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Les armes à feu portatives

Introduction: l’ambigüité étymologique

Représentation d'un cavalier européen à l'époque de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les armes à feu portatives sont parties intégrantes de l'équipement du cavalier.

Au sens d’« arme à feu d’épaule », le terme « arme portative » dérive de l’anglais small arms. Il semble avoir été employé une première fois dans la littérature militaire anglaise au début du XVIIIe siècle. Ce terme définissait simplement des armes à feu capables d’être transportées avec les mains. L’utilisation adéquate du terme se complexifia avec le temps, en particulier face au développement de nouvelles armes à feu telles les mitrailleuses, dont le contexte étymologique suggère, à tort ou à raison, qu’on les rattache à ce terme.

En d’autres mots, les mitrailleuses d’infanterie sont considérées comme des armes à feu portatives, tandis que celles montées sur des avions sont exclues de la catégorie. À l’inverse, d’autres armes utilisées par l’infanterie, comme des petits canons antichars et des mortiers portatifs, sont considérées comme des armes portatives. Essentiellement un concept militaire, le développement des armes à feu portatives fut généralement stimulé par les guerres, qui autorisèrent des avancées technologiques accélérées. Par conséquent, ces innovations eurent des impacts significatifs sur les tactiques employées sur les champs de bataille.

Bien que le terme semble avoir été une première fois employé au début du XVIIIe siècle, une enquête plus poussée sur l’histoire du développement de ce type d’armes nous fait remonter à beaucoup plus loin dans le temps, soit au début du XIVe siècle. C’est en effet au cours de cette période que nous observons l’introduction de la poudre noire comme matériau combustible de propulsion employé avec une arme à feu dite « portative ». Toujours à cette époque, la terminologie ne semblait pas précise, si bien que l’on confondait par moment l’identification de certaines armes à feu, à savoir si elles étaient des armes portatives ou des canons.

Le XIVe siècle ou l’époque du « canon à mains »

Croquis d'un soldat armé d'un canon à mains comme on en aurait vu à Crécy en 1346. Avec sa main droite, le tireur doit allumer la charge à l'aide d'un petit bâton, ce qui peut lui occasionner des brûlures, sans compter qu'une erreur du dosage de la poudre ou une fausse manoeuvre peut carrément provoquer l'explosion de l'engin.

Aux fins de cette étude, le terme « canon » semble le plus adéquat lorsqu’il s’agit de brosser le portrait des premiers balbutiements des armes à feu portatives. Plus précisément, ce qu’on appela les « canons à mains » semble avoir été référencé pour une première fois dans un document produit à Florence, puis un autre rédigé sous forme de traité dans la littérature anglaise, tous deux à la fin des années 1320. À partir des années 1340, les sources écrites faisant référence aux armes à feu portatives, aux canons et aux autres armes d’un type similaire se multiplièrent. Nombre de ces écrits suggèrent que les rédacteurs de l’époque semblent posséder des connaissances relativement avancées du principe et de l’utilisation de ces armes à feu portatives employant la poudre noire.

À partir du milieu du XIVe siècle, les documents relatifs aux armes à feu portatives comprenaient aussi des références à l’utilisation de tous petits canons à mains (que l’on appellera plus tard des armes de poing) avec des chargeurs rudimentaires. Par exemple, il semble qu’une arme de ce type ait été présente sur le champ de bataille lors de la victoire anglaise à Crécy en 1346, dans le contexte de la guerre de Cent Ans, bien que ce fut davantage l’arc long qui domina ce jour-là.

Avant la fin de ce même siècle, des références indiquent également la présence d’armes avec des chambres séparées, ce qui témoigne plus précisément que des expériences semblent avoir été réalisées afin d’introduire un système rudimentaire de culasse pour le rechargement. Certains auront pu y voir la poursuite des recherches afin de développer ce que nous avons appelé précédemment les armes de poing, un terme qui apparaît pour la première fois dans la littérature en 1388. De nos jours, les armes de poing représentent un concept utilisé à toutes les sauces et davantage associé aux pistolets et revolvers.

La plus ancienne de ces armes qui existent se trouve au Musée national de Stockholm et elle date probablement de la première moitié du XIVe siècle. Il s’agit d’une petite arme en forme de bouteille faisant environ 30 cm de longueur, dont le canon est d’un calibre de 1,4 pouce. Il est aussi probable que la partie métallique de l’arme fut enchâssée à l’intérieur d’une lourde armature en bois généralement ronde qui devait servir de crosse. Celle-ci s’était naturellement décomposée au moment des fouilles archéologiques. Les armes à feu portatives développées par la suite étaient équipées d’un canon de forme cylindrique, avec des crosses d’épaule similaires, mais avec un crochet sous le canon qui permettaient, lorsque celui-ci était posé sur un parapet, d’atténuer l’effet de recul inévitable lors de la mise à feu.

Le canon à mains du Musée National historique de Stockholm, daté de la première moitié du XIVe siècle. Il s'agit probablement de l'une des plus anciennes armes à feu recensées à ce jour.

Poudre, allumage et munition: l’apprentissage des concepts de base (XVe siècle)

Ce type d’armes à crochets fut notamment popularisé dans les états allemands sous l’appellation de Hakenbüchse (arquebuse à croc). La mise à feu était effectuée par l’allumage d’une mèche tenue à la main ou d’un fil métallique chauffé vers un trou d’ignition nommé la lumière. Plus tard, d’autres modèles de ces canons à mains avaient un petit réservoir de poudre noire au bout de la lumière que l’on appelait le bassinet. La mise à feu était effectuée par un principe similaire de mèche à combustion lente. Celle-ci était préalablement trempée dans une solution de nitrate de potassium puis séchée. L’idée consistait à allumer la mèche, sans qu’elle brûle, ni qu’elle s’éteigne.

Un exemple d'arquebuse à croc primitive datant du début du XVe siècle. À gauche, sous le canon, le croc pouvait être ancré sur un parapet et ainsi amortir l'effet du recul au moment du tir.

Compte tenu de la qualité toute relative des matériaux utilisés et des méconnaissances initiales quant au dosage de la poudre noire (et sans parler des conditions sur le champ de bataille), l’allumage de ces armes pouvait être une opération qui s’avéra par moment plus risquée pour le tireur que pour l’ennemi en face. Il était souvent nécessaire, par exemple, de rallumer la mèche juste avant le tir pour être certain que la combustion se fasse adéquatement au moment opportun.

Ce ne fut pas avant le début du XVe siècle que l’on vit apparaître les premiers fusils à mèche équipés de détentes. La mise à feu s’effectuait grâce à une longue mèche à combustion lente qui était attachée dans les crocs d’un levier en forme de S nommé le serpentin. La détente se trouvait sous ce serpentin. Lorsqu’on appuyait dessus, la partie supérieure du serpentin, sur lequel se trouvait attachée la mèche allumée, se déplaçait vers le bas dans le bassinet, actionnant ainsi la charge propulsive de poudre noire. Le premier avantage de ce système était qu’il permettait au tireur de ne pas avoir à placer sa main près du bassinet contenant la poudre noire.

L'introduction du fusil à mèche se fit en Europe vers le milieu du XVe siècle.

Toujours vers 1500, on vit l’introduction de crosses d’épaule, à l’opposé des armes à feu du XIVe siècle qui se tenaient généralement sous le bras pour amortir l’effet de recul. Il s’agissait là d’un développement majeur dans l’histoire des armes à feu portatives, puisque le principe de la crosse, qui sert à stabiliser le tir et amortir le recul, deviendra l’élément caractéristique des armes à feu pour les siècles à venir. C’est également vers la même époque que l’on commença à réfléchir à un concept où l’arme, à savoir la poudre et la munition, serait chargée par le canon, et non plus uniquement par un bassinet comme autrefois en ce qui concerne la poudre. De plus, on réfléchit sur le principe d’une arme à feu dont la détente actionnerait une charge préliminaire (ex: une étincelle), qui elle-même déclencherait la charge principale située dans la chambre du canon.

Le XVIe siècle: la demande d’armes à feu

Ces expérimentations connurent des succès mitigés. On fit l’essai d’un chargement de l’arme par une sorte de culasse située près de la chambre (et non par le canon), puis cette autre tentative consistant à doter l’intérieur du canon de rayures pour améliorer l’effet balistique. Le XVIe siècle en fut donc un de grandes expérimentations, surtout à des fins militaires. Divers types de nouvelles carabines virent leur apparition. Il y eut bien entendu l’arquebuse (une carabine lourde), mais également d’autres armes à feu portatives tel le pétrinal (une autre carabine lourde), et ce, jusqu’à l’apparition du mousquet.

Par ailleurs, au cours du XVIe siècle, l’invention du système d’allumage à rouet facilita grandement le développement des premiers pistolets. Toujours relâchée par une détente, l’idée consistait à faire pivoter une petite roue à ressort métallique contre une pierre. Ce contact provoquait une étincelle dans le bassinet chargé de poudre, déchargeant ainsi l’arme. C’est aussi à cette époque que le statut social des armes à feu portatives évolua. Autrefois utilisées par des soldats, ces armes attirèrent également l’attention des officiers de cavalerie, de même que celle des amateurs de chasse. Le XVIe siècle vit également l’apparition d’un métier somme toute nouveau, celui de l’armurier. Celui-ci était à la fois un artisan, un dessinateur, un innovateur, voire un artiste dans un champ d’expertise qui veillait à bien satisfaire une clientèle de plus en plus nombreuse, riche et exigeante.

Un pistolet à rouet fabriqué dans le dernier quart du XVIe siècle. Cette arme, qui s'ajouta à l'attirail du soldat à cheval, conféra à la cavalerie un avantage tactique supplémentaire.

Bien que la sophistication des armes à feu portatives prit du temps avant d’atteindre l’appareil militaire dans son ensemble, les encouragements prodigués par ceux qui détenaient le pouvoir (et qui occupaient souvent de hautes fonctions militaires) firent en sorte qu’inévitablement, ces armes raffinées finirent par être distribuées en grand nombre aux soldats. Auparavant, surtout à l’époque des armes à allumage à rouet (un mécanisme compliqué et qui coûtait cher de fabrication), peu de soldats avaient accès aux armes à feu. Leurs utilisations à des fins militaires furent essentiellement réservées sous forme de pistolets à l’usage des officiers de la cavalerie qui, pour la première fois, pouvaient s’en servir efficacement assis sur leurs chevaux.

Mise à part la nécessité d’entraîner les chevaux, afin qu’ils ne paniquent pas en entendant le bruit des armes à feu tirées près de leurs oreilles, la disponibilité des pistolets pour la cavalerie ne donna pas seulement à ses officiers une arme d’appoint avec l’épée et la lance, mais elle changea son rôle tactique. La grande charge compacte ferait éventuellement place à une manœuvre plus circonspecte nommée la caracole, dans laquelle les rangs de cavaliers avancent, tirent avec leurs pistolets, puis retraitent afin de pouvoir les recharger. Cependant, il s’avéra qu’avec le temps la caracole devint obsolète vers 1700, si bien que l’on préféra réserver la décharge du pistolet lors de la mêlée, au même titre que l’épée, ce qui relégua l’arme à feu à un rôle ni moins, ni plus important que celui de l’arme blanche.

La présence des armes à feu sur les champs de bataille amena la cavalerie à revoir ses tactiques. Ici la caracole, une formation tactique où la première rangée tire sa volée, puis retourne en arrière afin de recharger. La rangée suivante répète le processus et ainsi de suite. Cette formation fut introduite en réponse à la menace que représentait pour la cavalerie l'infanterie composée de piquiers.

La domination du mousquet (XVIIe – XIXe siècles)

Le développement du fusil à silex vers la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle permit de répandre davantage l’utilisation de ce type d’armes au sein des infanteries du monde, si bien que ce système d’amorce perdura à travers le XVIIIe siècle et jusqu’à la fin de la première moitié du siècle suivant. Lorsque la détente était pressée, elle actionnait un marteau à ressort sur lequel était fixée une pierre. Celle-ci frappait une plaque de percussion en acier qui était située au-dessus du bassinet. Le jet d’étincelle provoqué alluma la charge, ce qui fit du fusil à silex le summum du développement de ce type d’armes à feu d’allumage à pierre. L’innovation maîtresse de cette arme était sa plaque de percussion en forme de L. La partie inférieure de cette plaque servait à couvrir le bassinet, ce qui immunisait la poudre contre l’humidité et la moisissure, d’où l’importance d’ouvrir la plaque avant le tir afin de découvrir la poudre.

Comme dans bien des armées du monde de l'époque (XVIIIe siècle), le mousquet (fusil à silex) constitua une arme de premier choix du fantassin en première ligne. Nombre d'armées employèrent le mousquet jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Par conséquent, on assista à une multiplication des armes à feu portatives, surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, à une époque où les guerres étaient quasi constantes en Europe, puis dans le reste du monde à mesure que progressait la colonisation. Le mousquet devint l’arme de base du fantassin, puis la carabine (un mousquet de plus petite taille et de calibre) connut une popularité croissante dans la cavalerie. Celle-ci prit un soin continu à réinventer constamment cette carabine, sans compter l’intégration du pistolet en version améliorée et par moment équipé d’une crosse détachable au besoin. De son côté, la marine profita également de l’invention du mousquet qu’elle adapta selon ses besoins particuliers. À titre d’exemple, le mousqueton était une version raccourcie du mousquet. Celle-ci s’avéra utile dans l’espace confiné d’un navire, que ce soit pour décourager l’ennemi d’aborder ou bien pour réprimer une éventuelle mutinerie.

Du silex à la mitrailleuse: un XIXe siècle de transitions

Le XIXe siècle connut également son lot d’innovations au sein des armes à feu portatives. À l’instar du siècle précédent, la guerre stimula une fois de plus le développement de ces armes, quoiqu’il ne faille jamais négliger l’influence du monde du sport (la chasse), une influence qui déteignit sur le monde militaire. C’est en grande partie grâce à la Révolution industrielle tout au long du XIXe siècle que les expérimentations des deux côtés de l’Atlantique allèrent de pair avec la montée constante des tensions politiques dans une Europe de plus en plus nationaliste. D’ailleurs, d’un bout à l’autre de ce siècle, on passa de l’abandon du mousquet à l’introduction du fusil à percussion, puis à l’invention de la mitrailleuse avant même que ne débute le siècle suivant.

L’autre particularité de l’évolution des armes à feu portatives réside dans la standardisation à grande échelle des modèles au cours de cette ère industrielle. Par exemple, l’armée américaine voulut adopter le même fusil pour toute son infanterie dès 1803. Plus tard, en 1841, l’armée prussienne fit du fusil à chargement par la culasse Dreyse son arme d’ordonnance. Le Dreyse était révolutionnaire pour son époque, car sa cartouche en papier contenait à la fois l’étui, le projectile et la poudre nécessaire à la charge. Une fois introduite dans la chambre en ouvrant la culasse, la cartouche était mise à feu à l’aide d’une aiguille actionnée par la détente. Le recours au Dreyse par les Prussiens était presque anachronique, dans la mesure où les soldats des autres armées européennes chargeaient toujours leur mousquet par le canon, avec la balle et la poudre séparées, comme le firent leurs prédécesseurs depuis les trois siècles précédents.

Le dispositif mécanique du fusil Dreyse mis en service dans l'infanterie prussienne en 1841. Le Dreyse était un fusil qui tirait une cartouche grâce à une amorce qui était placée à la base de la balle. L'allumage avait lieu par la suppression de l'amorce par une aiguille qui était poussée au creux de la charge de poudre noire tout entière pendant le chargement de l'arme. Le Dreyse fut le premier fusil militaire utilisé à grande échelle avec un mécanisme de chargement par la culasse.

Pour leur part, les soldats américains furent équipés d’une arme également révolutionnaire pour son époque, soit le revolver Colt qui, comme le terme l’indique, disposait de six chambres pivotantes contenant chacune une cartouche. Cette arme fut employée avec succès lors des affrontements contre les Indiens séminoles en 1838, puis lors de la guerre contre le Mexique en 1847. Le Colt connut une popularité phénoménale, si bien que les officiers britanniques de la Royal Navy adoptèrent une version de marine du Colt en 1851 et ils en firent usage lors de la guerre de Crimée qui débuta en 1854.

Le fusil à percussion Springfield modèle 1861, l'arme principale des infanteries nordiste et sudiste lors de la guerre de Sécession (1861-1865). En bas à droite, la cartouche Minié qui provoquait de terribles blessures, déchirait les muscles et pulvérisait les os à son passage.

Le milieu du XIXe siècle vit aussi, du moins pour un certain temps, la difficile cohabitation sur les champs de bataille entre les anciennes armes à silex et les modèles plus récents d’allumage à percussion. On peut penser aux inconvénients tactiques de telles situations, surtout si l’on sait qu’une partie des combattants ne parvient pas à tirer à la même distance, ni avec la même cadence de feu que l’autre groupe. Cette situation se produisit notamment au début de la Guerre civile aux États-Unis en 1861, jusqu’au moment de la généralisation du fusil modèle Springfield 1861, une arme à percussion qui tirait la dévastatrice cartouche Minié. L’allumage se faisait à l’aide d’un petit « cap » généralement en cuivre qui était placé sur un petit bouton métallique.

Lorsque frappé par le marteau à ressort après avoir appuyé sur la détente, le cap entraînait une décharge primaire qui à son tour produisait une petite substance explosive nommée le fulminate de mercure. Cette substance engendrait une flamme qui traversait le bouton métallique et allumait la charge principale. Un autre paradoxe de la Guerre civile réside dans l’invention de la mitrailleuse à manivelle Gatling (1861). Alors que la majorité des soldats d’infanterie combattaient avec le fusil Springfield, dont un soldat entraîné pouvait tirer trois coups à la minute, la Gatling pouvait arroser de balles un terrain délimité avec une très forte cadence de tir.

L’ère des armes à rechargement par le canon tirait néanmoins à sa fin. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, les soldats de chaque camp disposaient de fusils à rechargement par la culasse qui pouvaient tirer des cartouches complètes (étui, poudre et projectile en une seule pièce). Il n’était donc plus nécessaire de charger l’arme par le canon comme autrefois.

C’est aussi lors du dernier quart du XIXe siècle que la plupart des développements techniques faisant parties intégrantes des armes modernes furent expérimentés. Déjà équipées de culasses à rechargement rapide, les armes pouvaient contenir un plus grand nombre de cartouches. Cela signifiait qu’elles devenaient des armes à répétition. Les calibres furent réduits (ce qui atténua l’effet de recul), la vélocité des projectiles s’améliora, sans oublier l’introduction de la poudre sans fumée qui accrut nettement la visibilité sur les champs de bataille.

Quant aux pistolets et revolvers, ceux-ci virent également leurs calibres réduits pour la même raison que mentionnée précédemment. De plus, ces armes connurent un lot d’améliorations similaires aux fusils en ce qui a trait au rechargement, à la vélocité et au tir semi-automatique. Les mitrailleuses virent une évolution rapide. En un peu plus d’un quart de siècle, ces engins initialement utilisés par l’action d’une manivelle se transformèrent en armes automatiques refroidies par liquide et capables de tirer environ 600 coups à la minute.

Le test de 1914-1918

Les fusils équipés de lances-grenades furent largement utilisés lors de la Première Guerre mondiale. Ici, un soldat serbe tenant un fusil français Lebel. Une cartouche à blanc était généralement nécessaire pour allumer ce type de charge.

Toutes ces innovations eurent des impacts considérables qui forcèrent les belligérants à réviser leurs tactiques sur les champs de bataille. Ces révisions coûtèrent extrêmement cher en vies humaines, notamment lors des affrontements de masses de la Première Guerre mondiale. La puissance terrible du feu amena aussi une réévaluation du rôle du soldat à titre individuel. Chaque combattant était encouragé à se perfectionner dans l’art du tir, d’autant plus qu’il avait entre les mains une arme qui lui permettait d’accomplir cette mission. Chaque cavalier dut délaisser son cheval et devenir un fantassin dans les tranchées, bien que l’introduction du char d’assaut à partir de 1916 lui redonnera certaines lettres de noblesse.

Dans la catégorie des armes à feu portatives, ce fut véritablement la mitrailleuse qui domina les champs de bataille de 1914-1918. Celle-ci fit l’objet de nombreuses études, tant pour en faire un usage optimal que pour minimiser son impact lors d’un assaut. D’ailleurs, les mitrailleuses devinrent plus légères et portatives par un seul homme, si bien que la mitraillette, introduite trop tard dans le conflit pour avoir un réel impact, devint en quelque sorte l’ancêtre de l’armement du soldat contemporain.

Déjà inventé dès le XVIIIe siècle, le lance-grenade fit sa réapparition. Il suffisait d’attacher au bout du fusil la pièce supportant la grenade, puis de propulser le projectile à l’aide d’une cartouche à blanc. Ce type d’arme était idéal pour une guerre de tranchées comme celle vécue de 1914 à 1918. Par ailleurs, l’avènement du char d’assaut força les belligérants à mettre au point des canons antichars, dont certains modèles étaient portatifs. Par exemple, les Allemands mirent au point un fusil antichar de calibre 13 mm inspirée de la carabine Mauser modèle 1898. Enfin, le mortier refit aussi son apparition, sous forme de modèles variables et portatifs. Encore une fois, il s’agissait d’une arme bien adaptée à la guerre des tranchées et qui est toujours en service de nos jours.

Légèreté et versatilité: la réflexion depuis l’entre-deux-guerres

Le développement des armes à feu portatives depuis 1918 s’est particulièrement concentré sur l’amélioration du poids et de la versatilité. Là aussi, les Allemands furent des pionniers en la matière, suivis de près par les Américains avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, les Allemands mirent en service le premier fusil d’assaut automatique de l’histoire, le SturmGewehr, une arme considérée comme l’ancêtre du célèbre fusil d’assaut soviétique AK-47 (1947), qui lui-même fut amélioré en 1974.

Le célèbre SturmGewehr 44, une arme considérée comme le premier fusil d'assaut automatique de l'histoire. Ce modèle inspira l'ingénieur soviétique Kalashnikov qui fabriqua l'arme portant son nom trois ans plus tard.

Dans ce contexte, d’autres éléments découlent des principes de base de légèreté et de versatilité. Par exemple, il fallait inventer une arme certes légère, mais aussi capable d’être refroidie à l’air (et non à l’eau ou au gaz) et qui possèderait une grande cadence de tir. Très important également, il importait que l’arme soit en mesure d’être facilement transportée par un fantassin qui puisse suivre le reste de sa formation. C’est ainsi que les Allemands inventèrent deux modèles de mitrailleuses portatives MaschineGewehr en 1934 et en 1942 (MG 34, MG 42), qui peuvent être considérées comme les premières mitrailleuses répondant aux critères fondamentaux de la légèreté et de la versatilité. À cet égard, nombre de mitrailleuses actuellement en service dans certaines armées du monde sont copiées, sinon largement inspirées, de la MG 42.

La réflexion sur le développement mit aussi l’accent sur la capacité de recharger rapidement les armes. La première carabine d’assaut semi-automatique à rechargement rapide fut probablement celle de conception américaine, à savoir le M-1 Garand, une arme abondamment en service lors de la guerre de 1939-1945. Pour leur part, les Allemands conçurent d’autres armes répondant à des principes similaires, notamment les mitraillettes Maschine Pistole 38 et 40 (MP-38, MP-40).

Un autre arme légendaire, le fusil américain M1 Garand en service lors de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. De la Normandie au Pacifique en passant par l'Afrique et l'Italie, cette arme fut de tous les combats livrés par les soldats américains. Le M1 était un fusil semi-automatique pouvant accueillir 8 cartouches. Seul défaut de l'arme, le fameux son "cling" émis lorsque la dernière cartouche était éjetée.

Conclusion: l’attachement aux principes

Les développements depuis 1945 se sont essentiellement concentrés sur la réduction des calibres, un phénomène déjà entamé depuis le dernier quart du XIXe siècle. Notons aussi cet autre exemple d’innovation, soit que les ingénieurs travaillent sur de nouveaux types de munitions, à savoir des cartouches sans étui. Ce type de munition permettrait entre autres d’éliminer l’éjection traditionnelle de la douille après le tir, qui par moment peut enrayer l’arme, tout en accroissant davantage la légèreté pour le fantassin. De plus, la fabrication des armes à feu portatives à des fins militaires ne fait à peu près plus appel au bois comme matériau de base de support au canon, si bien que des composantes plastiques encore plus légères et résistantes font partie des matériaux d’aujourd’hui.

En dépit des nombreuses erreurs issues de maintes expérimentations, il demeure deux principes constants associés à la fabrication et à l’utilisation d’armes à feu portatives depuis le XIVe siècle. Le premier est celui de l’accroissement de la puissance de feu entre les mains du soldat. Le second, habituer celui-ci à la réalité incontournable que sur le champ de bataille, il doit malgré tout porter son arme et ses munitions.

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La mitrailleuse: l’évolution d’une arme

L’élaboration du principe

La mitrailleuse britannique Vickers Mk. I.

Le concept d’une arme à feu capable de tirer rapidement de multiples coups sans avoir à la recharger remonte à aussi loin que le début de l’apparition de ces armes sur les champs de bataille. On peut même dire que cette idée de tirer plusieurs coups à cadence rapide constituait le postulat à la base de l’invention des armes à feu.

Des armes pouvant tirer en volées, avec de multiples petits canons disposés en parallèle en forme d’éventail, ou regroupés en une sorte de grappe, étaient le mieux que pouvaient fabriquer les ingénieurs à l’époque des fusils à silex et à rechargement par le canon. Par conséquent, il apparaissait évident que la meilleure arme à tir rapide et multiple que l’on pourrait fabriquer devrait être rechargée autrement que par le canon. À l’instar de l’invention d’armes à rechargement par la culasse, le développement de cartouches uniformes (qui contenaient l’étui, la poudre et l’ogive) s’avéra un élément déterminant dans la mise au point des mitrailleuses depuis. Les premiers fusils à percussion étaient sans doute meilleurs que ceux à silex, mais ce fut véritablement l’apparition du concept de rechargement via la culasse (et non par le canon) qui fit tomber les dernières barrières à la mise au point du tir multiple à cadence rapide.

Croquis de la mitrailleuse inventée par Wilson Agar vers 1860.

Le problème à la base de l’invention de la mitrailleuse reposait donc sur l’invention d’une cartouche qui contiendrait à la fois l’amorce et le corps de la balle. Cette combinaison fut testée sur une variété de mitrailleuses américaines opérées par manivelle dans les années 1850 et 1860. La plus efficace de ces premières mitrailleuses fut probablement celle de Wilson Agar, une arme qui ressemblait étrangement à un moulin à café. Une cinquantaine de ces mitrailleuses avaient été achetées par les forces de l’Union au début de la Guerre civile américaine pour la défense de Washington. Le surnom de « moulin à café » dérive de la trémie, ce réservoir en forme pyramidale installée sur le dessus de l’arme opérée par l’action d’une manivelle. Ce réservoir alimentait un canon en acier et il était préalablement rempli de cartouches chargées de poudre et d’ogives, le tout actionné à l’aide d’amorces.

L’époque de la manivelle

La mitrailleuse d’Agar fut dépassée par une autre, beaucoup plus efficace, inventée par Richard Gatling en 1861. Cette arme fut utilisée en quantités limitées et dans un but défensif pendant la Guerre civile. Comme la mitrailleuse d’Agar, et à l’image de la plupart des mitrailleuses qui seront mises au point au cours des trente prochaines années, la Gatling était opérée par l’action d’une manivelle. Contrairement à l’unique canon de la mitrailleuse Agar, la Gatling en avait six disposés autour d’un pivot central. Sous l’action de la manivelle, ces canons tournaient autour du pivot. Les cartouches s’inséraient dans la chambre, étaient tirées et les douilles éjectées de chaque canon.

La mitrailleuse à canons rotatifs inventée par Richard Gatling en 1861.

Avant l’apparition de la mitrailleuse automatique par Hiram Maxim dans les années 1880, la plupart des inventeurs firent des expériences sur des engins à canons multiples qui étaient actionnés par manivelle. Mis à part la célèbre Gatling, d’autres mitrailleuses à manivelle furent mises au point. On pense à celle de William Gardner, de même que la mitrailleuse Lowell (de son inventeur De Witt Farington of Lowell) et la Nordenfelt, une arme inventée par l’ingénieur suédois Heldge Palmcranz, mais financée par le banquier Thorsten Nordenfelt.

La mitrailleuse Gardner était équipée de deux canons côte à côte insérés dans un grand tube et ceux-ci étaient alimentés en cartouches par un grand chargeur fixé à la verticale sur la chambre de l’arme, à l’instar de la Gatling. Comme celle-ci, les cartouches « tombaient » dans la chambre, étaient tirées puis les douilles étaient éjectées, toujours par l’actionnement d’une manivelle. Cette mitrailleuse avait d’ailleurs été adoptée avec un succès relatif par la Royal Navy dans les années 1880.

La mitrailleuse à deux canons de William Gardner (1879).

Pour sa part, la mitrailleuse Lowell disposait de quatre canons avec une alimentation en cartouches similaire à la Gardner mais, en dépit de quelques ventes à la Russie et à la marine américaine, l’arme ne fut jamais une réussite. Quant à la Nordenfelt, celle-ci était généralement constituée de dix canons alignés parallèlement, mais leur nombre pouvait varier. Certains modèles de mitrailleuses Nordenfelt alignaient deux canons, d’autres pouvaient en utiliser douze. L’alimentation en cartouches s’opérait par la gravité, avec une trémie installée au-dessus de l’arme, le tout actionné par l’habituelle manivelle.

Une version à cinq canons de la mitrailleuse Nordenfelt.

La Nordenfelt pouvait tirer jusqu’à 100 cartouches par minute par canon, ce qui signifiait un potentiel de 1,000 cartouches tirées à la minute dans la version à dix canons. Cette mitrailleuse fut manufacturée selon différents calibres et elle fut adoptée par la Royal Navy en deux versions: un modèle à cinq canons de calibre de .45 pouce pour un usage antipersonnel, puis un modèle à quatre canons de calibre d’un pouce pour la défense contre de petites embarcations maritimes ennemies. La marine royale britannique utilisa donc trois types de mitrailleuses à actionnement par manivelle au cours de la période de 1870 à 1890: la Gatling, la Gardner et la Nordenfelt. Leurs usages pouvaient être à la fois offensifs et défensifs.

Exposition au début du XXe siècle en Angleterre des mitrailleuses Gardner, Maxim et Nordenfelt.

L’expérience européenne

De l’autre côté de la Manche, les inventeurs s’afférèrent à développer des mitrailleuses qui pourraient rivaliser celles produites en Amérique. Nous avons parlé de la Nordenfelt suédoise, mais d’autres modèles furent conçus en France et en Belgique, toujours sur le principe des canons multiples. À titre d’exemple, le Belge Joseph Montigny mit au point un engin qu’il vendit au gouvernement français. Il s’agissait d’une mitrailleuse à 37 canons (plus tard ramenée à 25 canons) capables de tirer tous les tubes à la fois ou procéder par sélection. En fait, cela dépendait de la vitesse avec laquelle la manivelle était opérée.

Croquis de la mitrailleuse ou du "canon à balles" mis au point par Joseph Montigny en 1863.

La mitrailleuse Montigny fut utilisée par l’artillerie française lors de la guerre franco-prussienne. L’idée de départ était bonne, à savoir l’utilisation de la mitrailleuse avec les canons en position défensive. Cependant, on se rendit vite compte que plusieurs d’entre elles furent détruites par le tir de contre-batterie de l’artillerie ennemie. Malgré tout, lorsqu’une mitrailleuse Montigny fut utilisée en appui de l’infanterie, comme ce fut le cas à la bataille de Rezonville/Gravelotte de 1870, celle-ci causa plus de 2,600 pertes chez les Prussiens, soit plus de 50% des forces faisant face à l’armée française. Il va sans dire que les Prussiens apprirent rapidement la leçon de cette douloureuse expérience.

La France adopta également la première mitrailleuse mise au point par la firme Hotchkiss dans les années 1880. Il s’agissait d’un canon rotatif de 37mm. Ce canon relativement efficace fut aussi acheté par diverses forces navales, comme celles de l’Allemagne, de la Russie, des Pays-Bas, de la Grèce et du Danemark. La mitrailleuse Hotchkiss s’opérait d’une manière similaire à celle de la Gatling, si bien qu’elle contribua à sa façon au développement accéléré dans le contexte de la course aux armements en cette fin de XIXe siècle.

Le "canon-revolver" Hotchkiss de 37mm mis au point en 1879. Le fonctionnement de l'arme est inspiré du mécanisme de la mitrailleuse Gatling.

L’ère Maxim ou le principe d’une arme automatique

Hiram Maxim posant avec sa mitrailleuse dans les années 1880. Il est considéré comme l'inventeur de la première mitrailleuse automatique telle qu'on la connaît de nos jours.

La décennie des années 1880 en fut une de transformations pour la mitrailleuse et, à l’instar de la Gatling, ce fut un Américain qui apporta une contribution décisive (même si ce furent les Européens qui en firent une réussite sur les champs de bataille). Le véritable inventeur de la mitrailleuse automatique, telle qu’on la connaît de nos jours, fut Hiram Maxim. Né dans le Maine de descendance huguenot, Maxim était un inventeur versatile qui avait connu du succès aux États-Unis avant d’émigrer en Angleterre au début des années 1880.

La mitrailleuse qui finit par porter son nom fut développée par lui entre 1883 et 1885. Maxim avait testé son arme devant un groupe d’officiers britanniques. Pour ce faire, il utilisa une cartouche de calibre .45 similaire à celle utilisée dans le fusil Martini-Henry, l’arme d’ordonnance de l’infanterie britannique de l’époque. Sa mitrailleuse était entièrement automatique, car elle alimentait son tir non pas par l’actionnement d’une manivelle, mais simplement par un mécanisme ingénieux qui n’était pas tombé dans l’œil des concepteurs d’autrefois. Maxim avait compris que la mitrailleuse devait s’alimenter en nouvelles cartouches à l’aide de l’énergie du recul séquentielle au tir pour éjecter l’étui et chambrer une nouvelle cartouche.

Une fois initialement armée et tirée, la mitrailleuse pouvait théoriquement fonctionner indéfiniment. L’énergie du recul faisait en sorte d’alimenter à lui seul la chambre avec de nouvelles cartouches, sauf si son utilisateur relâche la détente ou que l’arme s’enraye pour quelconques raisons. Capable de tirer jusqu’à 600 coups à la minute, la mitrailleuse Maxim disposait d’un seul canon qui était attaché à un réservoir d’huile pour permettre son refroidissement. De plus, la cadence du tir était conséquente au débit d’huile, de sorte que le canon ne surchauffe pas, car il risque de se déformer.

La version allemande de la mitrailleuse Maxim. La MaschineGewehr 1908, ou MG 08. Elle fut l'une des principales mitrailleuses utilisées par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale.

Les Britanniques modifièrent la mitrailleuse Maxim afin d’adapter le canon pour accueillir la cartouche de calibre .303. Autrement dit, l’armée britannique allait acheter des mitrailleuses Maxim et en faire une arme d’ordonnance en 1889 et doter les premiers bataillons deux années plus tard. Pour leur part, les Allemands allaient également faire l’achat de la Maxim en 1899, de même que la Russie. Ces deux nations avaient acheté la licence afin de manufacturer cette mitrailleuse et la Russie fut la première à l’utiliser lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905, avec des effets dévastateurs chez l’ennemi.

Les Britanniques avaient également eu des occasions de tester leur nouvelle acquisition lors de diverses guerres coloniales entre 1889 et 1895, face à des adversaires moins bien équipés. Lors de la Guerre des Boers de 1899 à 1902, un conflit remporté avec beaucoup plus de difficultés, les vainqueurs britanniques de même que leurs ennemis utilisèrent des mitrailleuses Maxim.

Le perfectionnement du principe

Il n’en fallut pas long afin de voir apparaître les premiers compétiteurs de la mitrailleuse Maxim. D’autres systèmes de tir automatique virent le jour à peu près à la même époque, soit au tournant du XXe siècle. Par exemple, l’Américain John Browning inventa une mitrailleuse à rechargement par emprunt de gaz, contrairement à l’énergie du recul chez Maxim. Dans le système de Browning, une partie du gaz sous pression généré par le tir de la cartouche sert à éjecter la douille et insérer une nouvelle cartouche dans la chambre. Ce système avait d’ailleurs été perfectionné par la compagnie Colt en 1895.

John Browning faisant la démonstration de sa mitrailleuse modèle 1917.

La même année, le manufacturier français Hotchkiss développa à son tour une mitrailleuse à emprunt de gaz, dont le même concept avait été inventé simultanément par l’Autrichien Adolph von Odkolek. Ce système fut adopté par l’armée française en 1897. En Autriche, la firme Skoda développa en 1888 une mitrailleuse dont le rechargement automatique était basé prioritairement sur un système dit « à court recul du canon ». Le principe étant que la culasse et le canon reculent ensemble lors du tir avant d’être séparés, puis la culasse continue seule son recul. Par conséquent, à la fin du XIXe siècle, les trois principaux systèmes de tir automatique des mitrailleuses avaient été mis au point: le recul, l’emprunt de gaz et le système à court recul du canon. Les nations continueront de les perfectionner lorsqu’éclatera la Première Guerre mondiale en 1914.

En haut, la mitrailleuse Skoda modèle 1909 avec un "cache-flamme" sur le canon.

La mitrailleuse: une arme parfaite?

Poser la question revient à y répondre, mais par la négative. En effet, la mitrailleuse était loin d’avoir un fonctionnement parfait. Les principaux problèmes étaient centrés sur le poids de l’arme, sa manœuvrabilité, sa versatilité, et par-dessus tout l’incertitude face à son emploi tactique sur les champs de bataille.

Le fusil-mitrailleur Lewis qui équippa les forces britanniques pendant la Première Guerre mondiale. Cette arme comprenait un chargeur de 47 cartouches et le canon était refroidi par un tube à condensation d'air. La version aérienne de la mitrailleuse Lewis ne disposait pas du tube et comprenait un chargeur à 97 cartouches.

En 1914, l’Allemagne et l’Angleterre partirent à la guerre avec des versions différentes, mais inspirées de la mitrailleuse Maxim. L’armée britannique était équipée de la mitrailleuse Vickers Mk. I et l’armée allemande de la mitrailleuse MaschineGewehr (MG) Modell 1908. La Vickers pesait 34 livres et la MG 08 44 livres. Ces poids n’incluaient pas ceux du trépied et d’autres équipements d’appoint, notamment les boîtes d’huile et celles des munitions. Il n’empêche, ces mitrailleuses provoquèrent des effets destructeurs sur les champs de bataille. D’ailleurs, pour ne prendre qu’un exemple, les Britanniques apprirent de dures leçons quant aux rôles de la mitrailleuse dans la guerre statique des tranchées. Autant les soldats devaient affronter cette arme avec respect, autant il était difficile de l’opérer au plan tactique, sans compter qu’une utilisation optimale de l’engin nécessitait un bon travail en équipe.

Le maniement d'une mitrailleuse lourde nécessiste un travail d'équipe. C'était particulièrement le cas lors de la guerre de 1914-1918. Une équipe de trois hommes était l'idéal: le tireur, le chargeur et l'observateur.

La guerre de 1914-1918 vit également l’apparition de modèles de mitrailleuses plus légères. Les Britanniques avaient adopté le fusil-mitrailleur Lewis et les Allemands avaient modifié la MG 08 et lui ajoutant une crosse d’épaule et un bipied. Ce nouvel engin fut rebaptisé la MG 08/15. Cependant, bien qu’étant plus légères, la Lewis et la MG 08/15 demeuraient lourdes et pour être utilisées de manière optimale, il fallait que le tireur soit assisté d’un autre soldat pour le fournir en munitions.

Une version plus légère de la MG 08 avec une crosse d'épaule, la MG 08/15.

De son côté, l’armée française suivit une voie similaire en adoptant pendant la guerre le fusil-mitrailleur Chauchat et la mitrailleuse Hotchkiss. Les deux modèles, mais surtout le premier, équipèrent notamment les forces américaines débarquées en France à partir de 1917. Aux États-Unis, la compagnie Browning poursuivit le développement de nouvelles mitrailleuses. La compagnie mit au point en 1917 une mitrailleuse lourde à refroidissement à l’eau qui vit du service en France l’année suivante. Cette mitrailleuse était dérivée du système d’emprunt à gaz et elle équipa entre autres les escadrons de l’aviation. Les avions de la Première Guerre mondiale étaient généralement équipés des mêmes mitrailleuses que l’infanterie, mais les modèles étaient allégés et conçus pour être refroidis par l’air. Les mitrailleuses montées sur les avions devaient être modifiées afin d’ajuster la cadence de leur tir aux cycles des hélices pour tirer au travers.

La mitrailleuse française Hotchkiss modèle 1914 alimentée par des cartouches fixées sur des plaques.

L’emploi tactique: un débat récurrent

Les leçons durement apprises par l’armée prussienne en 1870-1871 sous-tendaient le débat qui préoccupa les militaires européens de la période de 1880 à 1918 quant à l’emploi tactique de la mitrailleuse. Il était évident que la mitrailleuse s’avérait inefficace lorsqu’elle était utilisée comme une arme d’artillerie. Au niveau défensif, seule l’armée allemande semble avoir compris à partir de 1914 l’impact considérable de cette arme au niveau défensif.

Il suffisait alors de croiser le feu de plusieurs mitrailleuses afin de créer une véritable zone de mort infranchissable pour des troupes d’assaut. Ayant établi sa suprématie comme arme défensive lors de la guerre de 1914-1918, la mitrailleuse est largement responsable de l’impasse constatée sur les divers fronts de la guerre de tranchées, du moins jusqu’au moment de l’apparition du char d’assaut qui lui fit échec.

Les développements ultérieurs de la mitrailleuse après 1918 se sont principalement concentrés sur les questions du poids et de la puissance de feu. Ces deux facteurs devinrent révélateurs à mesure que les guerres de mouvement rapide impliquant une coopération serrée entre les forces terrestres et aériennes remplacèrent la brève expérience de la guerre statique vécue de 1914 à 1918.

La mitrailleuse américaine Browning de calibre .50.

Des mitrailleuses de haute puissance furent mises au point, en particulier pour répondre aux besoins des forces aériennes. Parmi ces armes, notons la mitrailleuse américaine Browning de calibre .50 qui fut employée dans les escadrons de chasse, dans les tourelles et fuselages des bombardiers, et même sur les chars d’assaut. Sur ce point, des munitions antichars furent introduites et leur usage fut étendu pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après 1918: l’utilisation offensive de la mitrailleuse

La guerre de 1914-1918 avait vu une utilisation généralement défensive de la mitrailleuse. Ce fut surtout à partir de 1918 et dans la période de l’après-guerre que les militaires étudièrent le potentiel de la mitrailleuse à des fins offensives. En ce sens, l’Allemagne prit la direction avec le développement de mitrailleuses plus légères et de pistolets-mitrailleurs. À titre d’exemple, l’Allemagne adopta la MaschineGewehr 1934 (MG 34) l’année suivant l’accession de Hitler au pouvoir.

La MaschineGewehr 34.

La course renouvelée aux armements à la fin des années 1930 amena la mise au point de diverses mitrailleuses aux accents de légèreté. Les Britanniques adoptèrent la Bren, une mitrailleuse légère développée d’après des plans tchèques, avec une chambre pouvant accueillir la munition de calibre .303 des carabines et qui pesait seulement 22 livres. Pour sa part, la mitrailleuse allemande MG 34 avait été remplacée après 1942 par la MG 42, une arme opérée par emprunt de gaz à piston. Cette mitrailleuse d’une cadence de tir effarante de 1,200 coups à la minute avait de quoi tenir en respect ceux qui lui faisaient face.

Légère, la MG 42 ne coûtait pas cher à manufacturer et elle pouvait s’adapter à n’importe quelle condition sur le terrain. Une version spéciale de la MG 42 avait été dessinée spécialement pour les forces parachutistes sous le nom de FallschirmGewehr (FG 42). La MG 42 « survécut » à la Seconde Guerre mondiale, dans la mesure où nombre de mitrailleuses actuellement en service dans plusieurs armées du monde sont inspirées, sinon carrément copiées sur le modèle allemand.

La terrible MaschineGewehr 42 capable de tirer un maximum de 1,200 coups à la minute. Nombre de mitrailleuses actuellement utilisées dans les armées du monde sont inspirées de ce modèle de la Seconde Guerre mondiale.

La plupart des armées d’aujourd’hui possèdent des mitrailleuses relativement légères inspirées des modèles des années 1940. Par contre, des armes plus lourdes comme la mitrailleuse de calibre .50 et ses dérivés conservent toujours leurs rôles sur les champs de bataille. De plus, des mitrailleuses à « utilisations générales » d’un poids mitoyen furent également mises en service et celles-ci s’inspirent notamment de la célèbre MG 34 allemande. Le but étant de trouver une alternative aux mitrailleuses légères utilisées à l’offensive et celles pour lourdes à des fins défensives. Cependant, les tendances actuelles démontrent que la mitrailleuse légère semble avoir la préférence des armées, dans la mesure où elle constitue un efficace fusil d’assaut monté sur bipied afin de fournir un appui-feu immédiat au sein d’une petite section d’infanterie, à titre d’exemple.

Mitrailleuse ou canon? Le "Chain Gun" capable de tirer 4,000 coups à la minute.

Mis à part l’utilisation qu’en fait l’infanterie, la mitrailleuse est largement utilisée par d’autres branches des forces armées depuis au moins les quarante dernières années, comme au sein des forces blindées et des escadrons aériens (chasseurs et hélicoptères). Par exemple, le concept dérivé de l’ancienne mitrailleuse Gatling des années 1860 fut copié pour la mise au point d’une autre Gatling plus moderne que les Américains surnomment le « Chain Gun ». Cette arme dévastatrice équipe aujourd’hui les chars, les chasseurs et les hélicoptères, utilisant cette fois l’électricité comme force motrice avec comme résultat une terrible cadence de tir de 4,000 coups à la minute.

Tirer à la mitrailleuse demande un effort physique exigeant. En plus du bruit assourdissant, le tireur doit apprivoiser le recul de l'arme, gérer le stress du combat, réparer rapidement son arme en cas d'enrayement et respirer à travers les émanations de gaz provenant des cartouches éjectées et de la chambre.

De l’importance des arsenaux militaires

L’importance stratégique des arsenaux

Les arsenaux sont des endroits où des armes et des munitions sont manufacturées et entreposées. Le mot « arsenal » dérive probablement de l’arabe qui signifie « atelier », et qui fut ensuite adopté dans certaines langues comme l’anglais et le français. Si on remonte à une période plus ancienne, disons depuis l’Antiquité, le besoin de centraliser le contrôle des armes amena l’établissement des premiers arsenaux non loin des palais royaux ou autres points jugés stratégiques par les autorités en place.

Certaines découvertes archéologiques ont en effet révélé l’existence de ce que l’on peut considérer comme étant des arsenaux. Par exemple, sur le site d’Héraklion en Crête, on a retrouvé quelques pièces qui renferment de grandes quantités de pointes de flèches et d’épées dans de larges jarres. La localisation d’une quantité non négligeable d’armes et de munitions sur ce site, sous ce qui apparaissait être un édifice « public », était en quelque sorte un indicateur primaire de l’importance accordée aux questions de production et de contrôle de l’armement.

De tout temps, des arsenaux se trouvaient dans les places fortes.

Les arsenaux avaient été originellement conçus dans le but d’entreposer une quantité d’armes et de munitions suffisante pour équiper de petites armées. Par conséquent, on pouvait retrouver de petits arsenaux éparpillés sur le territoire d’un royaume, d’un empire ou d’un pays. Les fonctions attribuées aux arsenaux ont continué d’évoluer afin d’y inclure des rôles de fabrication tout en conservant leur fonction traditionnelle d’entreposage.

Le cas vénitien et la transformation à l’époque moderne

Il est probable que l’un des arsenaux les plus connus de l’Histoire fut celui de Venise, qui en soi avait ses particularités. L’arsenal de Venise apparaissait à première vue comme un immense chantier naval qui avait été aménagé à partir de 1104. L’arsenal hébergeait la puissante flotte de guerre vénitienne. Certains éléments architecturaux de l’arsenal de Venise, dont la forme circulaire de l’enceinte, tendent à démontrer que son aménagement s’inspira d’un port de mer qu’avaient aménagé les Phéniciens à Carthage.

L'entrée de l'arsenal naval de Venise.

L’arsenal de Venise était donc un vaste chantier naval en transformation permanente. Il a probablement atteint sa taille maximale au XVIIe siècle. Avec ses 4,000 ouvriers, l’arsenal de Venise constituait vraisemblablement l’un des plus grands chantiers de toute l’Europe médiévale. Signe de la puissance de l’État vénitien, il n’était pas rare que des dignitaires étrangers soient amenés sur le chantier pour contempler le spectacle de la puissance vénitienne. Le fait que l’on était capable, par exemple, d’équiper une galère avec tous ses armements en moins de vingt minutes témoigne à sa façon de l’efficacité et de la puissance associées à cet arsenal.

À partir de l’époque moderne en Europe, vers le XVIe siècle, les arsenaux servirent progressivement à entreposer l’artillerie et du matériel d’ingénierie militaire. Au milieu de ce siècle, on remarque que les arsenaux de France et d’Angleterre étaient responsables de la fourniture aux armées de canons et d’équipements divers. L’Ordnance Office en Angleterre finit par obtenir le mandat de former des artilleurs professionnels et de fournir les canons qui devaient être installés dans le réseau de fortifications et de garnisons de l’armée. Avec le développement des armes à feu, notamment les arquebuses et mousquets, les arsenaux reçurent aussi la responsabilité de fournir à l’infanterie les équipements nécessaires.

Le contrôle de l’État et la question de la standardisation

Cependant, la plus grande disponibilité d’armes à feu et de canons, le tout combiné avec une variété de calibres pour les projectiles, occasionna de sérieux problèmes logistiques pour les arsenaux. Mise au fait de la problématique, l’Ordnance Office d’Angleterre tenta une démarche de standardisation des équipements en 1631. Cette prise en charge par l’État du contrôle de la production puis de l’entreposage des armements, dans un contexte de développement constant des produits reliés à la poudre à canon, accrut une fois de plus l’importance de l’arsenal.

Cette question est à mettre en lien avec le fait qu’aux XVIe, XVII et XVIIIe siècles, la plupart des armes étaient fabriquées dans des ateliers privés. C’est en quelque sorte l’accumulation de toutes sortes d’armes et la problématique de la compatibilité des calibres qui accordèrent une autre importance aux arsenaux responsables de voir au contrôle de la qualité.

Comme nous l’avons mentionné, il devenait impératif pour l’État de mettre en place une standardisation des équipements. À cet égard, on dénote des premières tentatives plus ou moins sérieuses de standardisation des calibres dans l’artillerie sous Henri VIII en Angleterre, Henri II en France et Maximilien 1er en Allemagne. Par exemple, des inspecteurs vérifiaient la qualité des métaux utilisés dans la fabrication des canons, comme ils se penchaient sur la question de la compatibilité des calibres, allant même, les cas échéants, à se voir accorder le droit d’infliger des pénalités (amendes, non-renouvellement de contrats…) aux fabricants dont les produits ne correspondaient par aux critères de l’État.

Localiser les arsenaux

Bref, les arsenaux avaient leur importance, tout comme la question de leur emplacement géographique. En Europe continentale, une majorité d’arsenaux étaient localisés non loin des forteresses frontalières. À titre d’exemple, les forteresses et arsenaux de Strasbourg et Metz en France avaient le mandat de défendre la frontière est du pays, alors que les installations de Douai et La Fère devaient voir à la défense de la frontière nord, tout comme Grenoble constituait le pivot de la défense face à la Savoie.

Pour sa part, la donne stratégique de la Prusse au XVIIIe siècle indiquait la nécessité pour l’État d’installer des arsenaux pour répondre à des menaces venant de l’est, de l’ouest puis au sud. Ces arsenaux frontaliers constituaient des extensions régionales d’un arsenal central situé à Berlin. De son côté, l’État anglais avait localisé ses arsenaux en des endroits d’où l’armée partant en expédition outre-mer pouvait y avoir accès. Les cités portuaires de Portsmouth, Plymouth et Hull hébergeaient des arsenaux, tout comme celui de Woolwich sur la Tamise. Dans le contexte de la montée en puissance de l’Empire britannique, des arsenaux ont été établis dans les colonies, notamment pour fournir en équipements les milices locales.

L'arsenal de Harper's Ferry en Virginie (États-Unis).

En parlant des colonies, les États-Unis nouvellement indépendants avaient autorisé la construction en 1794 d’un premier arsenal national à Harper’s Ferry en Virginie. Cet arsenal entra en fonction cinq années plus tard. Il était localisé au confluent des rivières du Potomac et de la Shenandoah, un endroit jugé stratégique par le gouvernement, mais qui n’était pas à l’abri de menaces. Par exemple, l’abolitionniste John Brown et ses hommes avaient pris d’assaut l’arsenal de Harper’s Ferry en 1859. Leur objectif était de mettre la main sur les 100,000 fusils qui y étaient entreposés. Quelques années plus tard, pendant la Guerre civile, l’arsenal était carrément sur la ligne de front, changeant à huit reprises de mains. L’arsenal était pour ainsi dire détruit au sortir de la guerre.

La réponse aux besoins grandissants

Les effets de l’industrialisation au XIXe siècle virent s’accroître les fonctions manufacturières et les capacités d’entreposage des arsenaux en Occident. De plus, la centralisation de fait par l’État des activités militaires (i.e. la prise de contrôle gouvernemental des forces armées) au cours de ce siècle correspond à une réduction des contrats de productions d’armes attribués aux firmes privées. Les arsenaux se rapprochaient également des centres urbains afin de profiter d’une plus grande main-d’œuvre disponible. Sur ce point, l’idée était aussi de profiter de meilleures lignes de communication, de même que d’éloigner les arsenaux de leurs emplacements traditionnels non loin des forteresses, histoire d’éviter qu’ils ne soient soumis directement au feu ennemi.

L’un des plus importants arsenaux établis selon ces quelques règles était celui de Woolwich au sud de Londres, qui était probablement l’une des plus imposantes structures recouvertes d’un toit à l’époque de la révolution industrielle. L’arsenal de Woolwich était équipé de quatre immenses fours à métaux. Le plus imposant de ces fours pouvait fondre un bloc métallique pouvant peser jusqu’à 16 tonnes et produire des canons de la plus haute qualité. Le site même de Woolwich hébergea une variété d’arsenaux remontant jusqu’à l’époque des Tudor, connu alors sous le nom de Royal Laboratory Carriage Department, puis il fut rebaptisé Royal Arsenal sous le règne de George III en 1805.

L'arsenal de Woolwich à Londres vers 1875.

À mesure que les arsenaux se concentraient sur la fabrication d’armes et de munitions, on remarque, comme mentionné précédemment, un transfert en région d’installations afin de répondre aux besoins des armées de conscrits dont les effectifs demandaient des accès facilités aux armes et équipements. Par conséquent, on vit apparaître un plus grand nombre de dépôts militaires, qui sont en fait des arsenaux aux fonctions d’entreposage et conçues pour répondre aux besoins de plus petites unités comme des bataillons et des régiments.

Le système public vs. le système privé

Cependant, à mesure que la demande d’armes et de munitions alla en augmentant, l’ancien système d’arsenaux, qui voyait l’État prendre un plus grand contrôle, en vint à revenir au système privé pour combler ses besoins. En effet, la grande demande pour des armes et munitions que l’on remarque dans la seconde moitié du XIXe siècle en Europe, et particulièrement le raffinement des pièces nécessaires à l’assemblage de celles-ci, fit en sorte que les gouvernements demandèrent l’appui du secteur privé. Par exemple, les usines métallurgiques relevant du secteur privé pouvaient transformer leur production commerciale à des fins militaires. Non seulement pouvaient-elles le faire, mais elles pouvaient concurrencer les arsenaux publics sur le matériel en « gros » (ex: canons, carabines…) comme celui au « détail » (ex: cartouchières, baïonnettes…). Dans le cas de l’Angleterre, la Guerre des Boers avait démontré de sérieuses lacunes dans la production de munitions par les entreprises de l’État et le problème n’alla qu’en s’amplifiant jusqu’à la Première Guerre mondiale, au moins jusqu’en 1916.

La consommation effarante d'obus d'artillerie lors de la guerre de 1914-1918 soulève les problématiques constantes liées à la quantité et à la qualité du matériel produits dans les arsenaux.

Le cas de la guerre de 1914-1918 est intéressant et révélateur de la prolifération des arsenaux. Il a aussi soulevé nombre de débats quant à savoir lequel du secteur public ou privé pouvait le mieux répondre aux énormes besoins avec du matériel de qualité. Dans les deux cas, secteurs public et privé, aucun ne fut épargné par les sérieux problèmes relatifs au contrôle de la qualité. Cependant, et cela peut s’avérer paradoxal, les arsenaux étatiques n’ont jamais réellement retrouvé leur dominance passée par rapport au secteur privé. La guerre de 1914-1918 avait clairement démontré que nombre d’arsenaux privés n’avaient aucune expérience dans la production et l’entreposage d’armements.

Concrètement, cela signifia pour une nation en guerre comme la France la perte nette, pour la seule année de 1915, de quelque 600 canons qui explosèrent prématurément, tuant nombre d’artilleurs par le fait même. Sur le champ de bataille de la Somme en 1916, environ 30% des obus manufacturés en Angleterre n’explosèrent pas.

L’une des solutions trouvées afin de régler ces problèmes fut la constitution dans les pays belligérants de ministères ou d’agences coordonnatrices qui avaient juridiction sur la production et l’entreposage d’armements, plutôt que de laisser le monopole aux seuls arsenaux privés et étatiques. Ce désir de mieux coordonner la production aux fins officielles de quantité et de qualité soulève toute la question des tiraillements entre les secteurs public et privé, du moins dans les États démocratiques.

En conséquence, le rôle des arsenaux dans l’Histoire militaire se marie aux enjeux stratégiques propres à chaque époque, à chaque conflit, dans la victoire comme dans la défaite.