Introduction

Guerre de 1812: des soldats américains. (Oeuvre de Henry Alexander Ogden)

Ce qu’on appelle la Guerre de 1812 se caractérise par une série de conflits qui, au final, fixèrent de manière presque définitive les frontières actuelles des États-Unis, notamment pour la période allant du début de la Guerre d’Indépendance en 1775 jusqu’à la Guerre américano-mexicaine de 1848. Précisément, la guerre déclenchée en 1812 dura jusqu’en 1815. Ses causes se trouvent, d’une part, dans une série de plaintes formulées par les États-Unis envers la Grande-Bretagne relativement à l’obstruction quasi systématique de celle-ci du libre commerce américain en haute mer puis, d’autre part, de l’appui de Londres aux guerriers amérindiens qui s’opposaient à l’expansionnisme américain vers l’Ouest.

Par contre, une autre façon d’envisager la problématique serait à l’effet que nombreux étaient les Américains de l’époque désireux d’annexer tout le territoire de l’actuel Canada, ou du moins une partie de celui-ci. Puisqu’il est question de réajustement de frontières, une autre cause du conflit résiderait dans cette volonté des Britanniques de stopper net l’expansionnisme américain à l’Ouest par la création d’un État tampon (et marionnette) amérindien.

Pour emprunter la voie expéditive, disons simplement que la Guerre de 1812 trouve ses origines dans toutes ces causes, mais une chose demeure: de véritables combats eurent lieu. La plupart de ces derniers se déroulèrent entre les lacs Michigan et Champlain, et bien que le gouvernement et le public canadiens nous semblent, non sans surprise, mettre l’accent sur des batailles comme Queenstown Heights (1812) et Châteauguay (1813), les épisodes de loin les plus marquants furent les batailles de la Nouvelle-Orléans, de la Louisiane et du raid britannique à Chesapeake, qui résulta en la composition de l’actuel hymne national américain (The Star-Spangled Banner). Or, ce qui nous apparaît étonnant et ironique, c’est de constater que la zone géographique qui connut la plus importante modification de frontière, soit la Floride-Occidentale espagnole, fut celle où les combats furent pratiquement inexistants.

La préparation militaire des belligérants

Cela dit, rarement une nation si encline à entrer en guerre le fit avec un niveau de préparation militaire aussi rudimentaire. Tel fut le cas des États-Unis, dont le gouvernement déclara la guerre à l’Angleterre, sans avoir au préalable vérifié si l’armée était prête. En effet, l’armée américaine du début du XIXe siècle était minée par toute une série de problèmes, notamment la paresse (disons les choses franchement) de ses chefs et administrateurs, le tout combiné à ce sentiment fortement ancré voulant que la Milice américaine (au sens absolu du terme) puisse affronter tous les dangers. Ici, le mythe tire sa source de ces révolutionnaires qui prirent les armes quelques décennies plus tôt contre l’autorité de Londres, mythe par la suite récupéré par les générations subséquentes d’officiers qui envisagèrent la lutte armée moderne avec les mêmes paramètres que leurs ancêtres.

Pourtant, en 1812, la réputation de l’armée britannique n’était plus à faire. Composée d’une armée de terre professionnelle et d’une redoutable marine de guerre, l’Angleterre avait vaincu plus d’un ennemi et elle avait fait chèrement payer aux Américains le prix de leur nouvelle indépendance. Bref, l’« armée régulière » des États-Unis forme en 1812 une structure obsolète, mal préparée et mal dirigée pour affronter à nouveau une puissance comme l’Angleterre.

Quant aux paramètres stratégiques du conflit qui allait débuter, plusieurs conseillers suggérèrent au président James Madison que l’objectif prioritaire de l’armée des États-Unis devrait être la capture de Montréal au Bas-Canada. Cependant, Madison préféra opter pour une stratégie qui peut apparaître moins agressive dans un premier temps, à savoir la défense de la frontière dans les environs de Détroit et du bassin du Lac Ontario.

Ici, le problème des Américains ne fut pas tant celui de la pertinence de la stratégie adoptée (celle de Madison), mais bien une méconnaissance de l’adversaire britannique. En 1812, les Américains ont à faire au très agressif général britannique Isaac Brock. Accompagné de ses alliés amérindiens, celui-ci captura assez tôt les forts Mackinac (17 juillet) et de Détroit (16 août), en plus de défaire une force américaine à Queenstown Heights le 13 octobre, après que cette dernière eut traversé la rivière Niagara vers le Haut-Canada.

Bien que Brock trouva la mort au cours de ce dernier engagement, la stratégie britannique d’ensemble avait sérieusement compromis l’effort de guerre américain en cette phase initiale du conflit. Seuls quelques forts tinrent le coup un peu plus à l’ouest, comme les forts Harrison, Wayne et Madison, pour ne nommer que ceux-ci. Vers la fin de 1812, la guerre terrestre alla de plus en plus mal pour les États-Unis, qui allèrent passer la majeure partie de 1813 à pallier leurs pertes.

Carte du théâtre d’opérations de la Guerre de 1812. (Cliquez pour agrandir.)

Une guerre plus longue que prévu

Entre temps, le Gouverneur Général canadien Sir George Prevost concentra logiquement ses ressources à la défense du fleuve Saint-Laurent et du bassin du Lac Ontario. Il confia ainsi la défense des lacs plus à l’ouest à un bataillon de réguliers britanniques sous les ordres du général Henry Proctor, qui succéda en fait à Brock. Proctor voulut maintenir la pression autour de Détroit, notamment en étant assisté de quelques unités navales dirigées par des marins britanniques et canadiens, voire des commerçants britanniques et leurs alliés amérindiens.

Par contre, les Américains furent loin d’être battus, surtout en mer. La manœuvre de Proctor n’alla pas suffire à empêcher la montée en puissance de la marine américaine dans la région d’Erie en Pennsylvanie (sous les ordres d’Oliver Perry), ni contrecarrer le déploiement de réguliers et de miliciens américains dans le théâtre du nord-ouest de l’Ohio (William Harrison). D’ailleurs, en mer, Perry vainquit une escadre britannique à la bataille du Lac Érié (10 septembre 1813), en plus de forcer l’ennemi à évacuer Détroit (29 septembre) et permettre aux forces de William Harrison d’avancer jusqu’à la vallée de la Thames River au Canada, où il défit une troupe anglo-amérindienne le 5 octobre. Mentionnons également que les Britanniques défendirent avec succès le Fort Mackinac en 1814 et parvinrent à garder le contrôle d’une partie de la péninsule du Michigan et de l’actuel Wisconsin, mais ils abandonnèrent leurs alliés amérindiens et les commerçants de fourrures lors des négociations de paix. En clair, cette région fut retournée aux États-Unis à la fin des hostilités.

Bien que les Britanniques semblent avoir débuté la guerre sous de favorables auspices, il semble évident que, d’un strict point de vue stratégique, l’année 1813 fut néanmoins difficile. Il est vrai que la dispersion des forces américaines rendit plus aisée la défense d’un secteur important comme le Lac Ontario, mais d’autres problèmes affectèrent la gestion des opérations. Le premier élément qui nous vient à l’esprit est celui de la qualité du haut commandement. George Prevost avait comme officiers subordonnés les généraux Sir Roger Hale Sheaffe, le baron Francis de Rottenburg et le commodore Sir James Lucas Yeo. D’emblée, ces commandants n’étaient pas du calibre de ceux qui luttèrent en Europe à la même époque, comme le duc de Wellington et Lord Nelson, mais heureusement pour eux, l’armée américaine était commandée par des généraux encore plus incompétents.

D’ailleurs, les forces navales américaines sur le Lac Ontario commandées par Isaac Chauncey ne parvinrent pas à obtenir une quelconque supériorité dans ce secteur vital du théâtre de guerre. Les Américains réalisèrent alors l’importance d’une efficace coopération entre l’armée et la marine, coopération qui fut démontrée avec un relatif succès au cours de l’attaque contre York (Toronto) le 27 avril 1813 et contre le Fort George à l’embouchure de la rivière Niagara le mois suivant.

Pendant ce temps, les Britanniques jouèrent également la carte de la coopération marine-armée. Celle-ci fut démontrée par Prevost et Yeo contre Sacketts Harbor (New York), le seul port américain en eau profonde du côté américain du Lac Ontario. Cet assaut britannique des 28 et 29 mai 1813 fut un échec, mais il amena le commodore américain Chauncey à renforcer ce secteur, le tout au détriment d’allocation de ressources aux opérations combinées, qui pourtant s’étaient montrées prometteuses autour de York le mois précédent.

Représentation de la bataille de Châteauguay d’octobre 1813, où des miliciens canadiens-français et leurs alliés mohawks parvinrent à enrayer la progression des forces américaines en direction de Montréal.

Cependant, l’échec pour les Britanniques de la prise de Sacketts Harbor mina les relations entre Prevost et Yeo, au point où subséquemment, leurs opérations combinées en furent également affectées. Il y eut certes un épisode en août 1813 où les belligérants auraient pu remporter une brillante victoire en mer, mais une prudence exagérée de part et d’autre ne put mettre fin à la guerre à court terme. Il empêche que sur le plus long terme, l’impasse des opérations dans les Grands Lacs allât favoriser les Britanniques, qui au fond n’avaient besoin que de gagner du temps afin de préserver leurs provinces canadiennes et contraindre les Américains à négocier.

C’est probablement dans cet esprit, à savoir que le temps jouait contre eux, que les Américains y allèrent d’une dernière offensive contre l’actuel Canada en 1813. Deux colonnes d’infanterie américaine firent mouvement vers le fleuve Saint-Laurent en direction de Montréal, colonnes commandées par les généraux Wade Hampton et James Wilkinson. Comme c’est le cas dans bien des chapitres de l’Histoire militaire, ces généraux se détestèrent au point qu’ils ne purent coordonner efficacement leurs opérations. Sans surprise, ils furent vaincus par une force anglo-canadienne inférieure en nombre. Hampton fut battu à Châteauguay (au sud de Montréal) le 26 octobre, tandis que Wilkinson subit le même sort à Crysler’s Farm au Haut-Canada le 11 novembre. Loin de s’améliorer pour les Américains, la situation empira le 18 décembre, lorsque les Britanniques lancèrent une contre-attaque contre le Fort Niagara, du côté américain de la rivière, établissant ainsi un contrôle effectif de cette artère vitale. De cet instant et jusqu’à la fin des hostilités, les Américains allèrent se trouver sur la défensive, du moins en ce qui a trait aux opérations terrestres.

Combats classiques et pirateries: la guerre en haute mer

En mer, la situation fut différente. La marine de guerre des États-Unis fut relativement performante et elle constitua un adversaire de taille pour la Royal Navy. En 1812, au commencement des hostilités donc, la Royal Navy disposait de plus de navires que les États-Unis ne possédaient de canons dans tout leur arsenal. Cependant, la longueur des côtes américaines, la nécessité de maintenir des effectifs contre la marine française (dans le conflit l’opposant à la France napoléonienne), la qualité assez bonne des navires américains (sans compter la compétence confirmée de nombre d’officiers et de marins américains), tous ces facteurs ont eu comme conséquence de nombreuses défaites pour les Britanniques.

À titre d’exemple de la force de la marine des États-Unis de l’époque, notons qu’elle avait en ses rangs de puissants vaisseaux tels le United States, President et Constitution, chacun équipé de 44 canons et voguant aisément en haute mer. Toujours en 1812, le capitaine américain Isaac Hull et son Constitution coulèrent le Guerrière le 19 août et un autre puissant navire de 38 canons, le Java, le 29 décembre (cette fois sous les ordres de William Bainbridge). De son côté, le United States de Stephen Decatur coula le 25 octobre le Macedonian, autre navire de 38 canons. Dans un même ordre d’idées, d’autres épisodes impliquant de plus petites embarcations firent mal paraître la Royal Navy. Le Essex (32 canons) coula le Alert (14 canons) le 13 août, comme le Wasp (18 canons) vint à bout du Frolic (18 canons) le 17 octobre.

La Royal Navy sut tout de même encaisser les coups et en porter à l’adversaire. Notons que certains de ses navires durent de regrouper afin de couler le navire américain Nautilus (12 canons) le 17 juillet, ainsi que le Vixen (14 canons) le 22 novembre, toujours en 1812. Non sans surprise, les Britanniques durent renforcer leur présence maritime en Amérique du Nord. On ajouta une dizaine de bâtiments de ligne, une trentaine de frégates et une cinquantaine de sloops (navires un peu plus petits que les frégates). À terme, ces renforts permirent à la Royal Navy d’isoler la marine des États-Unis dans le courant de 1813 et de 1814.

C’est en ce sens que les Américains tentèrent par tous les moyens de casser ce blocus naval et de porter ainsi la guerre en haute mer, ailleurs dans le monde, dans une sorte de gigantesque jeu de chat et de souris. Par exemple, le capitaine David Porter parvint à mener le Essex précédemment mentionné jusque dans le Pacifique, où il fit la vie dure aux navires marchands britanniques, et ce, jusqu’au moment où le célèbre navire de 32 canons fut emprisonné à Valparaiso au Chili (28 février 1814). Avec le U.S.S. Hornet (18 canons), James Lawrence coula le Peacock au large de la Guyane britannique le 24 février 1813. Une fois encore, les Britanniques purent mieux respirer lorsqu’arriva à Londres la nouvelle à l’effet que le capitaine américain Lawrence avait été neutralisé, cette fois bord du Chesapeake, coulé par le Shannon (38 canons) du capitaine Philip Broke le 1er juin 1813.

La Guerre de 1812 ne fut pas seulement une campagne terrestre. Elle comprit également un important volet maritime, voire un chapitre regroupant de nombreux épisodes d’opérations "combinées", où l’infanterie et la marine travaillèrent de concert afin de capturer des objectifs primordiaux. Face à la puissante Royal Navy britannique, la marine militaire des États-Unis sut se montrer capable de porter la guerre en haute mer et gagner des engagements.

Ceci ne constitue que quelques épisodes du volet naval de la Guerre de 1812. Il y en eut d’autres, mais notons simplement que, certes, les Britanniques eurent bien des maux de tête en luttant contre les navires américains ci-dessus mentionnés, mais cela ne fut rien, pour ainsi dire, en comparaison du danger que représenta pour leur commerce la piraterie américaine en haute mer. Vers novembre 1812, les pirates opérant pour le compte du gouvernement américain avaient capturé par moins de 150 navires marchands britanniques uniquement dans les eaux du Golfe du Saint-Laurent au Canada. Pendant toute la guerre, ce furent environ 500 navires-pirates américains qui saisirent quelque 1,300 navires marchands britanniques. Le blocus établi le long des côtés américains n’empêcha nullement les pirates de voguer en haute mer jusqu’en Europe. Cela eut d’ailleurs comme conséquence de faire tripler les frais d’assurance des transports intercontinentaux dans le contexte plus large des guerres napoléoniennes, sans compter que l’opinion publique britannique commença à s’énerver du fait que la Royal Navy, en apparence la plus puissante du monde, ne parvint pas à enrayer la menace de ces petites embarcations pirates américaines.

La modification des buts de guerre

La poursuite des hostilités et la difficulté à obtenir une décision militaire contraignirent l’Angleterre à repenser sa stratégie, notamment en ce qui a trait à ses buts de guerre. L’Angleterre avait certes obtenu du succès dans sa lutte contre la France napoléonienne en Europe, mais les États-Unis continuèrent à la défier. En clair, il appert que les Britanniques connurent des difficultés à faire une évaluation adéquate de la situation politico-militaire de l’ennemi américain.

Autrement dit, et contrairement à ce qui était véhiculé à Londres, les Américains, dans l’ensemble, ne semblèrent pas totalement insatisfaits de la gestion de la guerre de leur président Madison. De plus, il semble évident, après coup, que Londres sous-estima les forces militaires américaines en plus de surévaluer la qualité des siennes. Par conséquent, l’Angleterre modifia ses buts de guerre afin de les adapter à la situation du moment. De la stricte défense de l’actuel Canada, l’Angleterre mesura désormais ses gestes afin de les aligner vers un réajustement de la future frontière avec les États-Unis.

Concrètement, cela signifia que l’Angleterre chercherait à étendre le territoire de l’actuel Nouveau-Brunswick et du Haut-Canada dans le but d’inclure une plus large portion du Maine et de la vallée du Lac Champlain en poussant une pointe à Plattsburgh (État de New York). Londres tenterait aussi d’assoir son contrôle naval sur les Grands Lacs, en plus d’ajouter les actuels territoires du Michigan et du Wisconsin au Haut-Canada, tout en voyant à ce que la Louisiane soit retournée à l’Espagne.

Pour réaliser ces objectifs assurément ambitieux, Londres chercha d’abord à sécuriser les Grands Lacs avec des renforts terrestres et navals venus d’Europe. Ensuite, lancer une expédition au Maine, mener des raids sur la côte atlantique (en mettant l’emphase sur la Baie de Chesapeake) puis, enfin, capturer les villes de Mobile et de la Nouvelle-Orléans. Ajoutons à cela qu’un peu plus tard, lors des négociations de paix à Gand en Belgique, l’équipe de négociateurs britanniques reçut également comme instructions d’exiger que les territoires militairement occupés demeurent la possession de Londres.

L’autre problème majeur, nous semble-t-il, que les Britanniques ne surent pas voir dans l’immédiat, fut que l’armée américaine de 1812 et celle de 1815 n’était plus du tout la même. Il ne s’agissait plus de cette force mal dirigée, mal entraînée et mal équipée. Par exemple, des batailles livrées dans la péninsule du Niagara en 1814, dont Chippawa (5 juillet) et Lundy’s Lane (25 juillet), montrèrent la ténacité et l’endurance de l’armée du major-général américain Jacob Brown face à une force de réguliers britanniques. De plus, l’échec des Britanniques à mener à terme le siège du Fort Érié (août-septembre) confirma l’incapacité des Britanniques à sécuriser cette région stratégique en 1814. Il est vrai que les Britanniques défendirent avec succès l’important Fort Mackinac, en plus de garder le contrôle des Lacs Michigan et Supérieur. Ainsi, le théâtre des Grands Lacs demeura dans une impasse au courant de 1814.

Cette même année, le Gouverneur Général Prevost reçut des instructions d’avancer ses forces vers Plattsburgh. Pour ce faire, Londres lui fournirait quelque 10,000 soldats aguerris. L’année 1814 en fut également une de « course à l’armement», dans la mesure où les belligérants se lancèrent dans la construction effrénée de navires de guerre. Bref, Prevost avança vers Plattsburgh, mais il refusa d’attaquer la garnison américaine composée de quelques réguliers et surtout de miliciens sous les ordres du brigadier-général Alexander Macomb, du moins jusqu’à ce que l’escadron naval du capitaine George Downie vienne à bout de la flotte ennemie à Plattsburgh Bay. Downie échoua, en plus de perdre à l’ennemi d’importants navires de guerre (11 septembre). Constatant la défaite en mer, Prevost se résigna à abandonner le projet de prendre Plattsburgh et ordonna la retraite vers le Canada.

La guerre d’usure

Croquis représentant des soldats britanniques marchant devant un édifice en flammes lors de l’occupation de Washington (D.C.) en 1814.

L’Angleterre allait-elle abandonner la lutte? Sûrement pas, du moins si l’on se fit à l’arrivée en théâtre d’opérations du très agressif vice-amiral Sir Alexander Cochrane, le nouveau commandant du secteur de l’Atlantique Nord. Cochrane effectua divers raids le long de la côté américaine, de Chesapeake Bay jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, allant même jusqu’à proposer d’étendre la manœuvre plus au sud vers la Caroline du Sud et la Géorgie, dans le but ici d’appuyer les Creeks et les esclaves noirs. Cette stratégie d’ensemble, en apparence désintéressée de la part des Britanniques, avait comme objectif, ambitieux certes, de mettre en colère l’opinion publique américaine contre son gouvernement. C’est en ce sens que le lieutenant-général Sir John Sherbrooke, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, dirigea une opération combinée avec la Royal Navy afin de sécuriser une tête-de-pont sur la rivière Penobscot (Maine actuel, alors au Massachusetts). Cette avancée avait un objectif politique très clair, soit de contraindre les États-Unis à modifier la frontière Maine-Nouveau-Brunswick afin d’y aménager une route terrestre plus directe vers la vallée du Saint-Laurent.

Plus importante par contre, à notre avis, fut cette autre manœuvre britannique visant cette fois à l’exécution de raids directement contre la capitale Washington et Baltimore. En août 1814, Londres dépêcha le major-général Robert Ross et le contre-amiral George Cockburn dans la baie de Chesapeake. L’imposante force britannique vainquit l’armée américaine à la bataille de Bladenburg au Maryland, le 24 août. Les Britanniques eurent alors la voie libre et marchèrent sur Washington, dont ils brûlèrent plusieurs édifices publics et propriétés privées. Par contre, les Américains parvinrent à défendre Baltimore (12-14 septembre), ce qui inspira l’écriture de l’hymne national américain, tel que mentionné en introduction. La principale conséquence des opérations dans la baie de Chesapeake fut la diversion de fantassins et de marins américains des Grands Lacs, relâchant du coup la pression sur les Haut et Bas Canada.

Le même mois, les Britanniques encaissèrent successivement trois défaites importantes, soit à Fort Érié, Plattsburgh et Baltimore, ce qui obligea Londres à chercher une issue politique au conflit, tout en adoucissant ses termes à la table des négociations. La paix fut conclue à Gand (Belgique) le 24 décembre 1814, dans une optique de statu quo ante bellum.

Conclusion

Cette paix signée en Belgique nous donne l’impression, dans une optique nord-américaine, voire canado-centriste, que la Guerre de 1812 se limita au théâtre d’opérations du nord-est, soit autour des Grands Lacs et de la vallée du Saint-Laurent. Or, nous l’avons déjà brièvement évoqué, les États-Unis voulurent profiter des hostilités contre l’Angleterre pour saisir l’important et riche territoire qu’était la Floride espagnole, qui était aussi reconnue comme une source d’appuis aux Amérindiens et un refuge pour les esclaves noirs en fuite. Les Américains capturèrent Mobile en avril 1813. De plus, lorsque les Creek massacrèrent la garnison du Fort Mims (Alabama, août), les États limitrophes du Tennessee, de la Géorgie et de l’actuelle Louisiane dépêchèrent des troupes pour leur faire face. En dépit d’une bravoure et d’une ténacité exemplaires, les Creeks furent vaincus par la milice du Tennessee sous les ordres du major-général Andrew Jackson à la bataille de Horseshoe Bend, le 27 mars 1814. Cet épisode fit probablement réaliser aux Britanniques qu’ils auraient dû intervenir plus tôt dans le théâtre sud, celui du Golfe du Mexique, ne serait-ce que pour aider les Amérindiens à mieux diriger leurs coups et nuire à l’effort de guerre américain.

À l’évidence, le temps jouait en faveur des Américains, ce que l’épisode de la bataille de Baltimore avait confirmé, puisque leur armée avait fait la démonstration qu’elle était capable de, non seulement, porter de rudes coups, en plus de contraindre l’adversaire à engager davantage de ressources. Les Britanniques étaient-ils prêts à prendre ce risque, en 1814? On peut en douter, et ce, même si Cochrane poursuivait ses raids à l’utilité douteuse (ex: la défaite britannique à Fort Boyer, baie de Mobile, le 15 septembre). D’ailleurs, mentionnons qu’en ce début d’année de 1814, les Britanniques avaient subi une désastreuse défaite dans la région de la Nouvelle-Orléans, les privant déjà du point d’appui nécessaire pour mener une campagne à partir du sud.

En somme, et comme mentionné, la Guerre de 1812 trouva sa conclusion au Traité de Gand du 24 décembre 1814. Les belligérants acceptèrent de revenir au statut géopolitique d’avant les hostilités. Faisant quelques milliers de morts de part et d’autre, cette guerre laissa un goût amer dans chaque camp, si bien que l’on peut légitimement se demander à quoi elle servit.

Pour les Britanniques, à très peu de choses. Quant aux Américains, ceux-ci y vengèrent probablement un certain « honneur national », tandis que les Canadiens, eux, y gagnèrent un certain sentiment d’unité bien relatif.

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Commentaires
  1. Matt dit :

    Very informative

    • mille dit :

      Bonjour, en tant qu’amateur français de cette période, je reste surpris (du point de vue d’un européens) de la persistance canadienne de voir une victoire dans cette guerre qui comme vous le dites n’a pas servie à grand chose. Certes les américains partage aussi un sentiment décalé de victoire acquis essentiellement par leur succès à la nouvelle Orléans, mais d’imaginer que la guerre de 1812 fut la victoire des milices canadiennes sur l’armée c’est non seulement faux mais en plus limitant quand à l’importance fournie par l’armée anglaise dans la défense de la colonie. Je vois mal comment les milices canadiennes auraient pu stopper certes armée américaines seulement avec les unités de milice sédentaires et des indiens. La victoire de Chateaugay est certes un exemple où la milice canadienne a brillamment défendu son sol mais de Queenston Height jusqu’à Lundy’ Lane c’est bien sur la solidité des troupes anglaises que la survie du Canada repose.

      Je trouve cela étrange que des deux cotés de la frontière ont s’attribue la victoire. En tout cas si il y bien des gens qui peuvent s’estimer perdant ce sont bien les amérindiens, utilisés pour ne pas dire manipulés par les anglais comme les américains ils ont tout perdu dans la guerre, leur leader, leur rêve de confédération, leur soutien logistique et leur terre…

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