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La Chine en armes : une montée en puissance cyclique

Introduction : de la divinité à la rationalité

Illustration de Liu Yong Hua d'un guerrier chinois de l'époque de la dynastie des Han (Ier siècle).

Les origines des premières forces militaires chinoises peuvent être retracées à l’époque de la dynastie Xia vers 2,000 avant notre ère. Il semble que les premiers combattants furent des aristocrates équipés d’arcs et d’armures en métal, et qui firent la guerre sur des chariots tirés par des groupes de quatre chevaux. À l’instar de ce qui se pratiqua dans d’autres civilisations, comme en Mésopotamie, ces combattants sur chariots furent régulièrement accompagnés de fantassins pour les protéger en pleine bataille. Ces derniers s’équipèrent typiquement de lances et certains revêtirent des armures en tissu rembourré de même que des boucliers.

Au-delà des habiletés individuelles, il fallut plusieurs siècles avant que ces forces militaires chinoises ne parviennent à standardiser leur organisation, notamment en ce qui a trait au ratio de fantassins et de chariots utilisés, surtout à l’époque de la dynastie Zhou (vers 1030 – 800 av. J.-C.). Néanmoins, les forces militaires chinoises tardèrent à se moderniser, car nombreux furent les combattants qui utilisèrent toujours d’anciennes armes et qui servirent à l’intérieur d’une structure organisationnelle dépassée. Dans ce contexte, la pratique de la guerre à cette époque de l’histoire de la Chine releva davantage du rite, soit un processus cérémonial dans lequel les nobles échangèrent des « courtoisies » bien élaborées avec leurs ennemis, sans oublier que les commandants fondèrent leurs stratégies à la suite de consultations divinatoires. Ce fut seulement lors de la période dite des Printemps et des Automnes (800 – 400 av. J.-C.) que des penseurs militaires chinois comme Sun Tzu parvinrent à convaincre un nombre substantiel de dirigeants afin qu’ils réorganisent leurs armées selon des principes un peu plus rationnels.

Les Royaumes combattants ou la relativité d’un Âge d’or

Plus tard, pendant la période dite des Royaumes combattants (400 – 221 av. J.-C.), on assista en Chine à une série de révolutions d’ordre sociales, économiques et technologiques, qui toutes affectèrent les forces armées. D’une part, l’utilisation du fer se répandit, ce qui permit aux artisans d’élaborer des armes plus puissantes et des armures en plus grandes quantités. D’autre part, l’amélioration des techniques agricoles permit à un petit nombre de fermiers de nourrir beaucoup plus d’individus, ce qui libéra une plus importante partie de la population qui put vaquer à d’autres tâches. En clair, ces derniers développements en agriculture permirent aux dirigeants d’enrôler un nombre accru de leurs sujets dans les forces armées. Ces innovations libérèrent donc une plus grande quantité de main-d’œuvre pour la pratique de différents métiers, ce qui en retour stimula le commerce.

C’est ainsi qu’une économie monétaire prit forme en Chine, le tout basé sur un commerce à plus grande échelle et sur un mode de production que l’on peut qualifier de proto-manufacturier. Cette forme d’économie permit aussi aux dirigeants de l’époque d’accumuler des richesses sous forme de monnaie, qu’ils utilisèrent ensuite pour équiper et nourrir des armées aux effectifs sans précédent. Il n’est donc pas rare de lire dans les récits historiques traditionnels chinois des mentions à l’effet que les armées atteignirent des effectifs de quelques millions de combattants. Bien que ces chiffres soient exagérés, une chose demeure, soit que la restructuration de l’économie chinoise à partir de l’époque des Royaumes combattants allait amorcer une tendance apparentée à une montée en puissance certaine, mais qui demeure relative dans sa durée.

Aperçu du Mausolée de l'empereur Qin comprenant des fosses logeant quelque 8,000 statues en terre cuite datant de 210 av. J.-C. Ce site archéologique fournit de précieuses informations sur la composition et les uniformes des forces impériales chinoises de l'époque.

Dans un autre ordre d’idées, alors que les jeunes gens quittèrent leurs fermes ancestrales dans le but de dénicher de nouvelles carrières, et que les luttes politiques internes commencèrent à miner le pays, certains tabous finirent par tomber. Dans un contexte militaire, cela signifia, par exemple, que la chevalerie céda devant l’utilitarisme. De larges armées composées de conscrits réduisirent l’importance des combattants à chariot d’origine aristocrate, comme l’invention de nouvelles armes réduisit l’importance de ces derniers. Même lors de périodes plus anciennes comme celle des Printemps et des Automnes, on remarque que les « barbares » nomades, qui voyageaient assis sur leurs chevaux, étaient plus libres de leurs mouvements et qu’ils pouvaient se déplacer sur des terrains plus difficiles que ne pouvaient le faire les chariots. Bien que les militaires résistèrent au départ à cette idée de combattre assis sur un cheval, notamment parce que les cavaliers avaient abandonné les beaux costumes traditionnels chinois au profit d’habits « barbares » (pour des raisons de commodité), leurs scrupules n’avaient plus leur place à l’époque des Royaumes combattants.

Par ailleurs, cette dernière époque vit le développement de l’arbalète, une arme qui alla révolutionner pour un temps la pratique de la guerre. À titre d’exemple, un simple soldat, un paysan ou un roturier armé d’une arbalète pouvait abattre à distance un adversaire équipé d’une armure lourde et en mouvement sur un chariot. Les arbalètes s’avérèrent plus meurtrières lorsqu’une grande formation de soldats les fit tirer en volées, ce qui accrut l’importance de l’organisation en masse des armées, et ce, au détriment de la bravoure personnelle. En conséquence, les armées dépendirent de plus en plus des fortifications pour se protéger des tirs d’arbalètes et, non sans surprise, les assaillants durent améliorer leurs techniques de guerre de siège. Cette prise de conscience accrue du volet défensif de la guerre vit les dirigeants militaires chinois construire d’imposants murs le long de leurs frontières, même si ces défenses servirent davantage à nuire aux mouvements ennemis qu’à se protéger des tirs de missiles.

C’est ainsi que les Chinois adaptèrent leurs techniques de guerre afin de répondre aux exigences liées à la formation d’armées de masses composées initialement d’une infanterie conscrite dotée d’arbalètes et de hallebardes, le tout appuyé par la cavalerie. La formation d’armées de masses fut accompagnée d’une professionnalisation, voire de la création d’un corps d’officiers dont la loyauté fut attachée à un État, à un royaume ou à un seigneur en particulier, bien que cette même loyauté s’avéra monnayable selon les circonstances ou pour des raisons personnelles. Ces officiers introduisirent de nouveaux systèmes de communications, notamment celui des bannières et des instruments de musique pour la transmission des ordres et le contrôle des troupes sur les champs de bataille. Les armées en vinrent à combattre en adoptant des formations tactiques élaborées, faisant ainsi de la discipline et de l’entraînement des éléments clés pour remporter la victoire. L’initiative et la ruse furent également encouragées, notamment par l’exploitation des éléments naturels, comme allumer des incendies ou provoquer des inondations afin de nuire aux mouvements des forces ennemies.

En mer, les armées eurent fréquemment recours à des embarcations pour leur transport et les combats navals consistèrent essentiellement en des approches d’abordage des embarcations adverses. D’ailleurs, les Chinois disposèrent de leurs propres techniques afin de renforcer les coques de leurs navires en prévision de l’impact. Certaines sources chinoises révèlent que des navires pouvaient faire jusqu’à 120 mètres de longueur, bien que les estimés contemporains nous amènent à couper ce chiffre en deux.

Les techniques de siège figurèrent parmi les nombreuses contributions chinoises à l'art de la guerre, dans l'attaque comme dans la défense.

De siècles de gloires à siècles de décadences

Malgré tout, les Chinois continuèrent d’inventer de nouvelles technologies militaires au cours des siècles à venir. Par exemple, l’époque de la dynastie Han (206 av. J.-C. – 184 apr. J.-C.) vit l’utilisation de navires de guerre à plusieurs ponts. Plus tard, au XIIIe siècle, les Chinois mirent au point toute une gamme d’armes faisant usage de la poudre à canon. Étrangement, cette invention, qui nous apparaît révolutionnaire d’un point de vue occidental, ne fut pas exploitée à son plein potentiel par les Chinois, malgré qu’elle se répandit rapidement à travers le monde. Cette sorte de ralentissement ou de « décadence » de l’esprit militaire créatif des Chinois fut suivie d’une autre phase de stagnation, à savoir que leur organisation militaire et leur art opérationnel ne connurent aucune amélioration tangible pendant les deux mille ans qui suivirent l’époque des Royaumes combattants.

Illustration de William Alexander d'un soldat chinois de l'empereur Qianlong armé d'un mousquet (1793).

Une raison pouvant expliquer ce plafonnement peut être à l’effet que, pour une société pré-industrielle, le modèle chinois de l’époque des Royaumes combattants fut trop en avance sur son temps, à savoir qu’il fonctionna de manière optimale et que peu d’énergies furent investies afin de poursuivre les recherches. Une autre explication pourrait être que pour maintenir la cadence des progrès technologiques, la société chinoise de l’époque aurait eu besoin d’une plus grande stabilité politique. Encore là, rien n’est tout à fait certain. Une autre raison nous venant à l’esprit serait que les enseignements confucianistes auraient amené les gens éduqués à mépriser la carrière militaire, tout comme les nombreuses intrigues des cours royales auraient freiné les possibilités d’avancements pour les officiers les plus talentueux. À titre d’exemple, pour illustrer jusqu’à quel point cette dernière raison trouve une certaine pertinence, une clique de courtisans du début du XVIe siècle aurait convaincu l’empereur chinois à dissoudre son impressionnante marine commerciale et à bannir tout commerce outre-mer.

Bref, cette montée en puissance plus que cyclique des forces militaires chinoises fit naître dans l’esprit de plusieurs ce besoin de redresser l’appareil militaire en procédant à d’urgentes réformes. À titre individuel, certains Chinois patriotes voulurent réformer les forces armées de leur pays dans les siècles qui suivirent la période de la Renaissance occidentale. Bien qu’ils parvinrent à convaincre certains dirigeants provinciaux de la nécessité d’opérer des réformes et de moderniser les équipements, l’empire en lui-même s’avéra incapable d’implanter des réformes, à supposer que la volonté politique ait accompagné le projet. Conscients de leur retard technologique et tactique, tout en étant fatigués du pouvoir colonial européen, nombreux furent les Chinois qui voulurent prendre les armes contre l’occupant.

Par exemple, les nombreuses révoltes chinoises dirigées par les Boxers donnèrent du fil à retordre aux armées occidentales en 1900-1901. Ces hordes, cependant, furent incapables de rivaliser militairement avec les armées occidentales de l’époque, tout comme les navires de guerre à vapeur supposément « modernes » ne furent pas de taille à affronter la flotte japonaise lors de la Guerre sino-japonaise de 1894-1895. Pour leur part, les nationalistes, qui renversèrent la dernière dynastie impériale (Qing) en 1912, voulurent moderniser l’armée chinoise selon les standards du XXe siècle. Malheureusement, et à l’instar de plusieurs de leurs ancêtres, les rangs nationalistes furent minés par des problèmes liés à la corruption et à de nombreuses rivalités entre des seigneurs de guerre qui s’arrachèrent le pouvoir.

Mao : la nouvelle Chine en armes

Quelques décennies plus tard, les communistes de l’Armée Rouge de Mao Zedong connurent plus de succès dans leurs tentatives d’instaurer un minimum de discipline. Cela les aida assurément dans leur montée en puissance, non seulement parce que la discipline leur permit de combattre plus efficacement, mais aussi parce qu’elle restreignit l’envie de nombreux soldats d’abuser des populations civiles. Ce faisant, l’armée de Mao put bénéficier d’un support populaire accru.

Du "Petit Livre rouge" à la "Théorie de la guerre du peuple", la pensée politico-militaire de Mao Zedong eut un impact certain sur le développement de l'armée chinoise, du moins jusqu'à sa mort en 1976.

À l’image de ses ancêtres millénaires, Mao développa une philosophie claire et compréhensive de l’organisation militaire et de l’art de la guerre, à tel point que cette pensée inspira nombre de groupes insurgés et d’organisations terroristes de par le monde. Selon la doctrine maoïste de l’art de la guerre, une guerre de type guérilla s’exécute en respectant une série d’étapes ou de phases. Lors de la première phase, de petites bandes de rebelles mènent une campagne militaire défensive, se concentrant prioritairement sur leur survie, à des opérations de sabotages et au recrutement de partisans. Tandis que la rébellion prend de l’expansion, les forces gouvernementales adverses se voient contraintes de s’étendre, amincissant ainsi une ligne de front censée circonscrire, voire contenir la rébellion. En retour, cette manœuvre gouvernementale permet aux rebelles de contrôler une plus vaste étendue de territoire (et de ressources) pour lancer davantage d’offensives. Simultanément, ces groupes rebelles épars parviennent à mieux s’organiser, à grossir leurs effectifs, à parfaire leur entraînement et à mieux s’équiper pour, au final, amorcer une série d’assauts plus conventionnels.

Les troupes maoïstes suivirent donc cette doctrine à la lettre, tandis que les forces nationalistes un peu plus orthodoxes eurent davantage de difficultés à s’adapter aux nouvelles réalités de la guerre, surtout au moment de l’invasion japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale. Comme nous l’avons mentionné dans un autre article, le général américain Joseph Stillwell se vanta d’avoir fait progresser les divisions nationalistes chinoises selon les standards militaires occidentaux, même s’il fut par la suite très cinglant dans sa critique de la performance de cette armée. Une fois le Japon vaincu, les États-Unis continuèrent de dépenser sans compter afin de rehausser la qualité de l’armée nationaliste chinoise, et ce, malgré que les divisions communistes finirent par consolider leurs positions pendant l’occupation japonaise pour finalement prendre l’offensive contre les nationalistes afin d’occuper tout le pays.

La prise du pouvoir par les communistes de Mao en 1949 fut en soi un tournant majeur de l’histoire militaire chinoise. Un constat intéressant qui nous vient à l’esprit réside dans la contradiction entre deux thèmes qui dominèrent la politique militaire chinoise, du moins pour les trois décennies qui suivirent l’accession au pouvoir des communistes. D’une part, Mao et d’autres communistes radicaux développèrent une doctrine connue sous le nom de Théorie de la guerre du peuple. Dans son essence, la théorie dit que le nombre et la « pureté idéologique » sont des valeurs supérieures à l’équipement, à l’entraînement et aux talents tactiques.

Mao fit ainsi toutes sortes de déclarations audacieuses (et non dénuées de prétentions) adressées aux dirigeants étrangers à propos de la capacité de la Chine à poursuivre le combat, même après avoir encaissé des pertes catastrophiques. Toujours selon Mao, tous les opposants au communisme étaient des « tigres de papier », d’autant que les opprimées de par le monde finiraient par se soulever et renverser le pouvoir capitaliste oppresseur. Pour seconder la théorie de Mao, son ministre de la Défense Lin Pao avait également soutenu que la théorie de la guerre forgée par le Grand Timonier verrait les peuples du Tiers Monde (ce qui pouvait inclure la Chine dans ce contexte) conquérir les civilisations occidentales développées.

D’autre part, et au-delà de la rhétorique, Mao n’était pas sans savoir l’importance de la technologie. Ainsi, même lorsque certains communistes fanatiques rejetèrent les bienfaits de la médecine moderne, de l’ingénierie et des technologies industrielles au profit des panacées tirées du Petit Livre rouge de Mao, des scientifiques poursuivirent leurs recherches afin de doter la Chine d’un programme nucléaire sophistiqué. Pour sa part, l’armée ne put échapper complètement aux frénésies idéologiques de la Grande Révolution culturelle prolétarienne (GRCP), mais ses commandants purent protéger les programmes qui permirent sa modernisation. D’ailleurs, les dirigeants militaires connurent davantage de succès à maintenir la tête de l’armée hors de l’eau de la GRCP, si bien que les militaires jouèrent un rôle crucial afin de contenir les dérives de ce mouvement idéologique et « culturel ».

Ce faisant, Mao autorisa l’armée à maintenir d’importants effectifs, surtout par sa croyance à l’effet qu’une Troisième Guerre mondiale était imminente. Après sa mort en 1976, son successeur Deng Xiaoping conclut qu’une telle guerre n’était pas inévitable, mais qu’il était peut probable qu’elle éclate dans un avenir rapproché. Pour ainsi dire, l’humiliante performance de l’armée chinoise dans la campagne contre le Vietnam renforça l’opinion de Deng à l’effet que la Théorie de la guerre du peuple était inadéquate pour répondre aux besoins de l’institution militaire. Par conséquent, d’importantes réformes furent entreprises sous le règne de Deng afin d’amener l’armée chinoise à livrer des guerres limitées dans le temps et l’espace.

Par contre, Deng fut confronté à un défi de taille. Bien que la Chine soit parvenue à développer un programme nucléaire somme toute efficace, certaines composantes de l’armée étaient bien en retard par rapport aux standards mondialement reconnus au tournant des années 1970 et 1980, notamment en ce qui a trait aux chars, aux avions et aux munitions conventionnelles. En clair, par rapport aux standards américains et soviétiques, la majorité des équipements en service dans l’armée chinoise furent, d’un strict point de vue technologique, d’au moins trois décennies en retard. Impressionnante avec ses trois millions de soldats, l’armée chinoise souffrit de sérieux problèmes d’entraînement, de carences logistiques, sans oublier la corruption endémique qui mina les rangs de ses cadres supérieurs. Les problèmes furent également criants dans l’aviation ainsi que dans la marine.

Des soldats chinois communistes marchent vers le front lors de la Guerre civile (1949).

Deng partit donc du principe que les forces armées ne pourraient bénéficier des réformes nécessaires tant et aussi longtemps que la Chine ne se serait pas dotée d’une économie moderne. En conséquence, Deng accorda la priorité à la modernisation de l’économie plutôt qu’aux programmes militaires et il ramena les effectifs de l’armée à un chiffre plus rationnel, soit deux millions d’hommes. Les officiers qui servirent sous Deng durent donc consacrer leurs ressources à mettre à jour les équipements et parfaire l’entraînement de leurs subordonnés. De plus, dans l’optique où la Chine serait davantage appelée à intervenir lors de crises à l’étranger plutôt que défendre son sol contre une invasion à outrance, les réformes sous Deng accordèrent une importance particulière à la modernisation de la marine.

C’est ainsi que les observateurs étrangers purent constater, dans les années 1990, que la Chine avait acquis de nouveaux navires de guerre, des avions ainsi que des missiles. Les exercices militaires chinois démontrèrent également de nettes améliorations des tactiques, de l’entraînement, des communications et des infrastructures logistiques (qui firent cruellement défaut sous Mao). Bien que les équipements chinois ne furent pas des plus raffinés, la Chine parvint à combler certains retards en la matière en important de Russie du matériel et des technologies. Les Chinois achetèrent donc des licences de fabrication dans le but de mieux copier les équipements qu’ils désirèrent, quitte à les améliorer au besoin, même si ces technologies peuvent être dépassées au moment de leur achèvement.

Conclusion

Ce survol de l’histoire militaire de la Chine nous laisse sous l’impression que cette grande nation, de par son passé, connut une montée en puissance que l’on peut qualifier de « cyclique ». Déchirée par des conflits internes et soumise à de fréquentes invasions et occupations étrangères, la Chine put néanmoins produire d’exceptionnels penseurs militaires (ex: Sun Tzu) et des technologies qui révolutionnèrent la pratique de la guerre (ex: poudre à canon).

En dépit de la taille immense de sa population, l’Histoire démontre que la Chine se dota de systèmes militaires comprenant de larges armées conscrites pour des guerres de masses, tout comme elle fit appel à des bandes spécialisées dans la guerre de guérilla. C’est enfin un pays qui comprit, à travers les âges, la nature des liens d’interdépendance entre les systèmes économique et militaire que ce soit de l’amélioration des techniques agricoles pour produire plus de soldats jusqu’à l’intégration d’un capitalisme contrôlé afin de moderniser l’armée.

En somme, de la divinité antique à la divinité maoïste, la pensée et l’institution militaires chinoises connurent une évolution en dents de scie. Malgré cela, l’armée chinoise est désormais en mesure d’affronter les défis du XXIe siècle, et ce, peu importe où le gouvernement jugera nécessaire de la déployer.

Fondée en 1927, l'Armée Populaire de Libération constitue l'instrument de la puissance chinoise. Avec ses 2 millions d'hommes et ses équipements modernes, cette armée figure parmi les plus redoutables du monde.

La Guerre de Corée (1950-1953)

Une nation déchirée

Carte des principales opérations de la Guerre de Corée (1950-1953).

En 1945, la colonie japonaise de la péninsule coréenne fut divisée « temporairement » entre l’Union soviétique et les États-Unis le long de la ligne du 38e parallèle de latitude. Cinq ans plus tard, cette division était toujours effective, malgré les tentatives des Nations-Unies de procéder à une réunification.

De son côté, l’URSS de Staline installa un gouvernement satellite en Corée du Nord sous la direction de Kim Il-sung, alors que la Corée du Sud était érigée en République, sous la direction d’une coalition de droite somme toute autocratique qui avait été élue sous la supervision de l’ONU. Son président était Syngman Rhee, un homme qui était perçu comme un patriote. Les dirigeants des deux Corées souhaitent tous deux unir la péninsule par la force des armes. Par contre, ni les Américains, ni les Soviétiques ne désiraient fournir les moyens militaires nécessaires à cette fin. Sans attendre les appuis, les deux camps se livraient déjà à des escarmouches sur le terrain.

Le 9 février 1950, sentant que l’appui américain pour la République sud-coréenne déclinait, Staline consentit à une invasion du sud et le nouveau dirigeant de la Chine, Mao Zedong, y consentit à son tour. Le matériel de guerre qui approvisionnait les forces nord-coréennes (chars, canons et avions) provenait de la Sibérie afin d’être livré à l’Armée populaire de Corée. De plus, Mao avait libéré des rangs de l’armée chinoise des soldats nord-coréens vétérans pour qu’ils puissent retourner dans leur patrie. L’URSS avait aussi prêté à l’Armée populaire le concours d’officiers d’état-major pour aider à la planification opérationnelle.

Le Nord attaque

Prenant tout le monde par surprise, l’offensive nord-coréenne débuta sous les pluies d’été, le 25 juin 1950. C’était un dimanche et nombre de soldats sur les lignes de défense du sud de la péninsule étaient partis en congé pour le weekend, si bien que l’armée sud-coréenne dut battre en retraite avec les forces américaines qui agissaient en soutien. Bien que l’attaque fut immédiatement condamnée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et les états du Commonwealth, suivi d’une majorité d’états membres de l’ONU, ce fut seulement le fait que l’URSS avait boycotté le Conseil de Sécurité qui permit le vote d’une résolution onusienne qui ne condamnait pas spécifiquement l’attaque, mais qui autorisait la formation d’une force multinationale pour combattre cette agression.

L'artillerie de l'Armée populaire nord-coréenne bombarde les positions alliées lors de l'offensive de juin 1950.

Le commandement de la force internationale du théâtre d’opérations asiatique revint au général Douglas MacArthur, qui commandait déjà les forces américaines d’occupation au Japon. Deux divisions d’infanterie américaines furent immédiatement dépêchées en Corée à partir du Japon sous la protection d’une puissante escorte navale et aérienne. Par contre, ces troupes étaient mal équipées et mal entraînées. En clair, ce n’était pas des troupes de combats de première ligne. Elles ne pouvaient se battre à armes égales face aux forces bien équipées et entraînées de l’Armée populaire nord-coréenne.

Le général Douglas MacArthur, le commandant de la force internationale au début du conflit.

Éventuellement, cinq divisions américaines arriveront en renfort avec ces deux premières divisions mentionnées, en plus d’une brigade provenant du Commonwealth. Ces forces allaient former la 8e Armée placée sous les ordres du lieutenant-général Walton H. Walker. Avec ce qui restait de l’armée sud-coréenne, les forces internationales étaient prises dans un périmètre autour de la ville de Pusan, le principal port de mer du sud de la péninsule.

Pendant ce temps, MacArthur tentait de structurer un corps de réserve à partir du Japon consistant en la 1ère Division de Marines et la 7e Division d’infanterie. Il lança ces troupes dans un assaut amphibie contre le port d’Inchon sur la côte ouest de la péninsule, à plus de 300 kilomètres du principal front de bataille de la poche de Pusan (voir la carte). Cette manœuvre stratégique était risquée, mais elle s’avéra un succès.

Le dégagement de Pusan et l’avance alliée vers le nord

À la mi-septembre 1950, les marines avaient pris Inchon et ils furent rejoints par les forces de la 7e Division afin de marcher vers Séoul, la capitale. Ayant anticipé la manœuvre de MacArthur, Mao avait renforcé son 4e Groupe d’armées stationné au nord-est de la Chine. Plus encore, Mao craignait la destruction de l’Armée populaire nord-coréenne et il avait discuté de possibles contre-mesures avec Staline.

Les troupes américaines débarquent dans le port d'Inchon (septembre 1950).

À partir du 22 septembre, la 8e Armée de Walker et les éléments réorganisés de l’armée sud-coréenne commencèrent à pousser afin de briser le périmètre de la poche de Pusan. Fortement ébranlée par des bombardements aériens et les assauts de l’ennemi, l’Armée populaire dut reculer à travers la chaîne de montagnes du centre de la péninsule. Le 27, le 1er Corps d’armée américain fit sa jonction avec la 7e Division près de Séoul. C’est alors que MacArthur demanda à Washington des instructions sur la suite des choses. La question était de savoir si MacArthur devait s’arrêter au 38e parallèle ou poursuivre l’ennemi plus au nord.

Tandis que le Président Harry Truman réfléchissait à cette problématique, le premier ministre chinois Chou Enlai envoya un avertissement à travers la diplomatie indienne que si les forces américaines franchissaient le 38e parallèle, alors la Chine serait forcée d’agir en conséquence. Pour leur part, les Britanniques avaient interprété cette déclaration du gouvernement chinois comme une menace d’intervention militaire, ce qu’il fallait absolument éviter étant donné que Staline, en Europe, pouvait à son tour menacer la paix dans leur perspective.

Les gouvernements américain et britannique, qui étaient en contact constant, ne s’entendaient pas sur la stratégie à adopter. Peut-être que la Chine bluffait et le fait d’arrêter les troupes alliées au 38e parallèle fournirait à Kim du temps et des renforts pour renouer l’offensive. Face aux protestations des états du bloc communiste à l’ONU, où l’URSS avait accepté de retourner, la décision fut prise d’occuper militairement le nord de la Corée comme une étape préliminaire à l’unification du nord et du sud via un supposé processus démocratique d’élections.

Le 38e parallèle constitue toujours la ligne de démarcation de la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

L’intervention chinoise

Malheureusement pour les Alliés, la Chine ne bluffait pas. Alors que les forces onusiennes et sud-coréennes faisaient mouvement vers le nord, le général chinois P’eng Te-huai déplaça 130,000 soldats du 4e Groupe d’armées vers la Corée, sous prétexte que ces soldats « volontaires » prêtaient assistance à des « frères ». Staline avait promis d’assurer une couverture aérienne, mais il retint ses avions, croyant que les chasseurs soviétiques n’auraient pu intervenir sur le même prétexte (si un avion soviétique était abattu, il aurait été difficile de justifier la neutralité). Les Chinois étaient choqués de l’attitude des Soviétiques. Face au manque de couverture aérienne, le général Peng dut restreindre le mouvement de ses troupes à la nuit, ce qui d’une certaine façon avantagea initialement les Chinois.

Ces troupes bien entraînées et expérimentées traversèrent la rivière Yalu dans le nord-ouest de la Corée le 26 octobre 1950, sans que l’aviation onusienne ait pu les repérer. Les Chinois étaient sur le point d’encercler les éléments d’avant-garde alliés qui s’approchaient. Combattant habituellement de nuit, parfois même en plein tempête de neige, l’infanterie légère de Peng avançait furieusement, changeant fréquemment l’axe de l’avance. Jusqu’au 6 novembre, la progression de l’infanterie chinoise vers le sud était à ce point inquiétante pour les forces onusiennes, qu’à nouveau la capitale sud-coréenne de Séoul se trouvait menacée.

Des fantassins chinois font mouvement vers le front.

Les gouvernements de l’alliance des Nations-Unies étaient stupéfaits par cette série de revers survenue si tôt après avoir vaincu l’Armée populaire nord-coréenne. Dans le but de stabiliser le front, une trêve fut suggérée comme une étape préliminaire afin d’en venir éventuellement à un véritable cessez-le-feu. Il était également question de créer une zone tampon entre les deux Corées au tournant de 1950-1951.

Tout cela ne signifiait rien pour les Chinois, qui se doutaient fortement que les Alliés allaient reprendre l’offensive sitôt qu’ils auraient repris leur souffle. C’est le général MacArthur qui insista pour que les troupes alliées reprennent l’offensive aussitôt que le 24 novembre, après avoir reçu des renforts appréciables. La force internationale se composait alors de 8 divisions onusiennes et 4 divisions de l’armée sud-coréenne.

Le général P'eng Te-huai, le commandant en chef des forces chinoises en Corée.

En apparence impressionnantes, les forces alliées furent assaillies par 30 divisions de l’armée chinoise. En dépit d’un appui-feu important de l’artillerie et de l’aviation, la 8e Armée et les forces sud-coréennes durent reculer devant les assauts agressifs des forces de Peng d’un bout à l’autre des côtes de la péninsule. Le général Walker décida tout simplement de rompre le contact avec l’ennemi à la fin de 1950. Il replia davantage ses forces vers le sud, abandonnant Séoul au passage. Les troupes alliées reculèrent la ligne de front de 240 kilomètres et se regroupèrent tout juste derrière la rivière du Han, sur les hauteurs. Cette situation n’augurait rien de bon pour le commandement allié, dans la mesure où l’on pouvait craindre à juste titre d’être expulsé de la péninsule coréenne.

Dans le contexte de l’offensive chinoise de la fin de 1950, les forces onusiennes en Corée avaient l’avantage de pouvoir généralement se déplacer en camions, alors que les soldats chinois marchaient. Lorsque ces derniers se rapprochèrent à nouveau des forces alliées en janvier 1951, ils souffrirent de l’exposition prolongée à la température qui pouvait atteindre -20 degrés la nuit. De plus, les forces chinoises manquaient de vêtements chauds et de ravitaillement de toutes sortes.

Le général Peng demanda une pause à Mao, mais celui-ci refusa. Entre temps, la 8e Armée reçut un nouveau commandant, le lieutenant-général Matthew Ridgway, qui remplaça Walker, tué dans un accident. Ridgway envoya immédiatement un message à ses subordonnés à l’effet que la 8e Armée cesserait de reculer et qu’elle tiendrait son front. Les Chinois s’essoufflaient, si bien que les troupes de Ridgway parvinrent à les arrêter, et même à contre-attaquer en certains secteurs. Peng fut par conséquent forcé à son tour de reculer.

Le rétablissement et l’enlisement du front sur le 38e parallèle

À la mi-avril de 1951, Ridgway était parvenu à rétablir la ligne de front sur le 38e parallèle. Ses effectifs étaient également plus nombreux qu’à l’automne précédent. Des bataillons et des brigades provenant de onze nations faisaient partie de la 8e Armée à cette date et, signe encourageant, l’armée sud-coréenne prenait de l’expérience. Les forces alliées étaient à nouveau prêtes à en découdre avec l’ennemi à mesure que l’été approchait.

Représentation artistique d'un soldat britannique en Corée (1950-1953).

Comme de fait, alors que l’hiver s’achevait, Peng préparait une nouvelle offensive vers le sud. Pour ce faire, il avait à sa disposition 40 divisions d’assaut. La marche des Chinois débuta le 21 avril 1951 avec comme objectifs la traversée des rivières Imjin et Kap’yong. Ces secteurs étaient respectivement défendus par des brigades (29e Britannique et 27e Commonwealth).  Ces deux brigades tinrent solidement leur front malgré la férocité des assauts ennemis. Les forces onusiennes durent néanmoins reculer, mais elles le firent à leurs conditions, à leur rythme, dans le but d’amener l’ennemi à s’éloigner de ses lignes de communication et à s’épuiser.

D’ailleurs, les 40 divisions de Peng encaissaient un taux de pertes assez élevé, sans oublier qu’une fois de plus, elles subissaient le feu violent de l’aviation onusienne et qu’elles étaient éloignées de leurs zones de ravitaillement. En clair, l’offensive chinoise d’avril 1951 perdit rapidement son tempo. Ce fut la dernière offensive chinoise au niveau stratégique de la guerre.

Cette guerre de grandes manœuvres qui caractérisa les années 1950 et 1951 fut suivie par des affrontements dans un style de guerre de tranchées. Ce type de combats localisés fut très coûteux pour les belligérants, qui avaient recours à des tactiques copiées sur celles des soldats de la guerre de 1914-1918, mais qui utilisaient un armement datant de la Seconde Guerre mondiale. Au moment où le front se stabilise en une guerre de tranchées vers l’été de 1951, les forces alliées comptent dans leurs rangs 7 divisions américaines, 1 du Commonwealth et 11 de l’armée sud-coréenne. À cela, il faut ajouter les effectifs formant des brigades ou des bataillons de quatorze autres nations de plus petite puissance. Ce front nouvellement stabilisé bougea peu jusqu’à la fin des hostilités.

Des soldats américains dans une tranchée soumise aux tirs des mortiers chinois. La stabilisation du front en Corée vers l'automne de 1951 força les belligérants à s'enterrer, ce qui n'est pas sans rappeler les combats de la guerre de 1914-1918.

Faire la guerre et négocier

La stabilisation du front coïncida également avec l’ouverture de pourparlers entre les commandants en chef. De son côté, Staline se contenta de jouer le jeu de l’attente. Pour sa part, Mao était plus ou moins persuadé que la campagne coréenne ne lui offrirait peut-être pas le triomphe escompté. À l’Ouest, il semblait que l’opinion publique américaine n’appuierait pas des projets d’offensive qui ne promettraient pas une victoire assurée, surtout lorsque l’ouverture de pourparlers signifiait que la paix faisait partie des options. Un cessez-le-feu aurait pu être négocié dès 1951, mais la question du rapatriement des prisonniers restait problématique.

En effet, les Américains et les Britanniques insistaient pour qu’aucun des prisonniers qu’ils avaient faits ne soit retourné contre son gré, une condition qui affectait principalement les détenus chinois et nord-coréens qui étaient bien traités. Les prisonniers des états des Nations-Unies et ceux de l’armée sud-coréenne avaient pour leur part été traités de façon inacceptable, si bien qu’il semblait évident qu’ils voudraient être libérés de leur « plein gré ». Il était par conséquent impossible d’obtenir un échange équilibré de prisonniers.

Un camp de prisonniers en Corée. Rappelons que la question de l'échange de prisonniers pendant la guerre était épineuse. L'objet du contentieux qui avait retardé la signature d'un armistice était la question du rapatriement des prisonniers. Au moins le tiers des prisonniers communistes capturés par les Alliés ne souhaitaient pas être rapratriés, ce qui constitua une sérieuse source d'embarras pour les gouvernements chinois et nord-coréen.

D’ailleurs, la vie dans les divers camps de prisonniers en Corée avait ses particularités. Par exemple, dans les camps du sud, les Chinois qui affichaient leurs préférences pour le régime nationaliste en exil à Taiwan, ou encore les membres de l’Armée populaire nord-coréenne qui affichaient leurs désillusions face au régime de Kim Il-sung, tous ces gens préféraient ne pas retourner dans leur patrie d’origine. À l’inverse, les prisonniers aux fermes convictions communistes se manifestèrent bruyamment dans ces camps, si bien que par moment, les autorités américaines perdaient temporairement le contrôle de la situation. En clair, le régime communiste de Beijing ne pouvait pas accepter qu’il puisse y avoir des Chinois qui préféraient le camp nationaliste. Par conséquent, la possibilité de conclure un armistice s’éloignait progressivement.

Le commandement américain tenta de profiter de l’impasse sur la ligne de front afin de bombarder par la voie des airs les positions ennemies. L’aviation alliée s’en prit régulièrement aux troupes, aux industries et aux voies de communication. Inévitablement, plusieurs civils furent tués au cours de ces raids aériens en 1952 et 1953. Les effets de ces bombardements étaient limités. L’ONU s’était fixé des règles afin de ne pas attaquer des cibles en Chine ou de recourir à la bombe atomique.

Les raisons étaient parfaitement justifiables, car cela aurait été contre-productif d’un point de vue politique et inefficace dans une perspective militaire. Par contre, en Corée du Nord, il semblait que la capacité de survie des gens excédait celle de destruction des bombardiers. Sur mer, les forces navales onusiennes maintinrent à longueur d’année un blocus serré sur les deux côtes de la péninsule. Au final, en dépit de leur supériorité matérielle, les forces de l’ONU ne parvenaient pas à briser les rangs serrés des troupes communistes chinoises et nord-coréennes leur faisant face.

Des soldats canadiens observent les positions ennemies en Corée.

L’armistice

Heureusement pour les belligérants, un facteur commun militait en faveur de la paix: les coûts humains et monétaires très élevés de la guerre. Au moment du décès de Staline en mars 1953, les coûts étaient devenus insupportables dans le camp communiste, en particulier du côté de la Chine qui fournissait le principal effort. À l’Ouest, l’année 1953 vit un changement de garde à Washington avec l’élection du président Dwight Eisenhower, qui était également préoccupé par les coûts montants de la guerre. Le président américain déclara qu’il n’hésiterait pas à reprendre les hostilités advenant que les négociations d’armistice demeurent improductives et le recours éventuel à la bombe atomique faisait toujours partie des options à sa disposition.

Dans ce contexte toujours tendu, les négociations reprirent vie. L’échange de prisonniers blessés et malades en constituait les prémisses. Avec l’adoption d’un système particulier de filtrage dans l’échange de prisonniers, afin d’amenuiser les sensibilités chinoises, le principal obstacle aux négociations d’un armistice avait été levé. En dépit de la libération rapide de prisonniers nord-coréens par les autorités sud-coréennes, et de certaines opérations militaires menées par les communistes afin de sécuriser des portions de terrain stratégiques, un accord put finalement être conclu. Les hostilités en Corée s’étaient officiellement terminées le 27 juillet 1953.

La première opération militaire de l’ONU avait échoué à réunir la nation coréenne, mais elle avait empêché les Sud-Coréens de tomber sous la tyrannie et l’incompétence du régime de Kim Il-sung. De plus, l’impasse militaire en Corée avait démontré les failles dans les habiletés de Mao à mener à terme une campagne militaire qui était censée monter la supériorité de ses forces et de l’idéologie communiste sur ses adversaires. Enfin, la victoire toute relative remportée par les Américains et leurs alliés en Corée encouragea une large partie de l’opinion publique à croire que les États-Unis pouvaient gagner n’importe quelle guerre qu’ils allaient livrer en Asie dans le but d’enrayer la progression du communisme. En ce sens, les fondations de la guerre du Vietnam étaient en train de se couler.

Le mémorial de la Guerre de Corée à Washington.

Le retour d’une grande puissance: la Chine

La Chine doit être traitée avec respect. D’emblée, c’est un pays où l’activité économique est frénétique, marquée par une libéralisation en force (ou forcée). Le régime encourage la richesse. Il y a plus de cinq millions de millionnaires en Chine actuellement et le pays fait partie de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Par contre, c’est tout le contraire d’un point de vue politique. La Chine est un régime autoritaire, où le parti communiste reste le seul centre de pouvoir politique, la seule organisation politique. Le régime refuse totalement tout rival. C’est en même temps ironique, parce que pour un régime qui se dit marxiste, celui-ci ignore un principe fondamental de Marx, soit que tout régime politique découle du régime économique. Donc, on ne peut pas réformer un système économique sans changer le système politique.

Cette étrange cohabitation d’un régime politique autoritaire avec une économie relativement libérale soulève plusieurs questions. Par exemple, est-ce que cette ouverture économique, qui laisse tomber les principes économiques de l’idéologie marxiste (une économie dirigée, pas de secteur privé, etc.) est viable? Est-ce que les réformes économiques entrainent des réformes politiques? Est-ce que les libres marchés, les échanges internationaux, la participation et l’intégration de la Chine dans les marchés mondiaux, favorisent, et même entrainent, des reformes politiques en direction de la démocratie? Peut-on avoir une libéralisation économique sans libéralisation politique?

Le cas de la Russie de Gorbatchev suggère que non, parce qu’il avait été poussé à des réformes politiques pour assurer des réformes économiques. L’ironie maintenant est qu’en Russie, il y a une démocratie qui marche mal, très mal même, et une économie qui marche mal, même très mal aussi. Donc l’économie et le politique auraient des liens, mais dans le cas de la Chine, une petite mise en contexte historique est nécessaire pour comprendre cet étrange agencement.

Histoire de la Chine : le régime communiste

Cela débute en 1949, avec la fondation de la République populaire de Chine (RPC), donc de la Chine communiste avec à sa tête Mao-tse-Tung. La République communiste fut fondée au lendemain d’une terrible guerre civile entre les nationalistes et les communistes, qui avait commencé avant la Deuxième Guerre mondiale, et qui a même continué pendant et après la guerre.

Les nationalistes avaient été battus pour plusieurs raisons (ex : régime corrompu et pas du tout populaire) et vont finir par se retirer à Taiwan. Les communistes prônaient l’industrialisation, la modernisation, la croissance économique, comme l’Union soviétique sous Staline qui était prise comme modèle. Comme sous l’URSS stalinienne, la Chine collectivise son agriculture, elle consolide les possessions agricoles, créer des fermes plus larges qui peuvent produire beaucoup plus que les petites fermes.

L’idée était d’abord de créer de petites coopératives agricoles et ensuite de larges communes. Au départ, il y avait donc 740,000 coopératives qui vont devenir 26,000 communes. Tous ces chamboulements ont affecté 120 millions de familles agricoles, soit 99% de la population paysanne. Ce qu’on voit c’est la politisation de la vie paysanne par le parti qui, de plus en plus, prend les décisions. Derrière l’idée de collectiviser l’agriculture se cachait une logique. Il fallait augmenter la production pour ensuite exproprier les paysans. Cela permettait ainsi de financer l’industrialisation du pays par la production agricole. Le tout faisait partie d’une politique plus large d’accumuler de l’argent par la répression de la consommation. L’effet pervers était que cela tuait rapidement l’incitation à produire.

Le second objectif derrière la collectivisation des terres était donc de forcer l’industrialisation à partir des richesses accumulées au détriment des paysans. En imitant le modèle soviétique des années 1920-1930, la Chine instaure en 1953 un plan quinquennal avec une série d’objectifs, comme: mettre l’accent sur la croissance de la production pendant toute la période du plan, priorité à l’industrie lourde, insister sur des taux élevés d’épargne et d’investissement pour stimuler la croissance, la transformation institutionnelle de l’agriculture, et un accent sur des produits qui ont une valeur capitale (ex: l’acier), etc.

Le Grand Bond en avant (1958-1960)

Au moment où les dirigeants chinois croient avoir rempli les objectifs de ce premier plan quinquennal, l’idée est alors de rattraper la Grande-Bretagne qui est, à cette époque, la deuxième puissance industrielle du monde après les États-Unis. En même temps, les dirigeants chinois constatent que les méthodes soviétiques d’industrialisation forcée ne sont peut-être pas les meilleures pour la Chine, notamment parce que la Chine est plus rurale et pauvre que l’URSS.

Il apparaît évident aussi que la production de céréales, en dépit des réformes agricoles, n’a pas vraiment augmenté. Les experts prônent une approche moins raide, comme investir un peu moins sur l’industrie lourde et plus sur l’industrie moyenne du style des petites et moyennes entreprises. Cependant, Mao n’aime pas cette idée. Il croit plutôt que c’est une question de mobilisation politique, c’est-à-dire que les régions agricoles peuvent augmenter leur production de façon marquante si les paysans sont inspirés par un élan révolutionnaire. En 1958, Mao ordonne une mobilisation intensive. Des chemins, des routes, des usines, des digues sont construits et de nouvelles terres sont mises en culture.

On voit en même temps une intoxication parmi les dirigeants, où ils croient dans les chiffres et donc augmentent les projections. Il y a assurément beaucoup d’efforts et d’activités, car une large partie des Chinois suit Mao. Certains paysans et ouvriers sont forcés, mais les autres sont vraiment inspirés. Cette mobilisation peut en partie s’expliquer par tous ces jeunes et fervents militants, tous très absorbés par la vision de Mao d’une mobilisation de masse qui peut surmonter les problèmes de la Chine, les problèmes structurels de la pauvreté, etc. Mais ce n’est pas du tout évident que tout ça a fait augmenter la production.

Et même si la production augmente, il y a le problème de la qualité de la production. On augmente la production de l’acier, mais beaucoup de cette production est d’une qualité si mauvaise qu’on ne peut pas l’utiliser. En somme, il y a une baisse énorme de la production. Par exemple, en 1962, la production est peut-être 20% de celle de 1957. C’est une catastrophe sans pareil. En même temps, toute cette activité nuit au travail agricole, tout comme le gouvernement continue de prendre par la force les céréales. Le résultat : la famine. L’économie est donc en état de chaos, les paysans crèvent de faim, la production est en chute. Résultat: la famine de 1958 à 1960 aura peut-être fait de 20 à 30 millions de morts, peut-être même 40 millions.

La Révolution culturelle

Dans le but de remédier à la situation, et par peur que l’inspiration révolutionnaire s’estompe au travers des tâches quotidiennes, de la bureaucratie, etc., Mao, dont on critique de plus en plus sont « Grand Bond en avant », décide que le moment d’autres réformes est venu.

Une fois encore, la solution pour Mao est une mobilisation de masse, mais vue à travers une inspiration idéologique. Mao commence alors à faire la chasse aux sorcières. Il déclenche des enquêtes, des procès, à une vitesse et une intensité telles que le tout devient difficile à contrôler. À la fin, peut-être 500,000 personnes sont mortes, beaucoup de suicides et d’innombrables vies sont détruites.

Mao utilise beaucoup les jeunes qu’on appelle les « Gardes rouges ». Ils sont 10 millions et ils déclenchent un règne de terreur. Ils entrent dans les maisons d’autres jeunes qui ont des richesses, chez intellectuels, les fonctionnaires. Ils détruisent les collections de livres, les manuscrits, etc. Bref, ils s’attaquent à ce qu’ils croient être les vieilles idées, les vieilles traditions, la vieille culture, etc. Des gens sont publiquement forcés de dénoncer leurs soi-disant crimes et les crimes des autres. Un peu comme en URSS dans les années 1930, la paranoïa et la conspiration sont des thèmes qui marquent les imaginaires, autant celui des bourreaux que celui des victimes. Politiquement et économiquement, la Révolution culturelle est une catastrophe.

Changements et réformes

Avec la mort de Mao en 1976, les choses vont changer en Chine. Alors pays pauvre, isolé, rural et politiquement turbulent, la Chine devient par la suite un État plus ouvert, stable, urbain et moderne.

Même avant la mort de Mao, il y avait des signes de changement. Par exemple, en 1975, Deng Xiaoping, qui était une victime de la Révolution culturelle, est « pardonné » et il va prendre le pouvoir. Deng voulut mettre fin aux bouleversements, arrêter le grand bond en avant et la Révolution culturelle. En même temps, dans les années 1970, il est évident que Taiwan va beaucoup mieux que la Chine. La petite île comptait une population de 17 millions d’habitants (soit moins de 2% de celle de la Chine), mais le PIB par personne était six fois plus élevé. C’est alors qu’en Chine on commence à parler des quatre principes de modernisation: l’agriculture, l’industrie, la défense nationale, et les sciences et la technologie.

On commence avec la réforme de l’agriculture par une « décollectivisation ». Donc, des millions de paysans retournent à la culture familiale. On encourage le marché privé, ce qui donne des stimulants aux paysans qui gardent une partie de leur production qu’ils peuvent vendre eux-mêmes. En même temps, les paysans sont libres de consacrer une partie de leur temps à la culture de ce qu’ils veulent (fruits, légumes, ce qui se qui vend mieux.) Preuve que ça marche, de 1980 à 1985, la production agricole a augmenté de 250%. Les paysans sont plus prospères. Ils achètent des biens qui donnent un stimulus à l’industrie dans les villes.

Des réformes sont aussi engagées dans l’industrie. Évidemment, on est assez loin d’un marxisme pur. L’État encourage les petites entreprises, surtout les entreprises familiales. On encourage l’expansion des marchés privés. Parallèlement, la création d’entreprises collectives, où les fonctionnaires et les entrepreneurs privés coopèrent, est très importante. Donc, les entreprises peuvent garder une partie de leurs profits. On apporte aussi des changements légaux et juridiques. Des lois sur la propriété privée (ex : sur la faillite) sont mises en place, car c’était un problème auparavant. Si une entreprise d’État était en faillite, le gouvernement lui donnait de l’argent. Maintenant, une entreprise peut faire faillite, ce qui nécessite des règlements, des lois, etc. Aussi, il y a des lois sur les brevets pour stimuler la créativité et les inventions. L’idée est que les gens puissent bénéficier de leurs efforts.

Bref, on a besoin de créer les institutions et les règlements qui permettent la bonne marche d’un système capitaliste. Que ça soit fait par un régime communiste, cela a un aspect assez ironique. Le résultat est évident. Dans les années 1980, la croissance économique était de 9% par an, soit la plus élevée du monde. Les exportations augmentent également. D’autre part, le secteur privé devient de plus en plus large par rapport au secteur public. En 1978, le secteur dirigé par l’État représentait 78% de l’économie, en 1996 c’était 42% et en 1997 moins d’un tiers. Ce qui manquait c’était des réformes politiques. Avec la mort de Mao, les dirigeants mettent fin au culte du chef et la publication des pensées de Mao, que tout le monde devait lire, est critiquée.

Après Mao, les chefs essaient d’éviter un retour à ce type de gouvernement qui a coûté si cher. L’accent est mis sur le leadership collectif, même si Deng est le plus puissant. On veut éviter que les militants dirigent les affaires. On veut plutôt des experts, des fonctionnaires aux postes-clés. Par exemple, l’Assemblée des peuples, qui existait sous Mao,  ne faisait rien sauf accepter aveuglément les ordres des chefs, a maintenant plus de pouvoir. L’idée aussi est de réduire le pouvoir de l’exécutif et d’éviter un retour aux politiques désastreuses comme au temps de la Révolution culturelle.

Cependant, il est évident que les autorités, que les chefs communistes, ne sont pas prêtes à abdiquer, et qu’ils sont déterminés à s’accrocher au pouvoir. Par exemple, il y a eu des manifestations d’étudiants en 1986 à Shanghai. En 1989, les problèmes augmentent. Comme c’est souvent le cas, la croissance économique rapide entraîne l’inflation, ce qui est difficile pour les gens qui ont des revenus fixes comme les étudiants, les ouvriers, les fonctionnaires, etc. Même avec les réformes agricoles, il manque de blé et de céréales. La production demeure insuffisante. Les ouvriers ne sont pas contents, et il apparaît très difficile de s’adapter au capitalisme. Maintenant, beaucoup d’ouvriers sont dépendants des caprices du marché privé. Beaucoup de pauvreté, surtout dans les villes, où il y a un influx de gens qui cherchent du travail.

Par conséquent, un mouvement pour la démocratie, pour la fin du monopole sur le pouvoir du parti communiste émerge dans les années 1980. Des manifestations à Pékin en 1989 en constituent un triste exemple (Place Tiananmen). Après des hésitations, l’armée écrase par force les occupants en juin 1989. C’est une suppression brutale et 800 à 1,300 personnes sont tuées, en plus des 10,000 à 30,000 emprisonnées. La photo de l’homme tout seul devant les chars représente assez bien le drame, les enjeux et les risques dans cette confrontation.

La Chine depuis 1989

Depuis la fin de la Guerre froide, la Chine tente d’éviter ce qui s’est passé en Union soviétique (ex: la démarcation énorme entre l’économie et le politique). Mais les réformes économiques continuent.

Deng voulait continuer les réformes économiques, même s’il a donné l’ordre pour supprimer la Place Tienanmen. En 1990, Jiang Zemin devient secrétaire du Parti et il était perçu comme un modéré. Cette même modération était confirmée en octobre 1992, lorsque le congrès annuel du parti s’engageait à poursuivre une “économie socialiste de marché”. Dans les faits, l’économie chinoise se capitalise de plus en plus.

Les dirigeants ont fini par comprendre que leur avenir et leur survie dépendent de leurs capacités à assurer la croissance et la richesse. C’est une des raisons d’être du parti. Le parti va encourager la création de zones économiques spéciales dans la cote sud-est (dans les ports) pour stimuler les affaires et les investissements. Toujours dans les années 1990, la Chine connaît une augmentation économique plus ou moins continue (9% par an du PIB), le niveau de vie monte, et il y a création d’une classe très riche en plus de la naissance d’une classe moyenne. Il n’y a toujours pas de réformes politiques. Par exemple, on voit avec la suppression du Falungong (un mouvement plutôt religieux que directement politique) que les dirigeants ne sont pas prêts à accepter des concurrents. Le parti reste l’unique maître à bord.

Le parti dit que la démocratie signifie le chaos et l’affaiblissement qui menacent la croissance économique, et qui engendrerait un retour à la période d’avant 1945, à l’époque où la Chine était divisée et occupée par des pays étrangers. La Chine a également des ambitions nationalistes, comme récupérer Taiwan, ou encore démontrer sa toute-puissante lors des Jeux olympiques de Beijing en 2008.

Les défis présents et futurs

L’un des défis de la Chine sera de gérer la montée des différences régionales. Par exemple, dans les années 1980, il y a eu une décentralisation du pouvoir, qui faisait notamment partie des réformes économiques. Cela signifiait plus de pouvoirs de décision aux autorités locales. Cela renforçait le phénomène des différences basées sur des croissances économiques différentes.

Il y avait les régions à l’intérieure des terres (pauvres) et des régions urbaines et côtières (souvent plus riches). Avec la montée du capitalisme, il y a aussi le défi d’affronter la banqueroute progressive des entreprises d’État qui représentaient au début du XXIe siècle environ 40% de la production industrielle. Un autre défi, le système d’assurances sociales, des pensions, etc.  Il faut l’engraisser, même si le système communiste est censé tout fournir via l’État. En réalité, l’État ne donnait déjà pas beaucoup.

Il faut aussi revoir le système agraire qui demeure un secteur très important. L’environnement et l’industrialisation dans les campagnes sont d’autres défis. Un problème qui prend de la force : la corruption. La corruption a l’air de plus en plus systématique en Chine, à tous les niveaux. Elle est vue comme un problème mineur par le régime, mais elle devient aussi systémique. Il apparaît difficile de séparer la corruption du rôle du parti. Le parti semble de plus en plus une organisation pour exploiter les affaires économiques, avec une armée de 6,5 millions de fonctionnaires. Ces derniers sont intimement liés aux affaires. Comme les investisseurs étrangers, les Chinois sont de plus en plus mécontents de cette ingérence politique, qui ne respecte pas toujours les règles commerciales.

Et le problème est là, parce qu’au début des années 1990, le régime (le parti) avait parié sur le fait que les gens accepteraient un régime autoritaire s’il y a de la richesse, mais si ce processus est entravé par le parti via la corruption, cela peut se revirer contre lui. Pour être efficace, l’activité économique demande la transparence, et doit évoluer dans un système relativement peu corrompu. Si un tel système n’existe pas, ce sont les riches qui vont se révolter et demander un tel système. Par surcroît, la Chine est évidemment soumise aux diverses pressions démocratiques venant de partout, mais particulièrement de ses voisins que sont Taiwan et la Corée du Sud.

Pour le moment, disons que la Chine offre cet intéressant spectacle d’un pays représentant 20 % de la population planétaire, avec un régime vivant politiquement avec des œillères dans un passé idéalisé par Marx ou Mao, alors qu’économiquement, elle aurait le goût de prendre les rennes du capitalisme mondial.