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Les archers médiévaux

Une catégorie distincte de soldats

Un archer anglais se servant d'un arc long (longbow).

Les archers constituèrent un élément important des forces armées au Moyen Âge, bien que leur nombre, leur déploiement tactique et par conséquent leur efficacité varièrent considérablement. À une époque où l’élite guerrière européenne préféra généralement le combat rapproché à cheval avec une épée (délaissant du coup l’arc, hormis pour la chasse), les archers se spécialisèrent dans leur fonction et provinrent des classes inférieures de la société. À titre d’exemple, les victoires anglaises de la Guerre de Cent Ans servirent à accroître le statut social de l’archer, alors qu’en France la peur d’une insurrection paysanne combinée à la disponibilité de mercenaires arbalétriers contraignit le développement d’un corps « professionnel » d’archers jusqu’au moment des réformes militaires entreprises sous Charles VII.

À la bataille de Hastings (1066), Guillaume le Conquérant fit la démonstration du grand potentiel tactique résultant de la combinaison d’un nombre significatif d’archers et de la cavalerie afin d’affronter une masse compacte de soldats à pied, alors que le manque d’archers du roi anglo-saxon Harold lui causa un sérieux handicap. Les archers occupèrent des rôles importants dans d’autres batailles, comme à Bourgthéroulde (1124) et à la bataille de l’Étendard (1138), où ils combattirent sur la défensive aux côtés de chevaliers démontés. Ces succès tactiques demeurèrent somme toute des cas à part, du moins jusqu’au XIVe siècle, mais ils prouvèrent que les archers avaient leur utilité sur le champ de bataille.

Reconstitution de la bataille de Hastings (1066). Les archers s'exécutent.

L’arme interdite ou la mort tombée du ciel

Pour des raisons assez évidentes, les archers furent particulièrement utiles lors de sièges de places fortes, tant pour l’assiégeant que pour l’assiégé. Un cas notoire d’utilisation de projectile sur une longue distance (possiblement ici un carreau d’arbalète) fut lorsque Richard 1er d’Angleterre fut atteint en 1199 pendant le siège du château de Châlus Chabrol. D’autres exemples qui viennent à l’esprit furent aussi lorsque des archers gallois appuyèrent les manœuvres des chevaliers contre les assauts anglo-normands sur l’Irlande à partir de 1169, et qu’ils furent aussi utilisés lors des Croisades pour combattre les dangereux archers turcs qui harcelèrent la marche des armées croisées ou les charges de leur chevalerie.

Le pape Innoncent III (pontificat de 1198 à 1216), celui qui voulut faire interdire l'emploi de l'arc.

À partir du XIe siècle assurément, ce que j’appelle une sous-catégorie d’archers fit son apparition comme force d’élite, notamment parce que leurs projectiles étaient capables de percer les cottes de mailles. Cela avait provoqué un scandale à l’époque si l’on se fit à un énoncé du pape Innocent III qui, en 1139, avait interdit l’emploi d’archers et d’arbalétriers, surtout lorsqu’il s’agissait d’affrontements entre chrétiens. Bien entendu, l’énoncé papal fut ignoré et les arbalétriers de l’époque des guerres franco-angevines formèrent souvent le gros du contingent des garnisons des châteaux, ayant entre autres une solde plus élevée que celles des archers réguliers. Certaines milices civiles, notamment la redoutable et indépendante milice suisse, préférèrent l’usage de l’arbalète et même certaines armées aristocratiques employèrent des arbalétriers mercenaires, comme ceux de Gênes.

Le déploiement tactique: l’école anglaise

L’importance grandissante de ce qu’on appellera les « archers longs » (longbowmen) dans les armées anglaises est à noter lorsqu’on analyse leur déploiement en très grand nombre durant le règne d’Édouard 1er (1272-1307), qui en avait mobilisé des milliers pour ses guerres contre les Gallois et les Écossais. Le principal problème dans ce cas précis était la qualité très variable des archers envoyés sur les champs de bataille. En effet, il avait fallu procéder à des sélections plus rigoureuses et c’était des représentants du monarque qui souvent s’en chargèrent. Cela améliora forcément les standards, mais la dépendance grandissante des monarques envers les armées de mercenaires à partir du XIVe siècle fit en sorte d’assurer une certaine standardisation de la qualité des archers. En clair, on n’allait pas acheter les services d’une excellente troupe de chevaliers si celle-ci était appuyée par des archers novices.

Si la standardisation des archers était une première étape importante de leur développement, la question de leur déploiement tactique en était la seconde. Alors que les Écossais sous le commandement de William Wallace subissaient une défaite à Falkirk en 1298, le roi anglais Édouard 1er avait utilisé ses archers sur un mode offensif en support à sa cavalerie contre les schiltrons (des unités de piquiers que Wallace fit aligner sur trois rangs afin de briser les charges de cavalerie). D’autres victoires d’importance contre les Écossais (Dupplin Moor, 1332; Halidon Hill, 1333) furent le résultat de l’adoption de tactiques défensives dans lesquelles les archers étaient protégés par des chevaliers démontés qui chargeaient seulement lorsque les rangs ennemis avaient été éclaircis par les flèches.

Représentation de la bataille d'Agincourt (1415). La chevalerie française fut décimée par le tir des archers anglais.

Cette façon de procéder connut du succès contre les Français au cours de plusieurs affrontements de la Guerre de Cent Ans (Morlaix, 1342; Crécy, 1346; Poitiers, 1359; Agincourt, 1415; Verneuil, 1424). La proportion d’archers dans les armées anglaises alla en augmentant, si bien que ceux-ci en vinrent à former le gros de l’infanterie. Au début du XVe siècle, le ratio normal d’archers par rapport aux chevaliers dans les armées anglaises était de 3 pour 1. On estime que dans le cas de la bataille d’Agincourt (1415), l’armée du roi Henri V avait environ 900 fantassins et 5,000 archers.

Cependant, on ne sait pas tout des archers. À titre d’exemple, on a beaucoup débattu sur la nature exacte de leurs formations tactiques. On pense notamment que des formations d’archers pouvaient être placées à gauche et à droite de la ligne de front tenue par les chevaliers. Ce faisant, elles pouvaient créer un tir d’enfilade, ce que d’aucuns appellent un tri croisé (ou concentré). Cependant, on peut aussi croire que ces formations d’archers étaient effectivement disposées sur les flancs des armées anglaises, mais pas employées au devant, se contentant d’assurer un appui de l’arrière. Le consensus en ce moment serait à l’effet que le déploiement tactique des archers n’était pas aussi rigide et qu’il s’adaptait aux circonstances du moment. Les archers pouvaient être derrière l’infanterie et la cavalerie, sur les ailes ou devant, en étant déployés en demi-cercle.

Les archers avaient aussi des moyens de défense. Face à une charge de cavalerie, ils pouvaient s’installer derrière une barricade de piquets affilés, ou encore dans une zone constituée d’obstacles naturels (haies, roches, clôtures, etc.) pour nuire à la manœuvre de la cavalerie. Dans le cas d’utilisation de piquets affilés, ceux-ci n’étaient normalement pas plantés côte à côté pour former une palissade. Ils étaient plutôt installés sur le modèle de cases d’un jeu d’échecs. Cette dernière disposition permettait aux archers de s’insérer entre chacune des cases « libres » au moment de tirer, puis de s’abriter derrière cette barrière discontinue pour recharger ou se protéger de la charge ennemie.

L’équipement et le commandement

Les archers derrière une barrière de piquets.

Cette flexibilité était vitale pour les archers. Bien que l’arc soit l’arme principale, ils pouvaient à tout moment être appelés à servir d’infanterie légère. La bataille d’Agincourt illustre une telle situation. Après avoir tiré quelques volleys de flèches, les archers chargèrent la cavalerie française qui était empêtrée dans un terrain vaseux et dont les chevaux s’écroulaient sous le poids des équipements de leurs cavaliers. Utilisant des haches, des épées, des dagues et toutes sortes d’armes de combat rapproché, les archers causèrent un véritable carnage dans ce combat au corps-à-corps contre la chevalerie française.

Un autre volet qui mérite un éclaircissement concerne la structure de commandement des archers. Il y avait ce que l’on peut appeler des « officiers ». Par exemple, dans les armées anglaises, des officiers étaient en charge de groupe de 100 ou 20 hommes, alors que le commandement d’ensemble pouvait être accordé à un capitaine. Celui-ci pouvait donner le signal du tir aux archers et fournir des ordres précis quant à la cadence, la distance, l’angle et la direction des volleys.

Comme on l’a dit, l’arc est l’arme principale de l’archer, si bien que certains arrivaient sur le champ de bataille avec très peu d’équipements secondaires. La cotte de mailles est lourde et nuit aux mouvements et, bien sûr, le bouclier n’est pas adapté à la gestuelle propre à l’archer. Certains pouvaient porter un casque, et même une légère cotte de mailles sous leur uniforme. Chose certaine, leurs légères armures ne pouvaient pas résister aux coups le moindrement bien placés.

Un exemple type d'un archer anglais. On remarque une légère protection ventrale et le casque. À tout moment, les archers pouvaient être appelés à servir comme infanterie légère.

La force de l’archer demeure toujours son arc, spécialement l’arc long dont le projectile s’avérait supérieur à toute arme à feu sur un plan balistique, et ce, jusqu’à l’avènement de la carabine à canon rayé. Par contre, l’arc long pouvait aussi avoir de sérieuses lacunes. D’abord, son utilisateur devait être fort physiquement et avoir reçu un entraînement intensif. Le geste répétitif consistant à décocher la flèche peut entre autres causer de graves lésions aux os du squelette, notamment aux bras, aux épaules et à la colonne vertébrale. D’ailleurs, certaines ordonnances royales interdisaient aux archers la pratique de loisirs sportifs pour éviter le risque de blessures sur leurs corps déjà éprouvés.

Conclusion

Certains commentateurs, surtout à partir de l’époque des Tudor, ont pu voir le déclin de l’importance des archers sur le champ de bataille comme le déclin global de la puissance militaire de l’Angleterre. Sans doute est-il possible d’avancer une objection ou deux à cette affirmation, mais une chose demeure: l’arc eut un impact considérable sur la façon de guerroyer au Moyen Âge.

Simple d’utilisation et puissant, l’arc était une arme dévastatrice entre les mains d’utilisateurs expérimentés. À mesure qu’on sortait du Moyen Âge pour entrer dans l’époque moderne (XVI-XVIII siècles), peu de soldats professionnels du moment réalisaient que l’arquebuse, le mousquet et l’artillerie deviendraient les nouveaux maîtres du champ de bataille.

Les Longbowmen. L'arc peut mesurer jusqu'à 6 pieds et la concentration du tir peut provoquer un effet dévastateur dans les rangs ennemis.

La bataille d’El-Alamein (1942)

L’Afrique du Nord

L'infanterie britannique observe le pilonnage des positions ennemies avant l'assaut.

Ce qu’on appelle communément la bataille d’El-Alamein est en fait une série d’affrontements s’étant déroulés en 1942 pendant la campagne d’Afrique lors de la Seconde Guerre mondiale. El-Alamein (al-Alamayn) est une localité se trouvant près de la côte égyptienne à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alexandrie. La localité représentait l’extrémité d’un front s’étendant sur quelques dizaines de kilomètres du nord au sud.

Le premier élément qui frappe l’œil de l’observateur est l’extrême complexité du terrain. Nous sommes en plein désert, la température est suffocante, on gèle la nuit, les tempêtes de sable sont fréquentes et une variété de crevasses et de dépressions rendent difficile, voire impossible la manœuvre des armées en certains points. Par exemple, la dépression Qattarah située à quelque 65 kilomètres au sud d’El-Alamein constituait un obstacle naturel formidable, augmentant du coup l’attrait stratégie de la petite localité égyptienne.

Carte des opérations de la bataille d'El Alamein (automne 1942).

Du côté des forces alliées, le front était tenu par des unités constituant la 8e Armée britannique. Celle-ci avait encaissé une série de revers depuis le début de l’année 1942 face aux forces de l’Axe. La 8e Armée avait non seulement besoin d’une pause, mais par-dessus tout d’une position défensive solide sur laquelle il serait possible de reprendre l’offensive. Le fait d’avoir la mer sur la droite du front britannique représentait une protection naturelle, car on était à tout le moins certain que le commandant des forces de l’Axe, le maréchal Erwin Rommel, ne tenterait par une autre manœuvre de débordement de flanc comme il savait si bien le faire. En d’autres termes, la survie de la 8e Armée britannique dépendrait de la bataille qui allait être livrée sur la ligne d’El-Alamein. Si elle échouait, la ville d’Alexandrie et le canal de Suez seraient ouverts pour Rommel.

La dépression Qattarah en Égypte.

Le dos au mur

Ayant subi grave défaite sur le sol libyen à Gazala et à Tobrouk en juin 1942, la 8e Armée britannique sous les ordres du maréchal Claude Auchinlek se replia vers l’est sur la frontière égyptienne. Suite à la désastreuse bataille de Mersah Matruh, dont une éventuelle victoire aurait permis de gagner du temps pour consolider les défenses d’El-Alamein, Auchinlek et ses troupes finirent par se rétablir à la frontière égyptienne en juillet.

Le maréchal Claude Auchinleck, le commandant de la 8e Armée britannique dans les premiers mois de 1942.

De son côté, Rommel n’avait pas relâché la poursuite de la 8e Armée et il finit par la rejoindre également à la frontière égyptienne. Par contre, le maréchal allemand était conscient que ses lignes de communications et de ravitaillement étaient dangereusement étirées. Il était loin de ses bases et en même temps vulnérable aux attaques aériennes. À titre d’exemple, le ravitaillement en carburant ne pouvait se faire que par la mer où les convois étaient impuissants face aux attaques aériennes et navales. Par conséquent, les forces germano-italiennes arrivèrent devant la ligne d’El-Alamein, mais elles étaient trop affaiblies pour tenter une quelconque percée du front britannique.

Néanmoins, Rommel mena une série d’attaques localisées contre certains points de la ligne El-Alamein, sans trop de succès, ce qui entraîna une réponse d’Auchinlek. Le 10 juillet 1942, la bataille de Tell el Eisa fut une tentative du 30e Corps britannique du lieutenant-général Ramsden de contourner le front ennemi à l’extrémité nord de celui-ci. La 1ère Division sud-africaine et la 9e Division australienne parvinrent à percer le front allemand au nord, mais Rommel s’empressa de colmater la brèche.

Le maréchal Erwin Rommel, le commandant de l'Afrika Korps.

La 8e Armée tenta un autre effort du 14 au 16 juillet à la bataille de Ruweisat avec le 13e Corps britannique du lieutenant-général Gott. Deux divisions de l’armée italienne (Pavia et Brescia) subirent les assauts conjoints de la Division néo-zélandaise et de la 5e Division indienne. Face au recul italien, des renforts allemands arrivèrent rapidement dans la zone et parvinrent une fois de plus à reprendre le terrain initialement perdu. Auchinlek décida de remettre cela en reconduisant un autre assaut à Ruweisat, mais cette fois de nuit entre les 21 et 23 juillet, toujours pour des résultats décevants.

Les deux batailles préalables à El-Alamein livrées à Ruweisat avaient démontré que le succès ne pouvait être possible sans une coordination pleine et entière entre l’infanterie et les blindés. Face à ces échecs et refusant de subir un troisième scénario du même genre, Auchinlek comprit qu’il fallait cesser ce type d’assauts infructueux et prendre le temps de se refaire des forces. Cependant, les jours d’Auchinlek à la tête de la 8e Armée britannique étaient comptés.

En effet, en aout 1942, le Premier ministre britannique Winston Churchill intervint dans le débat sur la succession d’Auchinlek. Il avait fait pression afin qu’il soit remplacé par le maréchal Bernard Montgomery qui prendrait le commandement d’une 8e Armée affaiblie et démoralisée. Montgomery voulait changer les façons de faire, voire les mentalités. Il était impératif que le soldat retrouve une confiance en ses chefs et en lui-même, qu’il adopte le désert et développe son agressivité.

Le premier engagement livré par la 8e Armée sous Montgomery fut la bataille d’Alam Halfa du 30 août au 7 septembre 1942, un épisode que certains historiens considèrent comme étant le véritable début de la grande bataille d’El Alamein. Les compétences du maréchal Montgomery furent dès le départ mises à l’épreuve. Sa grande prudence et sa juste lecture de la situation firent en sorte qu’il n’engagea pas inutilement ses troupes. Les Britanniques avaient arrêté l’offensive germano-italienne, ce qui força Rommel à replier son Afrika Korps le temps de se regrouper. Montgomery refusa la poursuite et préféra attendre, le temps de restaurer la confiance et la force de son armée.

Après une série de délibérations et de désaccords entre les dirigeants alliés, il fut décidé à la fin de 1942 de concentrer les efforts contre l’Allemagne et cela commencerait par un assaut contre les forces germano-italiennes en Méditerranée. Le but ultime de la nouvelle campagne qui s’amorçait serait l’opération TORCH consistant en un débarquement des forces américaines et britanniques sur la côte ouest de l’Afrique du Nord.

La bataille

Le maréchal Bernard Montgomery qui prit la relève d'Auchinleck à la tête de la 8e Armée britannique à El-Alamein.

Face à ce cadre stratégique d’ensemble, le maréchal Montgomery vit son tour arrivé de contribuer à cette campagne africaine le 23 octobre 1942. Réorganisée et reposée, la 8e Armée lança ses 230,000 soldats et 1,000 chars contre les forces de l’Axe de Rommel au nombre de 100,000 combattants et quelque 500 blindés. Au 4 novembre, l’Afrika Korps était en déroute. Quelques jours plus tard, le débarquement sur les côtes marocaines et algériennes s’opérait, le tout combiné à la contre-offensive soviétique dans Stalingrad le même mois. En l’espace de quelques semaines, le cours de la Seconde Guerre mondiale changeait à la faveur des Alliés.

Des soldats britanniques aménagent une position défensive à El-Alamein (été 1942).

Montgomery exécuta son assaut au moment où Rommel se trouvait en convalescence en Allemagne. La bataille d’El-Alamein se déroula en trois phases. D’abord, la percée devait être réalisée au centre du front par le 30e Corps du lieutenant-général Leese, face à des forces ennemies solidement retranchées et protégées par un vaste champ de mines, puis un assaut au sud du 13e Corps (lieutenant-général Horrocks) devait suivre. Ni le 30e ni le 13e Corps ne parvinrent à percer suffisamment le front ennemi de sorte à pouvoir faire manœuvrer adéquatement leurs forces en terrain ouvert.

La seconde phase de l’offensive fut menée du 26 au 31 octobre, toujours au centre du front. Les positions ennemies étaient capables de tenir, mais elles furent réduites au silence, dans un style d’affrontements d’usure qui n’étaient pas sans rappeler les combats de la Première Guerre mondiale. C’était en quelque sorte le « style Montgomery », celui d’user l’ennemi à la corde par des bombardements et, lorsqu’il croyait avoir les conditions gagnantes, d’y envoyer l’infanterie.

La coordination de l’infanterie et des blindés fut un élément cruciale dans la victoire des forces alliées à El-Alamein.

La phase finale, celle de la grande percée, eut lieu entre le 1er et le 4 novembre. La Division néo-zélandaise avait mené une charge agressive qui avait permis au 10e Corps se trouvant en réserve d’exploiter la percée et d’attaquer les arrières ennemis. Ce n’est pas tant l’assaut de Montgomery, mais davantage les contre-attaques de l’Afrika Korps qui avaient fini par user celle-ci à El-Alamein. Seules les forces mobiles de l’Axe avaient réussi à s’échapper, se repliant sur les rares routes en de longues colonnes soumises aux attaques fréquentes venant du ciel. Le reste des divisions germano-italiennes qui combattaient à pied furent rapidement débordées et n’eurent d’autre choix que de capituler.

Conclusion

La bataille d’El-Alamein était terminée. Alexandrie, un symbole historique, était protégée. Plus important encore, dans ce contexte de guerre, les Alliés avaient réussi à dégager le canal de Suez et avaient retraversé la frontière en Libye en janvier 1943.

Même si la campagne en Afrique du Nord n’était pas terminée, la victoire des forces alliées à El-Alamein fut déterminante pour la suite des choses. Les forces germano-italiennes furent contraintes de se replier en Libye, puis en Tunisie. C’était le début de la fin de la présence de l’Axe en Afrique du Nord et moins d’une année plus tard, les Alliés pouvaient se concentrer sur leur prochain objectif: la libération de l’Europe.

Un cimetière britannique à El-Alamein.