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Les mutineries

La châtiment ultime pour un acte collectif de désobéissance dans l'armée: le peloton d'exécution. (Scène tirée du film "Les Sentiers de la Gloire" de Stanley Kubrick, 1957.)

Le mécontentement

Les mutineries au sein des armées se produisent lorsque des soldats mécontents se mettent à défier collectivement l’institution disciplinaire en place. Ils le font particulièrement lorsqu’ils sont conscients, ou qu’ils ont l’impression, que cette institution est fragilisée, selon les circonstances du moment. Le simple fait de comprendre pourquoi et comment les mutineries arrivent fut un sujet à changements au fil du temps.

Ce qui est central, sinon au cœur de toute mutinerie, réside dans la nature des rapports entre les gestes collectifs de désobéissance et les structures des autorités politico-militaires en place. Les réclamations des mutins furent souvent spécifiques et elles ressortaient de l’ordre du pratique, bien plus que du niveau idéologique. Par exemple, les mutins peuvent se plaindre de la nourriture, de la solde, des permissions, de leurs officiers ou de toute autre situation qui semble injuste à leurs yeux. Cependant, toute mutinerie implique par définition un défi qui est directement lancé contre l’institution la plus fondamentale de l’État: l’armée.

Cela dit, aucune mutinerie n’est totalement apolitique, surtout si l’on considère le fait que l’armée est tout simplement un instrument du pouvoir politique. Les mutineries pourraient nuire (ou elles nuisent effectivement) au bon fonctionnement de l’État, surtout parmi ceux qui possèdent de petites armées composées essentiellement de mercenaires. Dans ce cas, les mutineries peuvent être plus apolitiques. Par contre, l’introduction de la conscription à grande échelle sur les soldats-citoyens finit par créer une armée qui remplaça les forces mercenaires. Cette levée en masse de citoyens peut entraîner des mutineries à coloration politique.

À l’époque de l’Ancien Régime, il était de notoriété publique que les soldats engagés par les monarchies n’étaient pas fiables et qu’ils pouvaient se mutiner pour un rien. Par définition, les mercenaires servent donc ceux qui les paient. Leurs officiers peuvent tenter d’arrêter les élans des mutins, ou bien ils peuvent tous aussi prendre la direction du mouvement, selon ce que dictent leurs intérêts personnels. De plus, la pratique de la guerre à cette époque, où les armées en campagne vivaient carrément sur le terrain, aux frais de l’habitant, ne favorisait en rien le maintien d’une discipline adéquate. Logiquement, il fallait que l’application de cette même discipline soit rigoureuse, voire brutale. Par la force des choses, cela engendra des armées fort instables qui affectèrent l’efficacité des actions de l’État.

Des mercenaires allemands vers 1540.

Des problèmes administratifs à la base des mutineries

À titre d’exemple, des mutineries parmi les forces espagnoles lors de révoltes aux Pays-Bas entre 1573 et 1576 exposèrent de manière flagrante les faiblesses de l’État espagnol et celles de tout l’édifice impérial espagnol en tant que tel. Les mercenaires engagés par l’Espagne avaient essentiellement une seule demande d’ordre pratique et leurs mutineries peuvent être perçues comme une forme violente de grèves, étant donné que les unités espagnoles recevaient régulièrement leurs soldes avec deux ou trois années de retard. Il est même rapporté, dans ce même contexte, que des unités de cavalerie avaient reçu leurs soldes avec six années de retard.

Ajoutons à cela les coûts très élevés que dut payer la couronne espagnole au cours de cette campagne hollandaise. Les coûts pour le seul maintien des forces espagnoles sur ce théâtre d’opérations étaient estimés à 1,2 million de florins par mois, mais le trésor militaire sur le terrain ne percevait de l’Espagne que le quart de la somme nécessaire. Cela affecta par conséquent le paiement des soldes. L’État espagnol était d’avis que ce déficit soit couvert par des levées de taxes sur les populations locales, par des emprunts (volontaires ou forcés) ou par le pillage.

Au-dessus de tout cela, l’incohérence administrative et la corruption endémique firent qu’il était impossible de déterminer précisément ce qui était dépensé et à quel endroit les sommes avaient été versées. À la même époque, en 1574, une autre mutinerie des forces espagnoles à Anvers fut réglée selon des principes que les spécialistes en négociations pourraient reconnaître de nos jours, à savoir que l’on pourrait régler un problème en exploitant les divisions internes d’une des parties concernées. En clair, la couronne espagnole consentit à payer pour la moitié des demandes des mutins, en échange d’une admission de la part des soldats à l’effet que ceux-ci s’étaient déjà « autopayés » en exploitant les richesses du pays, notamment par le pillage. Cette solution à la crise fut désastreuse pour l’Espagne. Elle vida le trésor, créa de la rancune parmi des troupes déjà indisciplinées, puis l’État espagnol se mit évidemment à dos toute la population des Pays-Bas.

Le danger omniprésent d’une mutinerie dans les armées mercenaires amena les puissances européennes à développer des armées professionnelles dont les rangs seraient garnis de volontaires qui acceptent de servir à long terme. Bien que cela pouvait atténuer les dangers de mutineries, ou du moins de les rendre beaucoup plus gérables, il y avait des craintes voulant que cela amène l’avènement d’une société militaire détachée du corps de la société civile. C’est du moins l’observation qu’en fit Carl von Clausewitz dans le contexte des guerres révolutionnaires en France à la fin du XVIIIe siècle.

On remarque une situation analogue au moment de la révolte des Cipayes en Inde en 1857-1858. Servant comme soldats dans la Compagnie anglaise des Indes orientales (East India Company), une entreprise commerciale empreinte d’une forte sous-culture militaire, les Cipayes étaient en rébellion ouverte contre l’autorité britannique. Les rebelles cipayes défièrent directement la domination impériale britannique. Leurs actions consistaient à transcender les rivalités locales (qu’exploitaient les Britanniques) afin de développer ce qu’on aura pu appeler plus tard une première émergence d’un nationalisme indien. C’est à la suite de l’écrasement par Londres de cette mutinerie-rébellion que l’on finit par créer une véritable Armée indienne administrativement centralisée, au lieu de maintenir une organisation décentralisée en petites compagnies comme ce fut le cas auparavant.

Une scène d'exécution de mutins peinte par le controversé artiste Vassili Verestchagin lors de la révolte de Cipayes en Inde en 1857-1858. Chaque mutin est attaché sur l'embouchure d'un canon qui ouvrira le feu. Mythe ou réalité? Il y a assurément une marge à considérer, d'autant qu'ici, les soldats britanniques portent des uniformes datant des années 1880.

La guerre de 1914-1918: l’ambigüité idéologie et l’impasse militaire

La dimension politique à la base de nombre de mutineries s’observe particulièrement au XXe siècle, surtout pendant la Première Guerre mondiale. Entre 1914 et 1918, la logique implacable de la discipline militaire frappa de plein fouet une autre logique, tout aussi implacable, celle de la guerre des tranchées. Par conséquent, devant l’horreur des combats et les pertes effarantes, tous les belligérants majeurs du continent européen souffrirent de crises militaires attribuables en partie à la chute partielle ou complète du moral dans les armées.

La chute du moral dans les armées consiste en une forme beaucoup plus dissimulée de mutinerie. Cela se produisit dans l’armée italienne après le désastre militaire de Caporetto en novembre 1917, dans l’armée britannique en mars 1918, de même que dans les armées allemande et austro-hongroise à la fin des hostilités. Des mutineries beaucoup plus ouvertes survinrent dans l’armée impériale du tsar de Russie en février 1917, tout comme dans l’armée française en juin de la même année, puis dans la marine allemande à l’automne de 1918. En d’autres termes, les mutineries survenues dans les différentes armées influencèrent directement le cours des événements de la guerre de 1914-1918.

L'armée italienne bat en retraite après le désastre de la bataille de Caporetto (actuelle Slovénie) d'octobre-novembre 1917. Au cours de l'engagement, les forces italiennes perdirent plus de 260,000 soldats faits prisonniers.

Par exemple, en mai et juin 1917, dans le contexte de l’offensive ratée du général Robert Nivelle au Chemin des Dames, des unités éparses réparties dans la moitié des divisions de l’armée française refusèrent à un moment ou un autre, en un lieu donné ou un autre, de monter occuper leurs places dans les tranchées. Cela dit, l’étude de l’historien français Guy Pedroncini fournit l’explication « militaire » classique de ces mutineries en plaçant au cœur de sa thèse le rôle apparemment primordial qu’aurait joué le général Philippe Pétain, le nouveau chef d’état-major des armées françaises.

Toujours selon Pedroncini, Pétain tenta de colmater les brèches d’indiscipline qui affectaient la moitié des unités françaises par une série de mesure tirées du sens commun. Pétain apporta certes d’importantes réformes dans le régime alimentaire, de même que dans le régime des permissions. À cela, Pétain avait promis aux troupes que celles-ci ne seraient pas engagées dans de coûteuses offensives, tant et aussi longtemps qu’un nombre suffisant de chars d’assaut pour les protéger seraient disponibles et que des renforts américains arrivent pour relever ces soldats éprouvés.

Pedroncini précise que les soldats français n’en demandaient pas plus. Cela amena certains historiens par la suite à déduire que les mutineries dans l’armée française relevaient davantage d’une forme de grève, comme si, à l’instar d’ouvriers, les soldats avaient temporairement cessé leurs activités en attendant une amélioration de leurs conditions de « travail ». Selon ce point de vue, les soldats français auraient importé dans l’armée des pratiques courantes de protestations du monde du travail de la société civile. D’autres historiens contestent cette thèse, sur le principe que les soldats ne sont pas (ou ne sont plus) des travailleurs attablés à la production, mais davantage à la destruction.

La plupart des grèves ont déjà leurs scénarios bien rédigés et tout le monde sait qu’éventuellement, les ouvriers retourneront au travail. Cette présomption avait notamment traversé les esprits des dirigeants espagnols lors de la mutinerie d’Anvers de 1574 que nous avons évoquée. Les soldats pouvaient contester leurs faibles soldes, mais de toute façon, ils ne seront pas plus payés maintenant, peut-être seulement dans deux ou trois ans. Alors, mieux vaut retourner au travail.

Célèbre cliché montrant le général Henri-Philippe Pétain discutant avec des soldats à l'époque des mutineries de l'été 1917.

Cependant, cette présomption peut être aisément critiquée lorsque l’on aborde le cas de soldats-citoyens, dont l’engagement moral personnel et la conviction de chacun à la cause constituent des éléments essentiels pour mener à terme une guerre moderne et totale. Qui plus est, lorsque la contestation, dans ce contexte précis, vient de soldats-citoyens qui s’en prennent directement à l’autorité étatique, cela rend d’autant plus caduque la présomption voulant que l’État feigne d’ignorer leurs revendications. La situation dans la France de 1917 était en tous points différente de celle des Pays-Bas de 1574.

Pour poursuivre avec le cas français, une explication alternative pourrait se concentrer sur la dynamique particulière des mutineries, à mettre en lien avec l’identité politique des soldats français qui sont nés et qui ont grandi sous la Troisième République. Le général Pétain et son état-major semblent surtout avoir répondu à une situation politique d’importance dont les racines étaient logiquement ancrées en bas, dans cette population en uniforme. C’est en partie dans ce contexte que les soldats français mutins cherchèrent des forums dont les meneurs pouvaient étaler leurs idées.

Par exemple, les gares de train ou autres lieux de dépôts et d’embarquements servaient de points de ralliement. Par conséquent, des groupes de soldats refusèrent d’obéir à des ordres de dernière minute les enjoignant à remonter en ligne et certains préférèrent manifester bruyamment leur opposition à la guerre. Devant ces faits, Pétain et le haut commandement français choisirent de ne pas affronter directement les mutins. Ce choix sembla judicieux, dans la mesure où le commandement français n’avait tout simplement pas assez de troupes fiables pour réprimer les manifestations par la force, même s’il avait décidé d’aller de l’avant avec cette option. En l’absence de mesures coercitives externes, seules des mesures internes basées non pas sur la négociation, mais sur l’imposition d’expédients censés améliorer immédiatement la situation des soldats feraient l’affaire.

Des mutineries dans un contexte démocratique

Selon ce point de vue, les mutineries dans l’armée française se comprennent mieux dans un contexte où étaient mis face à deux composantes paradoxales de leur identité citoyenne, soit la démocratie directe et celle par voie de représentation. Pour sa part, la démocratie directe autorise une résistance traduite dans une plus large expression politique, comme ce fut le cas lors de la Révolution française de 1789. Un peu comme les mutins de 1917, ceux de 1789 demandaient des améliorations pragmatiques qui tournaient autour de la qualité du régime alimentaire et des permissions. Ce qui est étonnant dans le contexte de la Révolution, et qui était à la fois contradictoire parmi les demandes des soldats, c’est que l’imposition éventuelle d’une paix immédiate aurait rendu caduque leur demande d’une amélioration du régime des permissions.

Malgré tout, on retient que les demandes des soldats illustrèrent l’importance qu’ils accordaient à la forme représentative de gouvernement. Les soldats demandaient à leurs officiers qu’ils disent à leurs représentants à la Chambre des Députés qu’ils en avaient assez de cette situation. L’importance pour les soldats de faire valoir leur identité citoyenne n’est nullement exagérée dans ce cas-ci. Ce faisant, ils confirmaient la légitimité des institutions républicaines, de même que celle des députés qui les représentaient. Comme démocratie représentative, la Troisième République existait en chacun d’eux et elle traduisait dans leur esprit la manière dont fonctionnait le jeu politique. La République avait fixé les frontières de l’imaginaire politique des mutins. En d’autres termes, l’identité républicaine portait en son sein les moyens de sa propre coercition interne. Elle permettait l’obéissance comme la mutinerie.

La situation dans la Russie impériale

Avec le recul, le contraste des mutineries dans l’armée française de 1917 ne pouvait être plus prononcé que celles observées dans l’armée impériale russe à la même époque. Les soldats du tsar qui partirent à la guerre en août 1914 avaient dans leurs bagages deux anciennes (et conflictuelles) images de l’autorité.

Les soldats russes venaient pour la plupart de la campagne, où ils grandirent dans la relation contraignante entre le paysan et le seigneur (ou le patron propriétaire terrien). En clair, une fois incorporé dans l’armée, l’obéissance à l’officier avait remplacé celle au seigneur. L’autorité de l’officier était incontestable et souvent capricieuse. Le soldat n’avait qu’à s’y soumettre, dans l’espoir que la vie lui serait plus favorable dans un autre monde.

Face à cette image d’autorité se trouvait celle du tsar, cette figure quelque peu mythique, ce « père des peuples de Russie » dont la bonté imaginée était constamment trahie par l’autorité béate de ses officiers subordonnés. La situation du soldat russe en 1914 était la conséquence d’un immobilisme existant depuis plusieurs décennies. Peu de changements étaient survenus à travers les réformes du XIXe siècle, notamment celles visant à donner au soldat un nouveau statut plus « moderne » face à la société civile. En clair, le soldat n’était rien comme individu, ou très peu.

Des soldats russes lors de la Première Guerre mondiale.

D’ailleurs, la situation conflictuelle des deux autorités (celle de l’officier et celle du tsar) s’était observée lors de la révolution de 1905-1906. Les soldats s’étaient mutinés une journée, puis ils avaient ouvert le feu sur la foule le lendemain, selon sur quelle ancienne figure d’autorité ils croyaient la plus puissante. Plus tard, en 1914, les soldats de l’armée impériale entrèrent dans la guerre sans nécessairement être incorporés dans un modèle national de société à la française (du moins dans la compréhension occidentale que nous en faisons). Cela aura de graves conséquences.

À cet égard, la conception impériale de l’identité politique russe s’avéra inadaptée dans un contexte de guerre totale entre États-nations modernes. De plus, le tsar Nicholas II empira les choses lorsqu’il décida de prendre personnellement le commandement de son armée en 1915. Ce faisant, il fixa la bannière de son autocratie sur le mât plus que chancelant des piètres performances de l’armée sur le terrain. Tous virent que le tsar était une personne faillible, car en prenant les rênes de l’armée, le tsar avait en quelque sorte enlevé la barrière qui créait la démarcation mythique si importante à sa légitimité. La conséquence fut une mutinerie qui entraîna la chute du régime impérial. La coercition externe cessa d’exister lorsque le pouvoir s’effondra.

En dépit de la dégradation de la situation militaire, et contrairement à ce qui se passa dans l’armée française, les mutineries dans l’armée russe n’ont rien à voir avec une ou des défaites particulières qu’elle aurait subies. En fait, le premier facteur qui entraîna des mutineries ne concerne pas directement le champ de bataille, mais plutôt le front intérieur, dans la mesure où il y eut une crise majeure du ravitaillement des villes. Dans ces circonstances, Nicholas accéléra la désintégration de son autorité à la fin de février 1917 lorsqu’il ordonna aux garnisons d’ouvrir le feu sur les civils pour mettre un terme aux émeutes.

Nicholas avait probablement pris la pire des décisions en ces circonstances et, par surcroît, il utilisa le pire instrument pour ce faire, à savoir son armée. Les garnisons militaires des villes comprenaient deux types de soldats, qui n’étaient peut-être pas les « meilleurs » pour s’atteler à cette tâche sinistre. D’abord, les garnisons étaient composées de vétérans blessés revenus du front, puis de recrues sans trop d’expérience, ni d’entraînement. Ces deux catégories de soldats étaient plus enclines à sympathiser avec la foule qu’avec les officiers qui leur ordonnaient de tirer. Par conséquent, dans l’ensemble, les garnisons refusèrent d’ouvrir le feu sur la foule, ce qui provoqua une crise qui entraîna quelques jours plus tard la chute du régime tsariste.

La Révolution russe

Avec la fin du pouvoir impérial, et la question systémique de l’autorité dans l’armée post-tsariste, les soldats n’avaient plus réellement de notions sur à qui ou à quoi ils devaient être loyaux. En d’autres termes, quiconque parviendrait à remobiliser les identités civiles et militaires pourrait en quelque sorte prétendre au pouvoir en Russie. On crut, pendant un certain temps, que le nouveau chef du gouvernement provisoire Alexandre Kerensky aurait pu garder la Russie dans la guerre européenne.

Vu ainsi, Kerensky avait à l’esprit le souvenir des armées françaises de l’An II de la Révolution. En effet, en 1793-1794, la Révolution était parvenue à lever et entretenir l’une des plus puissantes machines militaires que le monde ait connues. D’une certaine manière, Kerensky voulut que l’Histoire se répète en transformant le soldat tsariste en un soldat-citoyen, et ce, en l’espace d’à peine quelques mois dans une république russe émergente, mais en pleine débâcle.

Les tentatives de Kerensky échouèrent en partie à cause d’une source alternative d’autorité qui naquit à l’intérieur même de l’armée au moment où s’implantait le gouvernement provisoire. Il s’agissait des conseils de soldats, communément appelés soviets. Ces conseils devaient gérer des dossiers aussi divers que nombreux allant de la distribution de la nourriture à la justice militaire, dans l’optique de poursuivre la guerre contre les Allemands. En ce sens, les soviets constituèrent une mutinerie institutionnalisée.

Dans une tentative maladroite d’affermir son pouvoir, notamment face aux soviets, Kerensky ordonna une nouvelle offensive sur le front en juin 1917, à la même époque où Pétain ramenait l’ordre dans l’armée française. Face à ses nouveaux soldats-citoyens, Kerensky avait de bien plus grandes attentes que ce que pouvait avoir le gouvernement français sur ses propres troupes. Dans le cas russe, la légitimité n’était pas au rendez-vous. À l’automne, le gouvernement provisoire « républicain » était déjà chose du passé.

Seuls les bolcheviques dirigés par Vladimir Lénine, un autre Russe qui avait été éduqué à l’européenne, comprirent toute l’ambivalence des rapports entre l’autorité de basse échelle représentée par les officiers, puis celle de niveau supérieur constituée par l’État. Néanmoins, le défi de ramener l’ordre dans l’armée demeurait constant et problématique. Pour une majorité de soldats russes à l’été et à l’automne de 1917, la loyauté signifiait d’abord la loyauté envers son village ou sa région natale. La possession d’une terre accompagnée de la paix représentait davantage que le fait de savoir si la Russie allait perdre ou non la guerre.

Déjà pourris, les rapports entre les officiers et les soldats russes se dégraderont davantage pendant la Révolution, si bien que les soviets finiront par prendre le contrôle de ce qui restait de l'armée en 1917. Les Soviétiques voudront remodeler cette armée pour la conformer à leurs idéologies.

Il était techniquement impossible de ramener l’ordre et la discipline dans l’armée russe en 1917. En effet, comment faire cesser les mutineries dans un pays qui lui-même est dans le chaos? La Russie tsariste était morte et aucune nouvelle Russie ne parvenait à s’établir et répondre aux doléances des soldats. C’est d’ailleurs ce qu’avaient compris les bolcheviques qui s’empressèrent par tous les moyens de fournir aux citoyens des terres et, par-dessus tout, la paix.

C’était leur façon de consolider leur mainmise du pouvoir et de compter sur l’appui des soldats dans la lutte contre les ennemis de la Révolution en ce début de guerre civile. Une fois la paix revenue au début des années 1920, les bolcheviques purent procéder au modelage d’un nouveau citoyen et d’un nouveau citoyen-soldat selon leur modèle idéologique. Alors que l’Union soviétique prenait forme, les soldats comme les ouvriers devinrent les piliers de la dictature prolétarienne.

Au lendemain de la Grande Guerre

Des mutineries à grande échelle telles qu’on en connut pendant la Première Guerre mondiale appartiennent à cette époque. La guerre de 1939-1945 n’engendra jamais cette combinaison résultant d’une ambigüité idéologique et d’une impasse militaire qui s’avéra si volatile pendant le précédent conflit.

Il y eut par exemple un début de mutinerie qui affecta environ 1,000 soldats britanniques dans le contexte des opérations de l’invasion de l’Italie en 1943. Le litige concernait des soldats blessés en convalescence à qui on avait promis qu’ils retourneraient dans leurs unités d’origine, mais ceux-ci furent transférés dans un tout autre corps. D’ailleurs, sur un plan purement hypothétique, on aurait pu extrapoler à plus grande échelle une situation où, par exemple, des armées alliées d’Europe auraient appris en 1945 qu’elles iraient combattre au Japon ou en Chine. Il est probable qu’une majorité de soldats aurait résisté à l’autorité militaire, dans ce cas sur la base d’un argumentaire essentiellement politique.

Cependant, des exemples plus récents (et réels) de mutineries ont existé. On pense entre autres aux officiers de l’armée française en Algérie qui complotèrent contre les autorités civiles en 1958 et en 1961. Ceux-ci provoquèrent en effet une importance transformation politique qui vit le renversement de la IVe République et la naissance de la Ve. Quelques années plus tard, au Vietnam, la forme la plus violente de protestation de la part des soldats américains vint contre ces officiers ou sous-officiers un peu trop zélés, qui furent victimes d’« accidents » dans l’exercice de leur autorité.

En général, la guerre au XXe siècle, et particulièrement au lendemain de la Guerre froide, devint plus intensive en terme de capital monétaire et moins en terme d’investissement personnel (au sens moral du terme). La haute technologie signifiait une amélioration corollaire du professionnalisme, si bien qu’on aspire à forger un soldat idéal qui ne serait plus soumis aux vices de la mutinerie. Dans ses formes historiques reconnaissables, que ce soit sous les habits de la grève ou comme prélude à la révolution, la mutinerie semble avoir décliné, mais elle constitue un phénomène qui n’est jamais appelé à disparaître.

La Légion Étrangère

Des étrangers au service de la France

Legio Patria Nostra

La Légion Étrangère constitue un corps d’élite de l’armée française et figure assurément parmi les meilleures unités militaires dans le monde. En soi, la Légion repose sur un paradoxe fondamental. Elle est un ensemble polyglotte de toutes sortes d’individus. La Légion accueille en ses rangs des hommes de toutes nationalités, des réfugiés, des romantiques, des individus au passé obscur et cela eut pour résultat de bâtir l’une des formations militaires les plus dures de l’Histoire.

Comme bien des unités militaires, la Légion fut levée dans un contexte qui lui est propre, notamment dans le cadre d’importantes réformes dans l’armée française sous la Restauration. Pendant longtemps, dans le but de compléter les effectifs de ses armées, la France avait l’habitude de louer les services de mercenaires suisses qui formaient des régiments qu’elle entretenait. Cependant, les régiments suisses de l’armée française furent dissous en 1830 et les soldats sans emplois allaient grossir les rangs des nombreux réfugiés qui se trouvaient sur le territoire français.

Un besoin réel: une confiance à gagner

Le maréchal Nicolas Soult (1769-1851).

Au même moment, la France entreprenait la conquête de l’Algérie. Cette campagne militaire de l’autre côté de la Méditerranée demandait tous les jours un nombre grandissant de soldats. Le lien était donc évident et le 9 mars 1831, le maréchal Nicolas Soult, le ministre de la Guerre dans le gouvernement du roi Charles X, signa un décret établissant une légion composée d’étrangers sous le nom de Légion Étrangère qui servirait la France outre-mer.

La Légion aurait un effectif initial de sept bataillons d’infanterie recrutés en groupes nationaux homogènes, mais ce schéma fut éventuellement abandonné devant la quasi-impossibilité de respecter ce principe. La Légion fut dès lors envoyée en Algérie, mais la jeune formation n’obtint par la confiance immédiate du haut commandement. On lui assigna d’abord des rôles secondaires dans la lutte que livra la France contre le chef rebelle Abd el-Kader. Plusieurs fois attaquée en 1832 lorsqu’elle tentait de protéger les communications et les dépôts de l’armée coloniale, la Légion avait fini par prouver sa valeur, ou du moins gagner quelque peu la confiance du commandement.

Après d’autres engagements livrés en Algérie, la Légion fut déployée en Espagne. Elle devait venir en aide à la reine Marie-Christine de Bourbon-Siciles lors de la Crise de succession contre les forces carlistes partisanes de son oncle Don Carlos au trône. Mise à rude épreuve lorsqu’elle fut cédée en bloc à l’Espagne (les Légionnaires s’étaient engagés à se battre pour la France), la Légion livra une dure campagne marquée par des atrocités commises de part et d’autre et de nombreux problèmes au niveau de la solde et du ravitaillement.

Un Légionnaire (1832).

En juin 1837, la Légion combattit les forces carlistes à Barbastro, près de la frontière française. Déjà confus, l’engagement prit une tournure encore plus désolante parce que les soldats de diverses nationalités devaient combattre contre leurs compatriotes du camp opposé. La Légion sortit très malmenée de la bataille et son commandant français, le colonel Conrad, fut tué d’une balle en plein front en tentant de rassembler ses hommes dispersés. Les survivants eurent comme récompense la dissolution de leur Légion en 1838.

Je dis « leur » Légion, car en 1835, la France avait commencé à lever une nouvelle Légion pour le service en Algérie. Deux années plus tard, cette formation était engagée à la bataille de Constantine, un épisode important de la guerre d’Algérie. En 1841, cette Légion en Afrique reçut comme renforts les survivants de l’ancienne Légion qui avaient combattu en Espagne. On décida alors de diviser le corps en deux régiments distincts. Par la suite, l’histoire organisationnelle de la Légion Étrangère devint plus complexe. En grossissant, la Légion fut, selon les époques, divisée par régiments, bataillons ou en compagnies qui allaient livrer bataille là où le besoin se faisait sentir.

La Légion: un outil de conquête

En 1843, la Légion installa son dépôt central en Algérie à Sidi-bel-Abbès, au sud d’Oran. Cette sédentarisation d’un corps militaire habitué à faire la guerre partout dans le monde s’inscrivait dans le contexte de la colonisation de l’Afrique du Nord par la France. Les Légionnaires étaient habitués autant à manier le fusil que le pic et la pelle, car ils étaient employés dans d’importants travaux de construction et d’aménagements de toutes sortes.

Sidi-bel-Abbès, la maison-mère de la Légion Étrangère de 1843 à 1962.

D’ailleurs, la qualité de leur travail fut officiellement reconnue en 1849 lorsque la Légion reçut les félicitations du général Aimable Pélissier. Celui-ci avait applaudi le fait qu’à partir d’un vulgaire campement militaire, les Légionnaires avaient transformé Sidi-bel-Abbès en cité florissante, ce qui semblait donner une belle image du modèle de colonialisme à la française. La guerre en Algérie était sur le point de s’achever avec la capitulation d’Abd el-Kader en 1847. Les combats se poursuivirent néanmoins et le 2e Régiment de la Légion prit part à la capture de l’oasis de Zaatcha en 1849.

Peinture de Jean-Adolphe Beaucé illustrant la bataille de Zaatcha (Algérie, automne 1849).

Par la suite, la Légion fut déployée en Crimée en 1854-1855 où elle perdit environ 120 soldats tués, quelque 500 blessés incluant son colonel au cours d’un seul engagement. De retour en Algérie, la Légion arriva à temps pour la bataille d’Icheriden de 1857, où il est rapporté que les Légionnaires avancèrent vers l’ennemi sans même daigner répliquer à son tir. Deux ans plus tard, lors de la campagne dans le nord de l’Italie, la Légion participa à la bataille de Magenta sous les ordres de Mac-Mahon et finit sa campagne à Solferino.

Après l’Italie, la Légion s’attendait à tout moment à être déployée au Mexique, où la France était engagée dans une importante campagne dans la région. Cependant, la Légion ne fut pas immédiatement envoyée en Amérique, si bien que les officiers plus jeunes servant en ses rangs avaient signé une pétition demandant à l’empereur Napoléon III de revoir cette décision. Étonnement, leur geste avait été perçu comme une tentative de mutinerie, si bien que certains des officiers furent sévèrement punis et un nouveau commandant prit la tête du corps avant que la Légion ne reçoive l’ordre de départ.

Peu de temps après son arrivée en théâtre d’opérations en 1863, la 3e compagnie du 1er bataillon de la Légion fut anéantie au cours d’un affrontement resté célèbre, la bataille de Camerone dont le souvenir continue d’alimenter l’esprit de corps légionnaire de nos jours. Au moment où la France décida de retirer son contingent du Mexique en 1867, la Légion avait perdu près de 2,000 soldats tués ou morts de la maladie.

Le « baroud d’honneur » de la Légion à la bataille de Camerone (Mexique, avril 1863).

La prochaine guerre majeure livrée par la France, celle contre la Prusse et les états allemands en 1870-1871, vit un bataillon de la Légion en campagne pour la première fois sur le sol métropolitain. Par la suite, la Légion retourna sur son terrain traditionnel en Afrique du Nord. Elle joua un rôle important dans la conquête du Maroc par le général Lyautey, tout en ayant à contenir des révoltes sporadiques en Algérie. À l’aide de ses fameuses compagnies montées, une sorte de groupe mobile à dos d’âne ou chameaux, la Légion put pénétrer très loin aux confins du Sahara.

Au cœur des grandes batailles de la France

Le Régiment de Marche de la Légion Étrangère (1915-1918). Au centre, le colonel Paul Rollet tient le drapeau régimentaire. Le RMLE figure parmi les unités les plus décorées de l'armée française lors de la guerre de 1914-1918.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, la Légion fut déployée pour une série d’expéditions. L’une d’elles vit l’arrivée d’un bataillon au Tonkin (Vietnam) en 1882 afin de combattre des forces ennemies irrégulières nommées Pavillons Noirs, des bandits qui avaient traversé la frontière après leur expulsion de Chine. Une autre expédition en sol africain avait été dirigée au Dahomey (Bénin) en 1892, de même que la Légion avait contribué à la pacification de Madagascar de 1895 à 1905.

Lorsque débuta la Première Guerre mondiale en 1914, la Légion subit une restructuration majeure. Face à l’afflux de volontaires étrangers, il fallait éviter de répéter l’erreur de 1837 en Espagne où des Légionnaires avaient dû combattre des compatriotes. Ce plan ne fut pas un succès et présenta un portrait paradoxal de l’utilisation de la Légion en 1914-1918. Par exemple, les Légionnaires professionnels d’origine allemande devaient rester en Afrique du Nord pour officiellement défendre les colonies françaises. Simultanément, il arrivait que des volontaires issus de pays ennemis de la France s’enrôlent à la Légion et fassent la guerre sur le continent. En dépit de ces contraintes, la Légion se couvrit de gloire, surtout à partir de la fin de 1915 avec la création du célèbre Régiment de Marche de la Légion Étrangère (RMLE, prononcé « Remele »). Ce régiment fut de tous les engagements majeurs livrés sur le front de l’Ouest jusqu’à la fin des hostilités.

Après la guerre, la Légion retourna comme d’habitude en Afrique (qu’elle n’avait jamais vraiment quitté). C’est alors qu’elle vit l’arrivée massive de volontaires dans les années 1920, des hommes provenant pour l’essentiel de l’Allemagne, de la Pologne, de la Russie et de la Géorgie. Les demandes pressantes de constituer des unités de plus en plus mobiles avaient amené la création au sein de la Légion d’un Régiment Étranger de Cavalerie. Dès sa mise sur pied, le régiment vit de l’action en 1921 en Syrie et au Liban. Il y avait également des combats sporadiques au Maroc où la Légion joua un rôle important dans la défaite du chef rebelle rifain Abdelkrim El Khattabi.

Le chef de la rébellion du Rif Abdelkrim El Khattabi qui fut capturé en 1926.

En 1939, la Légion fut, comme en 1914, envahie par des volontaires. Certains de ses régiments avaient combattu en France et en Norvège l’année suivante lors de la campagne désastreuse sur le front Ouest. C’est alors que la Légion se trouva dans une situation plus qu’inconfortable, et ce, tant d’un point de vue militaire que politique. D’une part, les unités de la Légion en France avaient dû se départir de leurs ressortissants allemands. D’autre part, en 1941, il y avait des Légionnaires qui combattaient en Syrie dans les deux camps, certains pour la France Libre, d’autres pour le régime de Vichy. Malgré tout, la contribution de la Légion à l’effort de guerre des Alliés avait pris le dessus. Par exemple, on retient les performances de la fameuse 13e Demi-Brigade. Cette formation créée au début de la guerre s’était fait remarquer à Narvik en 1940, de même qu’au cours d’affrontements subséquents en Abyssinie, en Syrie, en Afrique du Nord, en Italie et lors de l’invasion du sud de la France en août 1944.

Les Légionnaires de la 13e Demi-Brigade à la bataille de Bir-Hakeim (Libye, mai-juin 1942).

Des lendemains incertains

L’après-guerre fut loin d’être une période de repos pour la Légion. Dans le contexte de la décolonisation, les Légionnaires avaient partagé les angoisses d’avoir à abandonner les morceaux d’un empire qu’ils ont largement contribué à forger depuis plus d’un siècle. Les dures années de la guerre en Indochine (1946-1954) avaient coûté 10,000 morts à la Légion. Cinq bataillons de Légionnaires étaient sur le terrain lors de la décisive bataille de Diên Biên Phu en 1954. Conscient de la chute imminente, le colonel André Lalande, qui commandait alors la place forte Isabelle, dirigea les derniers survivants dans un baroud d’honneur, c’est-à-dire un dernier assaut (suicide) vers l’ennemi avec les baïonnettes aux canons. Cela n’était pas sans rappeler l’épisode de la bataille de Camerone au Mexique en avril 1863 où les Légionnaires de l’époque avaient exécuté une dernière charge pour l’honneur, en sachant que tout était perdu.

Des parachutistes de la Légion largués sur Diên Biên Phu (novembre 1953).

Revenus d’Indochine, les Légionnaires survivants durent composer avec une autre réalité difficile, voire accablante. La guerre d’Algérie débutait en 1954 pour s’achever en 1962. Cette guerre avait touché la Légion directement au cœur, en ce sens où certains de ses éléments avaient été impliqués dans un putsch contre le gouvernement français (dans le contexte où de Gaulle envisageait d’accorder à l’Algérie son indépendance). Le 1er Régiment Étranger de Parachutistes fut dissous, car ses officiers étaient directement concernés. Pire encore peut-être, les Légionnaires furent contraints de quitter leur maison-mère de Sidi-bel-Abbès en 1962. À leur départ, ils avaient entamé, non sans un sentiment où se mélangeaient tristesse et ironie, la chanson d’Édith Piaf Non, je ne regrette rien.

La Légion reste

Au lendemain de l’indépendance algérienne, la Légion, qui fut menacée à maintes reprises d’être dissoute, fut transférée en France. Elle établit son dépôt central à Aubagne près de Marseille. Ses divers régiments continuent néanmoins à être postés dans certaines garnisons en dehors de la France, notamment en Guyane française et au Djibouti. Comme en 1831, la Légion continue d’accueillir des volontaires de partout dans le monde et sa réputation fait en sorte que nombre d’officiers français demandent des affectations dans ce corps d’élite. Sans surprise, l’entraînement y est très dur. Pour certains, la Légion n’est pas seulement un régiment. Elle est également un foyer, voire une famille dans laquelle la richesse du passé et des traditions est parvenue à souder solidement sous la symbolique du képi blanc des hommes aux origines éparses.

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Annexe: Le Code d’honneur de la Légion Étrangère

Article 1

Légionnaire, tu es un volontaire servant la France avec honneur et fidélité.

Article 2

Chaque légionnaire est ton frère d’arme quelle que soit sa nationalité, sa race, sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d’une même famille.

Article 3

Respectueux des traditions, attaché à tes chefs, la discipline et la camaraderie sont ta force, le courage et la loyauté tes vertus.

Article 4

Fier de ton état de légionnaire, tu le montres dans ta tenue toujours élégante, ton comportement toujours digne mais modeste, ton casernement toujours net.

Article 5

Soldat d’élite, tu t’entraînes avec rigueur, tu entretiens ton arme comme ton bien le plus précieux, tu as le souci constant de ta forme physique.

Article 6

La mission est sacrée, tu l’exécutes jusqu’au bout et si besoin, en opérations, au péril de ta vie.

Article 7

Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.