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Servir, enseigner et raconter: Edward Richard Holmes (1946-2011)

Le 30 avril 2011, la petite communauté des historiens militaires perdait l’un de ses membres les

Edward Richard Holmes (1946-2011).

plus prestigieux. En effet, c’est avec regret que nous apprenions le décès d’Edward Richard Holmes, mieux connu sous le nom de Richard Holmes, emporté par la maladie.

Le parcours professionnel de Richard Holmes se divise essentiellement en trois volets. Il a d’abord été un militaire de carrière, ayant à ce titre atteint le grade de brigadier-général dans l’armée britannique. Par la suite, Holmes devint un historien de réputation internationale qui a enseigné dans nombre d’universités et académies militaires. Enfin, les Britanniques et le monde l’auront surtout connu pour ses nombreuses apparitions dans des documentaires télévisuels et par la production d’une bibliographie des plus prolifique.

Né à Aldridge (Staffordshire, Angleterre) le 29 mars 1946, Richard Holmes entreprit des études universitaires aux États-Unis (Northern Illinois University) et en Angleterre (University of Reading) dans les années 1960. Simultanément, en 1964, il s’enrôla dans la Territorial Army, la branche de la réserve des forces armées britanniques. Il devint officier dès 1966 pour finalement atteindre le grade de brigadier-général. L’essentiel de sa carrière militaire fut passé dans les rangs du 5th (Volunteer) Battalion, The Queen’s Regiment, une unité d’infanterie de ligne levée en 1966, dissoute en 1992 et affectée à l’OTAN en Allemagne de l’Ouest pendant la Guerre froide.

Conjointement à cette carrière militaire, Richard Holmes fut chargé d’enseignement (lecturer) de 1969 à 1985 au prestigieux Department of War Studies de la Royal Military Academy de Sandhurst, pour finalement diriger ce même département à partir de 1984. La qualité de ses recherches académiques et sa gestion efficace des militaires sous son commandement firent en sorte que Richard Holmes se vit récompenser à maintes reprises, soit par une montée en grade ou par des décorations ou promotions à différents postes. À titre d’exemple, il fut décoré en 1979 de la Efficiency Decoration pour ses longues années de services au sein de l’Armée territoriale (réserve). En 1983, il prit le commandement du 2nd Battalion, The Wessex Regiment, une autre unité de l’Armée territoriale levée en 1971 et dissoute en 1995.

C’est en 1986 qu’il prit la décision de quitter le service militaire actif, ayant à cet égard atteint le rang de lieutenant-colonel. Par la suite, Holmes fut promu brigadier-général en 1994 et fut Aide de camp auprès de Sa Majesté jusqu’en 1997, pour prendre sa retraite de l’armée en 2000.

Au plan académique, et au lendemain de son passage à Sandhurst, Richard Holmes devint en 1989 le co-directeur du Security Studies Institute de l’Université Cranfield du Royal Military College of Science à Shrivenham (Angleterre). Il fut aussi, au sein de cette même institution, professeur en études militaires et de sécurité à partir de 1995, poste qu’il occupa jusqu’en 2009. Richard Holmes s’impliqua aussi dans de nombreux projets d’intérêt public, notamment à titre de président de la British Commission for Military History and the Battlefields Trust, de même que vice-président de la National Defence Association (Grande-Bretagne).

Comme mentionné, Richard Holmes fut connu du grand public pour la douzaine d’ouvrages qu’il publia, de même que par ses nombreuses apparitions télévisuelles dans le cadre de documentaires historiques, auxquelles chaque production fut régulièrement combinée à un ouvrage publié. Il fut également l’éditeur en chef de la célèbre encyclopédie Oxford University Press Companion to Military History. Son travail pour la télévision comprend de brillants documentaires comme Rebels and Redcoats sur la Révolution américaine et Battlefiels, une série sur les principales batailles de la Seconde Guerre mondiale.

Richard Holmes a aussi revisité certaines des grandes batailles de l’Histoire dans une série intitulée War Walks, de même que son documentaire intitulé Wellington: The Iron Duke fut acclamé par le public. Dans ces documentaires, Holmes voyagea sur les lieux fréquentés par les principaux personnages et antagonistes, ce qui ne fit que décupler l’intérêt du public pour le genre docu-drama en histoire. Notons enfin une autre célèbre série intitulée Soldiers, A History of Men in Battle, que Holmes produisit de concert avec un autre célèbre historien, John Keegan.

Voici en conclusion les ouvrages publiés sous la plume ou la direction de Richard Holmes, qui nous a quittés au printemps de 2011.

Bir Hacheim: Desert Citadel (1971)

The Little Field Marshal: A Life of Sir John French (1981)

Firing Line, (1985)

Acts of War: The Behaviour of Men in Battle, (1986)

Civil War battles in Cornwall, 1642 to 1646 (Mercia, 1989)

World Atlas of Warfare: Military Innovations That Changed the Course of History

Riding the Retreat: Mons to Marne: 1914 Revisited, (1995)

Battle, (1997)

The Western Front, (1999)

World War II in Photographs, (2000)

Battlefields of the Second World War, (2001)

The First World War in Photographs, (2001)

Redcoat: The British Soldier in the Age of Horse and Musket, (2001)

Wellington: The Iron Duke, (2002)

The D-Day Experience: From the Invasion to the Liberation of Paris, (2004)

Tommy: The British Soldier on the Western Front, (2004)

In the Footsteps of Churchill, (2005)

The Napoleonic Wars Experience (2006)

Sahib: The British Soldier in India 1750-1914, (2005)

Dusty Warriors: Modern Soldiers at War, (2006)

The World at War: The Landmark Oral History from the Previously Unpublished Archives, (2007)

Marlborough: England’s Fragile Genius, (2008)

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Sir Basil Henry Liddell Hart (1895-1970)

Sir Basil Henry Liddell Hart (1927)

D’origine britannique, Sir Basil Henry Liddell Hart fut simultanément un journaliste, écrivain, biographe, historien et théoricien dont l’influence sur les études et la pensée militaires se fait toujours sentir. Né à Paris d’un père qui fut ministre du culte dans la English Congregational Church située dans cette cité, Liddell Hart entreprit des études à l’université de Cambridge, études qu’il dut interrompre lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale. C’est alors qu’il s’enrôla comme officier dans l’infanterie britannique et qu’il fut grièvement blessé à deux reprises, la première fois à Ypres en 1915 et la seconde sur le front de la Somme l’année suivante.

Liddell Hart passa sa convalescence de 1916 à écrire un pamphlet sur les tactiques de l’infanterie, manuel qui fut officiellement adopté par l’armée britannique en 1917. En 1920, à la demande du War Office, Liddell Hart écrivit un autre manuel d’instruction destiné à l’entraînement de l’infanterie. Après deux années passées dans le nouveau Royal Army Educationnal Corps, une sorte d’école offrant une formation continue aux membres du personnel militaire, il prit sa retraite de l’armée britannique en 1924 pour des raisons de santé.

Liddell Hart fit par la suite carrière comme correspondant militaire pour divers journaux, dont le Morning Post (1924-1926), The Daily Telegraph (1926-1935) et The Times (1935-1939), ce qui marqua en quelque sorte l’apogée de son influence dans les cercles de la pensée militaire. Le caractère innovateur de sa pensée se traduisit notamment par l’élaboration d’idées tactiques reposant sur la notion de torrent en expansion (ou torrent expansionniste) directement inspirée des tactiques d’assaut d’infanterie autrefois expérimentées par les Allemands lors de leurs offensives sur le front français à la fin de la Première Guerre mondiale. Au plan stratégique, Liddell Hart fut un adepte incontesté de ce qu’on appelle l’approche indirecte, un concept dont l’idée maîtresse repose sur les flancs comme points de départ à un assaut, le tout afin d’éviter d’attaquer directement l’objectif.

Dans son ouvrage The British Way in Warfare publié en 1932, Liddell Hart approfondit la notion d’approche indirecte lorsqu’il développa un concept de grande stratégie reposant sur la puissance navale, le blocus économique et l’intervention terrestre à portée réduite de l’armée sur le continent européen. Non sans surprise, dans une Angleterre encore traumatisée par les pertes catastrophiques de la guerre de 1914-1918, les idées de Liddell Hart furent bien accueillies par les différents gouvernements britanniques qui se succédèrent dans les années 1930, surtout au sein d’un establishment militaire bien réfractaire face à l’idée de commettre à nouveau l’armée dans une guerre continentale.

De concert avec le général et spécialiste de la pensée militaire J. F. C. Fuller, Liddell Hart acquit rapidement une réputation qui dépassa les frontières de l’Angleterre lorsqu’il exposa dans une série d’ouvrages les principes sur lesquels la guerre moderne et mécanisée devrait être conduite, notamment par l’utilisation conjointe des chars, de l’infanterie mécanisée et des avions. Ces écrits influencèrent certainement les plus hauts cercles militaires de par le monde à l’époque, notamment chez les Britanniques et les Allemands dans les années 1930. Cependant, l’impact des idées de Liddell Hart auprès des spécialistes allemands de la guerre blindée (et par extension du concept de guerre éclair, Blitzkrieg), tels Fritz Bayerlein et Heinz Guderian, ne fut pas aussi fort que le principal intéressé sembla le croire.

En d’autres termes, Liddell Hart atteignit son plus haut niveau de notoriété et d’influence dans son propre pays, surtout entre 1935 et 1939, alors qu’il fut tour à tour consulté par Duff Cooper (le ministre britannique de la Guerre, 1935-1937) et, plus officieusement en 1937-1938, auprès de son successeur Leslie Hore-Belisha sur une variété de sujets touchant à des réformes dans l’armée britannique. Parmi ces réformes sur lesquelles Liddell Hart fournit des recommandations, notons une certaine « purge » dans les rangs de l’Army Council, une sorte de conseil d’administration de l’armée britannique où fut nommé le populaire Lord Gort, récipiendaire de la Croix de Victoria, et ce, à la place de centaines d’autres officiers supérieurs ayant plus d’ancienneté. Cette purge contraignit des centaines d’autres officiers supérieurs aux compétences douteuses (selon les réformateurs) à prendre une retraite anticipée, ce qui amena ainsi à la révision complète du cursus professionnel des officiers de l’armée britannique (soldes, perspectives d’avancement, âge obligatoire de la retraite, etc.), bouleversant par conséquent le système de professionnalisation et d’administration de la troupe établi au XIXe siècle par le Secrétaire à la Guerre Edward Cardwell (de 1868 à 1874).

Lorsqu’éclata la Seconde Guerre mondiale, la notoriété de Liddell Hart connut un déclin relatif. Il perdit d’abord son emploi de correspondant au Times, car il s’avéra être un partisan d’une paix négociée avec l’Allemagne en 1939-1940. Qui plus est, Liddell Hart n’eut aucune chance d’obtenir un quelconque poste d’importance dans le gouvernement britannique du temps de la guerre, en raison de son opposition systématique à la politique de la guerre totale du premier ministre Churchill (qui voulut le faire arrêter), politique dont l’établissement de la conscription, du bombardement stratégique à outrance et de la capitulation inconditionnelle de l’ennemi alla complètement à l’encontre de ce que Liddell Hart avait prôné avant la guerre.

Après 1945, le penseur britannique put rebâtir sa réputation par la publication d’une série d’entrevues réalisées avec d’anciens généraux allemands et par son habile travail d’édition des archives personnelles du maréchal Erwin Rommel. L’après-guerre fut tout aussi prolifique au plan intellectuel pour Liddell Hart, d’autant que ses publications sur la stratégie et la guerre blindée influencèrent nombre de gouvernements, dont celui d’Israël dans les guerres que mena l’État hébreu entre 1948 et 1973.

Sa contribution au débat d’après-guerre sur l’utilisation de l’arme nucléaire fut également importante et remarquable. Liddell Hart se fit le défenseur de la théorie de l’approche dissuasive de ses armes en cas de guerre totale, tout en étant conscient de l’importance, à ses yeux, des limites posées par la stratégie dissuasive en pleine Guerre froide.

En dépit de ce long parcours par moment tumultueux, Sir Basil Liddell Hart demeure une figure incontournable de la pensée militaire et de l’histoire de la stratégie. La bibliographie ci-dessous fait quelque peu état de l’ampleur de sa contribution.

Scipio Africanus: Greater Than Napoleon (W Blackwood and Sons, London, 1926; Biblio and Tannen, New York, 1976);

Great Captains Unveiled (W. Blackwood and Sons, London, 1927; Greenhill, London, 1989);

Reputations 10 Years After (Little, Brown, Boston, 1928);

The decisive wars of history (1929) (Cet essai constitue la première partie d’un ouvrage ultérieur publié sous le titre: Strategy: the indirect approach);

The Real War (1914–1918) (1930), republié plus tard sous le titre A History of the World War (1914–1918);

Foch, the man of Orleans en deux volumes (1931), Penguin Books, Harmondsworth, England;

Sherman: Soldier, Realist, American (Dodd, Mead and Co, New York, 1929; Frederick A. Praeger, New York, 1960);

The Ghost of Napoleon (Yale University, New Haven, 1934);

The Defence of Britain (Faber and Faber, London, 1939; Greenwood, Westport, 1980);

The strategy of indirect approach (1941, réimprimé en 1942 sous le titre: The way to win wars);

The way to win wars (1942);

Strategy: the indirect approach, third revised edition and further enlarged London: Faber and Faber, 1954;

The Rommel Papers, (editor), 1953;

The Tanks – A History of the Royal Tank Regiment and its Predecessors: Volumes I and II (Praeger, New York, 1959);

The Memoirs of Captain Liddell Hart: Volumes I and II (Cassell, London, 1965);

Why don’t we learn from history? (Hawthorn Books, New York, 1971);

History of the Second World War (Putnum, New York, 1971);

The Other Side of the Hill. Germany’s Generals. Their Rise and Fall, with their own Account of Military Events 1939-1945, London: Cassel, 1948;

The Revolution in Warfare, London: Faber and Faber, 1946;

The Current of War, London: Hutchinson, 1941.

La guerre « à l’américaine »: entretien avec le Dr. Victor Hanson

Bonjour chers lecteurs,

J’inaugure une nouvelle catégorie pour ce blogue que j’intitule simplement Entretiens & biographies.

Le but étant de présenter périodiquement de courtes biographies de grands personnages de l’histoire militaire ainsi que des entretiens avec des spécialistes réputés.

Je débute avec un entretien réalisé avec un historien militaire et universitaire de réputation internationale, le Dr. Victor Hanson.

D’emblée, le Dr. Hanson y va d’une affirmation voulant que la pratique de la guerre se révèle indissociable de la condition humaine. Par la suite, Hanson développe un argumentaire sur les particularités d’une soi-disant « approche américaine » de la guerre.

Bon visionnement!