Étiquette : Mobilisation

La guerre franco-prussienne (1870-1871)

La situation avant la guerre

Officier et soldats de l'armée française (1870).

En 1870-1871, la Prusse et ses alliés allemands ont défait la France dans une guerre qui transforma l’Allemagne, en plus de changer la balance de la puissance en Europe pour les décennies à venir, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Pour les contemporains, la victoire allemande fut une surprise, surtout si l’on considère la puissance du Second Empire français de Napoléon III. L’armée française avait en effet une réputation impressionnante. Elle avait combattu en Crimée, en Italie, au Mexique et dans le nord de l’Afrique et rien ne laissait entrevoir a priori la possibilité qu’elle subisse une défaite face à l’armée prussienne.

Cependant, les succès militaires récents de l’armée française reposaient sur des bases fragiles. Par exemple, le recrutement dans cette armée reposait sur le principe d’une conscription sélective à long terme. En gros, ce système avait l’avantage de produire une armée capable de mener de courtes expéditions outre-mer, mais il était incapable de générer des effectifs et d’inspirer une fibre patriotique nationale afin qu’une grande armée puisse mener une guerre majeure.

Toujours sur la question du recrutement, à titre de comparaison, la victoire prussienne lors de la Guerre austro-prussienne de 1866 avait montré la supériorité d’un système de recrutement basé sur un service militaire universel à court terme. Malgré les pressions que subissait le gouvernement de Napoléon III, celui-ci était trop faible et n’avait pas l’énergie pour entreprendre une réforme en profondeur du recrutement militaire.

Il y a eu bien entendu la Loi Niel de 1868, qui fut une tentative ratée d’instaurer un service militaire universel dans le but de créer une armée de seconde ligne, la Garde nationale. De plus, les officiers supérieurs de l’armée française ne manquaient ni de courage, ni d’expérience pour implanter des réformes, mais ils attendaient de l’Empereur qu’il inspire une forte direction pour aller de l’avant. La question était essentiellement politique et, sur ce point, Napoléon ne put livrer la marchandise. Au point de vue des équipements, l’armée française disposait d’un bon fusil à chargement par la culasse, le Chassepot, de quelques mitrailleuses de conception primitive, mais son artillerie à chargement par la bouche n’était pas de calibre face à celle des Prussiens à chargement par la culasse.

Napoléon III, empereur des Français (1852-1870).

Pour leur part, les forces de la Confédération de l’Allemagne du Nord ont été à la bataille en 1870 à la suite des premières réformes d’envergure instaurées dans l’armée prussienne. Bien que les armées des états allemands du sud avaient leurs caractéristiques, ce fut la Prusse qui mena le jeu desdites réformes. Cela était particulièrement vrai au sein de l’état-major prussien qui se développait sous la direction de Helmut von Moltke. Par ailleurs, la guerre de 1866 contre l’Autriche avait fait prendre conscience à l’état-major allemand de l’importance du chemin de fer pour le déploiement rapide des troupes. Moltke et ses officiers consacreront beaucoup d’énergies à cette question logistique dans la préparation de la guerre contre la France.

Le début de la guerre: la question de la préparation

Justement, la France avait le problème majeur et classique d’être une puissance en déclin. Le chancelier de Prusse Otto von Bismarck le savait, et il croyait qu’une victoire militaire sur la France aiderait à compléter l’unification de l’Allemagne sous la direction de la Prusse. La guerre a par conséquent éclaté en juillet 1870 à la suite d’une tentative de la France de persuader le roi Guillaume de Prusse de garantir qu’il retire son appui à la candidature d’un prince allemand sur le trône d’Espagne et qu’aucune autre tentative de placer un membre de la famille des Hohenzollern dans ce pays ne soit reconduite. De son côté, Bismarck fit de son mieux, par un jeu diplomatique en coulisse, pour forcer la France à déclarer en premier la guerre à la Prusse, ce que Napoléon fit le 15 juillet, sans avoir l’appui d’aucun allié potentiel, ni même celui de l’Autriche.

Carte des principaux mouvements des armées lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871).

Les deux semaines qui suivirent la déclaration de guerre française virent la mobilisation des armées et leur déploiement à la frontière. En Allemagne, les réservistes se sont présentés aux casernes et joignirent par train l’armée professionnelle à la frontière. Le général Moltke déploya trois armées sur le Rhin, comme on le voit sur la carte. La 1ère Armée était sous le commandement du général Karl Friedrich von Steinmetz sur la Moselle; la 2e, un peu plus puissante, sous les ordres du prince Friedrich-Karl de Prusse sur la Saar; la 3e, qui incluait des contingents du sud de l’Allemagne, sous le commandement du prince héritier Friedrich Wilhelm de Prusse au sud du front vers la frontière suisse.

La mobilisation des forces allemandes s’était opérée en bon ordre et selon des horaires préétablis. Les forces étaient mobilisées puis déployées dans des zones de concentration. Du côté français, on commit l’erreur, sous prétexte de sauver du temps, de combiner la mobilisation et la concentration des forces. Cela engendra une situation chaotique où des réservistes se baladaient carrément d’un régiment à l’autre en cherchant leur unité. Avant même que la bataille ne commence, l’armée française semblait offrir le paysage d’une force en déroute.

Le commandant en chef des armées allemandes, Helmut von Moltke.

La confusion dans la mobilisation et la concentration permit néanmoins à l’armée française d’aligner six corps d’armée à la frontière. Cette armée du Rhin était concentrée en divers points, du sud au nord: 7e Corps à Belfort (Douay); 1er Corps à Strasbourg (Mac-Mahon); 5e Corps entre Sarreguemines et Bitche (Failly). Dans et autour du point stratégique de Metz se trouvaient le 2e Corps (Frossard), le 3e Corps (Bazaine) et le 4e Corps Ladmirault). La Garde impériale, qui était un peu plus petite qu’un corps d’armée, était sous le commandement du général Bourbaki qui arriva bientôt en ligne alors que le 6e Corps de Canrobert se concentrait autour de Châlons.

Les plans initiaux de concentration des forces françaises à Strasbourg, Metz et Châlons ont dû être modifiés afin de permettre à Napoléon, qui était arrivé à Metz le 28 juillet, d’assumer personnellement le commandement d’un quart de million d’hommes dans le but de lancer une offensive générale, une fois la concentration complétée. En face, les Allemands avaient aligné 300,000 hommes qui étaient déjà prêts à la bataille.

La bataille à la frontière (été-automne 1870)

Les premières opérations de la guerre franco-prussienne débutèrent avec deux assauts mineurs de l’armée française. Le 2 août 1870, les Français avaient pris les hauteurs surplombant Saarbrücken et, deux jours plus tard, il y eut un accrochage beaucoup plus sérieux contre les forces de Mac-Mahon à Wissembourg. Deux autres affrontements d’une plus grande ampleur encore eurent lieu le 6 août. Moltke avait anticipé la manœuvre et comptait utiliser sa 2e Armée pour recevoir l’assaut, tandis que ses 1ère et 3e Armées contre-attaqueraient sur les flancs des Français. Cependant, Moltke avait de la difficulté à contrôler le tempérament de l’agressif général Steinmetz de la 1ère Armée qui s’était empêtrée à Spicheren contre les forces de Frossard (2e Corps). Heureusement pour Steinmetz et l’ensemble du front allemand, Frossard fut laissé à lui-même et attaqué sur ses flancs par l’artillerie prussienne, ce qui permit à Moltke de poursuivre sa contre-offensive.

Scène de bataille. L'infanterie française tentant de repousser une charge de la cavalerie prussienne.

Du côté de l’Alsace, là où les troupes du prince héritier de Prusse rencontrèrent celles de Mac-Mahon à Worth, le même scénario se répéta. Les fusils Chassepot de l’infanterie française étaient largement supérieurs aux Dreyse allemands, mais là aussi, l’artillerie de ces derniers tira sur les flancs des Français qui durent reculer. La cavalerie française tenta tant bien que mal de contenir l’avance allemande, mais ses charges sabre au clair n’apportèrent rien au plan tactique. À la tombée de la nuit du 6 août, l’aile sud du front de l’armée française reculait vers Châlons. L’aile nord dut reculer aussi, sous des conditions météorologiques déplorables, dans le but de se regrouper autour de Metz.

Le fusil d'infanterie Chassepot et sa baionnette en dotation dans l'armée française depuis 1866.

Les premières journées d’affrontements de la guerre franco-prussienne avaient en quelque sorte bouleversé, sinon sérieusement remis en question certaines doctrines militaires de part et d’autre. Par exemple, les Allemands avaient vite réalisé que le fusil d’infanterie Dreyse était de loin inférieur au Chassepot français. Par contre, l’artillerie dont il disposait compensait ce premier désavantage et permit d’éviter des désastres. Enfin, le perfectionnement technologique avait accru la puissance de feu des armements et la cavalerie française l’apprit à ses dépens.

Ces premières journées avaient aussi forcé les Français à modifier leur chaîne de commandement. Le 12 août, Bazaine se fit confier la direction des forces rassemblées autour de Metz, bien qu’on peut questionner sa réelle autorité lorsque l’on sait que l’empereur était là aussi au même moment. Metz était un endroit stratégique et les forces françaises dans ce secteur avaient un sérieux problème d’espace qui empêcha l’exécution de manœuvres offensives efficaces. Les troupes étaient à l’étroit et même si l’état-major français avait été d’une efficacité optimale, il aurait été difficile malgré tout de bouger à une vitesse rapide pour corriger la ligne de front.

Bazaine s’en était aperçu et son armée marchait plus lentement que lui et ses adversaires l’avaient envisagé. Le 16 août, le gros des forces françaises se trouvait entre Gravelotte et Mars-la-Tour, à l’ouest de la Moselle. Les Français auraient pu en profiter pour consolider leurs positions derrière la rivière, mais rapidement, un corps de la 2e Armée allemande franchit la Moselle au sud de Metz et prit de flanc l’armée française, ce qui provoqua une bataille majeure. Cette bataille fut livrée à Rezonville et elle aurait pu être une victoire française, si Bazaine avait fait preuve de la même détermination que ses adversaires, mais il préféra plutôt se retirer et s’enfermer dans Metz.

Alors que Bazaine tentait de replier ses forces dans Metz et sur les hauteurs surplombant la Moselle, Moltke s’empressa de garder le contact en ordonna à ses 1ère et 2e Armées de suivre les Français. Ce « contact », il fut brutal, car le 18 août débuta la bataille de Gravelotte / Saint-Privat. L’assaut allemand était agressif et l’infanterie française mena une défense énergique qui parvint à arrêter l’ennemi. Si Bazaine avait contre-attaqué, il aurait pu remporter une victoire considérable, mais en début de soirée, le Corps saxon le débordait par le nord en prenant Saint-Privat, le forçant une fois de plus à se replier dans Metz.

Peinture d'Alphonse Neuville représentant une section d'infanterie française défendant un coin de cimetière lors de la bataille de Gravelotte / Saint-Privait le 18 août 1870.

C’est alors que Moltke prit la décision d’encercler Metz et de faire le siège de la ville, avec des éléments des 1ère et 2e Armées qui seraient commandées par le prince Friedrich-Karl. Le siège de Metz avait aussi permis une réorganisation administrative des forces allemandes en pleine bataille. Moltke confia au prince de Saxe le commandement d’une nouvelle « 4e Armée », l’Armée de la Meuse, afin de continuer la poussée vers l’ouest. Le 23 août, l’avance allemande reprit vers Châlons où se trouvaient les troupes de Mac-Mahon qui comprenaient un total d’environ 100,000 hommes pour la plupart épuisés et démoralisés.

La bataille de Sedan et a chute de l’Empire

Mac-Mahon était lui aussi dans une position difficile. Pour ses ordres d’opérations, il dépendait d’instructions contradictoires qui venaient de Paris, ce qui n’aida en rien à faire la lumière sur le portrait exact de la situation sur le terrain. De plus, l’empereur, qui avait quitté Metz juste avant le blocus allemand, était dans son entourage, sans oublier que la logistique française était largement dépendante du chemin de fer, ce qui laissait peu de place à des alternatives pour assurer le ravitaillement. Ayant finalement reçu l’ordre de venir en aide à Bazaine dans Metz, Mac-Mahon fit mouvement vers le nord-est et, le 1er septembre, fut écrasé par la 3e Armée et l’Armée de la Meuse à Sedan.

Le général Louis Trochu qui prit la tête du Gouvernement de la défense nationale en septembre 1870.

Sedan fut un désastre en tout point. Napoléon fut capturé par les Prussiens et la nouvelle de la défaite française entraîna la chute du gouvernement. À sa place, un Gouvernement de la défense nationale vit le jour, essentiellement composé de politiciens de la gauche modérée. Ce fut le général Louis Trochu, qui avait depuis longtemps prédit la défaite, qui fut président du Conseil et ministre de la Guerre, tandis que Jules Favre prenait les Affaires étrangères et Léon Gambetta l’Intérieur.

C’est Jules Favre qui dut aller à la rencontre de Bismarck dans la localité de Ferrière le 18 septembre 1870, mais les conditions d’armistice imposées par son vis-à-vis allemand étaient très dures. Favre rejeta l’armistice proposé et le nouveau gouvernement en appela la nation aux armes, un peu comme à l’époque des guerres révolutionnaires à la fin du XVIIIe siècle. Cela ne serait pas une mince tâche, d’autant plus que la majorité des membres du nouveau gouvernement n’avaient que peu d’expérience politique et les vieilles divisions réapparurent, sans oublier une certaine apathie dans les régions de France qui n’étaient pas directement menacées par l’invasion ou l’occupation.

Alors que les Allemands s’approchaient de Paris, une délégation française s’établit à Tours pour tenter d’exercer le pouvoir. Dans un épisode demeuré célèbre, Gambetta quitta Paris assiégé en ballon le 7 octobre pour prendre en charge la délégation et donner un autre souffle à ce gouvernement hésitant. Avec l’aide de Charles de Freycinet, un ingénieur qui se transforma subitement en administrateur militaire, Gambetta créa une nouvelle armée du Gouvernement de la défense nationale. Des spécialistes civils de l’administration furent enrôlés, des contrats militaires furent conclus avec les industries françaises et étrangères et la production industrielle augmentée.

Le fait de reconstruire un gouvernement et une armée en si peu de temps et dans des circonstances tragiques était une entreprise titanesque. La nouvelle armée française souffrait de carences de toutes sortes. Il n’y avait pas suffisamment d’officiers et de sous-officiers pour entraîner les hommes, le travail administratif d’état-major était lamentable et la standardisation de l’armement impossible. De plus, pour chaque citoyen français enrôlé, un nombre équivalent resta à la maison et n’a pu venir grossir les effectifs de la nouvelle armée.

Il restait bien quelques forces régulières de l’armée française en ce mois de septembre 1870. Quelques garnisons, unités et individus étaient parvenus à s’échapper à la destruction que subit l’ensemble des armées impériales et une partie de l’Armée du Rhin se trouvait toujours à Metz. En fait, les Français étaient pris dans cette souricière et Bazaine ne parvenait pas à se dégager, quoiqu’il aurait fallu faire preuve d’habiletés militaires et politiques extraordinaires pour briser l’encerclement. Plusieurs tentatives françaises pour sortir de Metz échouèrent et l’armée de Bazaine dut capituler le 29 octobre. Ce point stratégique, de même que celui de Strasbourg, était entre les mains des Allemands à l’automne de 1870.

Une nouvelle phase de la guerre: la résistance intérieure

Le restant de la guerre franco-prussienne offrit un portrait différent du type d’opérations militaires qui y furent menées. Une partie importante des opérations concernaient le siège de Paris et des tentatives françaises par certaines forces en province d’apporter un secours à la capitale ou à tout le moins limiter la pénétration allemande. La proximité de la ville de Paris avait accru l’importance des opérations menées par la nouvelle Armée de la Loire. Cette armée avait été constituée à partir d’éléments récupérés ici et là, dans le contexte de la chute d’Orléans en octobre, par le général Aurelle de Paladines. Le 9 novembre, ce général était parvenu à battre les Bavarois à Coulmiers et à reprendre Orléans.

La fin de l’année 1870 vit une série d’affrontements dans diverses régions de la France, notamment autour de la Loire. De violents combats se déroulèrent à la fin novembre et au début décembre, notamment à Beaune-la-Rolande, Artenay et Loigny, donnant du coup un mince espoir au gouvernement de Gambetta de sauver la situation. Cependant, le portrait d’ensemble pour les forces françaises au tournant de 1870-1871 était sombre. Les armées étaient dispersées, lorsqu’elles n’étaient pas carrément anéanties, et les efforts de certains généraux comme Chanzy et Bourbaki de ramener un peu d’ordre dans ce fouillis s’avérèrent vains.

En clair, chacun semblait mener sa propre bataille, sans qu’une direction d’ensemble puisse coordonner les actions militaires du Gouvernement de la défense nationale. Par exemple, le général Bourbaki s’était replié sur Bourges au début de 1871. De son côté, Gambetta envisageait une série d’opérations dans la vallée de la Saône afin de menacer les communications de l’ennemi. Des groupes isolés offraient quant à eux une résistance à Dijon, mais sans renforts, leurs actions étaient sans lendemain.

Charles de Freycinet, avait proposé de transférer une partie des forces de Bourbaki vers la Saône par trains, puis d’apporter des renforts de Lyon, dans le but de reprendre Dijon et faire ensuite mouvement vers le nord pour couper les communications de l’ennemi. Ce plan avait dû être abandonné en ce début de 1871 face aux conditions météorologiques exécrables, aux problèmes logistiques et à l’absence de commandement unifié. Le 9 janvier, Bourbaki avait battu les troupes du général Werder à Villersexel, mais un autre assaut d’une durée de trois jours contre des positions ennemies bien aménagées à Lisaine avait échoué. Comme ce fut souvent le cas, l’arrivée de renforts allemands, ceux du général Manteuffel, avait scellé le sort des troupes de Bourbaki. Forte de quelque 80,000 survivants, l’armée de Bourbaki fit marche vers la Suisse où les soldats furent désarmés et internés par les autorités du pays.

Quelques mois auparavant, Bourbaki avait réussi à lever l’Armée du Nord, qui avait livré une bataille d’envergure à Villers-Bretonneux, près d’Amiens, le 24 novembre 1870. Le successeur de Bourbaki en Picardie avait été le général Faidherbe, un officier d’expérience qui était conscient de la fragilité de son armée. Le 9 décembre, Faidherbe lance un assaut-surprise sur la forteresse de Ham et deux semaines plus tard, le 23, il était parvenu à tenir son front devant un assaut ennemi vers Amiens. Au début janvier, Faidherbe avait livré une difficile bataille à Bapaume, toujours dans la Somme, avec des moyens très réduits. L’action que livrait Faidherbe dans le nord de la France visait à soulager la pression sur Paris, malgré qu’il ne put empêcher l’inévitable.

Reconstitution d'une unité de fantassins prussiens. Les soldats prussiens de la guerre de 1870-1871 devaient à la fois affronter des forces régulières et irrégulières en France, notamment les fameux franc-tireurs.

La situation à Paris

Paris devenait par conséquent le nouveau pivot de la défense française. Par contre, la position se trouvait fragilisée, dans la mesure où les communications étaient rompues par l’encerclement de la capitale dès le 20 septembre 1870. Pour la défense, la garnison dans Paris comprenait un effectif approximatif de 400,000 hommes de qualité variable qui pouvaient être encadrés par ce qui restait de forces régulières.

Les Allemands hésitaient à donner un assaut direct dans Paris, si bien que ce fut le général Trochu qui dut prendre l’initiative de les repousser. Le 30 septembre, il avait tenté de briser le siège par un assaut limité qui avait été reconduit deux semaines plus tard. Le succès relatif de cette dernière tentative avait amené le fameux « Plan Trochu », soit un assaut à grande échelle du coté ouest de Paris. Un assaut préliminaire le 21 octobre dans cette direction avait apporté quelques gains, et la nouvelle de la victoire du général de Paladines à Coulmiers avait persuadé le gouvernement français de modifier la direction de l’assaut pour tenter d’obtenir un minimum de coordination.

Dirigé de façon énergique par le général Auguste-Alexandre Ducrot, l’assaut à partir de Paris fut reconduit cette fois à l’est, en direction de Champigny et Brie le 30 novembre. Bien que cette sortie fut agressive et qu’elle inquiéta le commandement allemand, aucune percée permettant la rupture du siège ne fut réalisée. Le 21 décembre, c’est le général Trochu qui mena une autre sortie vers Le Bourget qui se transforma en désastre. Le commandement français dans Paris n’avait plus beaucoup d’options pour dégager la capitale qui était littéralement asphyxiée.

Une position de l'artillerie française lors du siège de Paris à l'hiver 1870-1871.

La situation dans Paris était également épineuse pour le commandement allemand à la fin de l’année 1870. À Versailles, où s’était installé le grand quartier général allemand, des frictions évidentes existaient entre le chancelier Bismarck et son général Moltke. Le premier souhaitait que l’on bombarde la capitale et que l’on donne l’assaut. Ce ne fut pas avant le 5 janvier que la Ville Lumière subit des bombardements de l’artillerie allemande, des bombardements qui se concentraient essentiellement sur des cibles militaires comme les forts érigés dans les banlieues, avec un effet certain sur le moral de la population. Celle-ci critiquait ouvertement le gouvernement pour sa soi-disant inaction. En réponse, le général Trochu lança un assaut avec 90,000 hommes contre Buzenval à l’ouest de Paris. Déjà mauvais, les pronostics ont confirmé les appréhensions et la bataille tourna aussi au désastre pour l’armée française. Cela avait convaincu Jules Favre de solliciter un armistice.

Conclusion

Le chancelier allemand Otto von Bismarck.

Les négociations débutèrent le 23 janvier 1871 et l’armistice fut conclu cinq jours plus tard. Ce cessez-le-feu allait donner le temps de préparer de véritables négociations de paix le mois suivant. En gros, la France devait céder à l’Allemagne ses provinces d’Alsace et de Lorraine, bien qu’elle puisse garder Belfort dont la défense réussie de la place forte était hautement symbolique pour les Français. À la perte de territoire, la France devait aussi payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs.

Le Traité de Francfort de 1871 ne garantissait en rien une paix durable. La France ne pourrait jamais oublier la perte de deux provinces et la proclamation de l’Empire allemand à Versailles allait bouleverser la carte géopolitique en Europe. La guerre franco-prussienne qui s’achevait amorçait en retour une dangereuse dynamique dans laquelle les puissances en Europe allaient revoir en profondeur non seulement leurs façons de faire la guerre, mais également les manières de s’y préparer. Plusieurs États adopteront des systèmes de conscription universelle, investiront dans l’amélioration des technologies ainsi que dans la formation et l’entraînement (notamment au niveau des états-majors).

Paradoxalement, la fin de la guerre franco-prussienne avait engendré une longue période de paix relative sur le continent européen. Cette « paix armée » durerait quatre décennies, jusqu’au moment où elle fut brutalement interrompue par le début d’une autre guerre, d’une ampleur encore plus grande, en 1914.

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1914-1918: La guerre du Canada. La mobilisation

Introduction

France, 9 avril 1917, 5h30. La première vague d’assaut des quatre divisions d’infanterie canadiennes avance vers les positions allemandes sur la crête de Vimy. La température était froide, accompagnée d’un fort vent du nord-ouest qui entraînait à sa suite un mélange de pluie et de neige dans le dos des soldats canadiens et en plein visage des défenseurs allemands. Les Canadiens avançaient sous le couvert d’un barrage d’artillerie constitué d’environ 1,000 canons, le tout appuyé par le feu continu et concentré de 150 mitrailleuses. Ceci représentait une concentration de feu rarement également par la suite dans les annales de la guerre moderne.

Un bataillon canadien sur une route de France. 1918.

Au 14 avril, la bataille de Vimy était terminée et la crête était aux mains des Canadiens. En soit, Vimy était l’une des positions défensives allemandes les mieux organisées sur le front Ouest et des tentatives de l’armée française visant à capturer la crête en 1915 s’étaient soldées par des pertes d’environ 150,000 hommes. La bataille de 1917 avait été menée par 52 bataillons d’infanterie, 48 bataillons canadiens et 4 britanniques (la 13e Brigade britannique relevant de la 2e Division canadienne). Les Canadiens avaient progressé d’environ 5 kilomètres, capturé 4,000 prisonniers, 54 canons, 104 mortiers de tranchées et 124 mitrailleuses, le tout pour des pertes de 10,600 hommes, dont 3,698 tués. Parmi les faits d’armes, quatre Croix de Victoria furent attribuées au cours de cet engagement.

La capture de la crête de Vimy peut être considérée comme l’une des victoires les plus spectaculaires des forces alliées depuis 1914. Pour la première (et seule) fois, les quatre divisions canadiennes ont été à la bataille côte à côte et le Corps canadien s’était bâti une réputation d’agressivité au combat hors pair. De plus, un sentiment de fierté nationale était né au Canada à la suite de cette bataille « canadienne ». Sur le terrain, trois des quatre commandants de divisions étaient canadiens et moins de deux mois plus tard, l’un d’eux, Arthur Currie, l’un des plus brillants tacticiens que le Canada ait produits, allait devenir le commandant du Corps.

La route jusqu’à Vimy fut longue pour le Canada et ses soldats. Lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne en août 1914, le Canada se trouve automatiquement en état de guerre. Sa position constitutionnelle de Dominion dans l’Empire britannique ne lui accorde aucun droit de regard sur des gestes de politique étrangère, comme le fait de déclarer la guerre ou de faire la paix. Cependant, le Canada avait le droit de décider de la nature de sa contribution à l’effort de guerre de l’Empire.

Sir Robert Borden. Premier ministre du Canada de 1911 à 1920.

La loyauté face à l’Empire, les liens qui unissaient avec la mère-patrie britannique et un sentiment de patriotisme très élevé étaient des éléments communs d’une large partie de la population canadienne de l’époque. Il n’y avait pas vraiment de doutes que la réponse du Canada à l’appel de la mère-patrie serait dès plus généreuse. Le Premier ministre Sir Robert Borden exprimait bien le sentiment de la nation lors de l’ouverture d’une session extraordinaire du Parlement le 18 août 1914 en affirmant que le Canada serait au coude à coude avec l’Angleterre et les autres Dominions dans la guerre qui s’amorçait. Accomplir son devoir était avant tout une question d’honneur.

Au début du conflit, l’armée régulière canadienne, que l’on appelait la Milice active permanente, se composait d’à peine 3,000 hommes. Elle consistait en deux régiments de cavalerie (le Royal Canadian Dragoons et le Lord Strathcona’s Horse), un bataillon d’infanterie (le Royal Canadian Regiment, RCR) et de quelques unités d’artillerie, de génie et d’approvisionnement. Cette petite force avait été renforcée quelques jours plus tard suivant la déclaration de guerre avec la formation d’une nouvelle unité d’infanterie, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI). Levé par le capitaine et philanthrope Hamilton Gault, et nommé d’après le nom de la fille du Gouverneur Général de l’époque, ce bataillon avait rapidement comblé ses rangs de volontaires, notamment par des vétérans de la guerre des Boers.

Le PPCLI avait été la première unité à être envoyée au front lorsque ses hommes mirent les pieds dans les tranchées avec la 80e Brigade de la 27e Division britannique, le 6 janvier 1915, soit deux mois avant que les forces canadiennes de la 1ère Division n’arrivent en ligne. Ironiquement, la seule unité régulière d’avant-guerre, le RCR, avait été envoyé aux Bermudes pour relever un bataillon britannique et ne parvint pas en France avant novembre 1915.

Derrière la petite force régulière se trouvait une Milice active non-permanente. Forte sur papier d’environ 60,000 à 70,000 hommes, elle comprenait 36 régiments de cavalerie et 106 régiments d’infanterie. Bien que des mesures avaient été mises en place pour avant la guerre afin d’améliorer les équipements et l’entraînement, les forces canadiennes de 1914 n’étaient pas prêtes au combat, mais elles fournissaient à tout le moins une base sur laquelle on pouvait construire une force plus solide.

Débuts chaotiques

Dès l’annonce de l’entrée en guerre, le gouvernement canadien offrit d’envoyer un contingent, une offre d’emblée acceptée par l’Angleterre. Le département britannique de la Guerre (le War Office) croyait qu’une division d’infanterie canadienne organisée sur le modèle britannique serait d’à-propos. L’effectif autorisé de cette division était fixé à 25,000 hommes. Ce chiffre est élevé, car une division d’infanterie à l’époque comprenait environ 18,000 hommes, mais le surplus demandé était pour combler aux pertes et assurer la relative autonomie de ladite division une fois au front, du moins pendant quelques mois.

Sir Sam Hughes. Ministre de la Milice de 1911 à 1916.

Le ministre canadien de la Milice était le colonel Sam Hughes, un homme énergique, quoiqu’arrogant et imbu de sa personne, mais grandement pourvu de zèle pour la cause de l’Empire. Hughes avait décidé d’ignorer les plans de mobilisation mis en place avant le conflit. Il décida d’y aller de son propre plan qui se voulait un « appel aux armes » personnel adressé directement à tous les commandants des unités de la milice non-permanente.

Chaque unité de milice devait selon Hughes envoyer des volontaires au nouveau camp militaire à Valcartier, au nord de Québec. Valcartier était l’endroit désigné où devait s’assembler le contingent qui allait partir en Europe. Au plan administratif et sanitaire, la situation au camp de Valcartier à l’automne de 1914 était chaotique à maints égards, au moment où plus de 30,000 volontaires venaient s’y installer. De plus, le colonel Hughes avait décidé d’ignorer les structures régimentaires existantes. À la place, il avait ordonné la formation de nouveaux bataillons qui seraient désignés par un numéro au lieu d’un nom propre, comme c’était la coutume avant la guerre.

Le camp militaire de Valcartier en septembre-octobre 1914.

Une autre décision controversée du ministre Hughes, qui entraîna un fort sentiment d’amertume au sein de la troupe, fut l’imposition de la carabine Ross comme arme d’ordonnance du contingent canadien. Fabriquée à Québec, la carabine Ross avait une bonne réputation comme arme de tir sportif dans un environnement contrôlé. Par contre, elle n’était pas du tout adaptée à l’environnement des tranchées. La carabine ne supportait pas la pluie et encore moins la boue. De plus, elle avait la fâcheuse tendance à s’enrayer après avoir tiré une cinquantaine de cartouches, notamment par la surchauffe de la culasse qui faisait « enfler » cette dernière et rendait son actionnement avec la main presque impossible. Le plus simple était de frapper à coup de pied afin de débloquer la culasse.

La carabine Ross fabriquée à Québec. Elle était l'arme principale (et officielle) des soldats canadiens d'août 1914 à août 1916.

Sans surprise, les soldats détestaient cette arme et une fois rendus au front, dès que l’occasion se présentait, ils s’en débarrassaient au profit de la carabine britannique Lee-Enfield, une arme parfaitement adaptée aux conditions du front. Lorsque la 1ère Division quitta le front après cinq jours de combat suivant l’attaque allemande aux gaz à Ypres, environ 1,400 soldats canadiens qui avaient survécu s’étaient approprié des carabines Lee-Enfield prises sur le champ de bataille. Ce ne fut pas avant la mi-juin 1915 que fut entamé le processus d’équiper la 1ère Division avec la carabine Lee-Enfield.

La carabinne britannique Lee-Enfield, arme principale des soldats canadiens de 1916 à 1918.

Vers l’Angleterre

Malgré toutes les erreurs initiales, un premier contingent canadien d’un peu plus de 30,000 hommes avait quitté du port de Québec pour l’Angleterre le 3 octobre 1914. C’était un chiffre beaucoup plus élevé que les 25,000 hommes initialement promis par le Premier ministre Borden. Le convoi de 31 navires remonta le fleuve Saint-Laurent et fut rejoint au large de Terre-Neuve par un 32e navire (qui embarquait le Newfoundland Regiment) et des navires d’escorte britanniques.

Cette première traversée de l’Atlantique se passa sans histoire. Le convoi était finalement arrivé à Plymouth le 14 octobre, alors que la destination aurait dû être Southampton, mais la menace sous-marine allemande avait fait changer les plans. L’accueil de la population fut bien chaleureux.

Les forces canadiennes nouvellement débarquées en Angleterre furent transportées dans une immense plaine à Salisbury où, durant les quatre prochains mois, elles allaient compléter leur entraînement dans le but d’être déployées au front au début de l’année suivante. Les conditions de vie à Salisbury furent pénibles pour les Canadiens, à commencer par la température exécrable où l’Angleterre connut l’un des hivers (celui de 1914-1915) les plus humides de récente mémoire. Pendant les premières semaines, les hommes étaient logés dans des tentes entourées d’une mer de boue. Éventuellement, des baraquements en bois quelque peu surélevés furent aménagés, ce qui permettait aux hommes d’être au moins au sec.

Des soldats canadiens dans la plaine de Salisbury (sud de l'Angleterre) pendant l'hiver de 1914-1915.

À la fin de janvier 1915, le contingent, maintenant connu sous l’appellation de la « Division canadienne », fut jugé prêt à être envoyé au front. Les comandants des trois brigades composant la division étaient des Canadiens: la 1ère brigade sous les ordres du brigadier-général Malcom Mercer, la 2e sous Arthur Currie et la 3e sous Richard Turner (un général de Québec qui avait remporté une Croix de Victoria en Afrique du Sud). Ces trois généraux de brigade n’étaient pas des militaires réguliers. Le commandement de la division canadienne fut confié à un officier britannique de carrière, le lieutenant-général Alderson.

La division canadienne fut passée en revue le 4 février 1915 par le Roi George V accompagné de Lord Kitchener, le ministre de la Guerre. Cinq jours plus tard, le gros de la division fut transporté d’Avonmouth vers Saint-Nazaire en France. Le 16, l’effectif complet de la division se trouvait en France.

En une période de six mois, le premier contingent canadien avait été recruté, assemblé et provisoirement organisé. La formation avait reçu un entraînement de base, elle avait traversé l’Atlantique, avait été réorganisée selon un modèle divisionnaire, élevée à un standard opérationnel et transférée en France. C’est un exploit, étant donné qu’à peine six mois auparavant, la presque totalité de ces hommes était des civils. La division canadienne était également la première division « irrégulière » à joindre les rangs des forces professionnelles britanniques se trouvant en France. Elle avait quelque peu précédé à l’arrivée d’autres divisions irrégulières britanniques.

Nous étions en mars 1915. Les Canadiens étaient maintenant dans les tranchées.

Tableau représentant le débarquement de la 1ère Division canadienne à Saint-Nazaire (France) en février 1915.