandes vers l’arrière dans la plaine de Douai.

Carte des opérations sur la crête de Vimy (avril 1917).

En raison de son importance, les Allemands avaient fortifié la cote 145 par une série de tranchées et de profonds abris en contre-pente. Les brigades de la 4e division avaient été entravées par le tir ennemi provenant d’un point nommé le « Bourgeon » situé à quelques centaines de mètres au nord de la cote 145. La capture du Bourgeon avait obligé la 4e Division à monter de nouvelles attaques. Ce ne fut que deux jours plus tard que les unités de la 10e Brigade canadienne s’emparèrent du Bourgeon. La non-capture de cette position risquait de menacer le flanc gauche du Corps canadien, compromettant ainsi les succès remportés au sud par les 1ère, 2e et 3e Divisions.

Le gros des combats s’acheva le 12 avril. L’ennemi avait accepté la perte de la crête de Vimy et s’était retiré plus de trois kilomètres dans la plaine de Douai. La bataille de la crête de Vimy marqua le seul succès important des offensives printanières des Alliés en 1917. Malgré qu’ils avaient remporté une grande victoire tactique, les Canadiens avaient été incapables d’exploiter leur succès rapidement, principalement parce que leur artillerie s’était embourbée et était incapable de se déplacer avec eux dans la boue, un phénomène problématique et récurrent de la guerre de 1914-1918.

Bilan de la bataille de Vimy

Les succès canadiens sur la crête de Vimy s’expliquent par la planification méticuleuse visant à minimiser les pertes. Par-dessus tout, ce furent les brillantes qualités de combat et de dévouement des officiers et des soldats canadiens sur le champ de bataille qui ont été décisives. La plupart d’entre eux étaient des soldats-citoyens qui se sont comportés comme des militaires professionnels. Quatre Croix de Victoria furent gagnées à Vimy.

À Vimy, le Corps canadien avait pris plus de terrain et de prisonniers que toutes les offensives britanniques précédentes en deux ans et demi de guerre. Vimy fut l’une des plus belles victoires des Alliés jusqu’à ce moment.

Des soldats canadiens avancent sur la crête de Vimy, l'arme à l'épaule. Cela en dit long sur la puissance destructrice du tir d'artillerie qui a pulvérisé une large partie du système défensif allemand avant l'assaut.

Bien que la victoire de Vimy fut rapide, les trois quarts des objectifs ayant été pris la première journée, cela ne se fit pas sans coût. Les pertes canadiennes s’élèvent approximativement à 10,000 hommes en trois jours de combat, dont 3,600 tués.

Ce furent surtout les bataillons des premières vagues d’assaut qui ont souffert. Malgré les pertes élevées, celles-ci demeuraient beaucoup plus faibles que ce qu’avaient encaissé les forces franco-britanniques lors d’assauts infructueux sur la crête en 1915 et 1916. L’adroite planification par le commandant du Corps, Sir Julian Byng, et son bras droit, Arthur Currie, avait permis aux troupes canadiennes d’encaisser un taux raisonnable de pertes dans ces circonstances précises.

Comme toujours, le temps pour se reposer serait plus que bref. La guerre continuait et les Canadiens se préparaient à poursuivre l’offensive à l’est de la crête de Vimy vers la ville minière de Lens.

Les Allemands étaient installés sur une élévation: la cote 70.

Il fallait la prendre.

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy est le plus important mémorial dédié à la mémoire de tous les soldats canadiens morts au champ d’honneur lors de la Première Guerre mondiale. Situé sur la crête de Vimy au nord de la France, le mémorial est l’attraction principale du terrain où s’est déroulée la bataille de Vimy du 9 au 12 avril 1917. Ce mémorial se veut un également un rappel du sacrifice des militaires canadiens qui n’ont pas de sépultures connues. L’histoire, la portée symbolique et les nombreuses cérémonies commémoratives s’y rattachant font du mémorial de Vimy un lieu de mémoire de notoriété internationale.

Le mémorial : une description

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy se situe sur la crête du même nom, à 8 kilomètres au nord d’Arras dans le département du Pas-de-Calais, près des localités de Vimy et de Neuville-Saint-Vaast. La crête de Vimy monte en pente graduelle sur sa façade ouest, tandis que sa pente est plus escarpée à l’est. Du nord au sud, elle couvre une distance de sept kilomètres. Le parc commémoratif aménagé au sommet occupe un espace de 250 acres. Au point le plus élevé, il est possible d’observer l’ensemble de la région du Pas-de-Calais dans un rayon de 35 kilomètres. Les vestiges de tranchées et les cratères laissés par les obus rappellent la violence exceptionnelle des combats qui s’y sont déroulés en 1917.

Le mémorial fut érigé sous la direction de l’architecte torontois Walter Seymour Allward. Sa construction dura onze ans et une somme de 1,5 million de dollars y fut investie. L’inauguration du monument eut lieu le 26 juillet 1936 en présence du roi d’Angleterre Édouard VIII, du Président de la République française Albert Lebrun et de plus de 50 000 vétérans canadiens et français de la Grande Guerre et leurs familles. Ayant fait l’objet d’une importante restauration à partir de 2004, le mémorial fut inauguré de nouveau en présence de la reine Élizabeth II en avril 2007, au cours d’une cérémonie marquant le 90e anniversaire de la bataille de Vimy. L’entretien du mémorial et l’administration générale du parc commémoratif sont maintenant sous la juridiction du ministère canadien des Anciens combattants.

Mère Canada avec vue au nord, 2007

Mère Canada avec vue au nord, 2007

L’architecte Allward a fait construire le mémorial sur le point le plus élevé de la crête de Vimy, la cote 145. Le monument comporte plusieurs composantes symboliques telles que des figures humaines, des objets militaires et des écritures, le tout évoquant les valeurs pour lesquelles les soldats canadiens de l’époque se sont sacrifiés. Le premier élément qui frappe le regard au loin est constitué par deux immenses colonnes en calcaire, hautes de 30 mètres et pesant 6 000 tonnes, situées sur une base rectangulaire cimentée pesant elle-même environ11 000 tonnes. Le calcaire utilisé pour l’érection de ces colonnes fut importé d’une ancienne carrière romaine située près de la mer Adriatique dans l’actuelle Croatie. Ces colonnes représentent respectivement le Canada et la France. Au sommet de celles-ci se trouvent des statues représentant entre autres la Vérité et la Connaissance.

L’une des figures qui se démarque de l’ensemble commémoratif est celle d’une femme. Tournée vers l’est, en direction de la plaine de Douai, la Mère Canada penche la tête vers le sol. Son regard triste sculpté dans la pierre symbolise cette jeune nation canadienne qui pleure la disparition de ses fils. Sur la face ouest du mémorial sont sculptées les figures d’un homme et d’une femme représentant les parents des soldats tombés. Quant à la base rectangulaire de sept mètres de hauteur qui stabilise la structure, elle représente le mur défensif érigé face à l’ennemi. Sur chacune des faces de cette base sont inscrits les noms des 11 285 soldats canadiens tués en France et n’ayant pas de sépulture connue.

Le symbole du sacrifice ultime

Monument de Vimy, Pas-de-Calais, France, 2008

Monument de Vimy, Pas-de-Calais, France, 2008

Le monument commémoratif de Vimy sert non seulement à marquer l’emplacement de la grande victoire canadienne de la Première Guerre mondiale, mais il constitue aussi un hommage à tous ceux qui ont servi leur pays en temps de guerre et ont risqué ou donné leur vie dans cette lutte de quatre ans. Par conséquent, le mémorial de Vimy bénéficie d’un poids culturel et d’une valeur patrimoniale considérable au Canada. Sa présence imposante sur une crête où tant de soldats sont morts rappelle une représentation de l’histoire largement répandue dans le Canada, à savoir que la nation canadienne aurait été forgée dans le fer et le sang sur ce champ de bataille en 1917.

L’érection de ce mémorial dans la période de l’entre-deux-guerres constituerait alors le point culminant de l’affirmation d’un nationalisme canadien qui serait parvenu à véritablement définir ses valeurs à partir de l’expérience des champs de bataille d’Europe. Par ailleurs, d’un autre point de vue, le mémorial de Vimy dépasserait les frontières de la crête et symboliserait l’ensemble des sacrifices de la nation canadienne à travers les guerres de son histoire. D’ailleurs, les sommes importantes investies par le gouvernement canadien dans la restauration du mémorial au début des années 2000 envoient un autre signal de la volonté des Canadiens de ne pas oublier le prix du sacrifice consenti pendant la guerre de 1914-1918, voire lors des conflits subséquents.

Autre signe de l’importance de sa valeur patrimoniale, le mémorial de Vimy est l’un des deux seuls sites historiques situés à l’extérieur du territoire canadien à être reconnus par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Rappelons que sa valeur dépasse les frontières symboliques de la bataille de 1917 : ce mémorial représente le sacrifice des 65 000 soldats canadiens tombés pendant la Première Guerre mondiale, dont plus de 11 000 n’ont pas de sépultures identifiées. Environ 7 000 soldats sont enterrés dans une trentaine de cimetières militaires situés dans un rayon de 20 kilomètres autour du parc commémoratif.

Monument de Vimy et plaine de Douai, 2004

Monument de Vimy et plaine de Douai, 2004

L’histoire d’un lieu : la bataille

Point stratégique et observatoire naturel par excellence, la crête de Vimy était tombée aux mains de l’armée allemande au début de la guerre en octobre 1914 dans le contexte de la Course à la mer, une série d’engagements au cours desquels les belligérants tentaient de se déborder mutuellement dans l’espoir de reprendre la guerre de mouvement. L’Armée française tenta à plusieurs reprises de déloger les Allemands, mais sans succès : en tout, elle perdra plus de 100 000 hommes dans ses tentatives de prendre la crête et le terrain avoisinant. Le XVIIe Corps d’armée britannique releva les Français dans le secteur en février 1916.

La bataille du Plateau de Vimy, c.1918

La bataille du Plateau de Vimy, c.1918

C’est en octobre 1916 que les quatre divisions d’infanterie formant le Corps canadien prirent la relève dans le secteur. La bataille de Vimy d’avril 1917 est le premier (et le seul) assaut mené simultanément par toutes les divisions du Corps canadien. Après cinq mois de préparation, l’assaut fut lancé le 9 avril 1917 au petit matin. Au cours des jours qui suivirent, le Corps canadien perdit environ 10 000 combattants, dont quelque 3 600 tués, faisant de Vimy l’un des assauts les plus sanglants menés par les Canadiens au cours de la guerre de 1914-1918.

L’histoire d’un lieu : le mémorial

Gravure des noms des soldats sur le socle du monument commémoratif du Canada à Vimy

Gravure des noms des soldats sur le socle du monument commémoratif du Canada à Vimy

C’est en 1922, après une série de discussions entre les gouvernements, qu’une partie du terrain où se déroula la bataille de 1917 fut cédée à perpétuité par la France au Canada. La construction du mémorial, débutée en 1925. s’étala sur une période de onze années. Pour l’érection du monument, ce sont essentiellement des ouvriers britanniques et français, la plupart des vétérans, qui furent embauchés et placés sous la direction d’Allward, lui-même rendant des comptes à la Commission impériale des Champs de bataille britanniques.

Allward mit lui-même plus de deux ans à parcourir l’Europe à la recherche du bon matériau pour l’érection du mémorial, pour finalement trouver un calcaire de qualité dans une ancienne carrière romaine dans l’actuelle Croatie. Des problèmes logistiques ont retardé la livraison de la pierre sur le site, si bien que les travaux n’ont pu commencer avant 1927 dans le meilleur des cas, voire en 1931 pour la construction de certaines statues.

Dans l’attente de la livraison des pierres, les ouvriers en profitèrent pour réaménager le site. Il fallait d’abord sécuriser le terrain en enlevant les mines, les corps et tous autres vestiges de la Grande Guerre. Afin de préserver un minimum d’authenticité au site, d’anciennes tranchées ont été réaménagées en bétonnant les parapets pour que les visiteurs puissent y avoir accès et se faire une idée du tracé de la ligne de front.

Tranchée sur la crête de Vimy, 2006

Tranchée sur la crête de Vimy, 2006

Finalement inauguré à l’été de 1936, le mémorial de Vimy accueillit à cette occasion plus de 8 000 visiteurs canadiens. Le site devint dès lors un lieu de prédilection pour les pèlerins des champs de bataille. Sa sécurité fit pourtant l’objet de vives inquiétudes pendant la Seconde Guerre mondiale, puis lors de l’Occupation allemande, alors que des rumeurs circulant au Canada faisaient état de son éventuelle destruction. Pour faire taire ces rumeurs, le ministère allemand de la Propagande alla jusqu’à publier des photos où l’on voyait Adolf Hitler visiter le mémorial en juin 1940.

Après quelques décennies d’exposition aux éléments de la nature, affecté notamment par les infiltrations d’eau, le gouvernement canadien entreprit en mai 2001 de restaurer le mémorial. Plus de 10 millions de dollars ont été investis et le parc commémoratif fut temporairement fermé aux visiteurs en 2005 pour permettre l’exécution des travaux, pour être ouvert à nouveau au public en avril 2007 lors de la commémoration du 90e anniversaire de la bataille de Vimy. Encore aujourd’hui, des dizaines de milliers de visiteurs et groupes scolaires parcourent le site chaque année. Ce dernier est aussi mis en valeur par un programme structuré de visites guidées animées par des étudiants canadiens.

Un lieu de pèlerinage

Le site est facilement accessible en voiture, taxi ou autobus, mais n’est pas actuellement desservi par un système de transport public. Pendant de nombreuses années, bon nombre de visiteurs canadiens avaient l’habitude d’utiliser les services de transport offerts par M. Georges Devloo, un résidant de Vimy qui se rendait tous les jours aux gares d’Arras et des villages avoisinants cueillir des Canadiens « égarés ». Surnommé le «Grand-père de Vimy» par les guides canadiens, M. Devloo offrait gratuitement le transport avec sa voiture aux visiteurs canadiens. Sur une période de 13 ans jusqu’à son décès en février 2009, M. Devloo a transporté des centaines de visiteurs et sa contribution à la mise en valeur du site fut également reconnue par le gouvernement canadien.

Le Monument commémoratif du Canada à Vimy a fait l’objet de nombreux reportages, documentaires et demeure une référence par excellence de mise en valeur du patrimoine de la guerre de 1914-1918, toutes nations confondues. Il constitue un témoignage poignant de l’horreur vécue par les soldats canadiens.