Entre espionnage et trahison: petite histoire de l’Abwehr

Publié: 24 novembre 2010 dans Guerres mondiales et conflits contemporains
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L'amiral Wilhelm Canaris, le directeur de l'Abwehr de 1935 à 1944.

L’Abwehr (qui signifie littéralement défense) était l’organisation qui s’occupait du renseignement militaire de l’état-major allemand entre 1925 et 1944. Bien que cette agence soit née dans le contexte de la réorganisation de l’armée allemande après la Première Guerre mondiale, et également pour respecter certaines clauses du Traité de Versailles, l’Abwehr devait au départ orienter ses activités de renseignement à des fins purement défensives, comme le sous-tend son appellation.

Dans les faits, l’Abwehr était une organisation somme toute insignifiante, de sa création jusqu’en janvier 1935, date à laquelle Hitler décida de lui fournir de plus amples moyens et d’y nommer l’amiral Wilhelm Canaris pour la diriger. D’ailleurs, rappelons qu’il y avait à l’époque une féroce compétition entre les différents services de renseignement du IIIe Reich, qui se voyaient tous octroyer davantage de ressources. À titre d’exemple, le service de renseignement de la S.S., connu sous le nom de Sicherheitsdienst (SD), vit une véritable explosion de ses effectifs, tout comme celui de la police secrète d’État, la Geheime Staatspolizei (Gestapo). Par conséquent, tant la SD que la Gestapo percevaient l’Abwehr comme une rivale.

Au niveau organisationnel, l’Abwehr était découpée en trois départements, identifiés simplement sous les appellations d’Abwehr I, d’Abwehr II et d’Abwehr III. Le premier département était responsable de collecter des informations sur les nations étrangères, notamment en y envoyant des espions recueillir toutes sortes de renseignements qu’ils jugeraient pertinents. Dans cette tâche, il s’avéra que l’Abwehr I performa de façon médiocre, si bien que les dirigeants nazis ignorèrent la majorité des informations qu’elle amassa. Par exemple, nombreux étaient les agents de l’Abwehr I qui opéraient en Angleterre, mais les officiers de contre-espionnage britanniques parvinrent à repérer tous les espions allemands sur leur territoire.

De son côté, l’Abwehr II reçut le mandat d’exécuter des missions de sabotage et d’autres opérations spéciales selon les besoins et situations. Parmi ses agents, on comptait ceux du fameux « commando brandebourgeois » qui était passé maître dans l’art de la ruse et du déguisement lorsqu’il opérait derrière les lignes ennemies. À cet égard, la peur face à la soi-disant « 5e colonne » de l’Abwehr II se transforma en panique en France, en Belgique et aux Pays-Bas pendant la campagne militaire de 1940. Les Brandebourgeois accomplirent probablement leur opération la plus spectaculaire en août 1942, lorsque l’une de leurs équipes trompa les forces soviétiques qui défendirent les champs pétrolifères autour de Maikop (Caucase), forçant ces dernières à battre en retraite devant la supposée puissance de l’armée allemande dans ce secteur.

Vêtus de l'uniforme soviétique, ces soldats allemands du "commando brandebourgeois" furent particulièrement actifs au cours d'opérations spéciales, comme celle du raid de Maikop à l'été de 1942. Au niveau hiérarchique, ils relevaient de l'Abwehr II.

Enfin, notons que l’Abwehr III avait le mandat du contre-espionnage. Dans l’accomplissement de cette tâche, et à l’instar de l’Abwehr I, ses agents ne connurent guère plus de succès. Il y eut malgré tout certaines exceptions notables. Mentionnons entre autres l’exploit de l’agent Hugo Bleicher qui, en novembre 1941, parvint à capturer Mathilde Carre, une infirmière française qui espionnait pour le compte des Alliés. Bleicher força Carre à devenir une agente double et il l’envoya en Angleterre espionner pour lui, bien que les Britanniques finirent par la capturer. De plus, au cours d’une autre mission, Bleicher accomplit le double exploit d’avoir mis au grand jour non pas un, mais deux réseaux britanniques d’espionnage qui opéraient sous les noms de code SPINDLE et PROSPER, des réseaux qui travaillaient essentiellement à appuyer la Résistance française.

Relevant officiellement de l'Abwehr III, Hugo Bleicher joua un rôle important dans la déstabilisation des réseaux britanniques d'espionnage qui opéraient dans la France occupée.

En dépit de ces exploits, et comme nous l’avons mentionné, les performances générales de l’Abwehr étaient médiocres, si bien qu’elle souleva de plus en plus de critiques, voire la suspicion des dirigeants du IIIe Reich. Un autre élément qui ne contribua en rien à l’amélioration de la réputation de l’Abwehr était que cette agence comprenait dans ses rangs des gens qui semblaient comploter contre Adolf Hitler. Wilhelm Canaris lui-même, malgré qu’il était politiquement un ultra-conservateur, n’avait que peu de goût pour l’idéologie nazie et il fournit de l’aide à certains membres de la clique anti-hitlérienne.

Sur ce point, et dès le début des années 1930, des agents de l’Abwehr tentèrent d’avertir les puissances occidentales d’Europe afin qu’elles se méfient des ambitions de Hitler vis-à-vis la Pologne et la Tchécoslovaquie. Par ailleurs, des agents de l’Abwehr vinrent en aide à des Juifs qui fuyaient la S.S., malgré que l’ensemble de l’Abwehr contribua à l’implantation de politiques anti-juives sous le régime nazi.

Les faits évoqués relatifs aux activités « suspicieuses » de l’Abwehr commencèrent à sérieusement attirer l’attention des autres services compétitifs du renseignement allemand. Dans cette optique, la Gestapo enquêta sur l’Abwehr en avril 1943. C’est alors que la Gestapo procéda à l’arrestation de quelques-uns de ses agents et elle fit en sorte que d’autres soient suspendus ou congédiés. L’année suivante, en juin 1944, Hitler ordonna le remplacement de Wilhelm Canaris par Heinrich Himmler. En d’autres termes, il ne manquait qu’un prétexte pour mettre fin aux activités de l’Abwehr.

La tentative d'assassinat contre Hitler du 20 juillet 1944 mit en lumière le rôle joué par certains agents de l'Abwehr. Il n'en fallait pas plus, désormais, pour fournir à Himmler le prétexte parfait pour dissoudre l'agence.

Le moment se présenta le mois suivant, lors de la tentative ratée d’assassinat contre Hitler. Cela fournit à Himmler l’occasion rêvée de dissoudre l’Abwehr et absorber ses fonctions à l’intérieur du SD. C’est ainsi que s’était achevée brutalement l’existence de l’Abwehr, où nombre de ses agents furent placés en état d’arrestation ou carrément exécutés, incluant son chef Canaris en avril 1945.

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commentaires
  1. Bonjour. Je vis à Lorient, sur d’anciens sites du mur de l’Atlantique. Je recherche des plans d’implantation des bunkers et tous système de défense notamment sur la commune de Ploemeur ( Morbihan et tout particulièrement le petit port de Kerroch où je possède une petite résidence. Je sais que des historiens allemands ontt effectué une visite sur zone il y a quelques mois, mais n’ai pas leurs coordonnées. Je parle allemand et dois me rendre à Berlin prochainement, est- ce la bonne piste. Merci. See you..

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