Invasions à répétition: la présence britannique en Afghanistan (1839-1919)

Publié: 26 novembre 2010 dans Champs de bataille
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La quête d’influence

Un combattant afghan à l'époque de la Seconde Guerre anglo-afghane (1878-1880).

L’Afghanistan est un pays qui fut envahi à maintes reprises par des puissances étrangères au cours de sa longue histoire. Ce fut particulièrement le cas à l’époque des invasions britanniques de la région. Ce qu’on appela ultérieurement les « Guerres afghanes » consista en une série de trois invasions qui se transformèrent en d’âpres campagnes militaires pour les belligérants de 1839 à 1842, de 1878 à 1880 puis en 1919.

Ce qui attira l’attention du gouvernement britannique sur la région survint lors d’une série d’incidents au milieu du XVIIIe siècle, incidents que l’on nomme les « raids des Durani ». Ceux-ci font référence à la dynastie du même nom qui tenta à plusieurs occasions d’ébranler l’Empire moghol à sa frontière nord-ouest, notamment contre la ville de Delhi. Quelques décennies plus tard, à l’époque des guerres napoléoniennes, les Britanniques craignaient que les Français ou les Russes ne profitent de l’instabilité de la région, et de l’assistance perse ou afghane, afin d’étendre leur influence respective, en particulier sur l’Inde via la passe de Khyber, un important défilé reliant l’Afghanistan au Pakistan moderne dans cette zone montagneuse.

Par conséquent, les Britanniques s’allièrent avec l’Iran (Perse) et l’Empire sikh du Punjab. Pendant un certain temps, il s’avéra que l’Angleterre et l’Afghanistan furent des alliées, notamment en vertu d’un traité signé en 1809 avec le roi Shah Shuja. Celui-ci souhaitait par le fait même empêcher que l’Inde ne soit envahie par la France ou la Russie. Très rapidement, et malheureusement pour lui, il est renversé par son demi-frère Mahmud Shah. Shah Shuja ne parvint pas à rallier les sikhs à sa cause, et ce, même en tentant de les corrompre, si bien qu’il dut s’exiler dans le Raj britannique en 1815 où il entretint un puissant lobby probritannique.

Carte montrant les frontières actuelles de l'Afghanistan. (Cliquez pour un meilleur aperçu.)

En Afghanistan, pendant ce temps, Mahmud Shah fut à son tour renversé en 1826 par des membres du clan des Barakzai alors dirigés par l’émir Dost Mohammed Khan. Cet événement inquiéta les Britanniques et l’avenir leur donna en quelque sorte raison. En 1837, les Britanniques constatèrent que les Russes fournirent une aide militaire aux forces perses qui assiégèrent la région du Hérat, sans compter que les Britanniques critiquèrent la soi-disant inhabileté de Dost Mohammed Khan à contenir l’influence militaire et commerciale de la Russie.

La Première Guerre anglo-afghane (1839-1842)

Ce fut dans ce contexte que débuta la Première Guerre anglo-afghane en 1839, dont le but était de remplacer Dost Mohammed Khan par son demi-frère Shah Shuja. Les troupes britanniques pénétrèrent dans Kandahar en avril de la même année et elles prirent d’assaut la forteresse de Ghazna (juillet), après laquelle Kaboul tomba à son tour sans affrontement au mois d’août.

Shah Shuja revint à nouveau sur le trône, mais il était évident que sa mainmise du pouvoir dépendait entièrement de la présence militaire britannique dans son royaume. De son côté, Dost Mohammed Khan avait tenté pendant un certain temps d’organiser la résistance, mais il fut fait prisonnier par une patrouille britannique et contraint de s’exiler en Inde. Son arrestation et son départ d’Afghanistan n’empêchèrent pas ses partisans, dirigés par son fils, d’infiltrer les sphères du pouvoir afghan, en particulier dans Kaboul. Une émeute éclata, dans laquelle le Résident britannique Sir William MacNaughten et Shah Shuja furent tués.

Une représentation de l'assaut de la forteresse de Ghazna par l'armée britannique lors de la Première Guerre anglo-afghane (juillet 1839).

Pour ne rien arranger, la garnison britannique dans Kaboul fut coincée dans son propre camp, si bien qu’elle ne put attaquer ni tenir son terrain. L’ordre fut alors donné de battre en retraite, ce que firent les soldats britanniques à travers les montagnes enneigées, le 6 janvier 1842. L’expulsion de Kaboul n’était rien en comparaison du désastre qui allait atteindre les Britanniques. Leur petite force composée de 4,500 soldats et de 12,000 accompagnateurs fut anéantie par les rebelles afghans avant qu’elle n’ait pu atteindre l’avant-poste britannique situé à Jalalabad.

La Seconde Guerre anglo-afghane (1878-1880)

Au printemps de la même année, les Britanniques voulurent prendre leur revanche et ils dépêchèrent un autre contingent aux effectifs plus importants afin de brûler et piller Kaboul, mais il était évident qu’ils ne pourraient plus, du moins à court terme, y installer un gouvernement fantoche. Les Britanniques se retirèrent complètement d’Afghanistan et ils n’engagèrent plus aucune opération militaire sur la frontière nord-ouest, jusqu’au moment où éclatèrent de nouveaux troubles dans le contexte de la Seconde Guerre anglo-sikh de 1848-1849. D’une certaine manière, les Britanniques avaient été chanceux à cette époque, dans la mesure où leur ennemi juré Dost Mohammed Khan ne tenta pas d’étendre sa victoire de 1842 afin de leur causer des ennuis lors de la guerre de 1848-1849 mentionnée, ni même lors de la Révolte de Cipayes (Inde) en 1857-1858.

Encore une fois, les troubles en Afghanistan doivent toujours être mis dans le contexte de la rivalité entre les grandes puissances de l’époque. Les Britanniques gardaient toujours un œil sur les tentatives d’expansion de l’influence russe dans la région, surtout à partir des années 1870 où la Russie ne cacha plus ses prétentions. Par exemple, le troisième fils de Dost Mohammed Khan, Shir Ali, accueillit les émissaires russes avec tous les honneurs, tandis que les représentants britanniques n’avaient plus audience à la cour royale. Cet incident fut interprété comme une insulte par les Britanniques, qui déclarèrent à nouveau la guerre en 1878.

Le repli d'une unité d'artillerie britannique à la suite de la bataille de Maiwand (1880) lors de la Seconde Guerre anglo-afghane.

De leur côté, les Russes conseillèrent à Shir Ali de faire la paix avec les Britanniques, mais sa mort subite laissa cet épineux problème entre les mains de son fils Mohammed Ya’qub Khan. Suivant à son tour les conseils des Russes, celui-ci signa le Traité de Gandamak, dont la principale clause disait que ce serait désormais un envoyé spécial britannique qui allait s’occuper de la politique étrangère afghane. Non sans surprise, ce traité suscita la colère des Afghans, notamment celle d’une partie de l’armée et des civils qui prirent d’assaut la Résidence Générale britannique le 3 septembre 1879, tuant l’émissaire spécial et son escorte de soldats indiens après une brève, mais féroce lutte.

Une fois de plus, les forces britanniques marchèrent sur Kaboul, forçant ainsi Mohammed Ya’qub Khan à l’exil en Inde et à son éventuel renversement qui fut officialisé en 1881. L’Afghanistan fut alors placé sous la direction d’un souverain plus « malléable » en la personne d’Abdur Rahman Khan. Celui-ci prit le contrôle du pays en prenant soin de moderniser l’armée qui à son tour réprima pas moins de vingt révoltes au cours du règne de cet « émir de fer » jusqu’au début du XXe siècle.

La Troisième Guerre anglo-afghane (1919)

Carte montrant la délimitation de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan basée sur la Durand Line de 1893.

Pendant ce temps, Abdur Rahman Khan négocia une série de traités avec les Britanniques et les Russes pour tenter de stabiliser la région. C’est ainsi qu’en 1893, avec l’aide de fonctionnaires afghans, les Britanniques établirent plus ou moins scrupuleusement une frontière officielle entre l’Afghanistan et l’actuel Pakistan, que l’on nomma la Durand Line. Celle-ci établissait aussi une zone démilitarisée le long de la frontière nord-ouest de l’Inde, tout en définissant les responsabilités conjointes afghano-indiennes afin de faire respecter la paix et la loi.

Le successeur d’Abdur Rahman Khan, Habibullah Khan, continua le programme de modernisation du pays lancé par son prédécesseur, mais il fut assassiné en 1919 par des membres se réclamant de la faction anti-britannique, en raison de son refus d’appuyer les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale. Dans le contexte de cet événement tragique, Amanullah Khan prit de force le pouvoir et déclencha la Troisième Guerre anglo-afghane en mai 1919 en dirigeant une attaque-surprise en Inde, espérant ainsi fomenter une révolte islamique contre l’autorité coloniale britannique.

Sur le plan militaire, les Britanniques parvinrent à contenir l’offensive afghane, notamment par la puissance de feu de leur aviation et de leurs mitrailleuses, mais au final, ils durent conclure un armistice en 1921. Ce faisant, les Britanniques reconnaissaient l’indépendance pleine et entière de l’Afghanistan.

Un bombardier lourd britannique Handley Page V/1500 employé en 1919 afin de bombarder des positions afghanes autour de Kaboul.

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Commentaires
  1. sylvain dit :

    Bonjour

    merci pour cet article

    je cherche une bibliographie sur les guerres anglo afghane, j’espère que vous pourrez m’aider.

    cordialement

  2. Claude Emile Provost dit :

    Ceci prouve que ce n’est pas d’hier les guerres dans cette région. Il n’y a pas juste la religions qui souvent est l’enjeu mais aussi des raisons stratégiques. Merci pour ce survol. Salutations,

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