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Un bataillon de « bleus » dans une guerre « oubliée » ? Le Royal 22e Régiment et la bataille de la colline 355 (novembre 1951)

Introduction

Surnommé « Mad Jimmy » par les uns, « Kid 28 » par les autres, le lieutenant-colonel Jacques Dextraze accepta de prendre le commandement du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment qu’il mènera en Corée en 1951. Il le fit à une condition: encadrer la nouvelle unité d’officiers expérimentés, d’hommes qui avaient une expérience du feu.

Après la guerre de 1939-1945, le Canada démobilise rapidement. À l’instar de nombre de bataillons de l’armée, le Royal 22e Régiment se trouve également en pleine réorganisation. La guerre terminée en 1945, ses hommes rentrent au pays et la majorité d’entre eux retourne à la vie civile.

À noter que presque immédiatement, l’échiquier international voyait déjà la formation de deux grands blocs, le capitalisme (bloc de l’Ouest) et le communisme (bloc de l’Est). Sur l’échiquier mondial, tous se surveillaient, tous s’espionnaient et les actions militaires des grandes puissances s’effectuaient par forces interposées. À ne pas en douter, la Corée, qui est sur le point d’éclater, sera en quelque sorte le premier bras de fer d’envergure entre l’Est et l’Ouest.

Former une nouvelle brigade : avec quels effectifs?

Lorsque le moment fatidique arrive, le Canada a besoin de plusieurs mois afin de réactiver complètement ses forces militaires et finalement prendre part à la British Commonwealth Forces Korea (BCFK). En effet, au cours de la nuit du samedi au dimanche 25 juin 1950, des averses intermittentes sont tombées le long du 38e parallèle séparant les deux Corées. Le calme règne et rien ne laisse présager ce qui va bientôt se produire. Des soldats sud-coréens font bien le guet le long de la ligne de démarcation et bien que les engagements aient cessé depuis quelque temps, la situation laissait plutôt espérer une détente réelle.

Puis, tout à coup, à 4 heures du matin, cette quiétude fait place à un véritable enfer. Précédées d’un violent tir d’artillerie, les forces nord-coréennes envahissent d’est en ouest le territoire de la République de Corée. Malgré une résistance par moment héroïque, elles balaient tout sur leur passage et, en quelques heures, s’emparent de plusieurs points stratégiques. Au surlendemain de l’invasion, le Premier ministre Louis Saint-Laurent annonce la formation d’une brigade spéciale sous l’égide des Nations-Unies et il autorise la levée du 2e bataillon du Royal 22e Régiment qui fera partie de l’ordre de bataille de la 25e Brigade d’infanterie canadienne.

Considérant que le Canada devait fournir un important contingent d’occupation en Allemagne, la demande des Nations-Unies pour la levée d’une armée afin d’arrêter l’invasion communiste vers le sud de la Corée obligea les nations alliées participant au conflit à trouver rapidement des hommes. C’est sous cet angle que le Canada se trouva avec un épineux problème. Il disposait d’une marine suffisante, de nombre de pilotes qualifiés (sans les avions), mais il n’avait pas les 5,000 hommes qu’on lui demandait. Ces nouveaux effectifs de la taille d’une brigade (plus des forces de remplacement) devraient être maintenus en théâtre d’opérations pour une période d’au moins 18 mois (les recrues devant être obligatoirement âgées d’au moins 19 ans et elles signaient un engagement de 18 mois).

Bref, devant contribuer à la formation de la nouvelle brigade, le Royal 22e Régiment fut autorisé à lever un second bataillon dans la seconde moitié de 1950.

Toutes des recrues?

Beaucoup fut dit sur la soi-disant « inexpérience » des soldats du premier contingent canadien qui fut envoyé en Corée en 1951-1952, c’est-à-dire les forces qui composèrent les 2es Bataillons des principaux régiments d’active de notre armée à l’époque. En fait, il faut préciser d’emblée que nombreux furent les soldats réengagés, soit des vétérans de 1939-1945 qui, pour toutes sortes de raisons, mais essentiellement en raison des difficultés économiques d’alors, décidèrent de réintégrer les rangs. Plusieurs furent d’ailleurs promus presque immédiatement sous-officiers. Quant aux officiers (ceux qui détenaient les grades de capitaines, majors et plus), ils étaient pour la presque totalité des vétérans du conflit précédent. En cela, les cadres qui formèrent le 2e Bataillon du Royal 22e Régiment disposèrent d’une expérience militaire qu’ils mirent immédiatement au service des recrues.

L’autre aspect du problème qui semble faire penser que le 2e Bataillon manqua de l’expérience résulte de la décision de l’état-major de l’armée de maintenir au pays les forces professionnelles, celles qui composèrent les 1ers Bataillons des principaux régiments d’active. En clair, dans les cas du R22R, nombre d’hommes qui s’engagèrent entre 1945 et 1950 (et qui pensèrent pouvoir être déployés aussitôt en Corée) durent en fait rester au Canada et finalement attendre que leur tour arrive en 1952. La raison étant qu’il fallait que l’armée ait à sa disposition un minimum de forces professionnelles pour fournir à tout le moins l’entraînement de base aux recrues, un entraînement qui normalement devait durer de 5 à 6 mois, mais dans les faits fut souvent écourté à 3 ou 4 mois.

Là repose un autre aspect du problème : l’urgence de déployer la brigade spéciale. Ici encore, il ne faut pas penser parce qu’il y a « urgence » que l’entraînement fut nécessairement bâclé. En fait, d’après les témoignages des vétérans québécois du 2e Bataillon avec lesquels nous nous sommes entretenus, il appert, au final, que les troupes étaient relativement prêtes lorsqu’elles arrivèrent en théâtre d’opérations au printemps de 1951. Les entraînements de base et avancés reçus à Fort Lewis dans l’État de Washington donna une bonne idée aux hommes de l’environnement dans lequel ils allèrent opérer, soit des montagnes, de la neige, des vallées, des ravins et ainsi de suite.

Préparer le régiment

Le Canada envoie donc en Corée des troupes qui ont manqué la majeure partie des premiers instants du conflit dû au fait que celles-ci n’arrivent pas avant 1951, alors que la guerre d’usure avait largement commencé. Les troupes canadiennes sont affectées au sein de la 1ère Division d’infanterie du Commonwealth britannique.

Il faut se remémorer qu’à l’époque, le gouvernement convenait qu’il s’agissait plutôt d’une opération policière. Force est d’admettre que le R22R allait connaître à nouveau des jours sombres dans ce théâtre d’opérations. Qui plus est, ce fut la première opération d’envergure des Nations Unies nouvellement formées en 1945.

Le recrutement au Royal 22e Régiment débute à fond de train. Par exemple, le 12 août 1950, 18 recrues se présentent au bureau régimentaire et un mois et demi plus tard, le 25 septembre, les effectifs, qui ne devaient pas dépasser 1 500 hommes, s’élevaient à 1 600. Le succès rapide de cette campagne de recrutement n’a pas reposé uniquement sur un rengagement des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, mais il est principalement dû au haut taux de chômage, tel que mentionné auparavant.

Un peloton de la compagnie C du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment à l’entraînement à Fort Lewis dans l’État de Washington aux États-Unis. Le capitaine dirigeant la marche est Charles « Charlie » Forbes, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale ayant servi avec le Régiment de Maisonneuve. Forbes se retira avec le grade de major et décéda le 19 mai 2010 à l’âge de 89 ans.

De plus, il ne faut pas croire que tout se passa rondement et sans difficulté. D’abord, l’équipement faisait défaut. Par exemple, au tout début, le régiment ne disposait que d’une seule jeep. Ensuite, les casernes manquaient du nécessaire. Sur les 400 hommes réunis à Valcartier, le 17 août 1950, seulement une soixantaine avaient reçu leurs uniformes, tandis que les autres n’avaient absolument rien.

Le corps principal du régiment, cantonné à Valcartier, devient le 1er bataillon. Commandé par le lieutenant-colonel Jacques « Kid 28 » Dextraze (lui aussi un « rengagé »), le 2e Bataillon se rend à Fort Lewis, aux États-Unis, pour y parfaire son entraînement. Il y demeure jusqu’en avril 1951.

Carnage sur la colline 355

Le 21 novembre 1951, le 2e bataillon du R22R effectue une relève avec une unité de l’armée britannique. La compagnie D du 22e est installée sur une position en bas de la montagne, entre la colline 355, à droite, occupée par les Américains et la colline 227, à gauche, inoccupée.

Vers 15h le 22 novembre, les Chinois entreprennent un bombardement intensif de la colline 355, qu’ils font porter jusqu’au secteur défendu par le 2e bataillon et tout particulièrement par la compagnie D. Les obus et les roquettes tombent pendant toute la nuit. La pluie se change en neige et le terrain se transforme en marécage vaseux, ce qui rend extrêmement difficile le travail des sapeurs pour le maintien des voies d’accès aux compagnies assaillies.

Le 23 novembre, l’ennemi intensifie son tir d’obus et de roquettes. C’est « l’enfer sur terre ». En fin d’après-midi, la colline 355 est prise d’assaut, deux compagnies chinoises se portent sur la gauche de la compagnie D, les membres du peloton 11 débordés rejoignent le peloton du centre, soit le peloton 12, sous le commandement du lieutenant Mario Côté. Le lieutenant Côté les encourage, tout en se préparant à recevoir les Chinois.

Cette carte montre la précarité de la position de la compagnie D et en partie celle de la compagnie A chargée d’assurer la liaison avec le reste du bataillon tenant les hauteurs au sud, face aux collines 227 et 355 prises d’assauts par les forces chinoises.

Malgré la horde qui déferle, le lieutenant Côté dirige ses hommes d’une main de fer, en parvenant à protéger ses flancs menacés. Il protège le centre et le flanc gauche. Le peloton 10, qui se trouve à la droite, sous le commandement du lieutenant Walter Nash, subit lui aussi un assaut féroce, tout en assurant la défense du flanc droit. Il tente de se rapprocher du peloton du centre afin de maintenir la liaison.

À la fin de la journée, la compagnie D tient toujours le terrain et le défend avec vaillance. La colline 227 voisine, qui était inoccupée, tombe aux mains des Chinois et les Américains abandonnent rapidement la 355. La situation est précaire pour la compagnie D et le 2e bataillon qui est maintenant presque encerclé.

Au cours des nuits du 23 au 24 et du 24 au 25 novembre, les tirs d’artillerie et les attaques se poursuivent avec une intensité accrue sur les deux fronts et la colline 355 passe des mains des Chinois à celles des Américains. Les 24 et 25 novembre, la compagnie D subit, à plusieurs reprises, les attaques des hordes communistes chinoises.

Dans la soirée du 25 novembre, après quatre jours et quatre nuits de bombardements continuels d’obus et de roquettes, la colline 355 était à nouveau aux mains des Américains, grâce au 2e bataillon du R22R qui, malgré un état d’épuisement presque total, défend toujours son terrain.

Le 2e Bataillon a connu et soutenu les combats les plus difficiles du régiment sur le théâtre d’opérations coréen. Parmi ces combats, la bataille de la colline 355 de novembre 1951 est sans doute la plus sanglante qu’ait connue le régiment. Entre le 22 et le 26 novembre, le bataillon s’est fait tuer 16 hommes, 44 sont blessés et trois sont portés disparus. La moitié de ces pertes étaient celles de la compagnie D.

Conclusion

Malgré le sang versé par les soldats canadiens, la guerre de Corée restera longtemps une guerre oubliée au sein de la population qui sera indifférente à cette dernière, même encore aujourd’hui.

Le prix payé fut moins lourd en vies humaines que lors des guerres mondiales précédentes, mais le bilan est sombre. En Corée, le R22R déplore la perte de 104 soldats tués et 185 blessés. De son côté, le Canada avait envoyé environ 25,000 soldats. Les pertes canadiennes s’élèvent à 516 morts et 1,042 blessés. La guerre de Corée a souvent été appelée la « Guerre oubliée », par le fait que pour la plupart des Canadiens leur contribution est éclipsée par les deux guerres mondiales.

Les officiers de la compagnie D du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, de gauche à droite: le lieutenant R. MacDuff, le major Réal Liboiron (le commandant de la compagnie), le lieutenant Mario Côté et le lieutenant Walter Nash.

Visitez le site web du Projet Mémoire pour entendre les témoignages des vétérans canadiens ayant participé à la Guerre de Corée : www.leprojetmemoire.com 


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La Guerre de Corée (1950-1953)

Une nation déchirée

Carte des principales opérations de la Guerre de Corée (1950-1953).

En 1945, la colonie japonaise de la péninsule coréenne fut divisée « temporairement » entre l’Union soviétique et les États-Unis le long de la ligne du 38e parallèle de latitude. Cinq ans plus tard, cette division était toujours effective, malgré les tentatives des Nations-Unies de procéder à une réunification.

De son côté, l’URSS de Staline installa un gouvernement satellite en Corée du Nord sous la direction de Kim Il-sung, alors que la Corée du Sud était érigée en République, sous la direction d’une coalition de droite somme toute autocratique qui avait été élue sous la supervision de l’ONU. Son président était Syngman Rhee, un homme qui était perçu comme un patriote. Les dirigeants des deux Corées souhaitent tous deux unir la péninsule par la force des armes. Par contre, ni les Américains, ni les Soviétiques ne désiraient fournir les moyens militaires nécessaires à cette fin. Sans attendre les appuis, les deux camps se livraient déjà à des escarmouches sur le terrain.

Le 9 février 1950, sentant que l’appui américain pour la République sud-coréenne déclinait, Staline consentit à une invasion du sud et le nouveau dirigeant de la Chine, Mao Zedong, y consentit à son tour. Le matériel de guerre qui approvisionnait les forces nord-coréennes (chars, canons et avions) provenait de la Sibérie afin d’être livré à l’Armée populaire de Corée. De plus, Mao avait libéré des rangs de l’armée chinoise des soldats nord-coréens vétérans pour qu’ils puissent retourner dans leur patrie. L’URSS avait aussi prêté à l’Armée populaire le concours d’officiers d’état-major pour aider à la planification opérationnelle.

Le Nord attaque

Prenant tout le monde par surprise, l’offensive nord-coréenne débuta sous les pluies d’été, le 25 juin 1950. C’était un dimanche et nombre de soldats sur les lignes de défense du sud de la péninsule étaient partis en congé pour le weekend, si bien que l’armée sud-coréenne dut battre en retraite avec les forces américaines qui agissaient en soutien. Bien que l’attaque fut immédiatement condamnée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et les états du Commonwealth, suivi d’une majorité d’états membres de l’ONU, ce fut seulement le fait que l’URSS avait boycotté le Conseil de Sécurité qui permit le vote d’une résolution onusienne qui ne condamnait pas spécifiquement l’attaque, mais qui autorisait la formation d’une force multinationale pour combattre cette agression.

L'artillerie de l'Armée populaire nord-coréenne bombarde les positions alliées lors de l'offensive de juin 1950.

Le commandement de la force internationale du théâtre d’opérations asiatique revint au général Douglas MacArthur, qui commandait déjà les forces américaines d’occupation au Japon. Deux divisions d’infanterie américaines furent immédiatement dépêchées en Corée à partir du Japon sous la protection d’une puissante escorte navale et aérienne. Par contre, ces troupes étaient mal équipées et mal entraînées. En clair, ce n’était pas des troupes de combats de première ligne. Elles ne pouvaient se battre à armes égales face aux forces bien équipées et entraînées de l’Armée populaire nord-coréenne.

Le général Douglas MacArthur, le commandant de la force internationale au début du conflit.

Éventuellement, cinq divisions américaines arriveront en renfort avec ces deux premières divisions mentionnées, en plus d’une brigade provenant du Commonwealth. Ces forces allaient former la 8e Armée placée sous les ordres du lieutenant-général Walton H. Walker. Avec ce qui restait de l’armée sud-coréenne, les forces internationales étaient prises dans un périmètre autour de la ville de Pusan, le principal port de mer du sud de la péninsule.

Pendant ce temps, MacArthur tentait de structurer un corps de réserve à partir du Japon consistant en la 1ère Division de Marines et la 7e Division d’infanterie. Il lança ces troupes dans un assaut amphibie contre le port d’Inchon sur la côte ouest de la péninsule, à plus de 300 kilomètres du principal front de bataille de la poche de Pusan (voir la carte). Cette manœuvre stratégique était risquée, mais elle s’avéra un succès.

Le dégagement de Pusan et l’avance alliée vers le nord

À la mi-septembre 1950, les marines avaient pris Inchon et ils furent rejoints par les forces de la 7e Division afin de marcher vers Séoul, la capitale. Ayant anticipé la manœuvre de MacArthur, Mao avait renforcé son 4e Groupe d’armées stationné au nord-est de la Chine. Plus encore, Mao craignait la destruction de l’Armée populaire nord-coréenne et il avait discuté de possibles contre-mesures avec Staline.

Les troupes américaines débarquent dans le port d'Inchon (septembre 1950).

À partir du 22 septembre, la 8e Armée de Walker et les éléments réorganisés de l’armée sud-coréenne commencèrent à pousser afin de briser le périmètre de la poche de Pusan. Fortement ébranlée par des bombardements aériens et les assauts de l’ennemi, l’Armée populaire dut reculer à travers la chaîne de montagnes du centre de la péninsule. Le 27, le 1er Corps d’armée américain fit sa jonction avec la 7e Division près de Séoul. C’est alors que MacArthur demanda à Washington des instructions sur la suite des choses. La question était de savoir si MacArthur devait s’arrêter au 38e parallèle ou poursuivre l’ennemi plus au nord.

Tandis que le Président Harry Truman réfléchissait à cette problématique, le premier ministre chinois Chou Enlai envoya un avertissement à travers la diplomatie indienne que si les forces américaines franchissaient le 38e parallèle, alors la Chine serait forcée d’agir en conséquence. Pour leur part, les Britanniques avaient interprété cette déclaration du gouvernement chinois comme une menace d’intervention militaire, ce qu’il fallait absolument éviter étant donné que Staline, en Europe, pouvait à son tour menacer la paix dans leur perspective.

Les gouvernements américain et britannique, qui étaient en contact constant, ne s’entendaient pas sur la stratégie à adopter. Peut-être que la Chine bluffait et le fait d’arrêter les troupes alliées au 38e parallèle fournirait à Kim du temps et des renforts pour renouer l’offensive. Face aux protestations des états du bloc communiste à l’ONU, où l’URSS avait accepté de retourner, la décision fut prise d’occuper militairement le nord de la Corée comme une étape préliminaire à l’unification du nord et du sud via un supposé processus démocratique d’élections.

Le 38e parallèle constitue toujours la ligne de démarcation de la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

L’intervention chinoise

Malheureusement pour les Alliés, la Chine ne bluffait pas. Alors que les forces onusiennes et sud-coréennes faisaient mouvement vers le nord, le général chinois P’eng Te-huai déplaça 130,000 soldats du 4e Groupe d’armées vers la Corée, sous prétexte que ces soldats « volontaires » prêtaient assistance à des « frères ». Staline avait promis d’assurer une couverture aérienne, mais il retint ses avions, croyant que les chasseurs soviétiques n’auraient pu intervenir sur le même prétexte (si un avion soviétique était abattu, il aurait été difficile de justifier la neutralité). Les Chinois étaient choqués de l’attitude des Soviétiques. Face au manque de couverture aérienne, le général Peng dut restreindre le mouvement de ses troupes à la nuit, ce qui d’une certaine façon avantagea initialement les Chinois.

Ces troupes bien entraînées et expérimentées traversèrent la rivière Yalu dans le nord-ouest de la Corée le 26 octobre 1950, sans que l’aviation onusienne ait pu les repérer. Les Chinois étaient sur le point d’encercler les éléments d’avant-garde alliés qui s’approchaient. Combattant habituellement de nuit, parfois même en plein tempête de neige, l’infanterie légère de Peng avançait furieusement, changeant fréquemment l’axe de l’avance. Jusqu’au 6 novembre, la progression de l’infanterie chinoise vers le sud était à ce point inquiétante pour les forces onusiennes, qu’à nouveau la capitale sud-coréenne de Séoul se trouvait menacée.

Des fantassins chinois font mouvement vers le front.

Les gouvernements de l’alliance des Nations-Unies étaient stupéfaits par cette série de revers survenue si tôt après avoir vaincu l’Armée populaire nord-coréenne. Dans le but de stabiliser le front, une trêve fut suggérée comme une étape préliminaire afin d’en venir éventuellement à un véritable cessez-le-feu. Il était également question de créer une zone tampon entre les deux Corées au tournant de 1950-1951.

Tout cela ne signifiait rien pour les Chinois, qui se doutaient fortement que les Alliés allaient reprendre l’offensive sitôt qu’ils auraient repris leur souffle. C’est le général MacArthur qui insista pour que les troupes alliées reprennent l’offensive aussitôt que le 24 novembre, après avoir reçu des renforts appréciables. La force internationale se composait alors de 8 divisions onusiennes et 4 divisions de l’armée sud-coréenne.

Le général P'eng Te-huai, le commandant en chef des forces chinoises en Corée.

En apparence impressionnantes, les forces alliées furent assaillies par 30 divisions de l’armée chinoise. En dépit d’un appui-feu important de l’artillerie et de l’aviation, la 8e Armée et les forces sud-coréennes durent reculer devant les assauts agressifs des forces de Peng d’un bout à l’autre des côtes de la péninsule. Le général Walker décida tout simplement de rompre le contact avec l’ennemi à la fin de 1950. Il replia davantage ses forces vers le sud, abandonnant Séoul au passage. Les troupes alliées reculèrent la ligne de front de 240 kilomètres et se regroupèrent tout juste derrière la rivière du Han, sur les hauteurs. Cette situation n’augurait rien de bon pour le commandement allié, dans la mesure où l’on pouvait craindre à juste titre d’être expulsé de la péninsule coréenne.

Dans le contexte de l’offensive chinoise de la fin de 1950, les forces onusiennes en Corée avaient l’avantage de pouvoir généralement se déplacer en camions, alors que les soldats chinois marchaient. Lorsque ces derniers se rapprochèrent à nouveau des forces alliées en janvier 1951, ils souffrirent de l’exposition prolongée à la température qui pouvait atteindre -20 degrés la nuit. De plus, les forces chinoises manquaient de vêtements chauds et de ravitaillement de toutes sortes.

Le général Peng demanda une pause à Mao, mais celui-ci refusa. Entre temps, la 8e Armée reçut un nouveau commandant, le lieutenant-général Matthew Ridgway, qui remplaça Walker, tué dans un accident. Ridgway envoya immédiatement un message à ses subordonnés à l’effet que la 8e Armée cesserait de reculer et qu’elle tiendrait son front. Les Chinois s’essoufflaient, si bien que les troupes de Ridgway parvinrent à les arrêter, et même à contre-attaquer en certains secteurs. Peng fut par conséquent forcé à son tour de reculer.

Le rétablissement et l’enlisement du front sur le 38e parallèle

À la mi-avril de 1951, Ridgway était parvenu à rétablir la ligne de front sur le 38e parallèle. Ses effectifs étaient également plus nombreux qu’à l’automne précédent. Des bataillons et des brigades provenant de onze nations faisaient partie de la 8e Armée à cette date et, signe encourageant, l’armée sud-coréenne prenait de l’expérience. Les forces alliées étaient à nouveau prêtes à en découdre avec l’ennemi à mesure que l’été approchait.

Représentation artistique d'un soldat britannique en Corée (1950-1953).

Comme de fait, alors que l’hiver s’achevait, Peng préparait une nouvelle offensive vers le sud. Pour ce faire, il avait à sa disposition 40 divisions d’assaut. La marche des Chinois débuta le 21 avril 1951 avec comme objectifs la traversée des rivières Imjin et Kap’yong. Ces secteurs étaient respectivement défendus par des brigades (29e Britannique et 27e Commonwealth).  Ces deux brigades tinrent solidement leur front malgré la férocité des assauts ennemis. Les forces onusiennes durent néanmoins reculer, mais elles le firent à leurs conditions, à leur rythme, dans le but d’amener l’ennemi à s’éloigner de ses lignes de communication et à s’épuiser.

D’ailleurs, les 40 divisions de Peng encaissaient un taux de pertes assez élevé, sans oublier qu’une fois de plus, elles subissaient le feu violent de l’aviation onusienne et qu’elles étaient éloignées de leurs zones de ravitaillement. En clair, l’offensive chinoise d’avril 1951 perdit rapidement son tempo. Ce fut la dernière offensive chinoise au niveau stratégique de la guerre.

Cette guerre de grandes manœuvres qui caractérisa les années 1950 et 1951 fut suivie par des affrontements dans un style de guerre de tranchées. Ce type de combats localisés fut très coûteux pour les belligérants, qui avaient recours à des tactiques copiées sur celles des soldats de la guerre de 1914-1918, mais qui utilisaient un armement datant de la Seconde Guerre mondiale. Au moment où le front se stabilise en une guerre de tranchées vers l’été de 1951, les forces alliées comptent dans leurs rangs 7 divisions américaines, 1 du Commonwealth et 11 de l’armée sud-coréenne. À cela, il faut ajouter les effectifs formant des brigades ou des bataillons de quatorze autres nations de plus petite puissance. Ce front nouvellement stabilisé bougea peu jusqu’à la fin des hostilités.

Des soldats américains dans une tranchée soumise aux tirs des mortiers chinois. La stabilisation du front en Corée vers l'automne de 1951 força les belligérants à s'enterrer, ce qui n'est pas sans rappeler les combats de la guerre de 1914-1918.

Faire la guerre et négocier

La stabilisation du front coïncida également avec l’ouverture de pourparlers entre les commandants en chef. De son côté, Staline se contenta de jouer le jeu de l’attente. Pour sa part, Mao était plus ou moins persuadé que la campagne coréenne ne lui offrirait peut-être pas le triomphe escompté. À l’Ouest, il semblait que l’opinion publique américaine n’appuierait pas des projets d’offensive qui ne promettraient pas une victoire assurée, surtout lorsque l’ouverture de pourparlers signifiait que la paix faisait partie des options. Un cessez-le-feu aurait pu être négocié dès 1951, mais la question du rapatriement des prisonniers restait problématique.

En effet, les Américains et les Britanniques insistaient pour qu’aucun des prisonniers qu’ils avaient faits ne soit retourné contre son gré, une condition qui affectait principalement les détenus chinois et nord-coréens qui étaient bien traités. Les prisonniers des états des Nations-Unies et ceux de l’armée sud-coréenne avaient pour leur part été traités de façon inacceptable, si bien qu’il semblait évident qu’ils voudraient être libérés de leur « plein gré ». Il était par conséquent impossible d’obtenir un échange équilibré de prisonniers.

Un camp de prisonniers en Corée. Rappelons que la question de l'échange de prisonniers pendant la guerre était épineuse. L'objet du contentieux qui avait retardé la signature d'un armistice était la question du rapatriement des prisonniers. Au moins le tiers des prisonniers communistes capturés par les Alliés ne souhaitaient pas être rapratriés, ce qui constitua une sérieuse source d'embarras pour les gouvernements chinois et nord-coréen.

D’ailleurs, la vie dans les divers camps de prisonniers en Corée avait ses particularités. Par exemple, dans les camps du sud, les Chinois qui affichaient leurs préférences pour le régime nationaliste en exil à Taiwan, ou encore les membres de l’Armée populaire nord-coréenne qui affichaient leurs désillusions face au régime de Kim Il-sung, tous ces gens préféraient ne pas retourner dans leur patrie d’origine. À l’inverse, les prisonniers aux fermes convictions communistes se manifestèrent bruyamment dans ces camps, si bien que par moment, les autorités américaines perdaient temporairement le contrôle de la situation. En clair, le régime communiste de Beijing ne pouvait pas accepter qu’il puisse y avoir des Chinois qui préféraient le camp nationaliste. Par conséquent, la possibilité de conclure un armistice s’éloignait progressivement.

Le commandement américain tenta de profiter de l’impasse sur la ligne de front afin de bombarder par la voie des airs les positions ennemies. L’aviation alliée s’en prit régulièrement aux troupes, aux industries et aux voies de communication. Inévitablement, plusieurs civils furent tués au cours de ces raids aériens en 1952 et 1953. Les effets de ces bombardements étaient limités. L’ONU s’était fixé des règles afin de ne pas attaquer des cibles en Chine ou de recourir à la bombe atomique.

Les raisons étaient parfaitement justifiables, car cela aurait été contre-productif d’un point de vue politique et inefficace dans une perspective militaire. Par contre, en Corée du Nord, il semblait que la capacité de survie des gens excédait celle de destruction des bombardiers. Sur mer, les forces navales onusiennes maintinrent à longueur d’année un blocus serré sur les deux côtes de la péninsule. Au final, en dépit de leur supériorité matérielle, les forces de l’ONU ne parvenaient pas à briser les rangs serrés des troupes communistes chinoises et nord-coréennes leur faisant face.

Des soldats canadiens observent les positions ennemies en Corée.

L’armistice

Heureusement pour les belligérants, un facteur commun militait en faveur de la paix: les coûts humains et monétaires très élevés de la guerre. Au moment du décès de Staline en mars 1953, les coûts étaient devenus insupportables dans le camp communiste, en particulier du côté de la Chine qui fournissait le principal effort. À l’Ouest, l’année 1953 vit un changement de garde à Washington avec l’élection du président Dwight Eisenhower, qui était également préoccupé par les coûts montants de la guerre. Le président américain déclara qu’il n’hésiterait pas à reprendre les hostilités advenant que les négociations d’armistice demeurent improductives et le recours éventuel à la bombe atomique faisait toujours partie des options à sa disposition.

Dans ce contexte toujours tendu, les négociations reprirent vie. L’échange de prisonniers blessés et malades en constituait les prémisses. Avec l’adoption d’un système particulier de filtrage dans l’échange de prisonniers, afin d’amenuiser les sensibilités chinoises, le principal obstacle aux négociations d’un armistice avait été levé. En dépit de la libération rapide de prisonniers nord-coréens par les autorités sud-coréennes, et de certaines opérations militaires menées par les communistes afin de sécuriser des portions de terrain stratégiques, un accord put finalement être conclu. Les hostilités en Corée s’étaient officiellement terminées le 27 juillet 1953.

La première opération militaire de l’ONU avait échoué à réunir la nation coréenne, mais elle avait empêché les Sud-Coréens de tomber sous la tyrannie et l’incompétence du régime de Kim Il-sung. De plus, l’impasse militaire en Corée avait démontré les failles dans les habiletés de Mao à mener à terme une campagne militaire qui était censée monter la supériorité de ses forces et de l’idéologie communiste sur ses adversaires. Enfin, la victoire toute relative remportée par les Américains et leurs alliés en Corée encouragea une large partie de l’opinion publique à croire que les États-Unis pouvaient gagner n’importe quelle guerre qu’ils allaient livrer en Asie dans le but d’enrayer la progression du communisme. En ce sens, les fondations de la guerre du Vietnam étaient en train de se couler.

Le mémorial de la Guerre de Corée à Washington.

Guerre d’usure, guerre oubliée: les « 22 » en Corée (1951-1953)

Après la démobilisation de 1945, le Royal 22e Régiment (R22R) se réorganise et réoccupe aussitôt ses casernements officiels à la Citadelle de Québec. C’est ainsi qu’en août 1946, le R22R, sous le commandement du lieutenant-colonel J. A.G. Roberge, prend (ou reprend) officiellement possession de l’enceinte fortifiée.

Par contre, en raison de la condition des quartiers, le manque de logement pour les familles des gens mariés et l’absence d’organisation de la vie militaire en temps de paix, il est décidé qu’un détachement doit quitter Québec pour le site historique de Saint-Jean, à l’endroit même où le fameux 22e bataillon avait établi sa résidence en 1914.

À la Citadelle, on retrouve l’état-major du régiment, deux compagnies d’infanterie et des éléments de la compagnie d’administration. Tandis qu’à Saint-Jean, on y loge une compagnie d’infanterie, une compagnie de soutien et le reste de la compagnie d’administration.

En fait, de 1946 à 1950, le régiment comprend un effectif d’environ 480 militaires tous grades confondus et Valcartier sert toujours d’endroit d’entraînement pour les troupes. Malheureusement, la répartition de l’effectif régimentaire sur deux zones a comme conséquence directe qu’il y a rarement une période d’entraînement au niveau d’unité et qu’il semble très difficile d’en faire au niveau de la compagnie. En fait, l’entraînement s’effectue principalement à l’échelon individuel. De plus, pour suivre un peu la « mode militaire de l’époque » au tournant des années 1950, le régiment se voit convertir en une unité de parachutistes.

À noter que presque immédiatement à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’échiquier international voyait déjà la  formation de deux grands blocs, le capitalisme (bloc de l’Ouest) et le communisme (bloc de l’Est). Entre 1945 et 1949, le bloc de l’Ouest, sous l’initiative du Premier ministre canadien Mackenzie King, se regroupe afin de former l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Sur l’échiquier mondial, tous se surveillaient, tous s’espionnaient et les actions militaires des grandes puissances s’effectuaient par des forces interposées. À ne pas en douter, la Corée sera en quelque sorte le premier bras de fer d’envergure entre l’Est et l’Ouest.

Après la guerre de 1939-1945, le Canada démobilise rapidement. Quand la guerre de Corée éclate, le pays a besoin de plusieurs mois afin de réactiver complètement ses forces militaires et finalement prendre part à la British Commonwealth Forces Korea (BCFK). En effet, au cours de la nuit du samedi au dimanche 25 juin 1950, des averses intermittentes sont tombées le long du 38e parallèle séparant les deux Corées. Le calme règne et rien ne laisse présager ce qui va bientôt se produire. Des soldats sud-coréens font bien le guet le long de la ligne de démarcation et bien que les engagements aient cessé depuis quelque temps, la situation laissait plutôt espérer une détente réelle.

Puis, tout à coup, à 4 heures du matin, cette quiétude fait place à un véritable enfer. Précédées d’un violent tir d’artillerie, les forces nord-coréennes envahissent d’est en ouest le territoire de la République de Corée. Malgré une résistance par moment héroïque, elles balaient tout sur leur passage et, en quelques heures, s’emparent de plusieurs points stratégiques. Au surlendemain de l’invasion, le Premier ministre, Louis Saint-Laurent, annonce la formation d’une brigade spéciale sous l’égide des Nations Unies et il autorise la levée du 2e bataillon du Royal 22e Régiment.

Les deux Corées, le Nord et le Sud.

Le Canada envoie en Corée des troupes qui ont manqué la majeure partie des premiers instants du conflit dû au fait que celles-ci n’arrivent pas avant 1951, alors que la guerre d’usure avait largement commencé. Les troupes canadiennes sont affectées au sein de la 1ère division d’infanterie du Commonwealth.

Il faut se remémorer qu’à l’époque, le gouvernement  convenait qu’il s’agissait plutôt d’une opération policière. Force est d’admettre que le R22R allait connaître à nouveau des jours sombres dans ce théâtre d’opérations. Qui plus est, ce fut la première opération d’envergure des Nations Unies nouvellement formées en 1945.

Le recrutement au Royal 22e Régiment débute à fond de train. Par exemple, le 12 août 1950, 18 recrues se présentent au bureau régimentaire et un mois et demi plus tard, le 25 septembre, les effectifs, qui ne devaient pas dépasser 1 500 hommes, s’élevaient à 1 600. Le succès rapide de cette campagne de recrutement n’a pas reposé uniquement sur un rengagement des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, mais il est principalement dû au haut taux de chômage.

De plus, il ne faut pas croire que tout se passa rondement et sans difficulté. D’abord, l’équipement faisait défaut. Par exemple, au tout début, le régiment ne disposait que d’une seule jeep. Ensuite, les casernes manquaient du nécessaire. Sur les 400 hommes réunis à Valcartier le 17 août 1950, seulement une soixantaine avaient reçu leurs uniformes, tandis que les autres n’avaient absolument rien.

Le corps principal du régiment, cantonné à Valcartier, devient le 1er bataillon. Le 2e bataillon, commandé par le lieutenant-colonel Jacques Dextraze, se rend à Fort Lewis, aux États-Unis, pour y parfaire son entraînement. Il y demeure jusqu’en avril 1951.

Un peu plus tôt, en décembre 1950, un troisième bataillon est formé à Fort Lewis. Sa raison d’être consiste à être un bataillon servant comme véhicule d’entraînement pour les recrues. Avec le prolongement de la guerre de Corée, le rôle du 3e bataillon sera revu afin qu’il puisse participer au conflit.

Quant au 2e bataillon, celui-ci reste en Corée du 19 avril 1951 jusqu’au 23 avril 1952. Au cours de ce séjour, il fait quelques avancées mineures, plusieurs patrouilles et, par-dessus tout, il a vécu la bataille la plus sanglante qu’ait connue le R22R en Corée, l’assaut de la Colline 355 par les forces chinoises.

Soldats du Royal 22e Régiment sur leur départ pour la Corée.

Carnage sur la colline 355

Le 21 novembre 1951, le 2e bataillon du R22R effectue une relève avec une unité de l’armée britannique. La compagnie D de cette unité est installée sur une position en bas de la montagne, entre la colline 355, à droite, occupée par les Américains et la colline 227, à gauche, inoccupée.

Vers 15h le 22 novembre, les Chinois entreprennent un bombardement intensif de la colline 355, qu’ils font porter jusqu’au secteur défendu par le 2e bataillon et tout particulièrement par la compagnie D. Les obus et les roquettes tombent pendant toute la nuit. La pluie se change en neige et le terrain se transforme en marécage vaseux, ce qui rend extrêmement difficile le travail des sapeurs pour le maintien des voies d’accès aux compagnies assaillies.

Croquis des opérations autour de la colline 355 lors de la bataille de novembre 1951.

Le 23 novembre, l’ennemi intensifie son tir d’obus et de roquettes. C’est « l’enfer sur terre ». En fin d’après-midi, la colline 355 est prise d’assaut, deux compagnies chinoises se portent sur la gauche de la compagnie D, les membres du peloton 11 débordés rejoignent le peloton du centre, soit le peloton 12, sous le commandement du lieutenant Mario Côté. Le lieutenant Côté les encourage, tout en se préparant à recevoir les Chinois.

Malgré la horde qui déferle, le lieutenant Côté dirige ses hommes d’une main de fer, en parvenant à protéger ses flancs menacés. Il protège le centre et le flanc gauche. Le peloton 10, qui se trouve à la droite, sous le commandement du lieutenant Walter Nash, subit lui aussi un assaut féroce, tout en assurant la défense du flanc droit. Il tente se rapprocher du peloton du centre afin de maintenir la liaison.

À la fin de la journée, la compagnie D tient toujours le terrain et le défend avec vaillance.  La colline 227 voisine, qui était inoccupée, tombe aux mains des Chinois et les Américains abandonnent rapidement la 355. La situation est précaire pour la compagnie D et le 2e bataillon qui sont maintenant presque encerclés.

Les combats de la "355".

Au cours des nuits du 23 au 24 et du 24 au 25 novembre, les tirs d’artillerie et les attaques se poursuivent avec une intensité accrue sur les deux fronts et la colline 355 passe des  mains des Chinois à celles des Américains. Les 24 et 25 novembre, la compagnie D subit, à plusieurs reprises, les attaques des hordes communistes chinoises.

Dans la soirée du 25 novembre, après quatre jours et quatre nuits de bombardements continuels d’obus et de roquettes, la colline 355 était à nouveau aux mains des Américains, grâce au 2e bataillon du R22R qui, malgré un état d’épuisement presque total, défend toujours son terrain.

Le 2e Bataillon a connu et soutenu les combats les plus difficiles du régiment sur le théâtre d’opérations coréen.  Parmi ces combats, la bataille de la colline 355 de novembre 1951 est sans doute la plus sanglante qu’ait connue le régiment. Entre le 22 et le 26 novembre, le bataillon s’est fait tuer 16 hommes, 44 sont blessés et trois sont portés disparus. La moitié de ces pertes étaient celles de la compagnie D.

Le lieutenant-colonel Jacques "Mad Jimmy" Dextraze accorde une entrevue au correspondant de guerre René Lévesque.

Le 23 avril 1952, le 1er bataillon remplace le 2e sur la ligne de feu. De son côté, le 1er bataillon est aussi durement touché par les combats, qui consistaient souvent en des patrouilles agressives afin de reconnaître les positions ennemies.

Le 23 avril 1953, le 1er bataillon est relevé par le 3e qui est en place lors de la signature du cessez-le-feu le 27 juillet de la même année. Toutefois, ce dernier servira en Corée jusqu’en avril 1954.

Malgré le sang versé par les soldats canadiens, la guerre de Corée restera longtemps une guerre oubliée au sein de la population qui sera indifférente à cette dernière, même encore aujourd’hui.

Le prix payé fut moins lourd en vies humaines que lors des guerres mondiales précédentes, mais le bilan est sombre. En Corée, le R22R déplore la perte de 104 soldats tués et 185 blessés. De son côté, le Canada avait envoyé environ 25,000 soldats. Les pertes canadiennes s’élèvent à 516 morts et 1,042 blessés. La guerre de Corée a souvent été appelée la « guerre oubliée »,  par le fait que pour la plupart des Canadiens leur contribution est éclipsée par les deux guerres mondiales.

À noter finalement que le Canada est l’un des signataires de l’armistice de 1953 qui est toujours en vigueur, mais n’a pas maintenu de garnison en Corée du Sud après 1955.

Vérification de l'équipement avant le déploiement d'une patrouille de combat sur le front coréen.